Ducray, commis greffier
Blanqui, établie à Toulouse depuis la fin du xiv» siècle, et dont le nom figure avec honneur aussi bien dans le capitoulat que dans les fonctions judiciaires ^ Le frère du conseiller, religieux de l'Ordre de Giteaux, fut nommé prieur de l'abbaye de Granselve, avec mission de rétablir, même par la force, l'ordre, la discipline et la vie religieuse dans ce monastère, qui était devenu un lieu de rébellion et un objet de scandale pour tout le Languedoc. L'austérité de dom Eustache, sa piété et la sagesse de son administration, triomphèrent définitivement de l'insubordination et de la révolte, qu'il n'avait pu réprimer tout d'abord qu'à l'aide de la maréchaussée envoyée par le Parlement. Clément de Blanc a laissé plusieurs enfants. Au moment où il partait de la maison commune, pour être conduit à Paris et à la guillotine, les gendarmes arrachèrent de ses bras son plus jeune fils Auguste, qui voulait entourer d'affection et de dévouement les derniers jours de son existence, en partageant sa captivité et ses souffrances. M"** de Blanc, née de Gillet, et ses deux filles, âgées de seize et dix-sept ans, furent incarcérées, par ordre de la municipalité, au mois d'octobre 1793, à l'ancienne abbaye des chanoinesses de Saint-Sernin, et y demeurèrent jusqu'au 25 frimaire an III (15 novembre 1794).
Plus heureux que son collègue, Mathias-Marie- Armand-Pierre du Bourg de Rochemonteix put, avant de mourir, donner sa bénédiction à son fils Armand, dont le courage et les nobles sentiments étaient dignes et de ses ancêtres et de la victime qui allait être imn^olée. La famille du Bourg, dont Tune des branches
1. Les armoiries des de Blanc sont d'argent a la fasce de gueules, accompagnée : en pointe» d'un lion rampant d'or ; en chef, d'un croissant de gueules accosté de deux étoiles de même.
vint s'établir à Toulouse au milieu du xvi* siècle (1559), est originaire du Vivarais; elle a donné à la France : un grand chancelier, Antoine du Bourg, qui succéda au cardinal de Pral, en 1535; des évêques, notamment François et Jean-Baptiste du Bourg, qui occupèrent successivement le siège épiscopalde Rieux de 1542 à 1602; des ambassadeurs, des officiers généraux, des présidents et des conseillers au Parlement. Les glorieux et utiles services qu'elle a rendus à la patrie, les mérites intellectuels et le^ qualités morales dont elle a constamment fait preuve lui ont assuré la considération et l'estime que ses concitoyens lui ont toiyours témoignées et lui témoignent encore aujourd'hui ^
Pierre du Bourg naquit à Toulouse, le 18 avril 1746; après avoir complété de brillantes études par un voyage en Italie, pendant lequel il perfectionna ses connaissances littéraires et artistiques, il fut reçu membre du Parlement, le < 8 décembre 1765, en remplacement de son père Valentin, devenu président à mortier. Magistrat remplissant avec honneur et dignité ses fonctions judiciaires, notoirement hostile aux idées nouvelles et membre de l'Assemblée de la noblesse, réunie à Toulouse, le 27 mars 1789, il était naturellement au premier rang des suspects qui, dès le mois d'avril 1793, furent arrêtés et envoyés à la Visitation.
Sa détention ne fut pas de longue durée, grâce au dévouement de M. Rouède, professeur de dessin, qui obtint la liberté du parlementaire, en se portant, à son insu, caution de son civisme. Le modeste artiste exposait sa vie pour sauver un innocent condamné d'avance ; malheureusement son généreux sacrifice fut aussi
1. Les du Bourg portent d*azur à. trois branches d'épines effeuillées d'argent posées deux et une ; leur devise est : Lilium inter spinas. (Nobiliaire toulousain,)
inutile que ses supplicalions : du Bourg refusa le moyen de salut qui lui était offert, ne voulut pas s'éloigner de Toulouse et attendit courageusement les événements. Incarcéré une seconde fois à la Visitation, le 22 août suivant, il devint, comme ses collègues, l'objet des vexations et des brutalités de ses gardiens et du geôlier Moulis, dont les mauvais traitements furent impuissants contre une sérénité que rien ne pouvait altérer.
