‹ La fin du Parlement de ToulouseChapitre 49 sur 117 · Archives de la Haute-Garonne. Série L. Liasses · texte numérisé non relu

Archives de la Haute-Garonne. Série L. Liasses

le 23 juillet 1782, conseiller au Parlement, en remplacement de J. de Papus, décédé. Bonhomme Dupin prit part, en son nom et comme représentant de sa mère, M"* de Salles, seigneuresse de Castelnau-d*Estrélefonds, à l'Assemblée de la noblesse de la sénéchaussée de Toulouse, en 1789.

La loi des suspects Tavait déjà fait incarcérer à la Visitation, lorsqu'il fut l'objet, le 19 ventôse, d'une dénonciation spéciale de la part de la municipalité de Saint-Orens. Son frère était, de son côté, détenu, depuis le 26 germinal (15 avril 1794), à la prison des Carmélites et n'en sortit qu'après la Terreur. Le conseiller avait cinquante-sept ans et comptait vingt-trois ans de services judiciaires, lorsque sa tète tomba sur l'échafaud de la barrière du Trône.

Henri-Benoit-Bruno d'Héliot, fils d'un membre du Parlement et de M"® Mène de Montgazin , sœur d'un conseiller à la Grand'Chambre , naquit, le 7 -octobre 1758. Il acquit Toffice de H. d'Aussaguel de Lasbordcs et fut reçu conseiller commissaire aux Requêtes, le 5 juin 1782. Dans la vieille famille parlementaire de d'Héliot S on retrouve son grand-père avocat au Parlement, qui avait été capitoul, et son oncle, supérieur du séminaire de Mirepoix, puis abbé du Peray- Neuf, qui s'était fait un nom dans le monde savant par ses travaux et par la fondation, à Toulouse, de l'importante bibliothèque du clergé.

En 1789, comme gentilhomme et comme fondé de pouvoirs de son père et de Méric de Montgazin baron de Saint-Paul, il assista aux réunions de la noblesse ; au même titre personnel et comme détenteur d'un fief

1. Les d'Héliot portaient d'argent au chevron d'azur accompagné en chef de deux étoiles du môme, en pointe d'une ancre levée de gueules. (Nobiliaire toulousain»)

sis au Vernet, il siégea à l'Assemblée des trois ordres, tenue à Toulouse. Incarcéré à la Visitation, d'abord en avril, puis le 18 octobre 1798, il mourut à trentecinq ans, laissant une fille unique, à peine âgée de trois ans, et une jeune veuve, née de Saint-Félix, qui fut détenue, par mesure de sûreté générale, du 5 janvier au 15 novembre 1794, à Tancienne abbaye des chanoinesses de Saint-Sernin. Un mois à peine après sa mise en liberté, M"* d'Héliot poursuivait, devant le Comité de salut public, la réhabilitation de la mémoire de son mari et la restitution des biens ^ du magistrat, victime d'un assassinat juridique.

Raymond- André-Philibert de Montégut était trop jeune, en 1790, pour pouvoir délibérer avec les membres du Parlement. L'accusation d'une participation quelconque aux protestations de septembre ne pouvait donc être fondée à son égard ; il fut néanmoins reconnu coupaible de ce chef et condamné à mort. De Montégut était né à Toulouse, le 2 décembre 1767, et le 16 avril 1789, il avait été reçu conseiller, en remplacement de J.X. Espic de Ginestet, dont il avait acquis l'office; ses aïeux paternels et maternels appartenaient depuis longtemps à la magistrature, qui avait plusieurs fois inscrit dans ses annales les noms des de Montégut et des de Mouilhet, au nombre des pvésidents et des conseillers du Parlement de Toulouse. Appelé aux fonctions judiciaires, à l'âge de vingt et un ans, ce magistrat ne pouvait avoir voix délibérative, avant 1792; en outre, le décret du 3 novembre 1789 ayant prorogé indéfiniment les vacances des Cours souveraines, il n'avait siégé que six mois environ et n'avait pu prendre effectivement part à aucune délibération

1. Archives nationales, D. III. 93.— Lettre du27fri7naireanlll (17 décembre 1794).

-^ 167 — de ses collègues. Excuses insuffisantes. La Terreur cherchait, non des coupables, mais des victimes, et tous les membres de l'ancienne magistrature qui tombaient entre ses mains devaient périr sur Téchafaud. Le jeune parlementaire avait été arrêté, en avril 1793, puis mis en liberté; quelques mois après, il fut incarcéré de nouveau à la Visitation, le 27 ventôse an II (17 mars 1794), en même temps que son collègue de Rey de Saint-Géry. Le cœur brisé par la douleur de sa jeune femme et par la pensée du sombre avenir de ses enfants, dont Tun était encore au berceau, il suivit vaillamment la voie sanglante sur laquelle son père l'avait précédé, et il mourat, à vingt-six ans, digne de lui-même, de ses collègues et de ses ancêtres. Des deux fils qu'il avait eus de son mariage avec M"® de Limairac, un seul survécut et entra plus tard dans les ordres.

