‹ La fin du paganismeChapitre 6 sur 112 · Lnstr · texte numérisé non relu

Lnstr

Il les appelle des sots, des fous, ou pis encore*. Les prêtres des idoles sont des menteurs ou des ivrognes, des gens qui ne cherchent qu’à remplir leur ventre. Les dieux naturellement ne sont pas mieux traités que leurs prêtres ; il se moque sans pitié des plus grands, de Jupiter, époux de sa sœur, et qui se fait fabriquer son tonnerre par Pyragmon; de Saturne, assez sot pour dévorer sans s’en apercevoir une pierre à la place de son fils; de Neptune, qui, dans sa misère, est obligé de se faire maçon. Sa raillerie a souvent un ton fort amusant de persiflage narquois. Les peintres représentent Mercure avec des ailes aux pieds et un petit sac à la main. « Hâtez-vous, dit le poète aux adorateurs du dieu de la bonne chance; suivez-le partout où il vole, pour qu’il vide son sac dans votre robe. Il va vous jeter quelque écu; vous pouvez en être sûrs, et d’avance danser de joie^. » La mésaventure d’Apollon avec Daphné le réjouit beaucoup. Il ne peut comprendre qu’un dieu n’arrive pas à triompher d’une mortelle : « Le sotl dit-il, il aime pour rien, gratis amat stullus! )) il se demande comment il se fait qu’une divinité qui a des ailes se laisse vaincre à la course. « Si c’était un dieu véritable, il aurait pris le chemin des airs et serait arrivé le premier; au contraire, c’est elle qui arrive avant lui, et le dieu reste à la porte » Il n’est pas plus tendre pour les juifs que pour les païens. Ce sont des obstinés, dont Dieu a épaissi le cœur et dont la tête ne peut plus se plier à la vérité^. 11 expose avec complaisance les manœuvres auxquelles ils avaient recours pour s’attirer des partisans. Les juifs étaient toujours animés de cet esprit de prosélytisme dont Horace s’est moqué. Les succès des chrétiens les rendaient très jaloux; ils espéraient gagner autant de disciples qu’eux en se montrant moins sévères. Pourvu qu’on accomplît quelques

1. Instr.^ I, 34 : quasi bestius erras. — 2. Instr., I, 9. — 5. Instr.y I, IL — 4. I, 33, 1. Ailleurs il les appelle une race au cou raide, gem ccrvicosa [Carm. apol.^ 201).

pratiques, on était judaïsant; ce qui n’empêchait pas, au dire de Commodien, de continuer à fréquenter les temples et à honorer les idoles. Il gronde ces indécis, qui flottent entre les deux doctrines, et ne savent pas prendre un parti. « Deux routes s’ouvrent devant toi, leur dit-il ; choisis celle que tu veux suivre. Tu ne peux pas te fendre par le milieu pour que chacun de tes pieds prenne un des deux chemins h » Les juifs se trompaient dans leur calcul et ne pouvaient guère réussir. En ces temps de foi ardente, quand les âmes sont en quête de croyances sûres, elles n’aiment pas qu’on les ménage et se dirigent volontiers vers les doctrines les plus rigoureuses et les opinions les plus tranchées.

On ne sera pas surpris qu’avec ces sentiments il soit très sévère aux gens du monde. Sa verve, comme celle de Tertullien, dont Gennadius prétend qu’il s’est inspiré, s’exerce aux dépens des femmes, auxquelles il reproche le luxe de leur toilette, leurs vêtements de soie, leurs bracelets, leurs colliers, le rouge qu’elles se mettent sur les joues, le noir dont elles entourent leurs yeux. Elles ont des complices que Commodien n’épargne pas. Il nous apprend qu’il y avait déjà au second siècle, dans cette jeunesse de l’Église, des docteurs complaisants ou craintifs, qui essayaient d’accommoder la morale de l’Évangile aux goûts du siècle, qui permettaient aux personnes du monde d’aller au théâtre, d’applaudir « leurs chers histrions )), d’écouter et de jetenir des airs de musique, et qu’on payait de leur indulgence par de petits cadeaux^. On pense bien que ces maximes relâchées ne lui conviennent pas. Lui ne cherche à ménager personne et présente volontiers la doctrine qu’il prêche du côté le plus rebutant. Il ne veut pas qu’on tienne aux affections de la terre, même aux plus légitimes. 11 défend de pleurer ses enfants quand on les a perdus, de prendre le deuil [in nigris exire), de se frapper la poitrine, de déchirer ses vêtements. Les païens font

Page 1