‹ La fin du Parlement de ToulouseChapitre 33 sur 117 · Tableau des Pnsons de Toulouse, p..d · texte numérisé non relu

Tableau des Pnsons de Toulouse, p..d

pelle ^ , un détachement de neuf gendarmes, sous les ordres du maréchal-des-logis Moine, escortait sur la roule de Paris six voitures dans lesquelles se trouvaient quatorze membres du Parlement de Toulouse : les présidents d'Ayguevives et de Sapte, et les conseillers de Cassand-Glatens, de Gazes, de Celés de Marsac, de Combettesde Caumont,Dortetde Ribonet qui venait d^étre arrêté, de Gaillard-Frouzins, de la Broue, Lacaze de Villières, de Larroquan, Poulhariez père et fils, et de Senaux. Le voyage, lent et pénible, ne dura pas moins de vingt at un jours; les victimes de Cappelle et de Fouquier-Tinville arrivèrent, avec la même escorte, à Paris, le 10 prairial (29 mai), et dans la cour même du palais, un huissier du Tribunal révolutionnaire leur notifia, par ordre de l'accusateur public, leur mandat d'arrêt à la Conciergerie*.

î. Ré>^i9ition de Cappelle. — Toulouse le 18 floréal an 2"« de la République une et indivisible.

Egalité, Liberté, Indivisibilité de la République ou la Mort.

L'accusateur public près le Tribunal criminel du département de fiante-Garonne,

Au citoyen Commendant de la Gendarmerie Nationale de résidance à Toulouse.

C'est demain citoyen que partiront les personnes pour lesquelles je t'ai demandé la main forte ; les Toitures seront à la maison commane à six heures du matin. Il y en aura six et je crois que dix gendarmes suffiront pour en conduire quatorze, ce sont :

Sapte, Poulariès père, Poulariès fils, Larroquan, Senaux, Selès> eaflhard, Gaumont Combetes, Lacaze, Labroue, Gazes, Daygue- TÎTOB, Cassan, Ribonet.

Recommande Je te prie cette conduite aux Gend'armes, c'est sur la responsabilité de leur tête.

Salut et fraternité

Signé : Cappelle.

En marqe, — Du 10 prairial = Mandat d'arrêt pour la Conciergerie.

(Archives nationales, W. 349, n» 703 &û, l"* partie).

2. Cette notification, déposée aux archives nationales (W. 386, n<^ 897Xltit faite au président de Sapte dont le nom est écrit : Sapt. Elle porte e& tète cette mention : Affaire Sapt et 13 autres^

Le 28 floréal (17 mai), Gappellç envoyait; à Paris, sous la garde de six gendarmes, douze autres magijs- . tratsde la Cour souveraine du Languedoc* : les présidents d'Aguin et Marquier de Fajac et les conseilleçs de Blanc, Bonhomme Dupin, du Bourg, de Buisson d'Aussonne, d'Héliot, Miègeville, Molinery de Murois, Ph. de Montégut, de Rocheforl et de Savy de. Gardeil;les deux derniers, arrêtés, depuis quelques, jours à peine, avaient été conduits directement à la Conciergerie de l'hôtel de ville, sans passer, comiUiB leurs collègues, par la prison de la Visitation.

Au moment du départ, il fallut faire violence au jeunefils du conseiller de Blancpour l'arracher des bras de son père; auprès de lui se trouvait un adolescent de quinze ans à peine, Armand du Bourg, qui n'hé-. sila pas à entreprendre de suivre à pied le sombre convoi des innocents, condamnés d'avance au martyre. Soutenu par la noblesse des sentiments, 1 élévation du caractère et l'énergie morale qu'il avait puisées au foyer paternel, le vaillant enfant suivait péniblement de loin, et avec un inébranlable courage, le père bienaimé que Ton menait au supplice. A chaque hàlie, les»

1. Réquisition de Cappelle. — Toulouse 25 floréal an 2 de la République Française.

Cappelle, accusateur public, au Commandant de la Gendarmerie nationale de résidance à Toulouse.

Citoyen, J'ai douze membres du ci-devant Parlement à envoyer ë. la Conciergerie h Paris ; des voitures sont prêtes pour après-demain 27» à 6 heures du matin. Veuille, citoyen, donner les ordres nécessaires pour me fournir six gendarmes pour les escorter. Ce nom^ bre est suffisant d'après l'arrangement que j'ai pris.

Salut et fraternité.

Signé : Cappblle.

Noms de ceux qui doivent partir le 27 :

Fajeac, Daguin, Dubourg, Miègeville, Blanc, d'Hèliot, Bonhome- Dupin, Montégut, Daussonne, Murols, Savy-Gardel, Rochefort. En marge. — Du 24 prairial donné mandat d'arrôt Con^, (Archives nationales, W. 349, n* 703 6i«, Impartie).

malheureux magistrats étaient mis en prison et souvent chargés de fers ; l'enfant, épuisé par une longue course, était toujours 16, et parfois ses supplications parvenaient à toucher les geôliers, qui lui j)ermftttaient de partager momentanément la captivité et les souffrances de son père. Tant d'efforts, tant de fatigues, l'ont mis à bout do forces et il sent avec épouvante approcher le moment où il faudra succomber et renoncer à l'admirable tâche qu'il a entreprise ; heureusement sa persévérance et son énergie ont fmi par émouvoir les gardes de l'escorte qui lui permettent de prendre place, jusqu'à la fin du voyage, dans la voiture qu'il suivait si courageusement depuis de longs jours. Le père et le fils furent de nouveau séparés, en .arrivant à Paris; ils se retrouvèrent sur l'échafaud, où le jeune du Bourg eut la suprême consolation de recevoir le dernier adieu et la dernière bénédiction de l'homme de bien , du magistrat courageux , dont l'inaltérable sérénité sut encore, dans celte horrible épreuve, commander à l'attendrissement du père.

