Amôsis-Tethniôsis
(Suit une liste des rois de la XV!^ dynastie connue.)
(1-2) (0 Ji esj difficile de savoir, toutefois, comment exactement la dynastie élail présentée dans le Livre de Sothis de rédaction originale; car ce que nous
L'influence prédominante, on le voit tout de suite, est celle de Josèphe. Les chiffres des durées de règne des 6 rois reproduisent les chiffres de Josèphe très exactement, sauf le dernier, dont un écart de 5 ans, kk au lieu de ày, entraîne la même différence pour le total de la dynastie. Quant aux noms, on remarque que les quatre premiers sont exactement, dans le même ordre, ceux de Josèphe, et que cela suffit pour rattacher la liste à Josèphe directement, et non à Africain dont la liste est celle de Josèphe déjà perturbée au delà du troisième nom. Si donc les noms de Sothis, au delà du quatrième, se montrent gravement différents de ceux de Josèphe, nous devrons considérer que ce désordre est un phénomène particulier dans lequel Africain n'est pas intervenu comme intermédiaire, une perturbation survenue dans une tout autre direction que celle qui a produit la liste d'Africain par altération du même Manéthon- Josèphe. En fait, les déformations que nous constatons ici sont sans rapport avec les autres, lannas a disparu; Asèth s'est dédoublé, fort singulièrement, en un Scthos qui a pris le cinquième rang et un Asèth correct qui s'est trouvé rejeté au septième, par conséquent hors de la dynastie; et entre Scthos et Asèth on a intercalé, comme sixième roi de la dynastie, un Kertik inconnu par ailleurs. Il est impossible d'expliquer comment des bouleversements de ce genre arrivaient à se produire.
Syncelle considère, fort logiquement, q\i Asèth est le premier roi de la XVIII" dynastie. Son successeur, tel que la liste de
trouvons de la liste dans Syncelle a été corrigé, Syncelle le dit lui-même, pour mettre le document en meilleur accord avec Josèplic. Quant à la question de savoir s'il \ a k rois ou 6 rois dans la dynastie lelle que Syncelle la reçue ou organisée, on doit remarquer que Syncelle lui-même n'éprouve à ce Bujet aucun doule, et considère qu'ils sont six: ayant mentionné le septième, n" 3a « I « - la lisle, et arrivant au huitième, n° 33, qui est Amâtit-Teihmdêit , il l'appelie le deuxième roi de l<i XVIII' dynastie. — (s) Nous avons signalé, un peu plus liaul , cette désignation de Taniles à laquelle rien ne correspond «liez Josèplic, Africain ou Eusèbe, mais qu'on retrouve dans la XIIIe [XlV'J dynastie du Barbara*.
Sothis nous le présente, est digne d'attention : c'est A(xôoti? à kcù Té6(xv<ris, un Amôsis-Tethmôsis qui tient lieu de YAmôs, ou Amôsis, qui ouvre la XVIIIe dynastie chez Africain et chez Eusèbe, et du Tethmôsis qu'on trouve à la même place chez Josèphe; dans Solhis, cet Amôsis-Tethmôsis est le premier roi d'une liste extrêmement analogue à celles de la XVIIIe dynastie dans tous les documents antérieurs. Le rédacteur de la nouvelle liste exprime ici, sous la forme la plus tangible, qu'il travaillait sur Josèphe et Eusèbe simultanément, et se préoccupait d'accorder les données de ses sources. Cette fusion d'Amôsis et de Tethmôsis présentait d'ailleurs un intérêt tout particulier pour les historiens de l'époque où nous sommes, aux yeux desquels le premier roi de la XVIIIe dynastie, quel que fût son nom, avait cette importance considérable et spéciale d'être le Pharaon de l'Exode.
