‹ La fin du paganismeChapitre 42 sur 112 · VII, 3 et 2. — 2. V · texte numérisé non relu

VII, 3 et 2. — 2. V

LA SOCIÉTÉ ROMAINE

que nous ajoutons foi si facilement à ceux qui nous disent du mal d’elle. 11 y a surtout deux contemporains, Ammien Marcellin et saint Jérôme, qui ont pris plaisir à la maltraiter; et, comme ils appartiennent à deux partis contraires, il nous paraît naturel de penser que, puisqu’ils s’accordent, ils ont dit la vérité. J’avoue pourtant que leur témoignage m’est suspect. Ammien a consacré aux sénateurs de Rome deux longs chapitres de son histoire^; mais ces chapitres ont, dans son œuvre, un caractère particulier : on s’aperçoit, lorsqu’on les lit avec soin, qu’il a voulu composer des morceaux à effet, dont le lecteur fût frappé, et que, dans ces passages, qui ne ressemblent pas tout à fait au reste, il est plus satirique et rhéteur qu’historien. Comme ces causeurs brillants qui se sentent écoutés, il s’anime et s’excite lui-même par l’espoir des applaudissements; il aiguise une épigramme en ajoutant une malice, et n’hésite pas à exagérer sa pensée pour rendre sa phrase plus frappante. Que nous dit-il d’ailleurs que nous ne sachions d’avance? Il nous apprend, ce qui ne nous étonne guère, qu’il y a dans ce grand monde beaucoup de très petits esprits : des sots qui se croient des grands hommes parce que leurs flatteurs leur ont élevé des statues; des vaniteux, qui se promènent sur des chars magnifiques, avec des vêtements de soie dont le vent agite les mille couleurs; des glorieux, qui parlent sans cesse de leur fortune; des efféminés, que la moindre chaleur accable, (( qui, lorsqu’une mouche se pose sur leur robe d’or ou qu’un petit rayon de soleil se glisse par quelque fissure de leur parasol, se désolent de n’être pas nés dans le Bosphore Cimmérien » ; des athées, qui ne sortent de chez eux qu’après avoir consulté leurs astrologues; des prodigues^ caressants et bas quand ils veulent emprunter de l’argent, insolents lorsqu’il faut le rendre, et d’autres personnages de cette sorte, qui se retrouvent partout. A- côté de ces travers, qui nous paraissent en somme

Page 1