‹ La fin du Parlement de ToulouseChapitre 69 sur 117 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

Quelques jours après, il envoyait le malheuroix à Fouquier-Tinville qui le faisait condamner comme ma* gistraty qnoiqfifiî n'eût pas exercé les fonctions judi^ ciaires, et comme ennemi du peuple, bien que les jacobins l'eussent reconnu digne de figurer dans la nouvelle classe privilégiée des citoyens.

De Guillermin quitta Toulouse, le 22 prairial, avec ses collègues de Mourlens et de Lainote, sous la garde des gendarmes Guiraud et F. Penchenat dit Garbonnel, spécialement requis à cet effet par Taccusateur public, II monta sur Téchafaud, le 48 messidor, à Tâge de cinquante-cinq ans, sans laisser de postérité.

Ses biens furent immédiatement mis sous séquestre et le résultat des perquisitions, faites dans ses propriétés à Toulouse, peut donner une idée de l'importance de sa fortune : elles produisirent une somme totale de 520,000 livres qui fut remise au receveur des Domaines. Dans son hôtel, on découvrit 262,000 livres en numéraire ; ce chiffre officiel fut peut-être même dépassé, si Ton en croit les dénonciations adressées, après la Terreur, au représentant du peuple contre Couderc, l'officier municipal chargé de cette opération.

Tous les membres de l'ancienne magistrature étaient également coupables et rien ne pouvait effacer leur crime originel. La générosité, le patriotisme et le civisme reconnus par les jacobins, ne purent sauver de Guillermin; la lutte contre le Parlement et les attaques constantes contre la Cour, furent tout aussi insuffisantes pour arracher Labat de Mourlens à la haine des terroristes.

Jëan^Piebre de Labat de Mourlens S né à Laffîtte, diocèse de Rieux, le l*' juin 1725, entra au Parlement,

1. Armoiries : d'azur h un cerf passant d'argent sur une terrasse de sinople; au chef de gueules chargé d*un croissant d'argent accosté de deux étoiles d'or. (De la Rocque).

le 10 mai 1760, en Toffice de son oncle, J.F. de Saint- Laurens, membre de la Cour pendant quarante-huit ans, et Tun des hommes les plus érudits de son époque. Après avoir partagé l'exil d'un grand nombre de ses collègues, pendant l'existence des Parlements Maupeou, de Mourlens reprit ses fonctions, en 1775, à la rentrée de la Cour; mais, en 1782, à la suite de la perte d'un procès important, dans lequel il croyait devoir obtenir gain de cause, il abandonna complètement son siège de conseiller, et « loin de prendre part aux (( délibérations de ses confrères, il ne cessait annuel- « lement de faire imprimer et distribuer contre eux « une critique amère de leur conduite, à l'occasion du a procès qu'il croyait n'avoir perdu que par leur a injustice *. » La Cour de Toulouse chercha à mettre un terme aux récriminations du magistrat, qui fut, dit-il, « persécuté, criminalisé, décrété et cité à TAs- <c semblée des chambres *. » Les mesures de répression ne firent que redoubler ses attaques périodiques : chaque année, il publiait et répandait à profusion, dans la ville et au dehors, des mémoires dont la violence servit à propager les principes de la Révolution, au dire du moins des terroristes de 1794 ^.

L'abandon des fonctions judiciaires créait à de Mourlens des loisirs qu'il consacra aux études littéraires, & la création d'une bibliothèque des plus importantes et à Tadministration de sa fortune dont il employait généreusement les revenus*

Sa loyale adhésion à tout ce que les nouvelles doc-

1. Procès de Fouquier-TinviUe en Tan III. Résumé du substitut de l'accusateur public.

, 2. Mémoire jicstificatif.'^{Archives nationales, W. 349, n* 703 Ws, i" partie.)

3. archives de la Ha*ute-6aronne. ^ Bureau de la sûreté g^^ raie. — Série 1. Reg. 79, n* 384,

trines avaient de juste et d'équitable, et son remarquable désintéressement lui firent une réputation incontestée de civisme et de probité. Les rigueurs de la loi et les impérieuses nécessités du moment le trouvèrent prêt à tous les sacrifices : il liquida sa charge, le 12 janvier 1792, déposa ses titres féodaux, souscrivit largement à l'emprunt volontaire, et distribua d'importants secours, en nature et en argent, à Toulouse et à Saint-Sulpice-de-la-Pointe (Tarn), où il avait ses principaux domaines.

Le patriotisme et la générosité de Mourlens étaient connus de tous et devaient même être l'objet d'une déclaration solennelle de la Convention elle-même. En revanche, il avait été membre de l'une de ces Cours souveraines qui avaient instamment demandé la convocation des Etats généraux ; il devait donc subir la mort ignominieuse réservée aux criminels de droit commun et aux traîtres envers la patrie.

