‹ La fin du paganismeChapitre 78 sur 112 · Saint Paulin, Epist · texte numérisé non relu

Saint Paulin, Epist

tentez-vous de votre solde », ce qui indique bien qu’il leur laissait le droit de porter les armes ^ Voilà la doctrine de saint Augustin. Ce qu’il a dit à Volusianus, il le répète avec la même force au comte Bonifacius, gouverneur de l’Airique, qui l’a consulté : u N’allez pas croire qu’on ne puisse pas plaire à Dieu dans les camps : David était un guerrier* » ; et il le redit encore à plusieurs reprises dans la Cité de Dieu^, C’était, du reste, à ce moment, la doctrine officielle de l’Kglise : dès 314, quelque temps après la victoire de Constantin, un concile d’Arles avait prononcé l’anathème contre ceux qui se refuseraient au service militaire.

Devons-nous penser que ces hésitations, ces incertitudes, aient pu, à de certaines occasions, jeter le trouble dans l’âme des soldats ou détourner des camps quelques-uns de ceux qui pouvaient y rendre des services? En faut-il conclure que la responsabilité du christianisme est engagée dans l’affaiblissement de l’esprit militaire, qui fut une des grandes causes de la ruine de l’empire? C’est bien possible. N’oublions pas pourtant que cet affaiblissement remonte beaucoup plus haut et que les premiers symptômes en sont plus anciens que la naissance du Christ. Pendant longtemps c’était Borne et sa banlieue de vigoureux paysans qui fournissaient les meilleurs soldats à la république. A l’époque d’Auguste, la sève est tarie. La grande ville cosmopolite et ses environs déserts ne peuvent plus recruter les légions. Le soldat venu de Rome ne se reconnaît pas à son courage, comme autrefois Tacite nous le dépeint beau parleur, indiscipliné, gâté par les cabales du théâtre et du cirque, qui lui ont donné le goût de l’intrigue^. Les bons soldats venaient alors de l’Italie, puis des provinces; mais les provinces s'épuisèrent à leur tour. Les empereurs, qui auraient dû faire des efforts pour atténuer le mal, l’aggra-

1. Saint Augustin, Epist., 128. — 2. Id. ibid,, 189. — 5. Ve civ, Dei, I, 21 et 26. — 4. Tacite, Ann., 1, 16.

CAUSES DE LA RUINE DE L’EMPIRE. 575

vèrent. Comme ils craignaient qu’un ambitieux ne se fît un parti dans l’armée, ils détournaient les gens riches de servir; Gallien le défendit expressément à tous les sénateurs, hès lors, les citoyens prirent l’habitude de déserter les camps : ils furent remplacés par les barbares. Rome en avait toujours eu à sa solde. Déjà, sous Tibère, un Gaulois osait dire : « Il n’y a de fort, dans les troupes romaines, que ce qui vient de l'étranger, nihil validum in exercitibus, nisi quod externum^ ».

Ces changements ont mis des siècles à s’accomplir; l’origine en remonte à Auguste, qui sépara le soldat du citoyen en rendant les armées permanentes. Tout était en germe dans cette innovation, et le germe s’est développé peu à peu à travers l’empire, produisant l’une après l’autre toutes ses conséquences, sans qu’il soit possible de dire exactement ce que le christianisme a pu ajouter à un mal qui était plus ancien que lui, et qui provenait d’autres causes

Le christiansime est-il l’auteur de la décadence des lettres? — Situation de la littérature romaine dans la dernière moitié du iii® siècle. — Renaissance des lettres à partir du iv® siècle. — Siècle de Théodose. — Altération de la langue et de la grammaire. — Quelle est la part du christianisme dans cette altération.

On a vu que Yolusianus tenait à ne pas écrire des lettres trop longues. Je crois bien que, dans son désir d’être court, il n’a pas voulu tout dire. Il devait avoir un autre grief contre le christianisme dont il n’a pas entretenu saint Augustin, peut-

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