Le 5 germinal an II (25 mars 1794), Miot, l'un des tyranneaux toulousains, ex-maître d'école, chassé d'Agen pour sévices envers ses élèves, devenu notable de la ville et commissaire de la prison, vint faire une perquisition, sous le prétexte de complot d'évasion parmi les détenus. Du Bourg voulut protester contre cette tracasserie sans cause; à ses observations, les gardes de Miot répondirent à coups de crosse de fusil, et le maltraitèrent avec une sauvagerie sans exemple. Cependant son calme et son énergie triomphèrent parfois de la haine de ses bourreaux, qui ne purent, pendant une longue captivité de huit mois, lasser « son inaltérable douceur. »
Le voyage de Toulouse à Paris fut un long martyre pour la tendresse paternelle de ce magistrat, qui voyait son jeune fils faire des efforts surhumains pour lui témoigner sa tendresse et son attachement. 11 avait quarante-huit ans et comptait vingt-cinq ans de magistrature lorsqu'il tomba victime de son devoir, léguant un douloureux et grand exemple aux six enfants issus de son mariage avec M"* d'Arboussier de Montégut.
Son fi-ère, Tabbé du Bourg, ne s'illustra pas moins que le membre du Parlement dans cette période de haine et de persécutions : chargé par M^' de Fontanges de l'administration du diocèse de Toulouse, pen-
danl la Révolution, ce vertueux ecclésiastique brava tous les dangers pour soutenir et fortifier le clergé et les fidèles, au milieu des cruelles épreuves qu'ils avaient à traverser. Son courage, son zèle apostolique et son dévouement à toute épreuve rendirent les plus grands services à la religion, bannie et persécutée ; ils lui méritèrent la pieuse reconnaissance des diocésains et son élévation au siège épiscopal de Limoges.
Jean- Joseph d'Aguin, né à Toulouse, en mars 1731, fat élevé au collège des Jésuites, et se distingua de bonne heure par des aptitudes littéraires qui lui valurent un prix de poésie latine à TAcadémie de Rodez. Son père cumulait les fonctions de président à la deuxième Chambre des Enquêtes et celles de conseiller * ; néanmoins, par une faveur spéciale, il pouvait, s'il avait un fils, lui céder ce dernier office. Cette faculté facilita au jeune d'Aguin rentrée au Parlement, où il devint conseiller, en avril 1756, avant de remplacer son père à la présidence de la seconde Chambre des Enquêtes, en vertu de provisions royales enregistrées, le 20 mai 1761. Littérateur éminent, il fut appelé, en 1759, à faire partie de l'Académie des Jeux-Floraux comme titulaire du trente-huitième fauteuil des mainteneurs; magistrat intègre, il se fit remarquer par son éloquence et son énergie dans les luttes de la Cour souveraine contre le pouvoir qui, par deux fois, punit d'un exil rigoureux son opiniâtre et courageuse fermeté. Si les foudres ministérielles frappaient le parlementaire indépen-
1. Ecu mi-parti : au premier, d'azur au chevron d'or accompagné de trois oiseaux d'argent posés, deux en chef et un en pointe ; au chef cousu de gueules chargé de trois épées d'or, la pointe en has; au deuxième, d'azur au chevron d'or accompagné de trois étoiles d'argent posées, deux en chef et une en pointe. (Nobiliaire toulousain,)
dant, la faveur royale n'hésitait pas, dans les circonstances difficiles, à faire appel aux talents du jurisconsulte et à rhabileté de Tadministrateur; c'est ainsi qu'il fut chargé par Louis XVI, avec ses collègues Rey de Saint-Géry, de Saint-FéHx et d'Albis, d'aller rétablir Tordre au sein des populations du Vivarais. Cette mission, confiée à des hommes justes et impartiaux,, fut couronnée d'un succès absolu et ramena dans la province une tranquillité depuis longtemps inconnue.
En 1789, d'Aguin siégea à l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Toulouse, se montra constamment l'adversaire des idées de réforme et ne négligea aucune occasion de s'élever contre un mouvement populaire, dont la puissance l'effrayait et lui faisait entrevoir la fin d'une organisation sociale 6 laquelle il avait consacré tout son dévouement et tout son talent.