La chose pour eux n'était point douteuse. S'agissait-il du Tethmôsis de Josèphe, la sortie des Juifs provoquée par ses soins ressortait du récit même; pour Amôsis de la liste royale que recueillirent Africain et Josèphe, il y avait celte ancienne •version de l'Exode, au temps d'Amôsis, que PtoléméedeMendès avait reçue, qu'Apion mentionnait d'après Ptolémée, que Tatien et Africain trouvaient ainsi dans Apion et chez Ptolémée luimême (,). Mais le Pharaon de l'Exode est forcément unique, et au surplus, cet Amôsis et ce Tethmôsis, dans des écrits ditlérents, se présentaient à la même place de la liste : il n'y avait
<" Tatien, Oratiu adversus Graecos , S 38; Africain dans Eusèbe, Praep. evaiig., X, io; la citation d'Apion passée chez le Syncelie, éd. de Bonn, p. 120. En ce qui concerne Apion et ses notions sur l'Exode, on sait d'ailleurs qu'il y avait chez lui un véritable recueil des histoires et des datations différentes qui circulaient dans la littérature de son époque; il connaissait, notamment, l'histoire de l'Exode au temps de Bokchoris qu'avait recueillie Lysimaque. Il est remarquable que, deux ou trois siècles après, toute incertitude ait disparu, qu'il ne reste aucune trace de Bokchoris ni des autres Pharaons auxquels de vieilles histoires attribuaient l'Exode, que seul subsiste enfin, dans ce rôle d'expulseur des Juifs, I1 Amôsis de la littérature chrétienne.
donc qu'à les identifier, et c'est ce qu'on trouve fui dans le Livre de Soi lus en termes très simples.
Sur Amôsis Pharaon de l'Exode, Ptolémée de Mondes avait enregistré un autre renseignement encore, extrêmement intéressant pour nous, parce qu'il peut nous faire comprendre dans quel esprit, sur la base de quelles considérations, tous les tableaux chronograpbiques qui nous occupent ont été élaborés. L'indication dont il s'agit est celle du synchronisme d'Âmôsis, et par conséquent de Moïse, avec un moment déterminé de la période grecque légendaire. On trouve, dans les différentes citations qu'on vient de rappeler (1), que :
«Amôsis vivait au temps du roi Inakhos» (Ptolémée dans Talien);
« Amôsis détruisit la ville d'Avaris, au temps de l'Argien Inakhos, comme l'a consigné Ptolémée de Mendès dans sa chronique» (Apion dans Tatien);
«Apion dit qu'au temps d'Inakhos Moïse fit sortir les Juifs r> (Africain dans Eusèbe, Praep. cimng.);
«Apion. . . rapporte, au quatrième livre de ses Histoires, qu'au temps où Inakhos régnait, les Juifs, sous la conduite de Moïse, furent défaits par Amôsis, roi des Egyptiens» (Syncelle, peut-être d'après Africain).
Ceci ne peut tendre, évidemment, qu'à donner une date à l'Exode, et cette datation, déjà acquise aux alentours de l'ère chrétienne, a pris naissance dans les milieux judéo-grecs d'Egypte que la question de l'Exode et de la littérature égyptienne occupait si fort. L'histoire «égyptienne» de l'Exode une fois retrouvée, il restait à mettre l'événement, et avec lui toute l'histoire des origines juives, en rapport chronologique avec l'histoire des origines grecques, cela de telle manière que l'ancienneté du peuple juif apparût très vénérable, au moins égale à celle
(l) Renvoû donnes à la Dote précédente.
dont s'enorgueillissaient les peuples helléniques d'après leurs traditions propres : on y arriva en choisissant, pour être le contemporain de Moïse, Inakhos, le fondateur de la royauté argienne, un des plus anciens souvenirs de la légende grecque telle qu'elle était rapportée (1). Rappelons, en passant, que l'assignation de synchronismes de ce genre, plus ou moins tendancieux et d'intention plus ou moins intelligible pour nous, est très fréquente dans la chronographie ancienne : un exemple remarquable en subsiste dans la Bible elle-même, où l'on trouve (A'owè., un, 23) que «Hébron fut construit sept ans avant Tanis, ville d'Egypte». En ce qui concerne, cependant, Inakhos et Moïse, il résultait de là, d'après les chiffres de la chronologie grecque, une date précisément fixée pour l'Exode. Quelle était cette date, nous ne pouvons exactement le connaître, du moins en ce qui concerne les chronographes des alentours de l'ère chrétienne. Pour la période suivante, nous sommes mieux renseignés, ayant la chance de savoir comment l'Exode est placé, en chronologie absolue, non seulement parEusèbe, mais aussi par Africain lui-même.
