III. Les Kha-\X\-re. Outre les rois de la famille principale
de Thèbes, bien connus par les monuments, et qu'on trouve
au papyrus du n° 2 3 au n° 27, la liste possède encore :
Khakherou(?)rew de Turin (n° 59), Kha. . .re de Turin (n° 84).
On songe que ce dernier nom pourrait être celui de Khaousirre, dont nous avons noté, antérieurement ('2), les scarabées tantôt «hyksôs», tantôt beaucoup plus nettement <r pharaoniques 5? ; ou bien celui de Khakare, ou encore celui de Khakhopirre, dont on connaît les scarabées exclusivement du type exotique (3).
IV. Les Mer-[X]-re de Thèbes. Ceux des monuments, nous l'avons vu, se rencontrent au papyrus dans la tranche, en grande partie perdue d'ailleurs, qui va du n° 29 au n" 65. Y joindre deux noms :
Merkhopirre de Turin (n° 4 A), Mernezem. . .re de Turin (n" 34),
à l'exclusion d'un autre nom encore, Merzefaoure du n° 62, qu'il vaudra mieux inscrire, un peu plus loin, avec les autres noms du papyrus qui comprennent l'élément zefaou.
V. Les Tet-[X]-re de Haute-Egypte. Ceux des monuments sont omis, ou à peu près complètement perdus au papyrus, qui nous apporte, cependant, un nom de plus :
Tetkheroure de Turin (n° 77).
W Nous avions transcrit simplement Kha. . .re. Il semble que le nom soit à lire 0 — ■*- Y -**- Khakheroure. , ou bien Q -*- 1 -*- hhamatliourr.
(2) Monuments et histoire etc. , chap. vu , § v.
'3> Pour Khakare, voir chez nous, précédemment, Hyksôs, Etudes et notes complémentaires, S ni, E, et Monuments cl histoire etc., chap. vu, S v. Quelques scarabées encore de Khakare seront donnés plus loin, voir présents Compléments, chap. ii, n05 26 et 27 de nos reproductions. Pour Khaousirre, Hyksôs, Et. et notes compl.,% m, C.
\ I. Les S-[X]~fMV> On se i*iij>p«:Ile que les rois des monuments dont le nom solaire est de ce type, se rangent dans deux groupes historiques très distincts, une famille thébaine (Skenenre Tiouâ, Souazenre, Souahenre Senbmaiou) et certains rois du Nord ou tthvksôs» (Skhaenre, Sousirenre khian). Notons qu'il faudrait adjoindre à la série, d'après les monuments, un roi encore, Sno/irenre d'un scarabée(1), dont la place la plus probable est au voisinage de Skhaenre. Ce nouveau roi ne serait-il pas à reconnaître dans le nom mutilé Snofir. . .re de la table de Karnak, que nous avons enregistré un peu plus haut (§ i) à côté des séries S-[X]-ka-re et S-[X]-ab-re? Outre cela, nous savons que la table de Karnak possède tout le groupe de la famille thébaine, et nous avons noté depuis longtemps qu'il y avait lieu d'y joindre :
Snekhtenre, de Karnak et de la table de Marseille.
Ajouter encore, maintenant :
Sottazenrr (deuxième do ce nom) de Karnak, Skhopirenre de Turin (n° 7<>), Sankhenre Senbtou de Turin (n° 8i),
ce dernier remarquablement apparenté avec le Souahenre Senbmaiou monumental.
VII. Les cent roitelets contemporains de Khanotirre Sebekhotep en Basse et en Moyenne-Kgvpte , peut-être en Haute- Egypte; Egyptiens véritables, ou Asiatiques par leurs noms, ou exotiques seulement par le caractère de leurs scarabées du type d'Anra. Parmi tous ces personnages, les caractères nominaux permettent de définir trois catégories : les | \]-ka-rc, les [X)-<r/>-re et les Asiatiques. Avec les deux premières, il con-
<'* Musée de Miramar : RimsCH, Aeg. Omkmdltr, pi. a6, n° 8, p. 391. On enregistrera encore ce nouveau Snolirenre plus loin, aux addenda documentaires du cliap. ni, 0, 8 3.
viendra de considérer aussi les rois Nematre des scarabées de la même espèce.
1. Les [JTj-ÀY/-re (Nofirkare, Khakare, Khopirkare), seulement connus par leurs petits monuments du type a1' Aura. Joindre à leur groupe :
Senbkare de Turin (n° 63), Ankhkarede Turin (n° 85), Nezemkare (?) de Turin (n° 9).
