Pièces Justificatives n
adhésion à la magistrature dépossédée de ses pouvoirs et de ses droits ; TOrdre s'engagea à n'accepter aucune place ni office dans les nouveaux tribunaux et à exclure à jamais, de son sein, tout contrevenant « comme (( ayant rompu les liens qui rattachaient à une asso- « ciation dont Tessence consiste dans les sentiments a de délicatesse et d'honneur. »
Remontrances, protestations, témoignages d'attachement et de dévouement, rien ne devait arrêter au début l'exécution des volontés du roi et de sen conseil. Le comte de Périgord fit appeler successivement le procureur général, l'avocat général et les substituts pour leur intimer Tordre d'envoyer aux divers sièges du ressort les édits et ordonnances qu'il avait fait transcrire, le 8 mai. Tous les membres du Parquet refusèrent d'obéir et répondirent aux injonctions du commissaire royal, les 27 et28 du, même mois, par des protestations motivées, dans lesquelles la dignité du magistrat ne le cède en rien à la science du jurisconsulte. 11 fallait, cependant^ procéder à cette formalité indispensable ; de Ballainvilliers, maître des requêtes et intendant du Languedoc, de Boucheporn, intendant de la généralité d'Auch et de Pau, et le chevalier de Trimond, intendant de la généralité de Montauban, furent envoyés, comme commissaires, dans toutes les sénéchaussées du ressort, pour y faire enregistrer les édits et ordonnances. Presque toutes les judicatures s'élevèrent avec courage et fermeté contre cette transcription illégale, et celle de Cahors se distingua; plus que toute autre, par l'éloquente et vigoureuse opposition de M. de Baudus, avocat du roi, qui fut mandé à Versailles et y fut interné jusqu'au 6 septembre suivant.
La sénéchaussée de Toulouse, présidée par de Lartigue, juge-mage et Heutenant civil, n'opposa pas
-^aide résistance sérieuse. Après une assez vive discussion avec M. Duroux fils, avocat du roi, sur la validité des documents qu'il présentait, do Cypière fit opérer la transcription, le 30 mai, sous la protection de la force armée, dirigée parle lieutenant particulier, Montané de la Rocque.
Enfin, le 29 juillet, des lettres patentes vinrent, avec une apparence de dérision, valider les enregistrements faits à Toulouse, le sabre à la main, contre le vœu de la population dont Tirritation était extrême ; des patrouilles parcouraient la ville, et les commissaires royaux ne pouvaient sortir de leur domicile, à TArchevéché *, sans être en butte aux invectives et aux insultes de la foule.
Le grand bailliage, qui devait remplacer le Parlement, était ainsi composé : lieutenant général, de Lartigue; lieutenant criminel, Sabalos; lieutenant principal, Berrié; lieutenants particuliers, Demont et Montané de la Rocque; conseillers au présidial, Bernadou, doyen, Bellegarde, Caries de Lancelot, Rimailho, Compayré, Esparceil, Ruotte, Baric, Derey, Corail clerc, Martin-Bergnac et Perpessac; procureur du roi, Moisset; avocat du roi, Laporte ; le conseiller Carratié et Tavocat du roi, Duroux, ayant refusé de faire partie du nouveau tribunal, avaient été exilés, Tun à Revel et l'autre à Mazamet. Le grand bailliage voulut se réunir, pour la première fois, le 2 juin, au palais du Sénéchal*; deux bataillons de Bresse-Infanterie et des brigades de maréchaussée furent appelés pour protéger les juges dont Timpopularité était si grande, que la présence de la force armée ne put ni contenir, ni modérer Fexpression des sentiments de la popu-