‹ La fin du paganismeChapitre 88 sur 112 · Ilist., V, 2. — 2. IHst., II, 5, G · texte numérisé non relu

Ilist., V, 2. — 2. IHst., II, 5, G

LE LENDEMAIN DE L’INVASION

souveraineté. C’est ce que lui paraît confirmer un propos d’AtauIf, le frère et le successeur d’Alaric, qu’un noble gaulois lui a répété à Bethléem, pendant qu’ils étaient tous deux les Dotas de saint Jérôme. Le roi des Visigoths avait dit que, dans les premiers temps, il voulait détruire l’empire romain et prendre lui-même la place de l’empereur ; mais comme il avait vu que les Goths étaient incapables d’obéir aux lois, et qu’il savait bien que sans le respect des lois on ne fonde pas un État solide, il s'était décidé à mettre les forces de ses sujets au service de Rome et à soutenir l’empire au lieu de le renverser. Ce dessein d’Ataulf, que la mort l’avait empêché d’accomplir, Orose paraît espérer que d'autres pourront le reprendre. Il ne se demande pas comment ils feront pour concilier la suprématie romaine avec leur propre autorité, car ils ont fondé des établissements auxquels ils ne renonceront pas, et il n’est guère vraisemblable qu’ils comptent rendre ce qu’ils ont pris. C’était un rêve sans doute que de vouloir ressusciter les vieilles nationalités, laisser aux barbares les pays dont ils étaient devenus maîtres, et, en même temps, garder quelque ombre de pouvoir à l’empire; ce rêve pourtant semble bien être celui d’Orose. Sans qu’il le dise ouvertement, peut-être même sans qu’il s’en rende compte, il se résigne à voir disparaître l’ancien imperium romanumy concentré dans la main |)uissante d’un seul homme et maître absolu du monde. Pourvu qu’il reste à Rome une sorte de suzeraineté nominale, qui maintienne quelque lien entre les nations désagrégées, il espère que la Romania pourra survivre; et c’est au fond tout ce qu’il souhaite

Salvien. — Le traité du Gouvernement de Dieu. — Salvien reconnaît que Pempire est perdu et s’y résigne. — Dessein de son ouvrage. — Les Romains ont mérité d’être vaincus. — Tableau de la société de son temps. — Les barbares ont mérité d’être vainqueurs. — Eloge des barbares. — Est-il vrai que ce soient les populations pauvres de l’empire qui les aient appelés ?

Du livre d’Orose à celui de Salvien il ne s’est guère écoulé qu’une trentaine d’années; mais en ce peu de temps les événements ont marché très vite. L’ancien monde a pris fin, et c’est un monde nouveau qui commence.

Avant de parler de l’ouvrage, disons un mot de l’auteur. C’était un homme de bonne famille, qu’on croit originaire du nord de la Gaule, de Trêves ou des environs. Il dut y recevoir une éducation excellente, car peu d’écrivains de cette époque parlent une aussi bonne langue que lui. Par malheur, il prit dans les écoles, en même temps que la connaissance de Part d’écrire, un goût très vif pour la rhétorique. 11 reproche aux auteurs profanes, dans la préface de son livre, d’avoir trop de souci du beau langage, de vouloir trop paraître habiles et diserts. « Au contraire, ajoute-t-il, les chrétiens s’attachent aux idées et non pas aux mots. » On ne s’en aperçoit pas toujours en le lisant. 11 est, lui aussi, fort occupé du style; il aime les mots retentissants et les phrases bien balancées ; il enfle la voix et déclame volontiers. Il faut donc nous garder de prendre tout ce qu’il dit a ia lettre et croire que chez lui, comme chez tous les déclamateurs, l’expression dépasse souvent la pensée.

Sa vie nous est peu connue. Il avait épousé la fille d’un païen et converti sa fiancée. Après quelques années de mariage,

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ils résolurent, comme on le faisait beaucoup alors, d’embrasser la vie ascétique et de n’avoir plus entre eux que des rapports fraternels. Cette conduite blessa les parents de la jeune femme, quoique à leur tour ils fussent devenus chrétiens, et ils restèrent sept ans sans la revoir. Salvien leur écrivit pour les désarmer, et nous avons conservé sa lettre. Ampère trouve que « le ton en est extrêmement affectueux et pénitent », et M. Ebert, « qu’elle est écrite dans un style simple et pur ». Ce n’est pas l’effet qu’elle m’a produit. Elle me paraît manquer précisément de simplicité et d’émotion véritable. J’y trouve des citations pédantes qui sentent l’érudit : il y est question des Sabines et de l’orateur Servius Galba, qui prit son petit-fils dans ses bras pour désarmer ses juges. Lui aussi essaye d’apitoyer ses parents en faisant parler sa femme et sa fille, la petite Ruspiciola, et il croit devoir leur prêter des termes caressants et enfantins {ego, vestra gracula, vestra clomnula). Ces tendresses maniérées ne lui convenaient guère : c’était un génie vigoureux et dur, qui était fait pour d’autres ouvrages. L’énergie de son talent allait se trouver plus à l’aise dans une œuvre de polémique qui lui fut inspirée par les circonstances.

Le traité sur le Gouvernement de Dieu {De guhernalione Del), en huit livres, fut composé dans le midi de la Gaule, oîi Salvien s’était retiré, peut-être pour fuir l’invasion, et où il remplissait des fonctions sacerdotales. On pense que le « saint et éloquent prêtre de Marseille », comme l’appelle Bossuet, a dû l’écrire dans les environs de l’année 450.

A ce moment les amis de l’empire ne pouvaient plus se faire d’illusion. La Gaule, l’Espagne, l’Afrique, étaient presque entièrement au pouvoir des barbares. 11 ne restait aux Romains, dans tout l’Occident, que quelques provinces isolées qui ne pouvaient plus résister longtemps. Salvien n’hésite pas à reconnaître (( que l’empire est mort ou qu’il va mourir^ ». Il voit la

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