Voyons d'abord Africain. Des quinze dates absolues, en années de la création du monde, qu'on rencontre dans ses fragments conservés, il se trouve que l'une est celle de la
M Ce synchronisme a eu le plus grand succès auprès des historiens et chronographes de toute la période chrétienne. Pour en faire l'histoire d'une manière moins sommaire que par les renvois de la note antéprécédente, il faut rappeler que Justin fait ressortir l'ancienneté de Moïse, supérieure à l'ancienneté de tous les épisodes de l'histoire grecque (Justin, ApuL, I, kk, 54, 59); que son contemporain, l'auteur du \6yos ispos ÊXXnwxs, cite Polémon, Apion et Ptolémée de Mendès comme faisant de Moïse le contemporain d'Inakhos et d'Og\gos, et invoque à l'appui de cette date ancienne, en outre, Hellanikos, Philochoros, Castor, Thallos et Polyhistor. Apion et Ptolémée reparaissent chez Tatien(nous le savons déjà, voir avant-dernière note), chez Clément d'Alexandrie, et la plupart des écrivains qu'on vient de citer sont connus d'Africain. Comme on l'a observé à plusieurs reprises, toutefois, ils se rapportent tous, en ce qui concerne le renseignement qui nous intéresse, à une source originale unique, qui est Ptolémée de Mendès.
construction du temple de Salomon, en l'an /i/i5y (1). Il se trouve, d'autre part, qu'Ëusèbe nous a conservé l'intervalle qui séparait, dans la chronologie africaine, la construction du temple du moment de l'Exode : 7/1/1 ans ou 7/1 1 ans, suivant les versions d'Eusèbe(2). D'où il ressort, par soustraction, qu'Africain mettait l'Exode en 37 1 3 ou 37 16 du monde. Il ne sera pas inutile de convertir immédiatement ces chiffres en dates ordinaires d'avant l'ère chrétienne, étant observé qu'Africain, et d'ailleurs aussi Eusèbe, nous le savons positivement, dataient déjà la naissance du Christ en années du monde, comme Syncellele devait faire plus tard (3), à savoir en l'an 55oi. Sur cette base, on trouve immédiatement que les dates africaines qu'on vient de dire sont 1788 ou 1780 av. J.-C. pour l'Exode, et îo/i/i av. J.-C. pour la construction du temple. Cette dernière, comme on voit, est un peu trop ancienne, assez remarquablement voisine, toutefois, de la date historique véritable de Salomon. De la date de l'Exode, non plus que de l'intervalle entre l'Exode et Salomon, il n'y aurait rien à dire, si l'on n'était immédiatement frappé du fait qu'en ce qui concerne ce dernier intervalle, Africain oublie ou néglige délibérément, et de la manière la plus complète, l'importante indication biblique d'après laquelle de l'Exode à la construction du temple, il s'écoula â8o ans (Septante : ââo) (4). Qu'Africain puisse laisser son tableau chronologique dans un état de désaccord aussi flagrant avec le chiffre biblique, cela semble témoigner d'une indifférence extraordinaire à l'égard du document sacré, et Eusèbe devait le lui reprocher gravement. D'après ce qui précède, cependan on s'explique très bien par quelle voie Africain a été conduit à ses
(1> Syncelle, éd. de Bonn, |>. 34a.
(ï) 7/1/4 ans dans Eusèbe orm., éd. Schœne, I, p. 99; 7/11 ans dans le lexto grec, Syncelie, éd. de Bonn, p. 33o.
