Hamartlgenia
LE POETE PRUDENCE
nité, qui espère la guérir de ses tristesses en la délivrant de la mort et des dieux ; et cette tendresse d’âme, qui se montre partout, est peut-être la source la plus abondante de sa poésie. Il me semble qu’on trouve quelque chose de semblable dans les poèmes dogmatiques de Prudence. Ce n’est pas seulement un discuteur et un raisonneur; le théologien, chez lui, n’a pas étouffé l’homme. 11 ne lui suffit pas d’atteindre à cette sérénité paisible que donne au savant la conquête de la vérité, il en jouit avec des effusions de joie qu’il veut communiquer aux autres. Personne n’a mieux goûté que lui le bonheur de croire; aussi veille-t-il sur ses croyances comme un avare sur son trésor. Il ne permet pas qu’on y touche, et il a, quand il lutte pour elles, un accent personnel et passionné. On sent bien, lorsqu’il défend la divinité du Christ, qu’il combat pour sa propre cause, et lui-même ne cherche pas à le cacher :
Cum moritur Christus, cum Débiliter tumulatur,
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Il s’emporte contre ceux qui en font une ombre ou un fantôme, et non un homme véritable : il veut qu’il soit mort et ressuscité, non pas en figure et par métaphore, comme le prétendent les manichéens, mais en pleine réalité, parce que sa résurrection est le gage et le garant de la nôtre, et qu’elle nous assure qu’après notre mort nous revivrons comme lui : « Je sais que mon corps doit ressusciter en Christ : pourquoi veux-tu que je me désespère? Je suivrai la route par laquelle il est lui-même revenu, vainqueur de la mort. Voilà ma croyance : et je reviendrai tout entier; je ne serai ni autre que je suis ni moindre; j’aurai l’apparence et la force que je possède aujourd’hui; je ne perdrai ni une dent ni un ongle, et la tombe, en se rouvrant, me revomira comme elle m’a pris.... Et maintenant, ô mes membres, chassez toute terreur, moquez-vous