LÉGITIMITÉ DE LA POURSUITE DU THEME
La première partie des précédentes recherches, consacrée à F étude des rByksôf» dans la tradition égyptienne et dans l'histoire, a fini de paraître en 1911 dans le Journal Asiatique. Les discussions et les résultats qu'on y trouve n'ont encore donné lieu qu'à un très petit nombre de critiques publiées, et il est intéressant de noter, en ce qui les concerne, l'appréciation qu'Ed. Meyer a consignée, en 1913, dans la nouvelle édition de son Histoire. II y est dit (1) que l'ouvrage visé tient
W E». Miter, Ge»chichte des Allerlunis. I, n (ae édil. , 1913), S 3o3' «.
«toute la tradition concernant Les Hyksôs pour une construction du t \ |>« * du schéma défini plus haut. . . (d'après Le renvoi d'Ed. Meyer, il s'agit du schéma des prophéties); en réalité, les
rois Hyksôs auraient appartenu à une dynastie basse-égyptienne, qui attirait les Asiatiques à son service et fut vaincue par les Théhains. De même, les témoignages de Hêtsepsout et de plusieurs autres rois seraient des inventions, et aussi les indications des inscriptions de Toutanchamon et de Haremheb, concernant la restauration après le roi hérétique, et celles de Ramsès III sur les troubles antérieurs à l'avènement de son père. Avec celte méthode d'hypercritique on pourrait tout aussi bien, par exemple, rejeter de l'histoire de l'Islam la domination des dynasties turques et des Mongols, ou de l'histoire d'Angleterre la domination des Normands».
Ce bref exposé paraît comporter, dans ses premières phrases, nue contradiction assez singulière. Car, si nous croyons que les «rois Hyksôs» appartenaient à «une dynastie basse-égyptienne, qui attirait les Asiatiques à son service. . . », nous admettons, par là même, le caractère historique des «rois Hyksôs» et de la présence des Asiatiques en Egypte, et alors il n'est pas juste de dire qu'à nos yeux toute la tradition sur les Hyksôs est une «construction» suivant un type quelconque. A L'examen, toutefois, il apparaît qu'Ed. Meyer est seulement trop concis et mélange quelque peu des choses différentes. Frappé de nous voir mettre en évidence, dans les plus anciennes mentions du Nouvel Empire relatives à L'ennemi asiatique, des éléments littéraires empruntés aux «lamentations» de la période antérieure, dont les idmonitioM du papyrus de Leyde et Le Désespéré (\u papyrus de Berlin fournissent des échantillons caractéristiques, il est conduit, par une sorte de confusion ou d'extension abusive, à nous attribuer l'idée que L'histoire des Hyksôs est une œuvre de la même espèce, et comme le livre des [dmonitioru est rangé par lui,
d'autre part, dans la catégorie des prophéties (1), il arrive à donner à entendre, très bizarrement, que nous considérerions ladite histoire des « Hyksôs », elle aussi, comme une composition prophétique. On aperçoit, en outre, que dans sa tendance à croire que nous nions l'historicité des «Hyksôs», Meyer est surtout influencé par le souvenir de nos considérations sur le caractère fictif de l'histoire du bouleversement et du roi sauveur, toutes les fois qu'on la voit reparaître, après le début de la A VII Ie dynastie et jusqu'à la fin de la période du Nouvel Empire. Concernant cet épisode et sa réédition systématique en l'honneur des rois les plus divers, nos vues et nos conclusions ne paraissent à Mever à aucun degré acceptables, et il les incrimine directement, dans le passage dont nous avons cité les termes, en disant qu'avec la méthode que nous avons suivie, on démontrerait avec la même facilité que le témoignage historique le plus certain est romanesque et illusoire.
Bien que formulé rapidement, le reproche est grave, et il est dangereux parce que la simplicité de ce raisonnement éliminatoire : «A ce compte, on pourrait démontrer que n'importe quoi n'a pas eu lieu réellement » , est de nature à tenter une foule d'esprits attachés aux conceptions historiques qu'ils ont toujours connues. Il est donc nécessaire de répondre. Nous le ferons avec le plus de précision qu'il nous sera possible.
Supposé, d'une manière générale, que nous ayons sous les yeux deux témoignages documentaires de dates différentes, mais analogues entre eux et comportant la relation d'événements similaires, indiqués comme s'étant accomplis à des époques différentes dans une relation et dans l'autre, cela suflira-t-il pour qu'on ait le droit de croire qu'un «thème» s'est transmis et que le récit, l'une des deux fois au moins
M Ibid., S 297.