(3) Syncelie, éd. de Bonn, p. /11a, 597. W I Roi», vi, 1.
chiffres, et comment les dates fondamentales en vigueur à son époque et dont il dut s'accommoder mettaient la chronologie, dès ce moment, dans une espèce d'alternative tout à fait insoluble. L'Exode, en effet, est placé, par principe, au temps d'Inakhos, soit, note Africain, en 371 3. Salomon, d'autre part, occupe une position chronologique déterminée par la chronologie biblique de la période rovale, mise en liaison, du mieux qu'on pouvait, avec les chronologies égyptiennes et assyriennes, et les calculs qu'on faisait ainsi n'étaient pas trop illusoires en somme, puisque Africain, nous l'avons vu, arrivait juste pour Salomun à moins d'un siècle près. La construction du temple se plaçait, pour lui, en 44 5 7, et il en résultait, obligatoirement, l'intervalle susdit de jhà ans entre Exode et Temple. Au même intervalle, la Bible assignait 680 ans par indication directe : pour faire disparaître l'écart et se mettre d'accord avec la Bible, il eût fallu, ou bien remonter Salomon , sur l'échelle des temps, de deux siècles et demi — mais la position de Salomon était déterminée par des calculs de chronologie positive, portant sur des temps relativement rapprochés, — ou bien rabaisser l'Exode de deux siècles et demi — mais cela eût été en contradiction avec le synchronisme universellement adopté depuis longtemps, qui mettait les origines juives à la même hauteur que les origines grecques. Africain ne crut pouvoir déplacer ni une date, ni l'autre, et préféra rester en désaccord avec la Bible. Dans la même situation, nous le verrons, Eusèbe devait recourir aune solution toute différente. Bien des points, d'ailleurs, sont loin d'être faciles lorsqu'on tente de reconstituer la chronique africaine aux abords du moment de l'Exode. Admettons d'abord, comme nous savons qu'il avait lieu en principe, que chez Africain l'Exode se place au temps d'Amôsis, qui est le premier roi de la XVIIIe dynastie. Le tableau des dynasties égyptiennes d'Africain nous est conservé en entier, de telle manière que de la date de l'Exode, qui
osl celle du début de la XVIIIe dynastie, doit résulter, par simple addition, la date de la fin de la XXXe, ou de la deuxième conquête perse qui marque la fin de la royauté égyptienne indépendante et où s'arrête la série des dynasties classiques. \ oyons le calcul ; les durées africaines sont les suivantes :
Dynastie XVIII a63
Dynastie XIX 20/1
Dynastie XX 1 35
Dynastie XXI i3o
Dynastie XXII 120
Dynastie XXIII 89
Dynastie XXIV 6
ans.
Dynastie XXV...
Dynastie XXVI. . .
Dynastie XXVII . .
Dynastie XXVIII. .
Dynastie XXIX.. .
Dynastie XXX 38
Total 1 ,335
L'Exode placé vers le début du règne d'Amôsis, et daté, comme fait Africain, mettons en 0716, il résulte de cet intervalle de 1 335 ans que la conquête d'Okhos se place en 3716+ 1 335, soit en 5o5i. On voit immédiatement que pour Okhos cette date, qui est celle de /i5o av. J.-G-, est antérieure d'un siècle exactement à la date historique véritable. Mais est-ce bien cette date de 5o5i qu'Africain admettait? On peut en douter, car, à défaut de la chronographie perse originale d'Africain, on a les tableaux, de source africaine directe, de Léon et de Théodose, lesquels, d'accord entre eux et d'ailleurs d'accord avec Pollux et Cedrenus, donnent un tableau de la domination perse dont la fin est la suivante :
(Les dates sont celles des fins de règne.)
Artaxerxès II 5i !\o (= 36 1 av. J.-C.)
Artiixcrxès III (Okhos)... . 5l6s (= 33o — )
Arsèe 5 166 (= 335 — )
Darius III 5172 (= 32g — )
^A cette date, la conquête d'Alexandre.)
