De Doct. christ., IV, i. — 2. II, 7. — 5. II
LE CHRISTIA.XISME ET LES ECOLES. 2i5
retournèrent chez eux, enlevèrent les vases d'or des Egyptiens pour les consacrer au service de leur Dieu? C'est ainsi qu'ont fait les plus grands docteurs de l'Eglise; ils sont venus à leur foi nouvelle avec les dépouilles de l'ancienne. « De combien de richesses n'était pas chargé, en sortant de l'Egypte, ce Cyprien, qui fut un si éloquent évêque et un bienheureux martyr ! Combien en emportèrent avec eux Lactance, Victorinus , Optât, Hilaire, pour ne pas parler des vivants? Combien en ont ravi ces illustres chrétiens de la Grèce' ! » Saint Augustin approuve leur conduite. Ce grand conservateur trouvait juste que ce que l'ancienne société avait de bon ne pérît pas avec elle ; il souhaitait qu'on en sauvât non seulement « les institutions sages, dont on ne peut se passer », mais tous ces trésors de poésie, d'art et de science, qui avaient répandu tant de charme dans la vie; du moment qu'on les employait à la gloire de Dieu, il ne voyait aucun crime à les garder.
Dans la seconde partie de son livre, saint Augustin se demande comment un clerc qui possède l'intelligence des Écritures, pourra la communiquer aux autres. C'est ici surtout qu'il se trouve en présence de l'éducation qu'on donnait dans les écoles de l'empire et qu'il est amené à en dire son sentiment. Le prédicateur ne doit pas se contenter d'instruire; il faut qu'il plaise et qu'il touche : c'est précisément ce que la rhétorique se pique d'enseigner. Mais convient-il qu'un orateur chrétien se serve de la rhétorique? Saint Augustin n'éprouve aucun scrupule à le lui conseiller. Puisque c'est un art qu'on
If. Kl.
2k6 LA FIN DU PAGANISME.
emploie tous les jours pour soutenir le mensonge, qui oserait dire qu'il ne faut pas le mettre au service de la vérité? Ne serait-ce pas une folie de laisser cet avantage à ceux qui propagent les fausses doctrines de charmer et de toucher les gens qui les écoutent? « Le talent de la parole étant à la disposition de tout le monde, des méchants comme des bons, pourquoi les honnêtes gens ne s'appliqueraient-ils pas à l'acquérir, puisque les malhonnêtes s'en servent pour faire triompher l'erreur et l'injustice*? » Mais où doit-on chercher la rhétorique? iJ'aboi'd dans les écoles oîi elle s'enseigne. Saint Augustin n'est pas un ennemi de cet enseignement dont il avait été nourri. Il veut seulement qu'on s'y livre quand on est jeune ; plus tard, on aura mieux à faire. Cependant il ne le croit pas tout à fait indispensable, et il indique les moyens de s'en passer. « Celui qui a l'esprit pénétrant et vif, nous dit-il, deviendra plus facilement éloquent en lisant ou en écoutant parler ceux qui le sont, (|u'en s'attachant aux règles des rhéteurs ^ » D'autres l'avaient dit avant lui ; mais voici la nouveauté. Les livres qu'il conseille de lire pour se former à l'art de la parole ne sont pas les chefs-d'œuvre classiques; quelle que soit leur perfection, il suppose que celui qui se destine au ministère sacré n'a ni le temps ni le goût de les parcourir; aussi ne veut-il pas l'arracher à l'étude des livres saints qui doit faire désormais l'occupation de sa vie; mais il prétend qu'ils ne lui apprendront pas seulement
1. IV, 2. — 2. IV, ô. Tacile soutient la même opinion, dans son Dialogue des orateurs. Saint Augustin a discuté à j)lusieurs reprises, dans son livre, l'ulililé des règles de la rliétorique et l'a fait à cliaque fois avec une admirable sagacilc Vovez surtout H, Til. et IV. ">.
la saine doctrine et qu'ils lui enseigneront encore l'éloquence. Il est donc conduit, pour le prouver, à faire voir que ceux qui les ont composés, apôtres ou prophètes, sont de grands écrivains aussi bien que de grands docteurs de la foi, que sans le vouloir et sans le savoir, ils ont respecté ces règles « que les rhéteurs font sonner si haut et payer si cher', » et qu'on peut en trouver des modèles chez eux, comme chez les auteurs profanes.
Ce n'est pas une opinion qu'on puisse énoncer sans preuve. Pour en démontrer la vérité, saint Augustin prend un passage du prophète Amos, un pâtre, un condacleur de troupeaux, comme il s'appelle lui-même; il l'analyse en grammairien subtil, appelant à son aide les souvenirs de son ancien métier. Il v trouve trois périodes de deux membres qui se répondent entre elles, et des images dont la hardiesse et la beauté lui semblent incomparables. Il applique la même méthode aux EpUres de saint Paul. Il y montre des exemples de cette figure qu'on appelle, dans les classes, échelle ou gradation, des phrases symétriquement balancées, des périodes à plusieurs membres, enfin tout l'appareil de la rhétorique. Ce n'est pas que saint Paul l'ait jamais apprise ou s'en souciât; mais l'éloquence étant chose naturelle, ceux à qui le ciel la donne ne savent pas pourquoi ils la possèdent. « Quand la sagesse marche devant, l'éloquence la suit comme une fidèle compagne, sans qu'on ait besoin de l'appeler pour qu'elle vienne ^ » De saint Paul, saint Augustin descend aux auteurs ecclésiastiques des derniers siècles. Là, on sent qu'il est plus à l'aise; il n'a pas