V, 483. — 2. II, 520. — 5. Vlîl
i.A FIN DU PAGANISME.
attaquent sans ménagement ceux qui gouvernent le monde. Leurs vers sont pleins de protestations violentes contre la domination romaine. C’est peut-être ce qui en fait le principal mérite pour nous; les vaincus, les opprimés, y ont déposé leurs plaintes, et ils sont le seul souvenir qui nous reste des haines qu’a soulevées le grand empire. Les actes officiels conservés par les inscriptions, les discours des rhéteurs, les vers des poètes de cour, renferment à toutes les pages la glorification de Rome ; nous avons ici le cri de colère et de vengeance des victimes qui ne sont pas résignées à obéir. Il faut rendre cette justice aux poètes sibyllins qu’ils n’ont pas varié dans leurs sentiments. Avant même d’avoir subi le joug des Romains, ils détestaient Rome. Son pouvoir n’était encore qu’une menace lointaine, ses légions n’avaient pas paru en Lgypte et en Syrie que déjà ils la signalaient à tout le monde comme le grand ennemi et le grand danger L Naturellement ils la détestèrent davantage quand ils l’eurent connue de plus près. Le monde une fois conquis, les imprécations redoublent. Tous ces poètes, divisés souvent d’opinion, et qui appartiennent à des religions différentes, s’accordent dans la haine qu’ils ressentent pour Rome, dans la joie qu’ils éprouvent à lui annoncer qu’elle sera punie et à décrire d’avance son châtiment. « Malheur, malheur à toi, lui disent-ils. Furie, amie des vipères! tu t’assiéras, veuve de ton peuple, le long du rivage,... méchante ville qui retentissais des chants de fête, garde le silence. Dans tes temples, les jeunes filles n’entretiendront plus le feu qui
brûlait toujours; tes autels n’auront plus de sacrifices Tu
baissèras la tête, superbe Rome; le feu te dévorera tout entière, tes richesses périront, les loups et les renards habiteront tes ruines, tu seras déserte et comme si tu n’avais jamais été% » Loin d’être ému de cette grande catastrophe, le poète y applaudit et l’appelle ; il souhaite y assister, il est impatient de jouir