‹ La fin du paganismeChapitre 9 sur 112 · Virgile, Æu., IV, 12 : Dégénérés animas timjor argmt · texte numérisé non relu

Virgile, Æu., IV, 12 : Dégénérés animas timjor argmt

en invectives passionnées, que la faiblesse du traducteur se montre. Il recule devant le terme propre, il atténue, il eDaee tout. Le mot de Marthe, à propos de Lazare, qui est enseveli depuis quatre jours : « 11 sent mauvais, jam fœtel )), blesse sa délicatesse, et voici comment il le paraphrase : « Je croirais volontiers que son corps ayant perdu le mouvement commence à donner aux membres qui se pourrissent une odeur désagréable )).

Le poème de Juvencus n’en obtint pas moins un très grand succès de son temps. Il est probable que ce qui nous déplaît chez lui, ce travail d’écolier qui fait des vers chrétiens avec des centons d’auteurs profanes, élait précisément ce qui charmait ses contemporains. Ils étaient heureux de concilier en le lisant leur goût pour les poètes classiques avec leurs sentiments religieux, ils applaudissaient à cet effort ingénieux qui, en appliquant les vers de VÉnéide au récit des actions de Jésus, semblait rendre Virgile chrétien. L’auteur lui-même, malgré son humilité, se beaucoup de son entreprise.

Il nous dit que « dans ses vers la gloire de la loi divine s’est revêtue volontiers des ornements de la poésie » ; et il attribue ce succès à un don particulier de la grâce divine. Il lui semble sans doute qu’il manquait quelque chose à la beauté de l’Évangile tant qu’il n’avait pas été recouvert de cette forme virgilienne au-dessus de laquelle, au fond de son cœur, il ne mettait rien; il est convaincu que son poème a rendu service aux livres saints, et il compte sur ses vers pour lui procurer le salut éternel.

Ce qui est sûr, c’est que Juvencus a donné l’exemple de mêler les formes de l’art antique avec les croyances nouvelles, et c’est ce qui fait pour nous l’intérêt de son poème. Mais, si ces deux éléments contraires y sont unis, ils ne sont pas encore assimilés. On sent qu’ils se gênent mutuellement et qu’ils ont peine à marcher ensemble. Il faut qu’ils s’habituent l’un à l’autre, qu’ils apprennent à s’entr’aider, au lieu de se nuire

que le christianisme accepte de bonne grâce ce vêtement poéiKfue qui n’a pas été fait pour lui, et que de leur côté les vieilles langues classiques, la poésie d’Horace et de Virgile, se plient à exprimer des idées nouvelles dans un style qui, sans choquer les chrétiens pieux, ne surprenne pas trop les admirateurs des lettres anciennes — problème délicat, qui demandera encore quelques tâtonnements, et ne sera tout à fait résolu qu’un siècle plus tard.

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