‹ La fin du paganismeChapitre 47 sur 112 · Infelix putat illuvic cœlesiia pasci · texte numérisé non relu

Infelix putat illuvic cœlesiia pasci

tianisme. Mais ils n’ont pas voulu, ou n’ont pas osé la montrer, et dans leurs paroles pleines de réticences cal ulées on sent de sourdes cidères qu’ils ont peine à retenir. Parmi ces onnemis plus secrets, mais non moins décidés, du christianisme, je mets en première ligne Macr obe.

Autant qu’on peut le conjecturer, Macrobe était un personnage important qui remplit des fonctions administratives au commencement du v® siècle ^ ; c’était encore plus un lettré, un érudit, et il est probable qu’il devait sa fortune politique a sa réputation littéraire. Nous sommes tentés aujourd’hui de trouver que ce grand savant n’est qu’un compilateur, qui, comme il le reconnaît lui-même sans façon composait ses ouvrages en copiant mot pour mot ceux des autres. Il n’en reste pas moins certain qu’il a beaucoup In, qu’il connaît bien les auteurs anciens, et qu’on peut lui ap[)liquer ce qu’il disait de l’un de ses personnages, que sa mémoire éiait a un vrai magasin d’antiquités^ ». Nous aurions, du reste, mauvaise grâce à trop lui reprocher ses défauts; ils ne sont pas sans utilité pour nous : s’il était plus original, il se peindrait lui seul dans ses écrits; mais plus il ressemble aux autres, mieux nous connaîtrons les autres par lui. Nous avons de lui deux ouvrages, de forme assez différente, quoique animés au fond du même esprit, le Songe de Scipion et les Saturnales, Chacun d’eux mérite une étude particulière, et nous révèle un des côtés de cette opposition discrète et dissimulée.

Le jtrincipal intérêt que nous trouvons au commentaire de Macrobe sur le Songe de Scipion, c’est d’être ins|)iré par les doctrines de l’école néoplatonicienne. Cette école, malgré son caractère éminemment grec, est presque née à Rome. C’est à Rome qu’a vécu Plotin, |)endant les années les plus fécondes de sa vie. Il y enseigna vingt-six ans avec un éclat

1. Voyez, pour de plus amples détails, la préface de l’édition de Jaii. — "2. Saturn,, præf., 4. — 5. VeLustalis pronipluarium, Sat., 1, 4.

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extra ordinn ire. fl avait pour disciples des gens de la plus haute société, des femmes du grand monde, des sénat«*urs, comme ce llogatianus, qui se lit volontairement pauvre pour mieux pratiquer ses préceptes. Sa réputation d’honnêteté était telle que les |)ères, à leur lit de mort, lui confiaient leurs enfants « comme à un gardien sacré ». Il jouissait d’une grande faveur auprès de l’empereur Gallien, qui eut, dit-on, l’idée de fonder, sous sa direction, une cité platonicienne, où n’habiteraient que des sages, et qui servirait de modèle à toutes les villes de l’empire. Mais Rome n’était pas un milieu bien favorable pour des spéculations mystiques; elles ne se sont tout à fait développées qu’ailleurs, et c’est seulement dans l’Orient grec qu’elles ont produit toutes leurs conséquences. Il leur restait pourtant de fervents adeptes dans la société romaine ; le livre de Macrobe en est la preuve.

Ce n’est pas sans dessein que Macrobe a choisi le Songe de Scipion pour le commenter. L’antiquité ne nous a rien laissé de plus beau, de plus religieux, que l’admirable récit dont Cicéron a fait l’épilogue de sa République. II a trouvé moyen d’y résumer les plus hauts enseignements de la philosophie de son temps sur le monde et sur Dieu. Surtout il y a mis, à propos de la vie future, quelques affirmations plus précises, plus fermes, qu’il n’était d’usage de les hasarder dans les écoles. Le jeune Scipion, revoyant en songe le premier Africain, lui demande s’il est bien vivant, ainsi que Paul Émile et les autres grands hommes du passé : « Oui, sans doute, répond le vainqueur de Carthage, et ceux-là seuls vivent qui, délivrés de la prison du corps, se sont envolés vers nous. Quant à ce que vous nommez la vie, il faut vraiment l’appeler la mort » ; si bien que le jeune homme, tendant les bras vers tous ces grands personnages qu’il admire et qu’il aime, ne peut s’empêcher de leur dire : « Puisque c’est ici le séjour de la vie, que fais-je donc plus longtemps sur la terre? Poiirqu'd ne pas me bâter de vous rejoindre? » Ce sont presque des