2. Les [À ]-ab-re, pharaoniques véritables ou Aura ( Aouabre Hor, Ouahabrc Ia-ab, Matabre, Nofirabre). A leur série, il convient d'abord d'adjoindre deux rois des monuments encore, un certain © m ■#■ Menabre , connu par ses scarabées(1), et le Hotepabre Amou d'une inscription des environs d'Assiout que nous avons notée depuis longtemps (2) : ayant inscrit le roi, provisionnellement, dans une série toute différente, nous observions, en même temps, que sa place pourrait être à côté des Aouabre et Ouahabre contemporains des Sebekhotep, et c'est bien cette dernière situation qui semble être la vraie.
De ces rois divers, le papyrus possède, on le sait, Ouahabre
Ia-ab, Aouabre (écrit Aoutouabre, n° i5), et aussi, moins
souvent signalé , Nofirabre , au n° 8 2 . Nous recueillons en outre :
Aoutouabre (deuxième de ce nom) de Turin (n° 70), Harabre de Turin (n° 71), Nezemabre de Turin (n° 12).
3. Nematre des scarabées Aura. Ce sont peut-être des Nematre — on lit quelquefois , pour l'un d'eux , iSibmatre — que ces deux rois au nom mutilé que le papyrus possède :
. . . matre Ib de Turin (n° 5a ) , . . .matre de Turin (n° 55).
O) Le nom avec ou sans le cartouche, parfois accompagné d'hiéroglyphes décoratifs : une demi-douzaine de scarabées notés et bibliographies par Gauthier, Roi$, II, p. io/i-io5.
W Voir Monuments et histoire etc., chap. 11, S 1.
li. Les Asiatiques, Iakeb, Iakeb-her, Sousirenre Khian et autres princes Khian de divers scarabées de la période d'Anni ou des monuments pharaoniques de la période consécutive. Le papyrus ne possède aucun des noms monumentaux, mais il leur correspond, dans sa1 liste, une collection de noms exotiques, nettement asiatiques dans quelques cas, qui remplissent la fin de la partie conservée du document :
Nib... de Turin (n0?),
Pen-n-set-n-Sept. . . (?) de Turin (n° ?), Scb . . . re de Turin (n° 127), . . . &a[re] Anati de Turin (n° i34), . . ,Aw[re] Bebnem de Turin (n° i35), Iininiib. . . de Turin (n° ?).
(Prennent place ensuite, au papyrus, les Apopi connus par les monuments.)
Tous les rois qu'on vient de voir ainsi classés, répartis et inscrits à la suite des diverses familles monumentales, il ne reste plus, au papyrus, un très grand nombre de noms non attribués encore. Mettons sous nos yeux ces noms sans affectation, ceux du moins assez bien conservés pour présenter une forme intelligible; groupons-les d'après leurs analogies mutuelles :
Sezef. . . re n° 16 Merzefaoure n° 62 Nibzefaoure n° 64 . . .zefaoure n° 68 Nibfaoure n° 60
I Nibsenre n° 72
\Seliebre n" 61
Ou boire n° 53 ()iibi-iire n° 65 Oubenre n° 69
Nibiriaoutourc n° 9 4 Nibiriaoutoitre n° 95
\Re-Nofirtoum n° 79
Les six derniers noms ne semblent se référer à aucune série historique connue, et l'on croirait même que ce ne sont, ni des noms royaux, ni même des noms de personnes. Rc- Nojîrloum est le nom d'un dieu. Nibvriaoutowe semble être un de ces pseudo-solaires que nous connaissons bien, obtenu en inscrivant le signe du soleil en tête d'un certain nom, Nib-irinoulou, et ce dernier, nom propre ou titre, «Seigneur dv Iriaouloun, semble convenir beaucoup plus à quelque dieu qu'à un homme. De même, n'est pas un nom royal la formule Ouben-Re ; qu'on l'ait parfois inscrite dans le cartouche, pour en faire une sorte de titulature illusoire, cela est confirmé par la tablette bien connue de Nimroud'1', dont on sait d'ailleurs que ce n'est pas un nom royal qu'elle porte. Voici donc six fois, au papyrus, d'assez certains exemples de nom» royaux illusoires. Où ont-ils été pris tout d'abord ? Nous verrons passer, au chapitre suivant, sur les scarabées de la période il inra que nous examinerons encore, un très grand nombre de noms pseudoroyaux, introduits par le signe solaire ou sans le signe solaire, plus ou moins semblables à des noms royaux véritable*, peutêtre, en réalité, noms de particuliers présentés dans un cadre fantaisiste, ou même simples formules de cachet, compositions pseudo-hiéroglyphiques dénuées de tout sens précis et jouant le même rôle qu'une décoration pure. Il est très vraisemblable que ce sont de petits objets de ce genre qui ont fourni au premier compilateur, source ancienne de la liste du papyrus, les noms illusoires dont nous remarquons la présence.
