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situation comme elle est et n’en dissimule pas la gravité. « Où sont, dit-il, les richesses et la puissance de Rome? Nous étions autrefois le plus fort des peuples; nous sommes devenus le plus faible. Tout le monde nous craignait; nous craignons maintenant tout le monde. Les barbares étaient nos tributaires; nous payons tribut aux barbares, et ils nous vendent le triste repos dont nous jouissons. A-t-on rien vu de plus misérable que nous, et dans quel abîme sommes-nous tombés! Ce n’est pas assez d’être malheureux, nous sommes ridicules. Cet or, qu’on vient nous prendre, nous voulons avoir l’air de le donner volontairement ; nous disons que c’est un présent que notre libéralité fait aux barbares, quand c’est le prix dont nous achetons notre existence. Les esclaves, lorsqu’ils ont une fois payé leur rançon à leur maître, jouissent de leur liberté ; nous autres, nous nous rachetons sans cesse, et nous sommes toujours esclaves ! ^ » Voilà la vérité ; Salvien ne cherche pas à la voiler comme Orose ; il ne fait aucun effort pour pallier les maux de l’invasion. Sa nature violente s’accommode mal de ces mensonges; au contraire, il serait plutôt tenté d’aller à l’extrémité opposée et d’assombrir encore les couleurs.
11 a pourtant un point commun avec Orose : son livre est un livre de polémique et non une œuvre désintéressée. Il n’étudie pas les événements contemporains pour y chercher la vérité absolue; il veut en tirer des arguments pour soutenir une thèse. C’est encore une raison de nous méfier de son témoignage. Comme Orose, il répond à des reproches que l’invasion a fait naître contre le christianisme; seulement, l’ennemi qu’il combat n’est plus le même. Il ne s’agit plus ici de réfuter les païens ; les païens ont à peu près disparu du monde, ou, s’il en reste, ils n’osent plus rien dire. Les malheurs de l’empire semblaient d’abord leur avoir donné quelque confiance. Avant le siège de Rome, ils demandaient insolem-