Voir le jugement aux pièces justificatives n^ VI
Coffinhal prononça Farrêt vers les deux heures ; les condamnés furent ramenés à la Conciergerie, et à quatre heures, les charrettes, ces « bières des vivants, » comme les appelait Barrère*, vinrent prendre les vingt-cinq victimes, auxquelles un jugement de la section du Tribunal révolutionnaire siégeant dans la salle de la Liberté, ancienne salle de la Grand' Chambre, avait joint six habitants de la Côte-d'Or, dont un membre du Parlement de Dijon.
L'exécution eut lieu sur la place de la Révolution ; trente et une tètes tombèrent sous le tranchant de la guillotine. Au nom de ce qu'ils appelaient la justice, les terroristes firent couler & flots le sang le plus pur et le plus généreux, et la Révolution put « prendre le « bain de sang » dont elle avait besoin tous les jours, au dire de ces insensés qui parlaient toujours de la liberté, sans avoir la moindre idée de ses droits, de ses devoirs, de sa grandeur et des limites de sa puissance.
Le soir, les dépouilles sanglantes des victimes étaient inhumées dans l'ancien cimetière de la' Madelaine, situé rue d'Anjou, dans le faubourg Saint-Honoré ', et l'on vendait, dans les rues de Paris, la liste des guillotinés. Les parlementaires toulousains y figuraient sous les numéros 648 à 653. Cette pièce, comme tous les documents officiels de l'époque, faisait aussi bon marché de Torlhographe des noms que des règles de la grammaire; aussi, n'est-ce pas sans difficulté que l'on peut établir l'identité de certains condamnés, comme nous le verrons surtout dans la deuxième fournée des magistrats du Languedoc. Lacté
1. Barrère, l'orateur disert, le littérateur élégant, avait mérité le surnom d'Anacréon de la guillotine.
2. Ce terrain dans lequel furent ensevelis, du 26 août 1792 au 13 juiUet 1794, treize cent quarante-trois guiUotinés, fût acquis, quelques années après, par un ancien avocat, nommé Descloseaux. (Bibliothèque nationale, Lb, 41,7.)
d'accusation du 29 germinal appelle Balsac Firmie, le conseiller Balsa deFirmy ; le Moniteur universel écrit Monlaigu et Lafond, au lieu de Montégut et Lafont- Rouis et supprime le nom de Cucsac; la Liste générale et très exacte des noms, âges, qualités, etc., etc. , publiée à Paris, chez Marchand, porte Gussac pour Cucsac et donne à de Rigaud le prénom de Pillices au lieu de Julien. Ces erreurs d'écriture et d'impression prouvent la négligence avec laquelle on dressait alors les actes officiels les plus importants. Les Tribunaux révolutionnaires ont fait exécuter des prévenus sans laisser trace d'un jugement quelconque, en admettant ' même qu'ils Talent prononcé; ils ont envoyé à la guillotine des accusés dont ils n'avaient pas constaté l'identité; ils ont fait monter dans la fatale charrette des malheureux qui n'étaient seulement pas nommés dans l'acte d'accusation. Toutes ces horreurs, toutes ces ignominies se rencontrent dans les trois causes successives des parlementaires de Toulouse,
La première fournée, suivant l'expression des terroristes, comprenait seulement six membres de la Chambre des vacations. C'est rendre un légitime hommage à leur mémoire que de rappeler les titres honorables qui leur valurent la haine des Jacobins et de la Montagne *.
Jean- Jacques Balsa de FmMY, né en novembre 1734, à Senergues, dans le Rouergue, remplaça son père sur le siège de conseiller à la Cour, le 29 mai 1758, et fil partie, en 1771, de l'organisation créée par le chanceher de Maupeou. Il assista, comme membre de la no-
1. Nous donnons, comme complément aux notices biographiques sur les magistrats, victimes de la Terreur, la reproduction exacte de leurs signatures et de celles des jacobins, qui les envoyèrent à la mort. Leur rapprochement offre un réel intérêt, au point de vue graphologique.
LES VICTIMES
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1. Lahage. — 2. Cucsac. — 3. Balsa de Firtny. — 4. Lafont*Roui8. 5. Moniégut. -- 6. Rigaad. — 7. Ségla.
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