‹ La fin du paganismeChapitre 17 sur 112 · Epist · texte numérisé non relu

Epist

étaient toujours unis, mais d’une autre façon, qu’ils restaient les mêmes et qu’ils étaient changés ». Jusqu’à sa mort^ Thérasia garda sa place à côté de celui qui avait été son mari,, et il semblait que saint Paulin, pour empêcher qu’on n’oubliât la compagne de sa retraite, prît plaisir à rappeler son nom dans toutes ses lettres. Saint Jérôme a exprimé avec beaucoup de bonheur le rôle nouveau de la femme dans cette situation délicate. Il disait à un Espagnol qui avait imité l’exemple de saint Paulin : « Vous avez avec vous celle qui était autrefois votre compagne dans la chair, et qui ne l’est plus que dans l’esprit; c’était votre épouse, vous en avez fait votre sœur; c’était une femme, elle est devenue un homme; c’était votre sujette, elle est maintenant votre égaler » Voilà bien la manière dont saint Paulin parle toujours de sa femme dans ses lettres; elle est tout à fait son égale. Il ne l’a pas seulement associée à ses œuvres pieuses, elle participe à toutes ses pensées, et, quand il écrit pour poser aux autres quelque question ou pour résoudre celles qu’on lui a posées, le nom de Thérasia accompagne toujours le sien.

La correspondance de saint Paulin ne ressemble pas tout à fait à celle des Augustin et des Jérôme; il ne pouvait passe permettre, comme eux, d’interpréter les livres sacrés ou d’expliquer les mystères du dogme. L’élève d’Ausone était resté surtout un lettré élégant et un orateur agréable. « Si à cette éloquence et à cette sagesse, lui disait saint Jérôme, vous pouviez joindre l’étude et l’intelligence des Écritures,, vous seriez le premier de nous^. » Mais il les connaissait médiocrement, et sa nature ne le portait pas à en pénétrer les profondeurs. Il a du reste le sentiment de ce qui lui manque.

(( Je ne suis encore, dit-il à saint Augustin, qu’un petit enfant qui ne sait pas marcher seul^ » ; et il lui demande son aide pour se soutenir. La théologie lui réussit moins qu’aux autres

d. Epist,, 71. — 2. EpisL, 49 et 50. — 5. id., 4.

SAINT PAULIN DE NOLE

docteurs de cette époque, et d’ordinaire il s’en tient éloigné; il s’occupe plus volontiers de la morale. Ses lettres, pleines de foi et d’onction, quelquefois spirituelles, avec un tour malin qui rappelle l’homme du monde, eurent de son temps un succès qui l’étonna. Tillemont trouve « qu’elles divertissent beaucoup plus quelles n’instruisent )). Elles divertiraient davantage, si elles étaient un peu moins verbeuses. Ce défaut n’a pas tout à fait échappé à l’auteur, qui le signale sans pouvoir l’éviter. Il paraît un jour très surpris qu’on les trouve trop courtes : « Quant à moi, répond-il, elles me semblent beaucoup trop longues. » Une autre fois, sentant qu’il n’en finit pas, il se reprend lui-même avec une aimable bonhomie. ({ Mon frère, dit-il, je m’aperçois que je bavarde, nimh gar^ rio, (rater : i^entio^. »

M’aime bien mieux ses vers, et lui-même assurément prenait plus de plaisir à les composer qu’à écrire ses grandes lettres sérieuses. La poésie fut toujours son faible secret. 11 en avait pris le goût à l’école d’Ausone en lisant les œuvres des anciens et celles de son maître. 11 continua d’écrire en vers après sa conversion, mais il lui fallut beaucoup changer de méthode. Il crut devoir renoncer à la mythologie et ne plus chanter que des sujets chrétiens. Cependant il ne pensa pas qu’il fût nécessaire de cesser d’admirer le passé et de se priver entièrement des ressources de l’art antique. Il a exprimé toute sa pensée à ce propos dans une lettre importante, mêlée de prose et de vers, qu’il adresse à Jovius, l’un de ses amis. Ce Jovius, qui était un bel esprit et un homme riche, avait eu la chance de recouvrer, dans des circonstances extraordinaires et inattendues, une grande somme d’argent qui lui avait été volée. Comme il était de ces lettrés de l’école d’Ausone, chrétiens de naissance, païens d’imagination et de souvenir, il avait attribué son bonheur à la Fortune et l’en avait remerciée. Paulin lui écrit pour

Page 1