‹ La fin du paganisme (volume 2)Chapitre 62 sur 126 · Prudence, Perist · texte numérisé non relu

Prudence, Perist

les classes étaient remplis de paganisme, et le maître chrétien à qui l'on défendait d'en faire usage, était réduit à abjurer sa religion ou à quitter l'école. Sans doute il dut s'en trouver quelques-uns qui cédèrent : il leur était si dur de renoncer à un métier dont ils tiraient tant d'honneur et tant de profit; mais il y en eut aussi qui tinrent bon. Des grammairiens, des rhéteurs célèbres, Yictorinus, en Italie, Musonius et Proérèse, en Orient, descendirent de leur chaire plutcM que de trahir leur foi*.

Importance du livre dans l'éducation. — Tentative des Apollinaires. — On revient à l'étude des ouvrages païens. — Pourquoi les chrétiens n'ont pas l'idée d'étudier la littérature dans les livres saints et les auteurs ecclésiastiques. — Le traité de la Doctrine chrélienne de saint Augustin.

La tentative de Julien dut attirer l'attention de l'Eglise sur une des conditions essentielles de l'enseignement, dont elle paraît s'être peu préoccupée jusque-là : elle lui montra l'importance du livre. Nous venons de voir que dans l'école on ne se servait que de livres pleins de paganisme, et que c'était un grand danger pour les jeunes gens qui professaient d'autres croyances. A la vérité le maître, quand il était chrétien, ne les commentait qu'avec mesure et discrétion ; il pouvait, tout en admirant la forme, glisser quelques réserves à propos du

1. Voyez sur Vicloriims saint Aiig.. Confess., VIII, 5; sur Musonius, l'iiiioslratc, Vila Mdes; enfin, sur Proérèse, saint Jérùme, Cliron., anno 366. Saint Jérôme dit que Julien avait proposé à Proérèse de ne pas lui ajipliquer sa loi et de lui laisser sa cliaiie sans condition, mais que Proérèse ne voulut pas accepter.

fond, et mettre ainsi le remède auprès du mal; mais le mal subsistait toujours. D'ailleurs il était au pouvoir d'un prince partisan de l'ancien culte de les confisquer au profit de sa religion, comme venait de le faire Julien, et, en défendant aux chrétiens de s'en servir, de leur rendre l'enseignement impossible. Il fallait donc trouver quelque moyen de procurer aux chrétiens des livres dont on ne put pas leur enlever l'usage. C'est ce qui fut essayé par les Apollinaires, le père et le fils, deux savants hommes, dont l'un était grammairien, l'autre rhéteur, à Laodicée, en Syrie. Le père traduisit en vers la Bible; il composa un poème épique de vingt-quatre chants avec les événements qui vont jusqu'au règne de Saiil; du reste il fit des tragédies sur le modèle d'Euripide, des comédies à la façon de Ménandre, des odes imitées de Pindare. Le fils mit les Évangiles et les écrits des apôtres en dialogues qui reproduisaient ceux de Platon ^ On pense bien que cette littérature improvisée n'était pas de force à tenir tète aux chefs-d'œuvre de l'art antique, qu'elle avait la prétention de remplacer. Les Apollinaires devaient avoir plus de facilité que de talent, et, pour accomplir avec succès ce qu'ils se proposaient de faire, il aurait fallu du génie. Ce n'est pas d'un ouvrage quelconque que le maître a besoin pour le commenter dans sa classe: il lui faut des livres qui s'imposent à l'admiration de la jeunesse et puissent lui servir de modèles. Or ces livres ne sont pas de ceux qui se fabriquent à volonté et en ([uelques mois; c'est le temps seul qui les consacre, et ils sont toujours assez rares. C'est à peine s'il en reste deux

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