imnI pas historiquement véritable? Cette explication des choses sera très hasardeuse si nous n'avons trouvé de part et d'autre, coinmi' élément commun, que le « thème» lui-même, c'est-àdire un canevas narratif plus ou moins identiquement reproduit, une succession d'événements plus ou moins analogues et combinés de manière plus ou moins semblable dans le premier texte et dans le deuxième. Pour conclure à une parenté purement littéraire des textes, il faut des indices plus précis, et, suivant les cas, il pourra s'en présenter de toutes sortes. Il pourra se faire, par exemple, que la relation du même épisode soit reproduite, non pas deux fois, mais cinq ou six fois, toujours pareille à des époques très diverses, et il ressortira de là qu'apparemment on est en présence d'un fait de reproduction littéraire traditionnelle, parce qu'il n'est pas vraisemblable que des événements identiques se soient réellement déroulés ainsi à plusieurs reprises, et que toujours on les raconte dans les mêmes termes. Un bon exemple de recommencements narratifs de cet ordre est fourni par les textes royaux du temps des Ptolémées, où l'on trouve une certaine histoire d'images des dieux emmenées prisonnières en Asie, et rapportées par le Pharaon restaurateur : cet épisode, d'abord raconté en l'honneur de Ptolémée Soter, est repris pour Philadelphe, puis pour Evergète, en plusieurs documents, puis pour Philopator, et plus tard encore on le voit reparaître dans un conte dont le héros est le roi Bokchoris. Il est tout à fait évident que la reconquête des mages divines ost un simple «cliché» qu'on insère dans le discours des mérites du roi à l'époque ptolémaïque W. Ce qui fait, toutefois, la certitude de la transmission d'un r thème», de la filiation purement littéraire des documents
(1> Pour ce llième des images enlevées et reconquises et son emploi banal à l'époque grecque, voir ce qui est dit brièvement «'liez nous, précédemment Hykiôi, section I, chap. u, et se reporter è Boucni-LiGLBRCQ, ffwtotrs îles Lagide$} I, p. 10.5,0.3; IV, p. 3o3.
dont ce thème fait la substance, ce n'est pas tant la réapparition frécpjente des témoignages d'un même tvpe, ni l'uniformité de la narration dans ses lignes principales, que le retour de certains détails caractéristiques, trop spécialement te.rluelf: pour que leur rencontre puisse être fortuite, notamment certains noms propres, noms de lieux, de peuples ou de personnes. Voici l'histoire qui nous intéresse principalement ici, celle des étrangers dévastateurs et du roi sauveur qui les expulse. Qu'une pareille opération ait dû être effectuée, réellement, par de nombreux Pharaons du iNouvel Empire chacun au début de son règne, cola serait étrange, cela est nettement invraisemblable, mais on n'aurait pas le droit de dire que cela est impossible. Ce qui est impossible, c'est que les ennemis qu'on expulse — Asiatiques, ou Apopi, ou encore la calamité, ou les Malades ou Impars, par suite du contre-sens progressif dont nous avons expliqué le mécanisme — se retrouvent, obstinément, soit à ivaris : histoire de Skenenre Tiouâ du papyrus Sallier, histoire de Kamès de la planchette (Jarnarvon, texte d'Hatshopsitou, histoire de Thoutinès III et histoire d'Aniénopbis et lianisès III de plusieurs documents hiéroglyphiques perdus, qu'on utilisa pour fabriquer des récits de l'Exode et qui parvinrent à Manéthon sous cette forme, — soit à Sharouhen (Thoutmès III au début des Annales). Le retour fréquent de la mention d" ivaris est le caractère qui démontre que l'extermination des envahisseurs est une action fictive, dont on fait honneur au roi par convention pure et de manière en quelque sorte rituelle. Gardons-nous d'oublier, maintenant, qu'Avaris et Sharouhen sont des places très réelles sur les confins du Delta oriental, et que le roi Ahmès les conquit très réellement au cours de la longue guerre qui remplit ses premières années : la campagne victorieuse d'Ahmès, qui ouvre l'histoire de la grande' Egypte des dynasties thébaines, est le point de départ historique de cette légende d'Avaris et de Sharouhen
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qui devait être convertie, si singulièrement, en un thème laudalif pour les rois du Nouvel Empire. Nous avons expliqué cela au cours des études antérieures; nous avons reconnu aussi (jii* ivarts et Sharouhen ne sont pas les seuls éléments historiques utilisés dans les relations illusoires du Nouvel Empire et des temps suivants, où paraissent, dans les mêmes conditions, la domination des Asiatiques en Egypte et la défaite momentanée des indigènes : à quelques déformations près, tout cela a été historique une fois, et une lois seulement, immédiatement avant les fondateurs de la XVIII6 dynastie (1).
L'HISTOIRE DU ROI SAUVEUR MISE AU TEMPS DE LA XII0 DYNASTIE, ET LES ORIGINES DE LA PREDICTION DANS LA LITTERATURE ÉGYPTIENNE.
Avant de quitter l'histoire de l'invasion et du roi sauveur, il est encore nécessaire d'indiquer que ce récit habituel, transposé en déclaration triomphale pour tous les rois du Nouvel Empire, a fort bien pu, en même temps et dans une direction toute différente, être emprunté pour des relations illusoires d'un autre ordre, de la catégorie du roman ou du conte pseudohistorique. Puisqu'on faisait honneur de l'expulsion des étrangers à l'Aménophis ou au Ramsès régnant, quel qu'il fut, il était également possible de reprendre la même histoire narrativement, et l'attribuant à quelque roi des temps anciens déjà solidement installé dans la tradition légendaire : l'épisode de l'invasion et de la restauration n'avait plus de date, il flottait dans la tradition sans attache historique définie et avait pro-
(,) Voir pour tout cela, chez nous, L<<* Hykiâ$, pauim, et notamment l<' résumé qui tait l'objet du chapitre m de la section II.
bablement perdu toute signification historique un peu nette, de sorte que les adaptateurs avaient toute facilité pour le placer à quelque distance que ce fût en arrière aussi bien qu'en avant du début du Nouvel Empire.
