C. LegriS; commis greffier
septembre 1790. Bien que sa naissance l'eût appelé, comme membre de la noblesse, à la réunion des trois ordres de la sénéchaussée de Toulouse, ses sympathies pour le mouvement révolutionnaire l'avaient amené, d'abord à prêter le serment civique, à la séance tenue, le 17 février 1790, par le conseil général renforcé de la commune, puis à faire devant le corps municipal, le 19 novembre suivant, une déclaration catégorique qui le séparait complètement de ses collègues.
Ne s'étant jamais opposé à Tenregislrement des décrets de l'Assemblée nationale, ayant demandé à plusieurs reprises l'abrogation de l'ancien usage « de soit montré, » qui donnait un délai de trois jours pour l'accomplissement de cette formalité, de Pérès déclara s'être refusé à approuver les démonstrations de la Chambre et n*avoir pas protesté plus tôt, parce qu'il « était notoire à Toulouse que le a délibéré du 25 septembre était passé contre son <£ avis. » Le vieux conseiller sollicita, en même temps, la faveur de se rendre à Paris pour se justifier encore plus complètement, en rendant compte de sa conduite et de ses principes, dont l'exposé devait largement suffire à prouver la pureté de son civisme. Le corps municipal lui donna acte de sa déclaration, mais, deux jours après, à la réception du décret du 6 novembre, il le fit arrêter et incarcérer à la Conciergerie, malgré son grand âge et ses infirmités. A la demande du maire Rigaud et sur les conclusioHS du prince de Broglie, rapporteur, l'Assemblée, nationale admit , le 30 novembre, « les présomptions « de son innocence, » et ordonna sa mise en liberté provisoire, sauf engagement de se représenter à toute réquisition.
Le malheureux magistrat, dont un décret, sanctionné par le roi, venait de reconnaître l'innocence.
put croire, sans doute, qu'il ne serait plus recherché pour le fait qui avait motivé son arrestation. Ses collègues passaient à Télranger, il ne les suivit pas et ne manqua aucune occasion de prouver son civisme par des dons patriotiques, en nature et en argent^ notam* ment à Thôpital de La Grave, dont ii était administrateur, et à Pibrac, où il résidait fréquemment. Sous la Terreur, il voulut intervenir en faveur de de Savy de Gardeil,son neveu et son collègue, qui avait été envoyé au Tribunal révolutionnaire ; Cappelle le fit arrêter et conduire à Paris, où il arriva le !•' messidor.
Quelques jours après, les parlementaires de Toulouse comparaissent à la barre, et sont accusés d'avoir concouru ou adhéré aux protestations de la Chambre des vacations. Quel grief sera-t-il possible de formuler contre de Pérès ? N'a-t-il pas combattu Topinion des membres de la Cour et ne s*est-il pas opposé à l'acte qui leur est imputé? L'Assemblée nationale, en ordonnant sa mise en liberté, le 30 novembre 1790, n'a-t-elle pas reconnu son innocence ? Dans les prétendus débats qui vont s'engager, n'est-il pas plutôt un témoin à charge contre ses anciens collègues que le complice des accusés ? Sans doute , mais il a commis le crime impardonnable d'avoir appartenu à cette magistrature^ dont la droiture, rimpartiahté et les vertus sont un outrage de chaque jour pour les Hugueny, les Blanchard et les Cappelle ô Toulouse, pour les Dumas, les Coffmhal et les Fouquier-Tinville à Paris; donc, il doit mourir!
Il a adopté les idées nouvelles; qu'importe? Il produit des certificats de civisme délivrés par le Comité révolutionnaire et par la municipalité de Toulouse ; qu'importe encore?* « En temps de révolution, tous
1. Ces certiûcats portent les dates des 16 et 19 prairial an II. (Archives nationales, W. 349, n» 703 bis et W. 408, n« 939.)
a les moyens sont excusables, lorsqu'ils tendent au € bien général, » écrivait, à cette époque, un journaliste de Tancienne capitale du Languedoc. La mort du conseiller de Pérès était sans doute nécessaire au bien général de la nation ; cependant on ne savait comment Taccuser. La difficulté fut résolue révolutionnairement :bien que son nom ne fût pas porté dans l'acte d'accusation, le substitut Liendon le fit comparaître au banc des prévenus; bien qu'il ne figurât pas davantage dans la question posée au jury, les juges prononcèrent sa condamnation et l'envoyèrent ô la guillotine.
L'iniquité des terroristes réunit sur le même échafaud a le prosélyte de la Révolution » et ceux que Ton accusait « de s'être montrés les ardents adversai- « res » de la République.
Au nombre des victimes qui tombèrent, le 18 messidor, à la barrière du Trône, le Parlement de Toulouse comptait deux présidents , quinze conseillers , deux commissaires aux Requêtes, un substitut du procureur général et un commis greffier ; celui d'entre eux, qui était inscrit le premier dans l'acte d'accusation, porte le numéro 1934 sur la liste des condamnés, publiée tous les jours, à Paris, pendant la Terreur.
Pierre-Antoine de Lespinasse Ghampeaux, seigneur de Florentin, né en mai 1731, conseiller commissaire aux Requêtes, le 20 août 1749, en l'office de J.M.de Lassalle, devint conseiller à la Grand'Chambre, le 13 juin 1757, en remplacement de J.E. de Malaret. Des lettres patentes du mois d'août 1768, confirmées en mai 1775, lui accordèrent la réunion de ses terres de Faix, Florentin, Tersac et Villalte, et leur érection en marquisat de Lespinasse; il appartenait, d'ailleurs, à une ancienne famille dont la noblesse avait été reconnue, en 1606, lorsque son aïeul, P.C. Barbier de
Lespinasse fut obligé par ordre, quoique noble d'ori-. gine, d'accepter les fonctions de capitoul du quartier de Saint-Sernin, à Toulouse.
