Comparetti, Virgilio nel medio evo, p
LE POÈTE PRUDENCE
partagent l’opinion de M. Comparetti regrettent que la poésie chrétienne n’ai pas marché dans la voie où la poussait Commodien; mais je crois qu’on ne l’aurait pas suivie. Pour attirer les gens du monde au christianisme, il fallait le leur présenter sous la forme et avec les ornements auxquels ils étaient accoutumés. C’est ce qu’a fait Prudence, et il avait le sentiment que son œuvre n’était pas inutile. Il nous dit, dans son épilogue, qu’aux derniers jours d’autres plus heureux présenteront à Dieu leurs vertus et leurs charités, tandis que lui, qui n’est qu’un pauvre et qu’un pécheur, ne pourra lui offrir que ses vers; mais il ajoute qu’il espère bien que Dieu ne leur fera pas un mauvais accueil, et qu’il lui sera tenu quelque compte d’avoir chanté le Christ.
Il avait bien raison de le croire. Une doctrine ne peut pas se contenter d’avoir le peuple pour elle; tant qu’elle n’a pas conquis les classes éclairées, sa victoire reste incertaine. S’il est vrai, comme je le pense, que les poètes chrétiens aient achevé de réconcilier le christianisme avec les lettrés, qu’ils aient amené à ses doctrines les gens qui étaient ses ennemis déclarés ou qui ne lui appartenaient que du bout des lèvres, ils lui ont rendu un grand service.