C'est ainsi, à ce qu'il semble, que dans une œuvre de l'époque ramesside, on fit du conte de l'invasion et du roi sauveur une histoire de l'avènement au trône du fondateur de la XIIe dynastie. Il serait profitable que nous fussions moins parcimonieusement renseignés sur ce célèbre papyrus Golmixcheff, dePetrograd, dont on sait seulement" qu'il s'y trouve plusieurs compositions distinctes à la file, un traité de morale qui remplit les pages i à 6 du livre, puis une histoire assez obscure où paraissent les Asiatiques, l'Egypte du Nord, des ennemis, des combats, le roi Khiti. et qui va jusqu'à la page î :> , après quoi commence le récit qui nous intéresse et qui tient la fin du livre jusqu'à sa page 18. C'était, dit le texte, au temps du roi Snofrou , qui, ayant exprimé le désir d'entendre des histoires, se vit amener un savant homme, un prêtre de Baslit nommé Nofr-her, possesseur d'un livre qu'il déroula devant le roi et dont il fit une longue lecture; il y était question d'une année de famine, puis d'une incursion des Asiatiques, et, pour mettre fin à tous ces malheurs, de l'arrivée au trône du roi Ameni, fils d'une Nubienne, né à Nekhen, vainqueur des ennemis et dévastateurs du pays, Asiatiques (Amou)% Lybiens et autres rebelles, constructeur du a. Mur du Prince afin de ne pas laisser pénétrer les Asiatiques en Egypte (-2)».
(,) Très brièvement résumé par Goleniscueff dans A. Z., \k (187G), p. 107-111 ; un mot encore de Goleniscueff dans Bec. de travaux, i5 (1893), p. 88-89. Un fragment du livre sur un ostrakon publié par Ranke dans Gnessmasn, Alturiental. Texte und Bilder, I, p. ao4 et suiv.
(î> On a signalé souvent que la mention de ce Mur du Prince se retrouve, en termes identiques, dans l'histoire de Sinouhit, d'où il parait effectivement ressortir que cette fortification barrait ou surveillait la route d'Asie dans le ouadi Toumilal.
Le roi \111cni , (\^\ |J .21e jfc' Paraît ^en ^tre un des Amenemhat connus , non forcément Amenemhat Ier comme dit Ed. Meyer(1), mais certainement un des grands rois de la XIIe dynastie''21; de sorte que dans l'esprit du scribe ramesside, c'est une histoire du temps passé que celle où le roi intervient de cette manière. On est bien obligé d'admettre, cependant, et le scribe lui-même était obligé d'admettre que dans l'organisation de son roman, l'histoire d'Ameni était racontée au futur, puisqu'il en était donné révélation à Snofrou, le Pharaon memphite de la très antique époque. Mais ce n'est qu'un détail de forme narrative. L'important est qu'on trouve , dans cette œuvre de la XXe dynastie, la relation d'une restauration parles soins du roi sauveur avec toutes ses circonstances caractéristiques, la misère dans le pays, les Asiatiques et autres étrangers envahisseurs, et que le roi sauveur, cette fois, soit un Amenemhat de la fondation du Moyen Empire. Tout cela, malheureusement, nous ne pouvons guère que le supposer et l'induire, dans l'ignorance où nous restons de la presque totalité du texte.
Une circonstance d'un autre ordre, toutefois, est claire et certaine dans le récit, c'est l'intervention d'une prédiction : comme nous venons de le dire, les révélations du prêtre Nofirher à Snofrou sur l'histoire de l'avènement d'Ameni, concernent forcément l'avenir, et son mystérieux rouleau était un livre de prophéties. Par ce caractère, le conte de Snofrou et de Nofir-her s'apparente remarquablement avec une autre composition de la XXe dynastie, celle qui fait l'objet principal du conte de Kheops et des magiciens, au bien connu papyrus
<') Ed. Meyer, Gfisch. <l. Altertumê, I, u (édit. de ip,i3), S a8o »., a 97 n.
(,) Sur Ameni, nom royal do la XIIe dynastie, porté notamment par Amenemhat III, voir chez nous, précédemment, Monument» vi hutoiri etc., r.hap. n , Si.
Westcar. L'analogie des deux affabulations est signalée depuis longtemps (1); au papyrus Westcar, au lieu d'être Snofrou, le roi est Kheops, son successeur immédiat, et tout comme dans l'autre histoire, il veut que des choses merveilleuses lui soient racontées; divers lettrés paraissent devant lui, qui lui rendent compte d'épisodes extraordinaires accomplis au temps de plusieurs rois antérieurs, jusqu'à ce qu'un autre familier des choses cachées prenne la parole pour informer le roi de circonstances plus immédiates et d'un caractère beaucoup plus intéressant pour lui, parcequ'elles annoncent l'arrivée au trône des rois qui viendront après Kheops lui-même et ses successeurs les plus proches. La révélation est prophétique au moins en partie, comme on voit. En dehors du fait commun de l'emploi de cette forme d'exposé, une analogie plus profonde entre les histoires de Westcar et de Golenischeff ressort du rapprochement de l'objet principal du récit de part et d'autre : au papyrus Westcar, l'avènement miraculeux des rois de la Ve dynastie; au papyrus Golenischeff, l'avènement glorieux des Amenemhat de la XIIe.