II est très probable que ces chiffres sont ceux d'Africain luimême (1), et l'on voit alors que la conquête d'Okhos. chez Africain , se placerait en 5 1 6 o ( l'an 2 o du règne ) , et non en 5 0 5 1 , par conséquent un siècle plus tard, en3/i 1 av. J.-C, c'est-à-dire exactement à la date historique de l'événement. Telle était, sans doute, la vraie chronologie africaine. Mais si l'on part de là pour remonter à la date de la XVIIIe dynastie, la XXXe finissant en 5 160 et la durée totale des dynasties XVIII à XXX étant de 1 335 ans, on trouvera que la XVIIIe dynastie commence en 5 1 60 — 1 335 , soit en l'an 3 8 2 5, et alors se montre une particularité curieuse: l'Exode en 3yi6, — disait Africain luimême, nous l'avons vu, — et l'avènement d'Amôsis en 38a5, c'est-à-dire Y Exode antérieur de plus d'un siècle à la XVI II' dynastie.
Il n'est nullement invraisemblable que le système d'Africain ait été tel: il faut seulement admettre, corrélativement, qu'à son époque la contemporanéité d'Amôsis et de l'Exode, antérieurement admise, était complètement perdue de vue. D'autres chiffres, heureusement conservés, semblent montrer qu'effectivement il en était ainsi, et que la vieille théorie du synchronisme Inakhos-Amôsis-Exode avait subi, dès le 111e siècle, les atteintes les plus graves. On trouve en effet, chez Barba rus, de provenance africaine extrêmement probable, les chiffres d'intervalle suivants :
D'Inakhos à la destruction de Troie 718 ans
De la destruction de Troie à la I" olympiade. 607
Soit , au total , d'Inakhos à la V' olympiade .... 1 , 1 2 5 ans
Or on sait, par ailleurs, que, pour Africain, l'Exode eut heu îoao ans avant la I'e olympiade. Dans son système, Inakho*
C Voir Gelzer, Africanus, p. ioli, 206.
— ♦*.( 056 )++~~ fl3'ij
rlail doitc antérieur de 1 où ans à I Exode. Cela non plus ne doit pas nous étonner, et l'on observe que cela est d'accord avec un autre renseignement conservé parSyncelle, d'après qui Africain mettait la naissance de Moïse au temps d'Inakhos, et la 80e année de Moïse, qui est celle de l'E.vode, en l'an 55 de Phoroneus (1), successeur d'Inakhos. On entrevoit, d'après cela, que. dès le 111e siècle, la datation de l'Exode au temps d'Inakhos paraissait trop ancienne, et qu'on se mettait à la descendre. Comme on voulait, en même temps, respecter le vieux synchronisme Inakhos-Moïse, on conciliait les deux choses en faisant naître Moïse dans les dernières années du règne d'Inakhos, ce qui faisait qu'ils avaient été en toute rigueur contemporains, et en plaçant l'Exode environ 80 ans plus tard. Mais que devenait Amôsis dans cette combinaison? Toujours d'après les svnchronismes instaurés au temps de Ptolémée de Mendès, Amôsis devant être contemporain d'Inakhos, il fallait qu'Amôsis se détachât de l'Exode, comme Inakhos lui-même, et qu'ainsi l'Exode se plaçât, en chronologie égyptienne, sous quelqu'un des rois suivants de la XVIIIe dynastie. Gomme nous allons voir, c'est ce qu'on trouve, chez Eusèbe, et plus tard chez Syncelle. Mais d'après ce qui précède, Africain a opéré autrement, et dans sa chronologie, la XVIIIe dynastie est descendue, par rapport à l'Exode, au lieu de remonter. Résumons les chiffres recueillis : Inakhos antérieur de io5 ans à l'Exode (3716), l'Exode antérieur de too, ans à l'avènement d'Amôsis (38â5). On voit que, chez Africain, la destruction des vieilles concordances judéo-alexandrines est tout à fait complète.
Plus facile à analyser que le système chronographique d'Africain est celui d'Eusèbe, dont nous possédons l'œuvre intégrale.