Le lugubre cortège, venant de Montauban, arrivait à Cahors, lorsque le conseiller Savy de Gardeil rencontra son frère, ex-capitaine au régiment de Beaujolais, qui avait donné sa démission, après le 10 août, et se retirait dans le Midi, avec sa famille, pour échapper aux persécutions des terroristes de Douai, sa résidence. Dès son arrivée à Toulouse, François de Savy fit inutilement les plus actives démarches pour sauver le malheureux magistral; son oncle, le conseiller de Pérès, voulut intervenir, mais Cappelle le fit arrêter et conduire à Paris, où il vint augmenter le nombre des victimes innocentes de cette époque néfaste.

Pendant leur long voyage, quelques-uns des prisonniers, notamment Dortet de Ribonet et du Bourg eurent l'occasion d'échapper à leur escorte.

Les habilatits de l*une des principales villes qu^^ils eurent à traverser leur offrirent de faciliter leur évasion ; confiants en la bonté de leur cause et en l'impartialité de cette justice qu'ils avaient si longr temps pratiquée, ils refusèrent un moyen de saîut qui leur parut indigne d'un magistrat et d'un innocent <. La condamnation de leurs collègues de la Chambre des vacations aurait dû leur faire prévoir le sort auquel ils étaient inévitablement réservés. Une semblable destinée leur paraissait impossible, et ces hommes, fiers de leur passé, de leur origine et de Testime dont ils avaient toujours été entourés, se crurent assez forts de leur innocence pour affronter sans crainte le jugement de ces fantoches à grands sabres, qui prenaient le titre déjuges, parce qu'ils assassinaient au nom de la loi.

Vingt-sept jours après leur départ de Toulouse, les viclimeô arrivèrent à Paris, le 24 prairial (12 juillet), et furent immédiatement conduites à la Conciergerie. Fouquier-Tinville les attendait avec impatience car, dès le lendemain, il déposait son acte d'accusation contre les vingt-six parlementaires expédiés de Toulouse, les 19 et 28 floréal précédents, et contre quatre conseillers au Parlement de Paris, parmi lesquels figure E. F'reteau. Ce magistral, ancien membre de TAssemblée constituante, était déjà passé en jugement et avaitobtenu un acquittement inattendu, qui l'avait soustrait momentanément à la haine inassouvie du terrible accusateur public. Les trente prévenus étaient énumérés dans l'ordre suivant : de Blanc, du Bourg, le président d'Aguin, le président Marquier de Fajac, Mohnery de Murols, de Miègeville, de Savy de Gardeil, de

1. Ces détails ont été conservés dans la famille de Tun des gendarmes de Tescorte,

Rochefort, de Buisson d'Aussonne, Bonhomme Dnpiû^ d*Héliot, Ph.de Montégut.deSenaux, de Gombettesde Cauàiont, de Gaillard, Dortet de Ribonet, de Lacaze» Poulhariez, Poulhariezde la Réole, le président d'Ayguesvives, de Reversac de Gelès de Marsac^ de Gassand-^latens, le président de Sapte, de Gazes, de la Broiie et de Larroquan; les quatre parlementaires de Paris étaient : Freteau, Lerebourg, Fournestraux de BrisseuUe et Titon.

Dans cette longue liste Ggurait aussi Fagoier de Mardeuil^ conseiller au Parlement de Paris. Au dernier moment, Fouquier se souvint que ce magis* trat avait été exécuté près de deux mois aupai^avant et il biffa son nom sur Texpédition du document of« ficieL

L'acte d^dccusation ^ contient de très nombreuses erreurs de toute nature : le président d'Ayguesvives y est appelé Ayguevilles; Reversac de Gelès de Marsac ^st désigné sous le nom de Reversac Geleste; le président d'Aguin est qualifié de conseiller ; d'Héliot est écrit Déliot; Dortet de Ribonet devient Dortet Gonne Bilionet ; enfin les noms du président de Sapte et du conseiller de Gassand ne figurent pas dans ce docu-» ment, où ils sont remplacés par ceux de Sajot et de Gassaigne ou Gassainne. Les erreurs de noms sont néanmoins corrigées en marge d'une pièce olficielle ^; conformément h la loi, Taccusateur public était tenu de faire connaître aux départements intéressés les jugements entraînant la séquestration des biens des condamnés. Get avis fut adressé par Fouquier-Tinville aux administrateurs de la Haute -Garonne, le 29 prairial, avec toutes les erreurs contenues dans les

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