Il nous faut considérer avec attention ces exemples d'intervention de la prédiction dans des récits du Nouvel Empire. Nous avons expliqué, précédemment, que la prophétie était apparue dans la littérature égyptienne à une époque relativement tardive, qu'elle existait certainement au ive siècle avant J.-C. et qu'on ne pouvait savoir à quel moment, au juste, et sous l'influence de quels événements, la forme littéraire qu'elle représente s'était constituée^. Ce que nous avons dit n'est tout à fait exact, on le voit maintenant, que si on limite la
M Voir notamment Maspero, Contes populaires, 3' édit., p. a3,qui restitue le début perdu de l'histoire du papyrus Westcar d'après le début, certainement très semblable, du papyrus Golenischeff. Voir également Maspero pour tous autres détails et bibliographies touchant le papyrus Westcar.
W Voir principalement, chez nous, Hyksôs, section I, chap. iv, S ni, Synthèse historique etc., section II, chap. iv.
considération de la prophétie aux œuvres d'une certaine espèce, la plus importante et la plus significative, à vrai dire, les compositions ayant pour objet la prédiction de bonheur qu'oo opposait à la réalité d'un présent malheureux ou troublé à quelque point de vue. Mais la prédiction se rencontre dès l'époque thébaine(1) dans des conditions différentes et de nature plus simple, qui n'apportent point la révélation d'événements heureux à attendre, et dans lesquelles l'intervention d'un prophète est un simple procédé littéraire pour amener la narration d'événements d'ailleurs nettement situés dans le passé. Tout cela bien observé, on doit se demander s'il n'est pas possible que dans l'évolution littéraire on ait passé d'une l'orme à l'autre, en d'autres termes, qu'à un moment donné on ait emprunté l'artifice delà prédiction, simple forme narrative jusqu'alors, et qu'on l'ait vivifié en reléguant la réalisation, pour le lecteur, dans les confins de Y avenir, conformément à l'esprit des apocalypses que nous connaissons bien par leurs spécimens égyptiens d'époque tardive, l'histoire d'Amenopis et du potier, l'histoire de Bokchoris et de l'agneau. Mais les formes intermédiaires nous manquent, et ces dernières prophéties à tendance nationale, politique ou religieuse, sont extrêmement éloignées de l'antique prédiction qu'on pourrait dire gratuite, et dont l'épisode s'intercale dans un récit entièrement passé et achevé. Cette forme simple, connue de la littérature pharaonique ancienne, parait se retrouver une fois, cependant, dans l'histoire manéthonienne du roi Amenophis et des Impurs; elle comporté, comme on sait, un épisode de prédiction (h; la forme purement narrative, qui pourrait remonter jusqu'au stade de L'élaboration des sources hiéroglyphiques.
(l> Happelons qu'il faut laisser de côlé, ici, les AdntotUlioM du papyrus connu (le Leyde, où plusieurs historiens veulent voir une composition prophétique, mais qui en réalité ne comporte rien de semblable : voir, riiez nous, Hyksôs, section I , rhap. i.
UN RÉCENT MÉMOIRE SLR LA PÉRIODE ENTRE LES XIIe ET XYllL" DYNASTIES.
Dès 1912, rédigeant le premier fascicule du nouveau Livre des Rois qu'il élaborait de concert avec Burchardt, Max Pieper avait été conduit à faire quelques remarques sur les rois de la période qui nous intéresse'1'. Il vient de leur donner une suite sous la forme d'un mémoire plus développé, toucha ni l'histoire de la «XIIIe dynastie »(2), qu'il nous faut examiner de manière à pouvoir conférer la méthode et les résultats de l'auteur avec les nôtres.
Pieper dit un mot, d'abord, du papyrus de Turin et de la mise en ordre des fragments, sur laquelle tout le monde est d'accord à cette heure(3). Touchant le premier roi de la "Mil dynastie», Khoutaouire au papyrus, il indique, très sainement, que le scribe a dû oublier le signe J, la véritable écriture du nom de ce roi nous étant connue par les papyrus de kahoun. Il signale, non moins justement, et tout à fait d'accord avec ce (pie nous avons exposé précédemment nous-méme, que le
W Ces observations de Pi epeii ont été signalées précédemment par imu*. Les Ilyksàs, Etudes et notes complémentaires, S II, I et J. Voir aussi Piipeb dans I. Z., 5o (1919), p. iao-131, et Bl-iicuardt et Piepkii, Handbuch d. aeg. Kônigsnamen , I (1912).
(*' Piepeii, Untenuchungm sur Geichichie der XIII. Dynastie, dans À. Z., 5i ( 191a) , p. 96-105.