. A la suppression du Parlement, il s'était retiré ft SeysseSi aux environs de Muret, lorsque la Terreur le fit incarcérer à la Visitation, en avril, puis le 28 septembre 1793, sous l'inculpation de suspect et « d'ennemi « juré de la Révolution. » Trente-quatre années de services dans la magistrature devaient fatalement le conduire à la guillotine.
On assure qu'au Tribunal révolutionnaire, il ne daigna même pas répondre au président Dumas, qui voulait l'interroger encore avant le prononcé du jugement. Fier de son passé, le magistrat n'oublia pas qu'un innocent se défend devant un juge, mais ne dispute pas sa tète au bourreau; il se retourna avec mépris, préférant aller immédiatement à l'échafaud que marchander à ses assassins quelques instants d'existence. Il mourut à soixante-trois ans, laissant deux fils de son mariage avec W^^ R. de Rességuier,
sœur du procureur général. L'un d'eux, avait été mis en arrestation, le 26 germinal, et devait être détenu aux Carmélites; il obtint de partager la captivité de son père à la Visitation, le vil partir pour l'écjiafaud, et ne fut mis en liberté que le 23 vendémiaire anlll. De son côlé, M"* d'Aguin, dénoncée au Comité révolutionnaire de Toulouse, le 21 ventôse (H mars 1794), fut arrêtée, comme suspecte et sœur d'émigré, le 7 germinal, et ne sortit de l'ancien couvent des chanoinesses de Saint-Sernin / devenu prison nationale, que le 25 brumaire (15 novembre 1794), après huit mois de détention. L'année suivante, elle s'adressa au Comité de législation pour obtenir la restitution de ses biens propres, qui avaient été confondus avec ceux de son mari et confisqués au profit de la nation. L'épouse courageuse déclara ne pas demander « qu'on anéan- « tit une condamnation dont la mémoire du prési- « dent d'Aguin ne saurait souffrir *, » et ne craignît pas, en s'adressant aux anciens collègues de Robespierre, de revendiquer la mort sur l'échafaud jacobin comme un nouveau titre d'honneur pour sa famille.
Le président François-Joseph Marquier de Fajac partagea le sort de son collègue d'Aguin ; la destinée, qui unissait, dans leurs fonctions et leurs prérogatives, les deux présidents de la seconde Chambre des Enquêtes, leur, fut commune jusqu'à la mort et les conduisit ensemble à l'échafaud.
Ce magistrat était né au château de Fajac, près Mazères, en décembre 1744. Reçu conseiller au Parlement, le 11 septembre 1765, en l'office de Boissy de Montalzat, il ne tarda pas à prendre une part très active à la lutte contre le chanceUer de Maupeou, et
1. Archires nationales, D. III. 91.^ Lettre du 3 gei*mi7ial an III.
fut exilé, avec plusieurs de ses collègues, le 27 février 1771, lors de la création éphémère des nouveaux Parlements. Au commencement de 1782, il acquit Toffice de A. de Portes et devint président à la deuxième Chambre des Enquêtes. Les provisions royales, datées du 27 février, rappellent les services mihtaires rendus par sa famille, notamment par son aïeul paternel, capitaine commandant au régiment de Sault, qui se distingua, en 1690, à la bataille de Fleurus, où quatre de ses frères furent tués; le même document mentionne les services « assez connus » de la famille de sa mère, PhiHberte de Lévis.
Le président de Fajac figure au nombre des gentilshommes qui siégèrent à Toulouse, le 26 mars 1789, à l'Assemblée générale des trois ordres et, le lendemain, à la réunion delà noblesse, à laquelle il assista, pour lui et comme mandataire du marquis de Lévis et de Combettes de Labourelie, seigneur direct de la ville et du consulat de Gaillac. La même année, il se retira dans son domaine de Valcournouze, aux environs de Lavaur, et ne le quitta qu'en novembre 1790, c'est-à-dire plus d'un mois après la suppression du Parlement.
La municipalité de Toulouse le fit incarcérer à la Visitation, d*abord en avril, puis le 22 août 1793, malgré ses graves et douloureuses infirmités. Lorsqu'il connut Tordre de son transfert à Paris, il écrivit à Taccusateur public Cappelle, le 18 floréal *, en invoquant son absence de Toulouse, au moment des protestations de septembre 1790, et la gravité de son état «le santé, attestée par le médecin Sol; ses réclamations furent inutiles et ne purent le soustraire à la destinée de tous les membres de Tancienne ma-