Voir ci-dessus, page
jet une fille, mariée à M. de Nogaret; celle-ci fut incarcérée à l'abbaye des chanoinesses. de Saint-Sernin et ne recouvra la liberté qu'à la fin de brumaire an III. L'injustice et l'iniquité des puissants d'alors sont inscrites à chaque page de l'histoire de celle lugubre époque ; mais il est difficile de passer sous silence le scandaleux déni de justice dont fut victime la sœur du oonseiller, M"^de Cassand, ancienne religieuse de Sainte-Catherine. Elle avait demandé aux autorités du district de Toulouse de concourir, comme héritière, ô la succession de son frère, et de pouvoir rentrer dans la chambre qu elle occupait chez lui, avant l'apposition des scellés. Le Directoire, par arrêté du 18 messidor, repoussa cette requête et ne craignit pas de motiver ainsi sa décision : « La nation ayant déjà a pourvu à la pension de la pétitionnaire ci-devant « rehgieuse par égard pour ses trente années de clô- « ture, elle ne peut être dans le cas de réclamer le a bénéfice de la loi qui n'a été décrétée que pour les « sBDS'Calottes ^ »
Qu'étaient donc devenues les grandes conquêtes de 1789 ? Au nom de la liberté, le moindre propos imprudent conduisait à la guillotine; au nom de la fraternité, la délation, officiellement organisée, semait la discorde, bouleversait les rapports sociaux et terrorisait. la nation; au nom de l'égalité, une c>atégorie d'individus était seule digne de bénéficier des dispositions de la loi.
La Révolution, s'inspirant du sentiment de la dignité individuelle, avait supprimé les ordres privilégiés; la Terreur qu'elle engendra rétablit les plus odieux privilèges, en faveur de ses prosélytes, qui ont été l'oppro-^ hre et la honte de la France.
^ 1. Archives municipales de Touloase. — Arrêtés du Directoire du dUtrict, \, n* 943.
Henïh-Bernard-Catherine de Sapte, seigneur du Puget, de Bussarens, de Verdun, etc., fils dé Jean- Etienne, conseiller à la Cour, et de M"® de Catellan, naquit à Toulouse, en juin 1742. Il succéda à son père, le 80 août 1763, et devint président à mortier, en juin 1769, en loffice de M. Daignan. Les provisions royales rappelant à ces dernières fonctions, mentionnent les services rendus par ses ancêtres paternels et ma* lernels, depuis le commencement du xvi* siècle : ils avaient mérité « la protection singulière d'Henri IV, » et s'étaient distingués dans Tordre do Malte, dans lu magistrature et dans le clergé, où ils comptaient plusieurs évêques.
L'accomplissement des devoirs du magistrat n'ex-^ cluait pas, chez le président de Sapte, l'étude de la littérature à laquelle il se consacra avec ardeur, pendant l'exil de trois années que lui imposa le chancelier deMaupeou, lors delà réforme de Tordre judiciaire- L'Académie des Jeux-Floraux apprécia ses travaux et récompensa son mérite, en Tappelant, en 1787, au vingt-huitième fauteuil de ses mainteneurs.
11 avait épousé M"® Bourrée de Corberon, fiile du président de la première Chambre des Enquêtes du Parlement de Paris. Ce magistrat vint s'établir àTôu-. louse après la suppression des Cours souveraines. Arrêté comme suspect, Bourrée de Corberon fut incarcéré à la Visitation, le 22 août 1793, puis transféré à Paris, où il fut exécuté, le P' floréal, avec quinze de ses collègues et six membres de la Chambre des vacations du Parlement du Languedoc.
Le président de Sapte avait siégé, avec la noblesse, à l'Assemblée générale des trois ordres, tenue à Carcas* sonne, le 17 mars 1789, et s'était fait représenter par son collègue deLarroquanà celle de Toulouse; magistrat et gentilhomme, il ne devait pas tarder, sous la
Terreur, à être signalé comme suspect, puis à être arrêté. Longtemps détenu à la Visitation, où il avait été incarcéré pour la seconde fois, le 22 août 1793, il fit partie du premier convoi de qualorae parlementaires expédiés à Paris par Taccusateur public Cappelle, et mourut sur Téchafaud, à Tàge de cinquante- deux ans.
Jean-Paul de Gazes appartenait à une vieille famille de robe : son bisaïeul, P. de Gazes, marquis de Fonties, avait été président aux Enquêtes; son grand père et son père avaient siégé comme conseillers à la Cour. Né en février i752, il acquit la charge de J. de Genton de Villefranche^ et fut reçu conseiller commissaire aux Requêtes, le 4 septembre 1776.
À r Assemblée de la noblesse de 1789, il siégea comme gentilhomme et comme fondé de pouvoirs de Tabbé Desparnés, seigneur de Messens; puis l'orage révolutionnaire le força à passer à l'étranger, et il fut porté sur la Hste des émigrés du district de Toulouse, en date du 22 mai 1793. Trop confiant en son droit et en son innocence, il revint en France ; emprisonné à la Visitation, le 25 août 1793, il paya de sa tête, à Tàge de quarante-deux ans, Timprudence que n eût pas commise un coupable.