M Un peu plus loin, il reprend la discussion de l'ordonnance des colonnes X, XI et XII du papyrus, toujours en complet accord avec les règles de rangement universellement acceptées aujourd'hui. — Le rangement des fragments du papj rus a donné lieu, postérieurement à 1900, à d'assez importantes discussions, dont nous avons résumé l'histoire précédemment. Synthèse historique etc., section II, chap. m.
SeVhemre-Khoutaotu Sebekhotep si longtemps admis au papyrus n'est pas à lire ainsi, et que le nom solaire qu'on rencontre à cette place paraît être le même que celui que porte le papyrus de Vienne jadis signalé par Brugsch (1). En ce qui concerne la lecture du nom, nous savons qu'elle est très probablement Sekhemre-Gergtaoui ; mais Pieper n'en juge pas de même. Examinant le papyrus de Vienne, en 1 90^ , il s'était rangé à la lecture Sekhemre-Aptaoui (avec ^) qui est celle que Brugscb, en tout premier lieu, avait indiquée, et qu'avait acceptée Wiedemann(2): aujourd'hui il déclare indubitable, notamment au papyrus de Turin, une lecture Sekhemre-
Houtaoui, © J ^ . Ces divergences n'influent en rien sur les
considérations historiques.
Voici qui est plus important. Pieper entreprend de classer les rois d'après les groupes naturels de noms royaux, invoquant, à l'appui de la méthode, les groupes de noms si caractéristiques que possèdent la XIIe dynastie et la XVIIIe, et tout à fait dans le même esprit qui nous dirigeait nous-même, au moment où nous discutions le principe d'un pareil classement d'après les caractères nominaux. Dans l'application, toutefois, Pieper procède d'une manière fort différente de la nôtre. Au lieu de considérer d'abord les noms divins, il commence par porter son attention sur les noms personnels, ou de deuxième cartouche, ce qui lui donne immédiatement deux grands groupes différenciés, celui des Sebekhotep et Nofirhotop, et celui des Ântefet
(') Voir précédemment, chez non», Monuments et histoire etc., chap. 1. S iv. Ce n'est pas la première fois que les observations de Pieper suivent et reproduisent les nôUvs à courte distance; il en a été ainsi déjà à propos de Skenenre Tioaé et de Toutimaios (renvois de la note t de la page précédente). Les rencontres de ce genre sont très heureuses; elles fournissent une sorte de garantie de la justesse des résultats obtenus d'abord.
l*> Pibpeii, Die Kônige Aegyptens tmisc)tên . . . , 190& , p. 3o; Wiebeiunn, Aeg, Geschichtp, 1KX6, p. 077; Bnnosr.11 dans A. Z., 1 876 , p. 3 (llieralischfr Papyrus zu Wien).
Sebekemsaf. Il s'occupe, d'abord, de la famille des Sebekhotep et Nofirhotep, dans laquelle la forme des noms solaires permet de séparer trois sous-dynasties, constituées, d'après le tableau même de l'auteur, de la manière suivante :
Sekhemre-Khoutaoui Sebekhotep Sekhemre-Souaztaoui Sebekhotep
Khasekhemre Noliiholep Khanofirre Sehekhotep Khahotepie Sebekhotep Khaankhre Sebekhotep
Mersekhemre Nofirhotep Merhotepre Sebekhotep Merkaoure Sebekhotep Merankhre Mentouhotep
Dans le premier sous-groupe. Pieper transcrit les noms solaires, non pas avec l'élément Sekhemreen tête, comme il est nécessaire, mais en faisant passer re à ta lin : S'fnii-lur-hirj-r\ &hm-8VDad-Uwj-r , suivant une manière de lire dont nous avons montré l'impossibilité (1), et à laquelle il se tiendra, bien entendu, pour ce qui concerne les noms solaires des Autel et Sebekemsaf. Mais il y a beaucoup plus grave, ici, (prune simple question de lecture. Qu'est-ce que ce Sekhemre-hw-Uwj Sebekhotep que Pieper inscrit au premier rang du tableau? On voudrait croire à une erreur de transcription, reconnaître
en lui le Sekheture- ^ Sebekhotep dont Pieper lit ainsi
le nom, à la 1. iy de la colonne VII du papyrus et au papyrus de Vienne. Mais non; Pieper ne nous laisse pas nous y tromper, il spécifie bien que de ses trois sous-dynasties, celle qu'il a inscrite en tête est effectivement la première chronolo-
W Voir, précédemment, Monuments et histoire etc., chap. i, S i. Rappelons que le vrai mode de lecture était déjà connu de Chabas, que Steindorfï le suivait dès 1895, et qu'Ed. Meyer s'y est rallié en 1909.
giquement, parce que les documents de Kahoun nous meurent que Sekhemre-Khoutaoui a été le successeur le plus proche de lu \ll dynastie. Le roi qui arrête notre attention, le premier du tableau de Pieper, est donc bien, dans l'intention de l'auteur, un Sekhemre- ^, et nous avons alors la grande surprise de voir que Pieper lui attribue un nom de Sebekhotep dans le deuxième cartouche. Incompréhensiblement, l'auteur retombe ici dans une très ancienne confusion dont nous avons fait l'histoire(1); signalée et rectifiée depuis plus de trente ans, on pouvait la croire devenue inoffensive, les tableaux antérieurs de Pieper lui-même en sont indemnes, et voilà qu'elle reparaît sous sa plume! Il suit de là, malheureusement, des conséquences sérieuses.