Pierre-Magdelaine- Joseph -François marquis de Senaux, né à Toulouse, le 10 février 1759, était fils de Jean de Senaux deLabessède, présidente mortier, et de M"® de Marmiesse.

Littérateur aussi distingué que magistrat éclairé, le président de Senaux, son père, se fit remarquer à l'Académie des Jeux-Floraux, en 1759, par son éloge de Glémence-Isaure. Son aménité et son inépuisable serviabilité lui avaient créé une telle popularité à Toulouse qu'à son retour de Paris, où il avait été appelé, en 1787, comme membre de l'Assemblée des Notables, la population célébra son arrivée par une illumination et par des feux de joie. Il mourut, en mars 1789, avant d'avoir vu les nobles aspirations et la chute sanglante de cette Révolution, si grande à son début, si horrible quatre ans après.

Les de Senaux s'étaient signalés, depuis plusieurs

siècles, dans le clergé, dans la magistrature et dans Tarmée* : Tun d'eux, Jean de Senaux, conseiller d'Etat, pui3 président à la Chambre des Enquêtes en 1634, avait été chargé par Louis XIII de réinstaller, dans le ressort du Parlement de Toulouse, tous les catholiques dépossédés de leurs charges par les protestants, à la suite des guerres civiles; il s'acquitta de cette mission difficile avec la sagesse du magistrat impartial et Ténergie de l'administrateur habile. Un second Jean de Senaux, petit-fils du précédent, fut rapporteur dans la célèbre affaire du testament de Bayle que la Cour de Toulouse valida, au commencement du xviii* siècle. Deux membres de cette famille avaient été évêques, l'un à Lisieux, et l'autre à Saintes, puis à Autun, en 1702. Enfin, Marguerite de Senaux, mariée à R. de Garival, conseiller au Parlement, avait pris le voile, en 1618, à Toulouse, chez les religieuses de Sainte-Catherine de Sienne, le jour même où son mari entrait aux Chartreux ; en 1627, elle alla fonder à Paris le couvent des filles de Saint-Thomas, puis celui de la Croix.

Par sa grand'mère paternelle, le dernier descendant des de Senaux était aUié aux maisons de Noailles et de Châtillon et à la famille de Lescure, dans laquelle on comptait plusieurs officiers généraux ; du côté maternel, les familles deMarmiesseetde Nupces n'étaient pas moins illustres dans les annales des grands corps judiciaires.

Pierre de Senaux acquit l'office de Gautier de Seissan de Villenouvelte, conseiller commissaire aux Requêtes, et fut admis à le remplacer, le 16 janvier 1784. Comme membre de la noblesse, il se fit représenter par

1. Us portaient d'azur au chevron d'or accompagné en chef de deux étoiles d'argent, en pointe d'un croissant du même.

le chevalier de Peyra, à la réunion des Irois ordres de la sénéchaussée de Caste Inaudary, tenue, le 28 mars 1789. Absent de Toulouse \ au moment où la Chambre des vacations rendit ses célèbres arrêts des 25 et 27 septembre 1790, il ne put pr endre aucune espèce de part aux délibérations qui furent le prétexte de sa mise en jugement et de sa condamnation à mort.

Pendant la Révolution, il abandonna son hôtel de la rue Malcousinal, non loin de Thôtel d'Assézal, et se retira à Montbrun. Par mesure de sûreté générale, la municipalité de Toulouse le fit incarcérer à la Visitation, d'abord le 25 avril 1793, pendant quelques jours, puis une seconde fois, le 24 novembre suivant. Le registre d'écrou lui prête un caractère vif et bouillant, le qualifie d'aristocrate dangereux, s*étanl glorifié de ses opinions, et rappelle qu'il était allé à Paris avec deux domestiques, au moment du 10 août ^

La justice des Dumas et des Fouquier-Tinville condamna à mort ce jeune magistrat, à peine âgé de trente-cinq ans, et confisqua tous ses biens au profit de la nation. De Senaux n'était pas marié; avec lui s'éteignit une famille qui avait contribué, depuis des siècles, au renom de la magistrature française, à la prospérité et à la gloire de la patrie.

Jean-Joseph-Lazare de Combettes de Caumont, né à Gaillac, dans l'Albigeois, en janvier 1745, était fils d'un avocat au bureau des finances de Montauban ; il succéda à J.B.F.M. de Majorel Despanès de Mezens, le 31 août 1768, comme conseiller au Parlement, où il siégeait, en 1790, à la deuxième Chambre des Enquêtes. Exilé une première fois, en 1771, par le chan-

Page 1