‹ La fin du paganismeChapitre 11 sur 112 · Tacite, Ann,^ III, 43. — 2. Pline, Epist.^ IX · texte numérisé non relu

Tacite, Ann,^ III, 43. — 2. Pline, Epist.^ IX

SAINT PAULIN DE NOLE

jamais aimés et vénérés, saint xMartin de Tours. C’était un Pannonien d’origine, mais qui s’était fait Gaulois de cœur. A force de vivre dans notre pays et de s’y attacher, de parcourir les campagnes et de fréquenter le petit peuple, il en avait pris tout à fait le caractère. Cet ancien soldat était fort illettré, ce qui n’empêche pas que toute une littérature soit née à côté de lui et de son inspiration. Les écrits oîi l’on raconte sa vie, les lettres qui rapportent ses paroles, les vers où l’on célèbre ses actions, nous donnent de lui l’idée d’un saint qui ne ressemble pas à ceux des autres pays, qui reflète nos meilleures qualités, et dans lequel nous retrouvons notre race et notre sang. La France n’existait pas encore, et pourtant Martin est un saint français.

C’est surtout dans les ouvrages de Sulpice Sévère qu’il faut étudier saint Martin. Personne ii’a présenté comme lui cette curieuse figure avec son caractère véritable dans tout son relief. Sulpice Sévère était un homme riche, du meilleur monde, qui avait reçu une excellente éducation. Il s’était fait à Toulouse, dès sa jeunesse, une grande réputation dans le barreau et paraissait destiné aux premières fonctions de l’État. Malheureusement, au moment où tout lui souriait, il perdit sa jeune femme, qu’il aimait tendrement, et, regardant ce malheur comme un avertissement du ciel, il alla consulter saint Martin, qui lui donna le conseil de quitter le monde. Il renonça donc sans hésiter à sa position, à sa fortune, à ses espérances d’avenir politique ; il se retira dans une de ses maisons de campagne, où il vécut avec des amis et des disciples comme dans un monastère. Cependant, jusqu’au milieu de cette retraite pieuse, dans le dévot et le moine le lettré survivait. Les souvenirs de son éducation profane, le plaisir qu’il avait trouvé à lire les grands écrivains et à les imiter ne s’effaçaient pas de son esprit : tout le temps qu’il ne donnait pas à la prière et aux bonnes œuvres était consacré à écrire. A la vérité, il nous dit qu’il veut écrire sans façon et « qu’il s’est décidé à ne pas rougir

des solécismes qu’il peut commettre^ Ce serait pour un lettré le triomphe de l’humilité chrétienne; mais on s’aperçoit ^ite qu’il n'est pas aussi négligé qu’il le prétend et qu’il fait le moins de solécismes qu’il peut. Son style au contraire est soigné, correct, agréable, plein de ces coquetteries d’expressions qu’on ne rencontre que lorsqu’on les cherche. Par un lan de dévotion, on renonce à sa situation, k sa fortune; il est beaucoup plus malaisé de renoncer kson esprit. Quand on en a, on veut le montrer : c’est un désir auquel Sulpice Sévère ne résiste pas toujours, et personne, excepté lui peut-être, ne songera à le lui reprocher.

Les écrits de Sulpice Sévère sont presque tous consacrés à saint Martin. Il le célèbre de toutes les manières; il raconte sa xie, il exalte ses vertus, il fait ressortir l’originalité de son caractère en l’opposant à des saints étrangers. Dans ses Dialogues, il suppose qu’un moine de ses amis, Posthumianus, grand voyageur, et qui revient de l’Orient , lui raconte ce qu’il a vu ou ce qu’il a entendu dire des solitaires de l’Égypte. C’était alors un grand sujet de curiosité et d’admiration pour toute la chrétienté. On était bien loin de l’époque où Tertullien, pour défendre les chrétiens du reproche qu’on leur faisait d’être inutiles à l’État, les opposait aux brahmanes et au gymnosophistes, et disait qu’eux au moins n’habitaient pas les forêts et qu’ils n’entendaient pas être des « exilés de la vie, non sumus silvicolæ et exules vitæ^ )). Les chrétiens s’étaient mis, depuis un siècle, k imiter les gymnosophistes et les brahmanes; ils habitaient les déserts, ils peuplaient les solitudes; les uns s’y précipitaient par dévotion et pour être plus rapprochés de Dieu dans la retraite, d’autres espéraient y fuir les calamités d’un monde travaillé de toutes sortes de misères et qui se sentait périr. Les vies des pères du désert, publiées par Rufin, el répandues dans tout l’Occident, enflammaient les

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