L'imaginaire Sekhenire-khoutaoui Sebekhotep, en effet, une fois placé en tête de la liste chronologique d'après le témoignage des papyrus de Kahoun , entraîne avec lui Sekhemre- Souaztaoui Sebekhotep préalablement inscrit dans la même « sous-dynastie r>; et cette sous-dynastie I, une fois fixée de cette manière, il faut la faire suivre immédiatement du sousgroupe II, Sekhemre-Souaztaoui étant voisin de Khasekhemre et de Khanofirre d'après les caractéristiques analogies de leurs scarabées paternels. Dès lors, le sous-groupe III ne peut trouver place qu'après II, et l'ensemble de la combinaison qui résulte de tout cela est en concordance avec le papyrus lui-même, où l'on trouve Sekhemre-Souaztaoui, khasekhemre et Khanofirre en succession immédiate au bas de la col. VII, suivis, aux premières lignes de la col. VIII, par Khahotepre, Mernolirre, Mcrliotepre et Mersekhemre.
La grosse erreur qui est au point initial de ce tableau n'empêche pas, comme on voit, ses éléments subséquents d'être, bien placés les uns par rapport aux autres : Sekhemre-
\Ionumenls ni histoire etc., chop. i, S iv.
Souaztaoui est bien le prédécesseur immédiat des kha-[X]-re, et les Kha-[Xj-re, nous le savons, sont immédiatement suivis des Mer-[X]-re. Ce n'est point là, c'est au début que la véritable chaîne historique est coupée, par suite de l'obligation où l'on s'est mis d'inscrire Sekhemre-Suuaztaoui Sebekhotep à côté d'un Sekhemre-Khoutaoui Sebekhotep fictif, considéré lui-même comme successeur immédiat de la XIIe dynastie; car Sekhemre-Souaztaoui, ainsi placé, est irrémédiablement séparé de ses voisins naturels, les autres rois Sekkemre, qui le précèdent immédiatement dans l'ordre historique tel qu'il s'est imposé à nous d'autre part.
Ces rois Sekhemre désunis de Souaztaoui, Pieper les trouve rassemblés dans la deuxième de ses grandes dynasties, celle des A nie f et Sebekemxaf. Il les classe en sous-groupes, comme il avait fait pour la dynastie précédente, d'après les analogies des noms solaires ; il considère en outre la parenté archéologique de leurs monuments, et leurs tombeaux de Drah abou'I Neggah(1). Comment, maintenant, la dynastie tout entière doitelle être placée historiquement ? On n'est pas libre de la considérer comme postérieure aux groupes, détaillés plus haut, des Sebekhotep et Xofirhotep, car les données généalogiques bien connues d'Elkab montrent que trois générations consécutives sont représentées par les rois dont les noms suivent'2' :
Sekhemre-Seshedtaoui Sebekemsaf, Sekhemre-Souaztaoui Sebekhotep , Khasekhemre Notirhote|>.
(l) Le plus grand nombre de ces tombeaux sont perdus, au contraire de e • que Pieper indique. Il est exact que le tombeau de Sekhemre-Sesbedtaoui est retrouvé, et que Mariette a découvert, jadis, celui de Noubkhopirre Antef; mais les tombeaux de Sekbemre-Smentaoui Thouti, de Sekliemre-Ouabkhaou Rabotep, de Sekhemre-Apmat et de Sekhemre-Harhcrmat, comment Pieper peut-il dire qu'ils sont connus ?
(s) Voir cbez nous, précédemment, Monuments et histoire etc., ebap. m.
M. R. WEII.L. 48
Cela met 1 historien dans une situation fort curieuse : Sekhemre-Souaztaoui, on l'a vu tout à l'heure, vient en tête de la « dynastie» des Sebekhotep et presque immédiatement après la XIIe dynastie, et il faut tout de même qu'au moins un roi de la « dynastie v des Sebekemsaf lui soit antérieur. Comment arranger les choses? Pieper supprime toute dilliculté, en concluant que la dynastie des Antef et Sebekemsaf, et la dynastie des Sebekhotep et Nofirhotep, ont été simultanées et parallèles.
Pieper semble ne pas avoir considéré que les Antef et les Sebekemsaf régnant à Thèbes même, tout comme les Sebekhotep, la simultanéité des deux familles est d'une impossibilité absolue. Pour appuyer l'idée de ce parallélisme, cependant, il se reporte au décret de Noubkhopirre Antef à koptos, qui prononce cette curieuse malédiction contre tout prince qui donnera aide à un certain fonctionnaire banni : il ne pourra pas devenir roi d'Egypte. Les personnages visés, chaque souten , chaque sekliem ar-f souten , et pouvaient» donc devenir rois d'Egypte ? Plus haut, déjà, l'auteur, à propos de Souaztaoui, de Khasekhemre et de Khanofirre, qui nous font connaître leurs parents simples particuliers, avait remarqué qu'on pouvait arriver au trône, à cette époque, régulièrement, malgré une extraction non princière. L'observation tirée du document do Noubkhopirre Antef est du mémo ordre, et Pieper en déduit cette conclusion assez surprenante, qu'au temps qui nous intéresse, l'Egypte était mie monarchie élective.