Joseph-Germain-Paul de la Broue n'avait pas moins de titres que de Gazes à faire partie de la grande magistrature languedocienne : Tancienneté et la noblesse de sa famille*, les glorieux et honorables services rendus par ses ancêtres, dans la robe et dans l'armée, devaient lui faciliter tout particulièrement l'entrée xlu Parlement de Toulouse. Né à Moissac, dans leQuercy,
1. L'écn des de la Broûe est d'or à trois corneilles de sable, becqaées et membrées de gueules, posées deux et une. (Nobiliaire tomknêêodn.)
en janvier 1753, il entra à la Cour, le 9 septembre 1775J comme conseiller commissaire aux Requêtes, en Toftice de B.F. de la Roque de Molas, et devint conseiller aux Enquêtes, en août 1782, en remplacement de P.M.L.de Fajole de Puylausic, dont il avait acquis la charge.
En 1789, il assista à la réunion de la noblesse de Cahors et se fit représenter, comme seigneur de Gandalou, à celle de la sénéchaussée de Toulouse par son collègue de Larroquan. L'année suivante, il était avec sa femme et ses trois enfants à Clermont, près de risle-Jourdain, chez son beau-père, M. de Dernier, pendant les mois d'août et de septembre ^ il ne pouvait donc avoir pris aucune part aux protestations de ses collègues contre les décrets de l'Assemblée nationale, mais ses services et ceux de sa famille étaient trop notoires pour ne pas le signaler à la haine des terroristes.
Les arrestations d'avril 1793 le conduisirent à la Visitation; il n'en sortit quelques jours que pour être incarcéré de nouveau, le 23 août suivant, comme « aristocrate prononcé et très dangereux, ayant voulu (( gagner des patriotes. » Cette inculpation eût largement suffi, s'il n'eût été magistrat, à le jeter sous le couperet de la guillotine; il mourut à quarante et un ans.
Jean-François de Larroquan, né à Tlsle-Jourdain, en Armagnac, en décembre 1745, avait été reçu conseiller, à l'âge de vingt-deux ans, en l'office de A. de Chalvet de Rochemonteix, et siégeait, en 1790, à la première Chambre des Enquêtes. Sa naissance * et les mandats
1. Archives nationales, D. III, 92. — Certificat de f^sidence de la numicipalite de Cle7*nwut.
2. La famille de Larroquan portait de gueules à un roc d'échi- • quier d*argent; au chef d'azur chargé de deux roses de gueules. {Nobiliaire toulousain.)
du président de Sapte et de son collègue de La Broùe rappelèrent à figurer, en 1789 , à la réunion de la noblesse de la sénéchaussée de Toulouse.
A la Terreur, il fut arrêté une première fois, le 25 avril 1793, mis provisoirement en liberté, pij|s incarcéré de nouveau, le 24 novembre, au couvent de la Visitation; il en sortit, le 19 floréal suivant (8 mai 1794), avec les parlementaires, ses collègues, destinés comme lui au Tribunal révolutionnaire et à réchafaud de Paris.
M"* de Larroquan, sœur du président de Sapte, avait été aiTétée, le 26 germinal (15 avril), par ordre du Comité révolutionnaire, comme suspecte et préve^ nue d'avoir fait passer 6 son mari prisonnier des a billets propres à inspirer des inquiétudes sur les a subsistances. » Elle fut détenue k Tabbaye dès chanoinesses de Saint-Sernin jusqu'au 43 frimaire an m (3 décembre 1794).
Les malheureuses femmes incarcérées dans cette ppfson furent Tobjet des vexations des autorités, qui ne laissaient échapper aucune occasion d'augmenter les privations et les souffrances des ci-devant privilégiées. Sur leur refus de se soumettre, un jour de dimanche, à Tobligation de faire quotidiennement de la charpie, le Bureau de sûreté générale, par une décision du l*' prairial, les mit au pain et à Teau pendant quinze jours, et décida rétablissement d'une chambre de correction. Elles furent exposées à de tels outrages et de telles exactions de la part de leur geôlier, Tex-menuisier Fabre, que ce misérable fut arrêté, le 2 fructidor, traduit devant le Tribunal criminel et remplacé par un bon sans-culotte que dési-
î gna le Comité révolutionnaire ^
1. Archives municipales de Toulouse. ^Rapports diêMireau de ^i^reté généralB aux administrateurs du district.
Treille- deux membres du Pariement de Toulouse avaient déjà porté leui*s tètes suri echafaud; néanmoins la liste de ces magistrats n'était pas encore épuisée. Condamnés d'avance au dernier des supplices, désignés pour le martyre par leur naissance et par leurs fonctions, ceux qui avaient échappé jusqu'alors étaient traqués et poursuivis comme des bêtes fauves.
« Le vaisseau de la Révolution ne peut arriver au a port que sur une mer rouge de sang, » avait dit Barrère; mais il fait eau de toutes parts, et il faut se hâter. Les détenus sont mis en coupe réglée ; les chefs de la Terreur gourmandent les pourvoyeurs de la guillotine; ils harcèlent leurs agents de province; c'est un redoublement de délations, de perquisitions et d'arrestations. Dans leur Gompte*rendu décadaire au Comité de salut public, les administrateurs de la Haute- Garonne annoncent que c les membres du cy- « devant? arlementjéparsdansd'aulresdépartemenls, < arrivent h Toulouse, et qu'à mesure, ils sont cou- (c duits à Paris pour y être jugés à raison de leur « coûspiralioD contre la souveraineté du peuple *. » Cappelle parvient à former un nouveau convoi de victimes et, le 17 prairial, il écrit à Fouquier-Tinville qu'il va faire partir dix-sept membres de la Cour, un substitut et un greffier sur lesquels il n'a d'ailleurs (( aucun renseignement positif; » il lui en reste encore quatre, mais ils sont malades ^ incapables de faire le voyage et deux d'entre eux n'ont pas quitté le Ut depuis 1788 l