‹ La fin du Parlement de ToulouseChapitre 103 sur 117 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Presque tous les magistrats qui échappèrent aux terroristes et à la guillotine) demeurèrent fidèles à leurs souvenirs et aux traditions des grands corps judiciaires auxquels ils avaient appartenu. Lorsque la gloire de nos armes vint apporter définitivement le calme au sein de celte nation profondément troublée; lorsque notre grande épopée militaire éleva si haut le nom et la puissance de cette France, qui avait failli périr 1S0US le joug honteux et meurtrier des Jacobins, queluns des parlementaires apportèrent le concours de leur savoir et de leur expérience & la nouvelle magistrature, qui a été Tune des plus belles institutions du XIX* siècle. Ils reconnurent la supériorité de son organisation, la parfaite régularité de son fonctionnement et rimmuabilité de sa légitime indépendance, cette indispensable égide de la justice, qui devrait n*avoir jamais à craindre l'ingérence toujours menaçante, soit du principe électif dans le recrutement des magistrats^ soit de Tautorité administrative

— sw — dans Tapplication stricte de la loi commune. L'influence de l'opinion, avec sa versatilité et parfois ses violences, l'intervention du pouvoir, avec ses caprices et ses inévitaMes tendances à l'arbitraire, lui seraient également néfastes, et si Jamais roneou l'autre venait à prédominer, dans l'organisation ou dans le fonctionnement de nos tribunaux, la justice aurait dispara dm sol de la France.

L'institution actuelle, basée sur les principes primordiaux des sociétés modernes, est assez grande par elle-même pour n'avoir pas à redouter les souvenirs d'un passé à jamais disparu. Les belles pages qu'elle a déjà au livre de notre histoire viennent s'ajouter au monument précieux des gloires nationales, et augmenter les titres si nombreux que nos institutions judiciaires se sont acquis à la reconnaissance de la France.

Le passé, cette source inépuisable de l'expérience, doit être te mentor du progrès, qui profite de ses leçons pour marcher hardiment, sans trêve ni défaillance, a la recherche de tout ce qui peut améliorer le sort de la grande famille humaine. Rappeler le passé et le rapprocher du présent, ne peut donc que faire ressortir la supériorité de l'un, sans effacer l'indéniable grandeur de l'autre.

. Dans son Histoire du Parlement de Toulouse, œuvre aussi remarquable par l'érudition du juriste et de l'historien que par l'élégance de style du littérateur émérite, M. le conseiller Dubédat a décrit l'existence, la grandeur et .les fautes de la Cour souveraine du Languedoc; il fait ressortir l'influence souvent prédominante des Parlements, et l'examen de leurs erreurs l'amène à conclure que ces grands corps judiciaires ont éprouvé parfois le a vertige des sommets. » Us ont eu, on ne saurait le méconnaître , leurs moments de iaibleasç;.iL feut les regretter. Ils ont commisr des fau-

tes, et Von doit les en blâmer; mais on ne saurait leur refuser le juste tribut d'admiration que méritent leurs éminents services. Ils demeurèrent dignes des sphères élevées qu'ils atteignirent par la confiance des rois de France et surent s'y maintenir, pendant plus de trois siècles, par leur intégrité, leur énergie et leur dévouement à la chose publique. Forts de leur indépendance, ils acquirent une incontestable prépondérance dans l'administration générale de leurs ressorts et parvinrent à conquérir, à force de sagesse et de justice, le glorieux titre de pères du peuple.

Le Parlement de Toulouse a donné à la France des magistrats dont les noms demeureront à jamais célèbres : le premier président Duranti, illustre victime de son respect pour la loi et de son dévouement h son roi ; le conseiller Guillaume Gatel, dont la participation au procès de Vanini ne doit pas faire oublier les remarquables travaux historiques; Fermât, Téminent jurisconsulte, le grand mathématicien, rival de Descartes, que Laplace a déclaré le véritable inventeur du calcul différentiel; Jean Coras, l'un des plus grands juristes du xvi* siècle, dont l'érudition et les services furent impuissants contre la haine des fanatiques et qui fut assassiné avec deux màgistrats>ses collègues, et trois cents huguenots, par des forcenés dont l'exaltation reUgieuse ne saurait atténuer le crime.

Les annales de la Cour conservent précieusement encore la mémoire des grands arrétistes : Géraud de Maynard; Simon d'Olive, qui joignait à l'éruditioii du jurisconsulte l'éloquence de l'orateur et l'élégance du poète; le président Jean de Gambolas et le conseiller Jean de Calellan, le patriarche d'une pléiade de magistrats de la même famille.

En écrivant Y Histoire des premiers Présidents du Parlement de Toulouse, M. le conseiller Amiihau a

— 3ea — tracë^ d'une plume élégante et facile, les portraits des magistrats qui furent successivement placés à la tète de la Cour souveraine. Au milieu des graves événements politiques auxquels elles prirent souvent une part importante, se détachent les grandes figures de Duranti, de J. de Minut, le Mécène des Jeux-Floraux, le littérateur éminent dont le mausolée placé dans la chapelle Nazareth, portait une inscription le quaUfîant de veritatis amantissimus et Utterarum propugaalor acerrimus; celle de l'un des disciples de Gijyas, de du Faur de Saint-Jory, qui joua un grand rôle dans les troubles de la Ligue, et sut conquérir l'admiration de ses adversaires par son érudition, par sa sagesse et par ses mérites. À côté du président de Bertier vient encore de Fieubet, que le chancelier Le Tellier et le grand Colbert tenaient en haute estime, et que Louis XIV considérait a comme l'un des plus grands « juges de son royaume, »

Faudrait-il laisser tomber dans l'oubU les services non moins illustres des Rességuier, des Maniban, des Gaulet, des Mansencal, des d'Aguin, des Catellan de Caumont, et de tant d'autres magistrats dont les noms se retrouvent presque & chaque page des annales parlementaires?

La justice et la reconnaissance imposent à la nation le devoir de conserver le souvenir de cette grande Cour souveraine dont les vertus et la science étaient les principaux apanages; elles perpétueront la mémoire de ce Parlement de Toulouse, qui prit une si grande part au développement intellectuel et moral du Languedoc, et qui ajouta de si précieux fleurons & la couronne glorieuse de la France.

La magistrature parlementaire fut, et la gardienne fidèle des lois, et l'énergique protectrice des droits du peuple; elle put atténuer dans une certaine me-

sure les rigueurs et les abus du régime féodal; enfin, elle sut à la fois maîtriser les surexcitations de l'opinion publique et devenir le contrepoids efficace du pouvoir absolu des souverains.

La magistrature moderne, aussi fière de sa science que jalouse de son honneur et do son indépendance, a noblement suivi les grands exemples de sa sœur aînée. Tant que son intégrité sera placée sous l'égide de l'inamovibilité, cette sauvegarde nécessaire du justiciable et du magistrat contre Tinexcusable ingérence du pouvoir, quel qu'il soit, la Justice conservera précieusement à la France ces deux grandes conquêtes de la Révolution : la Liberté et l'Egalité.

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