L'édit du 20 août 1771 maintint de Lespinasse au nombre des membres du Parlement, qui porta le nom du chancelier de Maupeou. En 1789, il siégea, avec la noblesse, à l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Carcassonne, puis à Muret, à celle du Comminges, à laquelle il assista comme coseigneur du lieu de Lacombe, juridiction de la ville et du faubourg ou barry de Garonne, à Muret.
La dissolution du Parlement lui permit, en novembre 1789, de se retirer à Lacombe, où il demeura sans interruption jusqu'au jour de son arrestation. Un ordre delà municipalité lui prescrivit, le 4 octobre 1793 S de se rendre au couvent des Cordeliers, transformé en prison, mais la gravité de ses infirmités lui fit obtenir d'être maintenu en état d'arrestation provisoire à son domicile. Quelque temps après, il fut conduit à la maison d'arrêt d'Auterive, où il tomba gravement malade; son état de santé, compromis depuis dix ans par de fréquentes attaques de goutte, fut constaté, le 23 germinal (12 avril 1794), par Maleplate, officier de santé, délégué à cet effet par Farine, président du Comité de surveillance, et, sur les instances de sa belle-fille, le Comité de Muret ordonna qu'il serait ramené et détenu au château de Lacombe, sous la garde « d'un sans-culotte. » Cette mesure ne fut pas exécutée; le 21 du mois suivant (10 mai), par
1. De par la Loy, Lespinasse èk Lacombe est requis de se rendre de suite dans la maison d'arrôt aux cy-devant Cordeliers en exécution des ordres des commissaires du Département et des représentants du puble sous paine de désobéissance et d'y être contraint. — Muret, le 4« octobre 1793, Tan 2» de la République française une et indivisible.
Signé : Ader,Peyrusse, offl" m» .
ordre de Cappelle, de Lespinasse fut transféré à la prison de la Visitation, et fut avisé de son prochain départ pour Paris. Malgré son état de souffrances et ses instances pour obtenir la visite d'un médecin, il quitta Toulouse, le 19 prairial, à destination du Tribunal révolutionnaire. Un mois après, il montait sur Téchafaud avec son fils, son collègue à la Cour souveraine.
Charles Blanquet de Rouville vicomte de Trébons appartenait à une très ancienne famille dont la noblesse remontait aux premières années du xv* siècle ^ Fils de F. Blanquet Amanzé de Rouville baron d'Altein, seigneur des villes de Montgaillard et de Villenouvelle, etc.^ etc., et de M"* d'Espechiers, il naquit à Marvejols, dans le Gévaudan,le 15 décembre 1756. Son père et son oncle avaient siégé comme conseillers à la Cour de Toulouse et son grand-père avait été, pendant plus de quarante ans, correcteur à la Chambre des Comptes de Paris. Malgré ces traditions de famille, Charles de Rouville embrassa d'abord la carrière militaire et figura tout jeune parmi les officiers de Royal-Champagne, puis il acheta l'office de J.L. de Vaysse et fut reçu au Parlement, le 5 juin 1782. Sa grande érudition et sa connaissance approfondie des affaires le distingu èrent bientôt parmi tous ses collègues, qui le considéraient comme un des plus savants jurisconsultes de la Cour.
La prorogation des vacances du Parlement lui permit de se fixer à la campagne, où il demeura, depuis le 19 août 1790, tantôt à Vieux (Tarn), chez son beau-
1. Les armoiries des Blanquet Amanzé de Rouville étaient d'argent à la bande de gueules, chargée de trois roses du champ et accompagnée de deux croissants du second émail, celui en chef versé. {Nobiliaire universel de France, par'Saint-Allais.)
père, le conseiller honoraire de Bernard de Prate de Vieux, tantôt à son château de Gratens, aux environs de Rieux. Il ne put donc prendre aucune part, en septembre 1790, aux protestations de la Chambre des vacations contre les décrets de TAssemblée nationale
Les premières arrestations des suspects le conduisirent, en avril 1793, à la prison de la Visitation, mais une mesure générale ne tarda pas à lui rendre momentanément la liberté.
Le magistrat, qui s'était signalé dans l'exercice de ses fonctions judiciaires, s'était courageusement soumis aux lois de la Révolution, quelque rigoureuses qu'elles pussent être. Néanmoins, par une omission involontaire, il n'avait fait enlever les armoiries décorant son château de G-ralens que huit jours après l'expiration des délais prescrits par la loi du 1" octobre 1793. Le domaine fut immédiatement confisqué au profit de la nation. De Rouville adressa au procureur général syndic du département, une protesta* tion apostillée par la municipaUté de Gratens ; le Directoire du département rejeta cette requête, et, le jour même de son dépôt, le 6 novembre, Descombels écrivit à la société populaire de Toulouse pour lui dénoncer la recommandation des officiers municipaux de Gratens, en faveur d'un ancien détenu qu'il s'étonnait de voir encore en liberté *. Les jacobins ne devaient pas tarder à donner suite à la dénonciation de cet homme, qui mérita le surnom de Robespierre du Midi *.