Cod. Theod., XV, 12, p. 1. — 2. X
LA SOCIÉTÉ ROMAINE
à Symmaque, e::primait le désir qu’on fit enfin cesser ces tueries et qu’il ne mourût plus personne dont la mort fût un spectacle et un plaisir public :
Niillus in orbe cadat cujus sit pœna voluptas.
Ce vœu fut exaucé, et, vers cette époque, les spectacles de gladiateurs cessèrent dans tout l’empire.
Ce que les lettres de Symmaque nous apprennent de la vie privée au IV® siècle. — Le grand monde de Rome. ' — Les devoirs de politesse. — L’amour des lettres. — A Rome. — Dans les provinces. — Chez les soldats et les barbares. — Existence somptueuse des grands seigneurs. — Les voyages. — Symmaque dans sa famille.
Les lettres de Symmaque, qui sont si discrètes à propos des affaires publiques, nous fournissent un peu plus de détails sur sa vie privée. Ce n’est pas qu’il prenne beaucoup de plaisir à nous les donner : quand il parle des autres ou de lui, il ne s’attarde guère aux confidences ; il dit ordinairement les choses d’une manière vague et obscure, et tourne court le plus vite qu’il peut. Mais enfin on peut se servir de ce qui lui échappe pour prendre au moins quelque idée de la manière dont vivaient, chez eux et avec leurs amis, les grands seigneurs de ce temps.
Ici encore, ce qui frappe d’abord, c’est que la société du iv^ siècle ressemble d’une manière surprenante à celle de l’époque de Trajan. Au fond, c’est le même monde, qui a un peu vieilli, mais qui n’a pas beaucoup changé; l’existence, à la regarder du dehors, y paraît à peu près la même. C’est
LA FIN Dû PAGAîVISTtlE.
toujours une nécessité pour un grand seigneur, issu d’une noble race, et qui remplit des emplois publics, d’avoir autour de soi un cortège d’amis et de clients. Tous les matins, selon le vieil usage, ils viennent le saluer * ; ils l’accompagnent quand il sort^. a A Rome, dit Symmaque, il n’y a pas de plus grand honneur que d’être entouré de beaucoup de monde^. » Le client est donc tenu à fréquenter son patron et à lui rendre souvent hommage; en échange, le patron s’occupe des affaires du client et le recommande à ses connaissances et à ses amis, quand il a besoin d’eux. Cicéron n’y manquait pas, et nous voyons que les lettres de recommandation remplissent tout un livre, le plus long, de sa correspondance familière. On en rencontre aussi beaucoup, et de fort bien tournées, chez Symmaque; il avoue même, dans un moment de franchise, qu’il les accorde trop aisément à ceux qui les lui demandent : quelques-uns les obtiennent par leur mérite, d’autres par leur importunité^. Ce qui l’empêche de s’en vouloir beaucoup de cette complaisance, c’est qu’après tout, c’est un devoir de politesse auquel un homme qui sait vivre peut difficilement se soustraire^.
Voilà pour la façon extérieure de vivre : c’est tout à lait celle des siècles précédents. Si nous allons plus loin, si nous essayons de pénétrer, avec Symmaque, dans l’intérieur de cette société, les différences nous surprendront davantage. Il est probable que nous la trouverons bien moins agréable que celle dont Pline nous entretient. Les gens distingués n’y manquent pas, mais leurs relations semblent avoir quelque chose de moins aisé, de plus pédant qu’autrefois. Symmaque est un homme parfaitement bien élevé, un sénateur irréprochable, qui
1. Il est question de ces visites du matin dans Orientius, II, 100. — 2. Voyez, sur ccs cortèges qui encombrent les rues, Ammien Marcellin, XIY, 6, 16. — 3. VI, 32, freqvxntia quæ sola Romæ honorahilis judî^ catui\ — 4. II, 82. — 5. II, 91 : humaniiaüs inierest commendaiiQ* nem deferre vosceniibus*
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fait assaut d’égards et de prévenances avec tous ses collègues ; il est décidé à respecter scrupuleusement toutes les règles de la politesse, ce qui n’est pas très facile, car avec le temps ces règles sont devenues très compliquées et fort assujettissantes, i^line le jeune fait cette remarque très juste que, dans le cours de la vie mondaine, toutes les journées, sur le moment, paraissent très remplies, tandis qu’à distance elles semblent vides :
(( Vous demandez à quelqu’un : Qu’avez-vous fait aujourd’hui? Il vous répond : Je suis allé dans une maison oîi un enfant prenait la robe virile; j’ai assisté à des fiançailles ou à des noces ; un de mes amis m’a prié de venir signer son testament, un autre de prendre part à un conseil dé famille. Ce sont des choses dont il semble qu’on ne peut pas se dispenser, le jour où on les fait ; mais lorsqu’on songe qu’on les fait tous les jours, on ne peut s’empêcher de les trouver bien inutiles, encore plus lorsqu’on s’en éloigne, et l’on se dit alors : Que de temps j’ai perdu à des occupations futiles ! ^ )) 11 est vraisemblable que ces jours perdus étaient plus fréquents encore à l'époque de Symmaque qu’à celle de Pline. C’est le propre d’une société désœuvrée que les petites choses y prennent de plus en plus d’importance; l’habitude fait bientôt un devoir impérieux des obligations de politesse, et elles finissent par occuper le meilleur de la vie. On voit bien qu’elles tiennent beaucoup de place dans l’existence de Symmaque et de ses contemporains. Symmaque se croit obligé de demander pardon quand il manque d’assister à un contrat de fiançailles^; lorsqu’un optimale meurt, il reste trois jours enfermé chez lui en signe de deuil, « non pas qu’il veuille s’acquérir ainsi une bonne renommée, mais parce qu’il est raisonnable de faire pour un collègue ce qu’on voudrait qu’il fît pour vous^ )). Il se soumet de bonne grâce à ces conventions mondaines; elles lui semblent fort respectables, pres([UG