Ses vues sont extrêmement différentes de celles d'Africain,
(l) Syncelle, éd. de Bonn, p. 1 16. La même chose, d'ailleurs, est répétée en termes identiques par le Barbarus,
et il est très remarquable que, pour dater l'Exode, il se soit arrêté à un chiffre très voisin de celui qu'Africain avait enregistré; cela est d'autant plus remarquable que toute trace dis synchronismes anciens avec l'antiquité grecque semble avoir disparu de ses considérations. Partant de l'Exode, cependant, il arrête longuement son attention sur la question de l'intervalle qui le sépare de la construction du temple de Salomon, intervalle auquel le texte biblique assigne une durée de /180 ans; il critique sévèrement Africain pour avoir admis à la même place, en désaccord avec les Livres saints, 7/10 ans, et de même Clément d'Alexandrie, qui en inscrivait 07/», et encore saint Paul, dont les chiffres partiels l'ont ressortir, toujours pour le même intervalle, le chiffre de 601 ans; il s'arrête formellement, quant à lui, au chiffre biblique de /180, et clôt sa discussion par un tableau récapitulatif conçu ainsi qu'il suit (1> :
D'Adam au déluge 2,2^2 ans.
Du déluge à Abraham 9^2
D'Abraham à Moïse (Exode) 5o5
De Moïse à la construction du temple /i8o
D'où il ressort immédiatement, par addition, que l'Exode est en 8689 du monde, et le temple de Salomon en 6169. La date de l'Exode ne diffère que peu, comme on voit, de la date 3yi3 ou 3716 qui était celle d'Africain. Pour Salomon, au contraire, l'écart est très considérable: à 169=1 33a av. J.-C., au lieu de k kb'j = 10/1 k av. J.-C. qu'Africain avait. La différence des deux systèmes se voit tout de suite; Africain, nous l'avons expliqué, avait une date fondamentale pour l'Exode et une date calculée par les procédés chronologiques pour Salo-
(1) Ce long et intéressant paragraphe dans Eusèbe, éd. Schœne, p. 97 à 1 13. Les passages visés et critiqués par Eusèbe sont au livre I des Stromata de Clément d'Alexandrie , et dans Paul, Act. Ap., xiu, ao, ai.
mon, et il les conservait toutes deux, bien que leur intervalle fnt discordant avec celui impose" par le texte biblique; Eusèbe, lui, admet à peu de chose près la même date pour l'Exode — ii faut, remarquons-le, qu'il ait pour cela des raisons apparemment assez fortes, — mais au lieu de laisser Salomon à la place où le mettait Africain ,37/10 ans de l'Exode, il se base sur l'intervalle biblique de /180 ans, qui l'oblige à remonter Salomon de 260 ans, dans une position extrêmement inexacte au regard de la chronologie moderne et de l'histoire véritable. Cette manière de procéder est très instructive pour nous, par le seul fait qu'à l'époque d'Eusèbe elle était possible et licite; car elle fait ressortir que la date de Salomon était en réalité inconnue et qu'on pouvait se la fixer arbitrairement. A la réflexion , la chose est parfaitement claire. A partir de Salomon et en descendant, il est facile de dresser un tableau chronologique presque rigoureux, à l'aide des durées de règne que donnent les livres des Rois, de telle sorte qu'on peut exactement connaître, par exemple, l'intervalle séparant Salomon de Sédécias. Mais passée la période royale, l'exposé historique s'arrête, la chronologie avec lui, et il n'est aucun moyeu de savoir, par la Bible seule, à quelle distance Sédécias se place d'Alexandre ou d'Auguste. Grâce aux synchronismes fournis par l'intervention , dans le récit, de rois d'Egypte et de rois d'Assyrie nombreux, on pouvait essayer d'appliquer les méthodes de rattachement ordinaires pour obtenir des dates bibliques absolues; mais pour un travail de ce genre les Anciens manquaient de bases solides, et d'abord n'avaient pas de chronologies égyptiennes ou assyriennes bien établies; le calcul résultant estait toujours ondoyant, divers, organisé de telle sorte qu'on pouvait lui faire; produire, pour la fixation d'une certaine période de l'histoire , tel résultat qui était désiré d'avance.
