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de ce spectacle : « Quand aurai-je le plaisir de voir ce jour terrible pour toi et pour toute la race des Latins ! ^ »
Ces grands éclats de colère nous paraissent d’abord un peu surprenants : c’est l’opinion générale que les peuples vaincus se sont assez vite résignés à la domination de Rome; on suppose qu’ils étaient heureux de faire partie de ce vaste empire, défendu par une administration vigoureuse contre l’anarchie intérieure, protégé par la vaillance des légions contre les menaces de l’étranger; on accorde une confiance entière à tous les témoignages de reconnaissance que le monde prodiguait à ses maîtres pour le bien-être et la paix qu’ils faisaient régner partout. Voici pourtant des voix discordantes dans ce concert d’acclamations.
Il y avait donc, au milieu de cette satisfaction générale, des gens qui se plaignaient, qui détestaient les Romains, qui prévoyaient et souhaitaient la ruine de la ville éternelle ! Il faut assurément tenir compte de ces plaintes, mais, pour ne pas leur accorder trop d’importance, remarquons que ces mécontents viennent de la Syrie et de l’Egypte, c’est-à-dire de pays que Rome ne s’est jamais bien assimilés. Cette race légère de a petits Grecs )) , qui s’était abattue sur tout l’Orient après Alexandre, qui avait pris les défauts des pays nouveaux qu’elle habitait sans perdre les siens, était restée surtout vaniteuse et insolente. Comme elle avait conscience de ses qualités, qu’elle se sentait si souple, si vive, si propre à tout^, elle se croyait supérieure à ces lourds Romains dont elle était forcée de subir le joug. Tout en les flattant beaucoup, elle ne les aimait guère, et ne résistait pas au plaisir de les déchirer, quand elle pouvait le faire sans péril J’ajoute que les auteurs des chants sibyllins n’étaient pas , seulement des Syriens et des Égyptiens, c’est-à-dire des gens
1. YIII, 151. — 2. Græculus esuriens in cœlum, jusseris, ibit. —
5. Sénèque dit de EÉgypte qu elle mettait son esprit à dire des impertinences de ceux qui la gouvernaient, in contumelias 'præfectorum ingeniosa provincia [Ad Helv., 19, 6), et nous savons que la populace d’Antioche se permit un jour de se moquer d’un empereur au théâtre et devant lui.
qui habitaient des provinces mal disposées pour Rome; c’étaient des juifs ou des judæo-chrétiens, qui avaient à venger leur foi outragée. Dès lors leur violence s’explique. Les haines religieuses sont seules capables de ces emportements; seules aussi elles peuvent donner à ceux qu’elles possèdent une opiniâtreté d’espérance que rien ne peut décourager. Les juifs et les chrétiens, victimes de la force, avaient remis leur vengeance à Dieu, et ils attendaient avec une confiance inébranlable ce jour annoncé par leurs prophètes où leurs ennemis devaient être exterminés. Ils étaient si convaincus de cette catastrophe prochaine qu’ils en voyaient partout des signes manifestes et qu’ils en fixaient hardiment la date. Quand cette date était passée sans avoir amené l’événement prédit, ils se contentaient d’en reculer le terme et recommençaient à l’attendre avec la même intrépidité. V Apocalypse de saint Jean nous montre combien ils se croyaient sûrs, à la mort de Néron, de tenir leur vengeance. Les guerres civiles et les désordres de tout genre qui troublèrent alors l’empire semblaient leur donner raison : l’antéchrist allait paraître, déjà les fléaux commençaient à se déchaîner sur les peuples, et le monde ne pouvait pas tarder à être déiruit et renouvelé. Tout se remit pourtant, et l’empire sortit plus fort de cette crise. La confiance des sibylles n’en fut pas ébranlée. Pendant qu’autour d’elles on paraissait croire que Rome s’était rajeunie avec la dynastie nouvelle, elles persistaient à prédire que la fin des choses approchait. L’éruption du Vésuve, qui produisit partout un grand effet, les confirma dans leur opinion. (( Quand les entrailles de la terre italienne, disaient-elles, seront déchirées, quand la flamme s’élancera jusqu’au vaste ciel, consumant des villes, faisant périr des hommes et remplissant l’air immense d’une nuée de cendres obscures, quand les gouttes tomberont d’en haut, rouges comme le sang, reconnaissez alors la colère du Dieu céleste qui veut venger la mort de ses justes*. »