Epist,, 106 (éd. Yallarsy
SAINT PAULIN DE NOLE
Personne peut-être ne les avait plus malmenées que le fougeux saint Jérôme : « Que veulent ces misérables femmes [miser æ millier culæ), disait-il, chargées de péchés, qui se laissent tourner à tous les vents des opinions, qui apprennent toujours et n’arrivent jamais à savoir la vérité ^ )) Mais ce n’est là qu’une boutade de cet esprit capricieux et violent; en réalité il se méfie si peu de leur intelligence, qu’il trouve naturel qu’elles abordeni les problèmes les plus obscurs. Il veut qu’elles soient élevées comme les liommes, il leur recommande de lire les œuvres de Cyprien, les lettres d’Athanase et les livres d’Hilaire de Poitiers; il approuve même qu’on leur enseigne l’hébreu pour mieux saisir les difficultés des livres saints. Et, quand une de « ces misérables femmes » le consulte sur quelque doute qui l’inquiète, il met tant d’empressement à lui répondre qu’on lui reproche quelquefois sa complaisance, et qu’on le blâme d’aimer mieux discuter ces graves questions avec « le sexe faible )) qu’avec les hommes.
C’est ce qui ressort aussi de la correspondance de saint Paulin. Elle montre que personne n’était surpris de voir les femmes prendre part à ces discussions théologiques qui semblaient devoir leur être étrangères. Les lettres qu’il envoie aux plus grands évêques, aux plus illustres docteurs, pour leur communiquer ses opinions ou ses doutes, sont toujours écrites au nom de Thérasia comme au sien. Qu’il les adresse à saint Augustin ou à saint Jérôme, aussi bien qu’à son vieil ami Sulpice Sévère, on y lit toujours cette suscription touchante : Paulinus et Thérasia peccatores; et, quand ils lui répondent, ils ont grand soin de dire que la lettre est pour tous les deux. Suivant l’usage de ce temps, quand Paulin était entré dans les ordres sacrés, il ne s’était pas séparé de sa femme; mais ils n’avaient plus conservé ensemble que des rapports fraternels : c’est ce qu’il expliquait en disant « qu’ils