Un autre Pharaon imaginaire est Nebsenrc, dont le nom,
<l) Tablette d'ivoire Layard, avec [ I Ç I ^ 1 -, bibliographie dans Wibdkhann, Aeg. Getch, Suppl. tJ>. 3l. ^ ^
©-^P^ au papyrus, est remarquable par l'évidence et la simplicité du mécanisme de sa fabrication. Gomme il existe, au temps du Nouvel Empire, un nom d'bomme Nebsenw, on voit clairement que Ncbscnrc est un pseudo-royal du type le plus frappant, obtenu en inscrivant simplement le signe du soleil en avant d'un nom ordinaire. Le scribe du papyrus est assez coutumier de ces « solarisations » irrégulières, et nous avons noté, antérieurement, la forme Sebek-nofrou-re qu'il impose au nom de la reine de la fin de la XIIe dynastie, et surtout la détestable forme Se-Hathor-re sous laquelle il a cru devoir noter le fils — qui ne fut jamais roi — deKhasekhemre Nofirbotep (2). Mais qu'est-ce que ce Nibsen du Nouvel Empire venait faire, dans l'esprit du scribe, parmi les prédécesseurs des Apopi? On est tout à fait tenté de croire à une confusion, ou plutôt, à un cas de transcription mauvaise et approximative, lorsqu'on se rappelle que les scarabées Anra nous ont apporté, dans le cartouche régulier, un nom d'écriture indécise , mais dont la forme la plus simple et peut-être la plus normale est ©> — ^PJ,W' Nesenbre^, et qui pourrait bien, sous celte forme ou une forme voisine, avoir été le document original du compilateur; récriture Nebsenre qui nous est transmise serait née sous la main
(i) <v /~~* I I ( -v H 11, etc. de divers monuments connus du
Nouvel Empire (Maspero dans Mémoires Mission française Caire, I, p. 57A ; Florence 1802, Leide V-ft5, etc.). Le nom se rencontre dès le début de l'An-
cien Kmpire, écrit ^^ I I*-~~aV|^, I »f.
(s) Rappelons, cependant, que de ce type irréppdier de noms solaires, on connaît des spécimens historiquement indéniables : Nibtaouire de la XI0 dynastie, qu'il faut lire Re-Nihtaoui , le Re-Khoutaoui que nous connaissons bien, Svbeh-nofiron-re elle-même sur certains monuments, Re-Sebelchotep de nominaux scarabées et d'un bloc de pierre. Voir pour tout cela, chez nous, Monument» cl histoire etc., ebap. I, S m; chap. vu, S v.
W Voir Hyksôs, Etudes el notes complémentaires, S ni, B, n"" 11 et 1 a. Un troisième scarabée portant le mémo cartouche sera encore vu plus loin, présents Compléments, chap. 11, n° là de nos reproductions.
d'un copiste, influencé parla connaissance d'un nom d'homme habituel à son époque.
Le nom voisin Schcbre est singulier par la concision de sa forme en «S-[2]-n?,, tout à fait insolite et comme amputée de quelque élément terminal; pour lui trouver des analogues, il faut aller chercher les scarabées Nofirre que nous connaissons(1), certains scarabées Khopirre qu'on verra au chapitre suivant, et surtout un curieux nom ©(1J Snoftrre, construit exactement comme Schebre, qu'on a la chance de rencontrer sur un scarabée encore (,J). On voit que cVsl également aux scarabées \nvn, comme les précédents, que le nom de Sehebre se réfère.
Reste encore le groupe des noms formés avec l'élément zefa , et qu'on rencontre, sauf un seul, du n° Go au n" 68 de la liste. On ne voit pas bien à quelle famille ni à quels monuments les rattacher; placés connue ils sont dans la liste toute» fois, et où qu'on veuille mettre les personnages eux-mêmes en Egypte, il semble qu'on ne se trompera pas en voyant en eux de petits princes analogues à tous ceux qu'on vient de passer en revue.
