V, 59. — 2. IV, 72. — 5. IV, 58, 59, 05; IX
LA SOCIÉTÉ ROMAINE
route, et de leur donner, s’il le faut, l’hospitalité dans ses terres pendant les mois d’hiver; ils se remettront en chemin avec le printemps h
A mesure que l’époque des jeux approche, les inquiétudes de Symmaque augmentent ; il a beau avoir pris les précautions les plus minutieuses, tout ne lui réussit pas comme il le voudrait. Un de ses amis lui a fait cadeau de quatre quadriges; mais sur les seize chevaux, cinq sont morts en route, et les autres paraissent malades®. Au dernier moment, des animaux et des vêtements précieux, qu’on s’était chargé d’expédier, manquent^. Les cochers et les comédiens qu’on attend ont débarqué, dit-on, sur les côtes de Campanie; mais, depuis ce moment, ils ne donnent plus signe de vie, et l’on ne sait ce qu’ils sont devenus : il faut envoyer au plus vite des gens sur leurs traces^. A la veille presque de la fête, il n’est venu que quelques pauvres bêtes à demi mortes de fatigue et de faim ; les ours ne sont pas arrivés, et l’on n’a pas de nouvelles des lions^ Enfin, les crocodiles débarquent à la dernière heure. C’est un animal rare, dont Ammien prétend que les Romains étaient fort curieux. Malheureusement ceux qu’on a envoyés à Symmaque s’obstinent à ne pas vouloir manger; on ne peut pas les garder, comme on le voulait, pour le dernier jour, et il faut les tuer tous à la fois, de peur qu’ils ne meurent de faim®. Restaient les gladiateurs; c’étaient des prisonniers saxons, gens de race vaillante, sur lesquels Symmaque comptait beaucoup pour le succès de ses jeux. Mais ces hommes de cœur ne voulaient pas paraître dans l’arène, et le matin du jour où ils devaient servir aux plaisirs du peuple romain, vingt-neuf d’entre eux s’étranglèrent les uns les autres. Ct fut un coup cruel pour Symmaque, et il avoue qu’il eut besoii de toute sa philosophie pour le supporter. Comme c’était ui
1. IX, 20, 24. — 2. Y, 56. — 3. IX, 15. — 4. YI, 42. — 5. II, CG — 6. YI, 43.
savant homme, il se souvint a propos que Socrate avait coutume de dire qu’il faut prendre en bonne part tout ce qui contrarie nos désirs ou nos projets et croire que le hasard fait mieux nos affaires que nous-memes. Il s’appliqua donc cette belle morale et parvint ainsi à se consoler de ce fâcheux contretemps.
On voit par cet exemple que, jusqu’aux dernières années du IV® siècle, les combats de gladiateurs avaient gardé toute leur vogue. Constantin, dans la ferveur de sa foi nouvelle, avait voulu les abolir. « Ces spectacles oîi le sang coule, disait-il dans une de ses lois, ne me plaisent pas^ » Mais ils plaisaient beaucoup au peuple, et sa loi ne fut pas respectée. Les empereurs eux-mêmes ne se firent pas scrupule de la violer. Nous les voyons, en 384, après une victoire, envoyer à Rome des prisonniers sarmates réservés aux plaisirs du peuple de Mars. Symmaque, se faisant encore l’interprète de la reconnaissance publique, les en remercia solennellement. Sa lettre respire une joie barbare et se termine par le vœu de voir les spectacles de ce genre se renouveler souvent^. Il est évident qu’il n’en voyait pas la cruauté. Le courage de ces Saxons qui se tuèrent plutôt que d’être traînés dans l’arène ne lui inspire que cette réflexion : « Je ne veux plus entendre parler de ces misérables qui sont plus méchants que Spartacus! » C’était sans doute un esprit éclairé et une âme douce, mais il avait trop l’amour du passé pour condamner d’anciens usages. Quand on avait tué beaucoup de bêtes et d’hommes et que l’amphitéâtre Flavien ruisselait de sang, il lui semblait que les beaux jours de la république allaient recommencer. D’ailleurs ses croyances religieuses étaient ici d’accord avec son respect des traditions antiques : les jeux lui paraissaient la meilleure manière d’honorer les dieux. Quelques années plus tard, un chrétien, le poète Prudence, dans un ouvrage où il répondait précisément