‹ La fin du paganisme (volume 2)Chapitre 110 sur 126 · Hera'txeroii. X · texte numérisé non relu

Hera'txeroii. X

l'œil sur son modèle; il le suit pas à pas et semble heureux quand il peut n'y presque rien changer, ce qui arrive souvent. M. Ebert fait remarquer que, jusque dans les modifications qu'il lui fait subir, il est encore un imitateur scrupuleux, et qu'en s'éloignant de la lettre il reste fidèle à l'esprit. Ciccron s'était donné la tâche d'ajiproprier le beau traité de Panœtius au caractère romain ; saint Ambroise a voulu faire du livre de Cicéron une œuvre chrétienne : c'est donc une entreprise semblable qu'ils ont essayée tous les deux'. Mais à travers ces quelques changements, le fond de l'ouvrage subsiste et l'essentiel de la morale stoïcienne se retrouve. C'est encore le stoïcisme qui fait les frais de quelques-unes des lettres que saint Ambroise écrit à son ami Simplicianus. Il y reprend pour son compte les paradoxes de l'école — le sage seul est riche — le sage seul est libre, etc. — Il prouve qu'ils sont aussi conformes aux préceptes du christianisme qu'aux doctrines des philosophes % et les développe de telle manière qu'on croirait lire Sénèque. L'antiquité classique est partout dans ses ouvrages, même dans ceux où l'on s'attend le moins h la Irouver. Q^innd il prononce, dans sa cathédrale de Milan, l'oraison funèbre du jeune Valentinien, il songe à son frère Gratien, qu'il avait aussi tendrement aimé; le souveuir des deux pauvres princes, morts si misérablement, à la fieur de leur âge, lui rappelle le sort de Nisus etd'Euryale, et Virgile, qu'il traduit sans façon en prose, lui sert à les pleurer dignement : Deati ambo, si guid meae orationes ralebunt ! vulla (lies vos silentio prœteribit, etc.\ Pour consoler une

1. Voyez Ebcrt, Hisloire de la litlér. latine chrélienue , p. 170 (Irad. IVançaisc). — 2. Epist., 57 et 5S. — 5. De Obitu Valentiiuaiii. 7<S.

sœur qui vient (le perdre son frère dans des cireonslanees tragiques, il ne trouve rien de mieux que de reproduire une partie de la lettre que Servius Sulpicius écrivit à Cicéron après la mort de sa fille, et il se trouve que ce beau passage, où la vue des ruines enseigne à un sage du paganisme la fragilité des choses humaines, est devenu chrétien sans peine et qu'il se trouve tout à fait à sa place dans une lettre d'édification écrite par un évéque'. Ne soyons pas surpris que saint Ambroise éprouve si peu de répugnance à introduire ainsi l'antiquité classique dans des sujets chrétiens ; il professe une théorie complaisante qui rassure tout à fait sa conscience. Selon lui, tout ce que l'antiquité a de vrai et de bon provient des livres sacrés. Pythagore était, dit-on, un juif de naissance; dans tous les cas, il a dû lire Moïse'; ainsi des autres. On admire chez les anciens poètes des éclairs de sagesse et de vérité : ils leur sont venus de Job ou de David, qui sont bien plus anciens qu'eux''. On peut donc puiser sans remords à ces sources antiques ; elles découlent de la Bible par des chemins qu'on ne connaît pas. Un chrétien qui en fait usage n'emprunte pas des richesses étrangères, il reprend chez les autres ce qui lui appartient.

Quand des hommes comme saint Ambroise, saint Jérôme et saint Augustin, de grands évoques, des docteurs illustres, se trouvaient amenés à professer ces maximes et (ju'ils donnaient l'exemple d'employer l'antiquité profane à établir les vérités religieuses, qu'on juge ce que

1. Epist.., 39. — 2. Episl., '28. — 5. Epist., Zl : Quaiilo antiquior Job? Quanto veluslior David? Agnoscant ergo de nostris se habere qusecunque prseslanliora locuti suiit.

des chrétiens plus lièdes, de simples laïques devaient faire. Dans ces conditions, il était naturel qu'une sorte de fusion s'accomplit entre ces éléments d'origine différente qu'on faisait servir au même dessein, et c'est ce qui ne manqua pas d'arriver. Sans doute quelques scrupules ont dû se produire encore chez les gens timorés, comme il y en avait dans les cloîtres, et qui cherchaient toujours quelque raison de se tourmenter'. Mais leurs plaintes ne furent pas écoutées; et, comme elles n'allaient pas jusqu'à proscrire l'ancien système d'éducation, et que tant qu'a duré l'empire la façon d'élever la jeunesse est restée la même, on peut dire que les influences de l'école vinrent sans cesse fortifier et accroître ces éléments étrangers qui, depuis cinq siècles, ne cessaient de s'infiltrer dans le christianisme et qu'il essayait de s'assimiler.

1. Vovez, pour ces dornièrcs résistances, Comparelli, Virgitio nel mcdio ew, I, p. 107 cl sq.

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