Si nous récapitulons maintenant tous les noms du papyrus que l'on vient, au précédent §vn et ensuite, de classer avec les groupes royaux contemporains des Sebekhotep do Thèbes, nous verrons qu'à part un petit nombre (nos 9, 19, 16), les noms enregistrés sont ceux d'un groupe compact de la liste, du n° 5-j au n° 72, où l'on ne remarque d'autre intercalation que celle de Nehsi m" 58), d'ailleurs roi du Nord d'après ses monuments, et qu'au delà du n° 73 les autres noms enregistrés (n°' 79, 82, 85, 9/1, 95) se présentent entremêlés avec des noms d'apparence méridionale (Skhopirenre et
(1' Voir Monument» et Itistuire etc., chap. vin, Si.
W N° 8068 de Berlin : Pitrib, flixl. tectrabë, n° 3Ao.
Tetkheroure des n08 76 cl 77, les Sekhemre des n°* 80, 90 à Q9, 98), avant de former un autre groupe compact vers la lin. immédiatement avant les Apopi. Ces trois tranches de la liste ont déjà été reconnues dans l'ensemble, au cours de la première analyse du document à laquelle nous avons procédé; nous avons cru reconnaître, dès lors, qu'après le groupe thébain très caractérisé du n° 22 au n° 5i (?) — les kha|X]re, puis les Mer[X]re, et peut-être les TetfXlre, — venait un groupe septentrional, allant du n" 5a au n" 7.3(?), qu'ensuite commençait un autre groupe de rois du Sud, s'étendant jusque vers le n° 100, au delà de quoi un dernier groupe septentrional remplissait toute la fin de la partie conservée de la liste. Cette esquisse paraît se confirmer dans ses grandes lignes; nous sommes en mesure de préciser, seulement, la définition, la nature historique des groupes, particulièrement de ce groupe très homogène qui va du n° 5a au n°7y (ou quelque peu au delà) et que précédemment nous avons appelé septcnti-iotiol. Plus exactement, il est constitué par des noms de scarabées de Y époque r/' [nra, Nombre de petite princes cités de la sorte avaient certainement été des r Rois du Mord», et la présence parmi eux du Nehsi du Delta en est une vérification: mais ils sont groupés là. non comme rois du Nord, mais comme Pharaons d'une catégorie spéciale, disséminée peut-être du haut en h;is de l'Egypte, cl qui CSl celle des contemporains obscurs et innombrables de Khanofirre Sebekhotep.
Il ressort de là que nos vues premières sur l'organisation de la lisle doivent être rectifiées. Où nous avions cru voir une succession, par alternance, de familles thébaines et de familles du Nord, il semble maintenant y avoir autre chose. Le groupe 22-5i reste thébain, mais comment constitué? D'abord les rois principaux de la famille Kha[Y]re; puis khaholepre et Ouahabre Ia-ab, qui sont de leurs contemporains secondaires; puis les MerfXlrc, autres Thébains voisins, très effacés, et
peut-être les Tet[X]re de Haute-Egypte, historiquement très proches; après quoi, voici que viennent les rois des scarabées Aura du groupe 62-72, autres contemporains des Sebekhotcp en Basse-Egypte et ailleurs. On dirait, en somme, que du n° 22 au n° 72 il y a une seule période historique, celle des Sebekhotep de Thèbes, avec la prise en note successive des rois de la famille principale et de ceux des groupes secondaires qui ont existé à la même époque.
Le scribe du papyrus, qui n'était sans doute qu'un copiste, n'avait aucunement conscience de tout cela; il ne délimitait même plus les groupes distincts les uns des autres à l'origine. Les documents que ce rédacteur copiait ou compilait devaient d'ailleurs être arrivés à un degré d'altération et de désordre déjà grave. Au delà du n" 75 reparaissent des rois du Sud, nous l'avons rappelé, pêle-mêle avec des princes de scarabées Anra et des noms royaux illusoires; et c'est dans cette confusion qu'on rencontre enfin les Sekhemre. Que les Sekhetnre-[X] historiques, rois Antef et Sebekemsaf antérieurs aux Sebekhotep, soient repoussés jusque-là dans la liste, cela reste entièrement inexplicable, et ressort finalement comme le plus sérieux désordre, la grosse énigme que le document comporte, dans l'état où le rédacteur de la XXe dynastie a été en mesure de nous le transmettre.