11 est inutile d'insister longuement sur le caractère abusif et injustifié d'une telle conception, et nous sommes assez renseignés sur les conditions de la royauté très divisée de l'époque des Antef, des Sebekemsaf et des Sebekhotep, pour interpréter la malédiction de Noubkhopirre de la manière simple qui est la plus naturelle et la plus convenable (l). Considéré dans
O Pour ce (|ui concerne le décret de Noubkhobirre Antef, voir chez nous, précédemment t Monument» ci hittoire i le, chap. iv, S u; chap, vin , S n.
l'en semble, cependant, le mémoire de Pieper ne semble guère nous apporter de lumières nouvelles; il faut seulement en retenir l'essai louable d'une classification historique d'après les faits historiques et les monuments, notamment d'après les groupes naturels de noms royaux. Dans l'exécution , l'auteur a échoué, gravement perturbé, à ce qu'il semble, par une erreur initiale portant sur un fait restreint, mais entraînant des conséquences dangereusement étendues.
TABLEAU DR LA CHAINE DES RELATIONS MONUMENTALES QUI ÉTA- BLISSENT OU VÉRIFIENT LA SUCCESSION DES ROIS TERRAINS DEPUIS LES PREMIERS ANTEF JUSQU'À LA VEILLE DU NOUVEL EMPIRE.
En opposition avec la combinaison impossible que Pieper nous propose et qu'on vient de voir, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à la longue analyse faite au cours des précédentes études, sur la base des renseignements historiques positifs, des affinités archéologiques et des analogies des titulatures royales, ces divers éléments d'information toujours considérés ensemble. Aux résumés historiques donnés précédemment (1), nous n'avons rien à ajouter. Mais l'histoire une fois établie, il ne sera peut-être pas inutile de mettre sous nos yeux, sous la forme d'un tableau succinct, une chaîne des relations qui confirment ou précisent le voisinage, de proche en proche, et l'ordre de succession des rois thébains de la période que nous avons étudiée. \on que les considérations antérieures doivent en tirer le bénéfice de quelque confirmation nouvelle; mais les liaisons de toute nature ressortiront plus
(,) Synthèse historique etc., section I, chap. i et n.
signifie» tivement, plus clairement, plus faciles à embrasser d'ensemble du haut en bas de l'échelle des contacts historiques dont elles sont les témoignages. Tous les rois ne ligureront pas dans le tableau qu'on va voir, qui n'est pas une liste pharaonique intégrale, mais une suite de repères chronologiques bien ordonnés, une sorte d'axe historique auquel les rois omis devraient être figurés comme reliés par des branches latérales : c'est ainsi que Sekhemre-Apmat entraîne avec lui Sekhemrc- Harhermat, son prédécesseur probable, que Sekhemre-Ouazkhaou a pour voisins obligés Sekhemre-Xofirkhaou Oupouaitemsaf et Sekhemre- Ouahkhaou Rahotep, qu'à côté do Sekhemre-Seshedtaoui nous aurions à inscrire Sekhemre- Smentaoui Thouti et Sekhemre-Sankhtaoui, qu'autour de klianofirre il faudrait accrocher en grappe, avec Aouabre llor, avec Khahotepre Sebekholep, leurs nombreux contemporains égyptiens ou rcHyksôs» dont nous connaissons l'existence. Dégagée des attaches de ces fils latéraux, la chaîne centrale des relations se présente ainsi qu'on le voit à la page suivante. Pour compléter ce tableau, il faudrait encore le relier aux repères les plus voisins eu avant et en arrière. Plus haut que les Antef on trouve, comme repère pouvant jouer ce rôle, le nom de Sekhemre-khoulaoui , qu'on sait avoir été le premier successeur de la XIIe dynastie, et qui ne peut précéder de 1res loin les autres Sekhemre de la série principale. Du côté de la XVIII? dynastie, la liaison s'établit par plusieurs voies différentes : d'abord, la considération des « Hvksôs» de la première époque, contemporains bien connus de khanofirre, prédécesseurs immédiats des Apopi-khian qu'on peut considérer comme contemporains des Mer-[\]-rc de Thèbes et qui ont été en guerre, à la fin, avec Skenenre TiouA; plus précisément, peut-être, les relations de certains noms solaires tels que celui • le >\rmalre. «Hyksôs» caractérisé du temps de Khanofirre, rencontré d'autre part sur de petits monuments mixtes avec
un certain Nofirhare (ou Nofirre), dont le nom reparaît sur un monument mixte d'une autre sorte avec celui d'un Pharaon
\ Grandes analo-
Sekliemre-Apmat Antef-à... \ Grandes analogies de leurs gies entre un
r cercueils. Noubkhopirre est J coffre de Se-
i le frère et successeur de f khemre-Ap-
Noubkhopirre Antef ) Sekhemre-Apmat [ mat et le cof-
i fre d'un roi
Iti pi i n i i 'i Sebekemsaf.