La chronographie d'Eusèbe est parfaitement cohérente, H il est intéressant de le vérifier. A la suite de son tableau de réca-
pitulation précité, de la création du monde à la construction du temple, Eusèbe le reprend dans les mêmes termes, en le poursuivant pour le relier au début de l'époque perse, et continue par le détail des règnes de la domination perse (1), le tout ainsi qu'il suit :
D'Adam au déluge 2,2/12 ans.
Du déluge à Abraham 9A2
D'Abraham à l'Exode 5o5
De l'Exode à la construction du temple h 80
De la construction du temple à l'an 2 de
Darius 5o2
9e année de Darius 1
Le reste du règne de Darius 34
Xerxès 20
Artaxerxès Ier U 1
Darius II 19
Artaxerxès II ko
Artaxerxès III (Okhos) 26
Arsès U
Darius III 6
Alexandre 6
Fixons notre attention, comme nous l'avons fait plus liant pour Africain , sur la conquête de l'Egypte par Okhos, en l'an 20 du roi. On verra facilement, par addition, que cette conquête se place en /18/iG du monde, qui est l'an 655 av. J.-G. Par rapport aux dates précitées du tableau de Léon et de Théodose (sans doute de provenance africaine), on voit que la chronologie est remontée d'un peu plus de trois siècles, et cela a bien l'apparence d'être en relation de parallélisme avec la remontée du même ordre que l'époque de Salomon a subie. Prenons maintenant, dans le même tableau d'Eusèbe qui est sous nos yeux, l'intervalle entre l'Exode et la conquête d'Okhos en l'an ao du roi : 1 167 ans, calcule-t-on sans peine, et reportons-nous
Ç.l Eusèbe, éd. Schœne, p. ia5.
au Canon général qui termine la Chronique, pour voir si ce chiffre peut s'y retrouver. Les dates du Canon sont doaoées, comme od sait, non en années de la création du monde, mais en années d'Abraham. Celles qui nous intéressent concernent l'Exode, an 5o5, et la conquête de l'Egypte par Okhos, an 1667; l'intervalle est. comme* on voit, de 1162 ans, répondant, à un petit nombre près d'années, à celui que nous venons de voir ressortir du tableau de la Chronique propremont dite.
Ce même intervalle entre l'Exode et la conquête d'Okhos doit répondre, dans l'ensemble, à la durée qui sépare la XVIIIe dynastie de la fin de la XXXe, et cela donne la matière d'une autre vérification intéressante, qui pourra se faire dans des conditions de rigueur absolue, les données et les chiffres d'Eusèbe nous étant connus en totalité. Dressons d'abord un tableau récapitulatif des dynasties chez Eusèbe, de la XVIIIe à la XXXe :
Différentes versions d'Eusèbe :
Dvnastie XVIII
Dynast Dynast Ihnasl Dynast Dynast Dynast l)\ nast Dvnast Dynast
l)\ IlilSl
Dynast
l>\ IKISI
e XIX . . .
e XX . . . .
e XXII. . .
e XXIII
eXXlV..
e \W .. e XXVI .
1 \\\ll.
«XWII1 e \\l\ .
eXXX..
Total,
3 1 7 ou
368 ans.
ig{
172 ou
kh
kk
kh
ifrj
ac
minimum :
MAMMIM :
i,3q8 ans.
1,365 ans.
fi 39] — w^ 661 W*—
Si L'Exode, chez Eusèbe, coïncidait avec le début de ia XVIIIe dynastie, on voit qu'il y aurait une discordance fort sérieuse avec le chiffre d'intervalle de ii6u ou 1167 ans trouvé d'autre part. Mais justement l'Exode est plus tardif que le début de la dvnastie, et se place à la distance exactement nécessaire. Le renseignement précis, à ce sujet, se trouve dans le Canon, qui commence, comme on sait, à l'an 344 d'Abraham, et fournit immédiatement, dans la colonne consacrée à 1 Egvpte, les dates suivantes pour les commencements de règnes :'
XVI II' dynastie :