‹ La fin du Parlement de ToulouseChapitre 102 sur 117 · Ovide, Eéroîdes, Epitre IX · texte numérisé non relu

Ovide, Eéroîdes, Epitre IX

lise avec les sculpteurs : PoUainolo, Nicolas Poussin, les Carrache, Zurbaran, Delacroix, etc., ont traité, de leur magistral pinceau, les scènes principales de cette grande épopée de l'un des héros de la mythologie. Les tableaux de notre grand coloriste Delacroix ornaient les salons de THôtel-de -Ville de Paris; ils ont disparu, en 1871, avec tant d'autres chefs-d'œuvre artistiques, dans les incendies criminels allumés, sous les yeux de Tennemi vainqueur, par les affolés de la Commune.

L'ensemble de l'œuvre si remarquable qui décore le plafond de la Chambre d'Accusation de la Cour, est un document important pour l'histoire de Tart dans le Midi, aux xvi* et xvii« siècles. Une composition large et pondérée, l'attitude mouvementée des figures, l'élégance de la décoration, la finesse des motifs d'ornementation, aussi gracieusement conçus qu'habilement exécutés, sont dignes de celle belle époque de la Renaissance, si féconde en chefs-d'œuvre artistiques. Les différences que présentent quelques-uns de ces grands bas-reliefs indiquent la diversité de leur origine, qui doit être attribuée à deux sculpteurs d'inégale valeur artistique, mais d'une même habileté de main dans l'art du bois. Les caractères généraux de cette œuvre importante semblent la séparer de l'école française des J. Cousin, des Goujon et des G. Pillon pour la rattacher à celle qui fît, en Italie, la grande rénovation artistique avec Donatello , Raphaël et Michel-Ange.

Au-dessus de la cheminée de la Chambre d'Accusation est placé un bas-relief sur bois, de 1"70 de largeur sur 1"40 de hauteur, représentant le jugement de Salomon. Ce grand panneau, dont l'exécution date de la fin du xvii* siècle, était recouvert d'une dorure massive aujourd'hui disparue, ce qui permet d'apprécier

exactement le goût et la science artistique de son auteur.

La flatterie dont on entourait le jeune monarque, qui allait devenir le Roi-Soleil, a inspiré & l'artiste la pensée de placer Louis XIV sur le trône du grand roi d'Israël. On ne saurait admettre, en effet, un anachronisme de costume, qui se présenterait seulement dans la figure principale et non dans les six autres personnages de cette scène.

Au-dessous d'un grand baldaquin à festons, le roi e^t assis sur un trône & dossier élevé ; il porte la longue perruque bouclée, le grand collet rabattu, le collier d'un ordre de chevalerie et des souliers à rosettes. De la main droite, le souverain tient son sceptre et ordonne l'exécution du jugement qu'il vient de prononcer. A ses pieds, est agenouillée la mauvaise mère, dont le buste se détache en très haut relief; la tète levée vers son juge, elle indique de la main le corps inanimé de son enfant gisant devant elle. A droite du monarque et faisant face à la figure précédente, la bonne mère proteste contre la sentence royale ; en même temps, elle arrête le bras gauche du bourreau, prêt à couper en deux l'enfant vivant qu'il tient suspendu par une jambe. De l'autre côté du trône, un groupe de spectateurs assiste à la scène ; sur le premier plan, l'un d'eux porte la main & sa longue barbe d'un geste indiquant lattention et les réflexions qu'a provoquées chez lui le jugement inattendu du grand et sage justicier. Dans le fond, l'on aperçoit les casques à haut cimier, les lances et les hallebardes des gardes royaux.

Ce bas-relief est d'une heureuse conception ; le groupement des personnages est aussi bien compris que leur exécution a été soignée et bien rendue. La vérité des attitudes, l'expression variée des physionomies

suivant les sentiments si divers qu'elles expriment, rheureuse disposition des draperies témoignent de rhabileté de l'auteur. Il s'est attaché plus particulièrement aux figures des deux mères ; en revanche, celle du bourreau manque d'exactitude dans les proportions, et l'attitude impérative du roi tombe dans le maniéré.

Au point de vue de l'histoire de l'art dans le Midi, cette œuvre complète le plafond d'Hercule et la Chambre dorde. Leur ensemble établit surabondamment qu'à la fin de la Renaissance, le Languedoc n'avait rien perdu du sentiment esthétique, qui l'avait distingué si longtemps et qu'il a toujours su conserver précieusement. Les annales artistiques de la France n'ont cessé d'enregistrer, depuis lors, les succès et les triomphes des sculpteurs et des peintres toulousains : l'abondante lumière et les rayons ardents du soleil du Midi leur apportent, avec des aptitudes exceptionnelles, le sentiment vrai de la ligne et l'exacte appréciation des plus chaudes couleurs de la plus ri- ,che des palettes.

De l'immense Palais, il ne reste plus aujourd'hui qu'un pan de muraille et quelques fragments épars de sa riche ornementation.

Si le monument a disparu, la plupart des docu* ments qui permettent de reconstituer l'histoire du Parlement et qui témoignent de son énergique intervention dans tous les événements importants dont le Languedoc a été le théâtre, ont été conservés; ils constituent de précieuses archives, classées et mises en ordre par l'érudit M. Lapierre, dont l'œuvre est continuée par M. Roques, son digne successeur. Edits, lettres patentes et arrêts, méthodiquement disposés et presque entièrement catalogués, rempUssent plusieurs salles du Palais de justice, et offrent aux

chercheurs une source inépuisable de documents aussi instructifs qu'intéressants.

On ne saurait omettre, dans Ténumération des divers souvenirs de la Cour souveraine, les grands sceaux qu'elle apposait au bas des expéditions de ses arrêts. Dans un mémoire à l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, M, Roschach, le savant archiviste de la ville, a donné une description détaillée du sceau, appendu & un arrêt du 16 mars 1518 \

Le sceau rond, de cire brune, et de dix centimètres de diamètre, porte Técu de France posé droit et surmonté d'une couronne à neuf fleurons trilobés, au-dessus de laquelle s'élève un buste d'ange, les ailes étendues. A côté de l'écu, se dessinent deux buissons fleuris, naissant chacun d'une montagne à quatre coupeaux. Il porte pour légende : Sigillum Francisci francorum régis inpatria occitana ordinatum.

Le contre-sceau, de quatre centimètres, est formé d un semis de huit fleurs de lis, dont quatre complètes, avec la légende : Contra sigillum régis in patria occitana.

Ces légendes du sceau et du contre-sceau ne tardèrent pas à être modifiées car, dès le xvu* siècle, elles ne portaient plus que le nom du souverain, accompagné de son titre de roi de France et de Navarre.

1. Etude sigUlograpkique sur les Archives communales de Tou^ lause^ 1866.

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