Un tils de (Juazkhaou, nomme v ,, , c, , , \ Noubkhopirre
bebekemsal, a peut-être I rr
... c i j I a pour lemme ete son successeur beshed- 1 r . „ une reine betaoui , , .
bekemsaf.
>af \ Appartiennent chronologiquement à deux générations consécutives. Seshedtaoui n'a pas do (ils, et Souaztaoui est d'extraction non princière. Apparition du nom de Aouhetabou, porté par une contemporaine de Seshedtaoui , puis par la mère, une lille et une nièce <!•• Sekhemrc-Souaztaoui .Sobck- / Souaztaoui.
hotep ] Appartiennent chronologiquement à deux générations consécutives. Analogies des scarabées du père et de la mère de ces deux rois, (ils tous deux de simples particuliers.
Khasekhemre Nofirhotci). . . . ( .«■ • , , . , . ÏT ,
1 \ v reres de père et de mère. Un monument mixte
à leurs noms. Grande analogie de leurs sca-
i rabées du père et de la mère.
Khanofirre Sebokhotep. . . .
I Grande analogie de c e r t a i ns sca ra b ée s leurs noms. ) de Khan oi firre et de
Khaankhre Sebekbotep j \ Mernofir-
re.
Mernofirre Ai i /
,r , . a • o i 1 1 • \ Analogie des scarabées
Merhotepre Ani-behekhotep. ; °
Mersekhemre Nofirhotep f Grandes analogies des sta-
( tues de ces trois rois ....
Merkaoure Sebekhotep )
Analogies des stalues, principalement d'une statue appartenante Khanofirre ou à Khaankhre avec les statues de Mersekhemre.
Ahmès (les deux rois sont Souozenrc Ahmès et Nofirkare Butpou, ou bien Souazenre Biiipou et Nojivhare Ahmès).
Les monuments mixtes jouent un rôle utile, comme on voit, dans ces chaînes de relations; nous venons de noter des mixtes khasekhemre-khanofirre , khanofirre-khaankhre, Nematre- Noiirkare (et Nofirre), Nofirkare-Souazenre (noms personnels Binpou et Ahmès). Rappelons que sur d'autres monuments analogues on rencontre Nematre avee Aouabre Hor (on sait, par ailleurs j que Aouabre et un Nematre sont proebes voisins, et qu'Aouabre Hor est très voisin de khanolirre), et Aouabre Hor avec le «Hyksôs» Kbakare, de l'époque de khanofirre, lui aussi. Au début de la XVIIIe dynastie, de la même manière, on trouve encore ensemble les noms de Nibpehlire Ahmès et de son fds Zeserkare Amenhotep Ier.
SUR L'EMPLACEMENT DES TOMBEAUX DES ROIS ANTEF ET SEBEKEMSAF DANS LA NÉCROPOLE THEBAINE.
Dans un intéressant mémoire publié en 19 1 5 , H. E. Winlock (1) s'est attaché à restituer un tableau de la nécropole thébaine du Moyen Empire, telle que nous commençons à la connaître par toutes les fouilles récentes dont celles de Naville à Deir El-Bahri , de Carnarvon et Carter, de Spiegelberg et Newberry, de Pétrie, dans la zone de Drah abou'l Neggah et de Gournah, sont les plus importantes. Parmi les précisions maintenant bien acquises sur la configuration et la topographie de cette vieille nécropole, une des plus remarquables concerne la situation des tombeaux des Antef de la XIe dynastie, dont le groupe comprend ce tombeau à* Antef aux chiens, jadis découvert par Mariette, mais insuffisamment repéré et si fàcheu-
C H. K. WiNLocK, The Theban uecropolis in the Middlê kiiy'dom, dans American Journal ofSmtitie language» «'le, X XXII (fascicule 1, octobre 1915).
sèment reperdu jusqu'aux découvertes modernes. D'autre part, on connaît maintenant la tombe d'Amenhotep Ier, découverte sur la colline même de Drah abou'l Neggah. Ces deux points, la tombe à' Antef aux chien* et celle d'Amenhotep ïer, sont intéressants pour nous parce qu'ils figurent dans la liste des dix tombeaux anciens inspectés, comme nous savons, par les enquêteurs du papyrus Abbott, et qu'en les comptant, nous possédons à présent, sur le terrain, quatre des dix monuments visités. Ne pourrait-on induire de la liste, dès lors, quelque indication sur la situation des tombeaux encore inconnus? Cela serait d'importance pour l'histoire et l'archéologie de la période qui nous occupe, car ces tombeaux , jamais trouvés ou perdus depuis une première découverte, sont ceux de Noubkhopirre, de Sekhemre-Apmat, de Skenenre, de Ouazkhopirre et d'un certain Ahmès au nom complexe.
Reprenons la liste, précédemment analysée (,), du procèsverbal d'inspection qu'on trouve aux pages a-3 du papyrus Abbott. Les tombeaux sont ceux de :