Le 14 germinal an II (3 avril 1794), le représentant du peuple, Dartigoeyte, ordonne l'arrestation de tous les suspects. De Mourlens invoque en sa faveur l'exception accordée à tous ceux qui, depuis 1789, ont constamment donné des preuves de leur patriotisme; le 8 floréal, le conseil général de la commune décide son maintien en liberté, et, six jours après, il est arrêté et conduit à la prison des Carmélites. Sur ses instances, le tableau de sa vie politique est présenté à la Société des Jacobins qui, dans la séance du 28 floréal, lui délivre un certificat de civisme et l'admet, comme son collègue de Guillermin, au nombre des citoyens. Son nom est accompagné, sur la liste des détenus^ de cette nouvelle qualité, dont la Révolution avait foit un dtdit pour tous les citoyens et dont le despotisme de la Terreur aurait voulu faire un privilège pour ses partitaiils. Le lendemain, le Directoire du département

— :i42 — siguale « la force et Télévation de son âme, » rappelle V énergie de ses écrits contre le Parlement, et confirme les attestations de patriotisme qui lui ont été délivrées par le conseil général de la commune et par la Société populaire ^ Il écrit à deux reprises à l'accusateur public pour protester contre son arrestation, et Cappelle oppose à sa requête les ordres formels du Comité de sûreté générale, qui n'admettent aucune exception *• Il

1. BéHbératUïii du Directoire de la Haute-Baronne. — Vu le tableau politique du citoyen Mourlens, ensemble Tavis du Conseil général de la commune de Toulouse et celui de la Société populaire de la môme ville,

Le Directoire, considérant que le citoyen Mourlens par la lorce et réiévation de son âme s*est tenu depuis plus de vingt ans séparé du ci-devant Parlement de Toulouse, quoiqu'il en fût membre ;

Que rénergtè de ses écrits qui étaient répétés plusieurs fois Tannée et répandus avec profusion tant dans la cité qu'au dehors, ont servi à, propager les principes sur lesquels est fondée la Révolution ;

Que la commune de Toulouse et la Société populaire, par une conséquence de la conduite tenue par le citoyen Mourlens, lui ont accordé une attestation ;

L'agent national entendu en ses conclusions;

Le Conseil général arrête qu'il confirme l'avis du Conseil général de la commune de Toulouse et celui de la Société populaire de la môme commune.

Délibéré le 24 floréal an 2.

(Archives de la Haute-Garonne. — Arrêtés du bureau de sûreté générale. Série L. Reg. 79, n» 384).

2, Lettre de Cappelle. ^ Toulouse, ce 26 floréal an2>«dela République une et indivisible.

Cappelle accusateur public au citoyen Mourlens,

J'ai reçu, citoyen, les deux lettres que tu m'as écrit et l'attestation de la société. Je n'ai pas été surpris des expressions qn'eUe contient. Je connais depuis longtemps et ton civisme et ta probité, mais il m'est impossible de t'accorder ce que tu demandes. Voici les ordres que j'ai reçu : « Le Comité de sûreté générale « arrête que tous les membres du cy devant Parlement qui sont « dans les différentes maisons de réclusion et tous autres de leurs « cy devant coUègues qui ne seraient pas en état d'arrestation « seront traduits èk Paris ; charge l'accusateur public sur sa res- « ponsabilité personneUe de l'exécution de cet arrêté. » Tu vois 4'après cela que je ne puis faire d'exception, si j'avais pu en flûre tu n'aurais pas été arrêté.

Salut et fraternité.

Signé: Cappblls.

(Archives nationales, W. 349, n» 703 liis^ V* partie).

s'adresse alors au Comité révolutionnaire; et celui-ci fait connaître & Tagent national, le 29 floréal, qu il a été passé à Tordre du jour sur la requête du pétitionnaire, dont le civisme a d'ailleurs été reconnu *. Bien mieux, le malheureux magistrat avait fait don à la nation d*une certaine somme, dont il était créancier sur un prêtre déporté. Cet acte de générosité avait été signalé, le 10 prairial, à la tribune; la Convention en avait ordonné la mention honorable et Tinscription au Bulletin; et le 18 prairial, les administrateurs du département avaient fait connaître au détenu, a admis k la (c classe des citoyens, » la distinction accordée à son civisme et à sa libéralité *.

Les maîtres de la France avaient parlé et Labat de Mourlens pouvait se croire sauvé. Le 22 prairial, il partait pour Paris, et le 18 messidor, le citoyen, dont le dvisme venait d'être proclamé au sein de la Convention» était condamné comme ennemi du peuple; le magistrat, qui s'était séparé du Parlement depuis plus de dix ans, était mis à mort pour avoir participé à ses dernières délibérations.

Quelle odieuse comédie que celle dont furent l'objet les conseillers de Guillermin et de Mourlens, malheureuses victimes devenues les jouets de leurs bour* reaux I Les terroristes proclament leur civisme et les conduisent au supplice ; les représentants de la nation accordent une distinction spéciale à leur patriotique générosité et ne les arrêtent pas sur le chemin de l'échafaud; leurs juges, qui n'ont jamais mérité ce nom, ne veulent pas entendre l'irréfutable éloquence des faits étabUssant l'impossibiUté matérielle de leur cul-

1. Tableau décadaire des opérations du Comité de surveiUance. (Archives de la Haute-Garonne. Série L.)

Page 1