sentiments chrétiens; ce qui les empêche de l’être tout à fait, c’est que les récompenses de l’autre vie ne paraissent pas destinées à tout le monde. 11 semble que Dieu les réserve à ceux (( qui ont secouru, sauvé, accru leur patrie », ce qui ne peut s’appliquer qu’à peu de personnes ; et ces récompenses qu’il leur promet ne sont guère que des satisfactions d’intelligence; ils contempleront les astres, ils saisiront les lois éternelles du monde, et la nature n’aura plus de secret pour eux. C’est un paradis de savant et de politique, oîi les petites gens n’ont guère d’accès, mais qui devait convenir entièrement à la société distinguée pour laquelle Macrobe écrivait, (^et ouvrage, qui par lui-même était fait pour les charmer, Macrobe a voulu le leur rendre encore plus attrayant. Sous prétexte de l’expliquer, il a rassemblé autour de ces quelques pages toute la science de son époque. Une phrase, quelquefois un mot, lui donne l’occasion de nous faire tout un cours de géographie, de musique, d’astronomie, etc. Parmi les passages les plus curieux de ce commentaire, il faut mettre celui dans lequel l’auteur nous montre l’âme descendant du ciel, où elle réside, pour venir s’enfermer dans le corps qu’elle doit animer. C’est un voyage à travers l’espace, où elle s’en va d’astre en astre, perdant à chaque fois quelque parcelle de son essence céleste et la remplaçant par les divers éléments de sa nouvelle nature. Ce roman ingénieux et hardi nous fait songer à certaines lettres adressées à saint Augustin, où des hommes, des femmes, l’interrogent avec passion sur la nature de l’âme, lui demandent comment elle verra Dieu, ce qu’elle était avant son union avec le corps, et ce qu’elle deviendra quand elle en sera séparée. Des deux côtés on agitait les mêmes questions, on avait le même appétit de l’inconnu. Païens et chrétiens franchissaient les limites de la vie réelle et se jetaient avec une égale ardeur dans ce monde obscur dont ils prétendaient éclairer tous les mystères. Pour les connaître, Macrobe a surtout recours aux néoplatoniciens, et il cite volon-

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tiers Plotin, qui lui semble presque l’égal de Platon. Le Commentaire, malgré ses apparences scientifiques et sévères, est au fond un livre de polémique, un de ces ouvrages où l’on avait essayé, à l’aide de la philosophie nouvelle, de fournir aux anciens cultes ce qu’ils n’avaient jamais eu, une doctrine et des dogmes, et de les rendre ainsi capables de soutenir d’une façon moins inégale la lutte avec leur ennemi. Évidemment Macrobe pensait que le beau récit de Cicéron, éclairci, complété par les travaux de Plotin et de ses disciples, ouvrirait aux esprits tourmentés de besoins nouveaux ces perspectives de l’autre vie dont ils étaient avides, et qu’il pourrait leur fournir les certitudes d’immortalité qu’ils allaient demander au christianisme.

11 est clair pourtant qu’un traité aussi plein de spéculations savantes n’était fait que pour quebjues personnes, une élite de gens instruits et lettrés. Les Saturnales s’adressent à un public plus nombreux. Au fond Macrobe n’a pas changé sa méthode : c’est toujours de l’érudition d’emprunt qui ne demande qu’un prétexte pour s’étaler. Seulement elle prend ici quelques précautions pour se faire bien accueillir; elle se présente sous une forme dramatique. Il imagine une conversation entre des gens instruits, où chacun à son tour prend la parole. L’occasion qui les rassemble est la fête de Saturne à ^ Rome. Elle avait conservé toute sa popularité ; on la célébrait tous les ans, au mois de décembre, par des festins bruyants, des jeux, des mascarades, et Sénèque nous dit que, pendant quelques jours, toute la ville semblait folle L Macrobe suppose que quelques gens studieux et paisibles, qui veulent faire la fête à leur manière, se réunissent pour dîner ensemble et discuter en commun des questions savantes, « car, disent-ils, c’est honorer les dieux que de consacrer leurs solennités à l’étude )). Ces entretiens durent trois journées, comme la fête

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