Petit Tillage à une lieue et demie de Toulouse
2. Cet hôtel est occupé ai\jourd*hui par le couvent des Bénédictines.
dont les documcnls de l'époque nous ont conservé le détail.
Le grand bailliage, qui avait fonctionné régulièrement en audience civile, à partir du 9 juin, ne siégeait plus depuis le 11 septembre, et ne devait reparaître en audiejice présidiale que le 15 décembre suivant. La nouvelle de sa chute ne suffit pas à calmer Tirritation publique; les satires et les insultes qui lui avaient été prodiguées durant quatre mois augmentèrent encore pendant les quelques jours qui précédèrent la rentrée du Parlement. On simula son enterrement et, le 16 octobre, on brûla en effigie, sur la place du Salin, les membres de ce tribunal, après un simulacre de procès que terminait l'arrivée de la déclaration royale *.
Ces manifestations spontanées des sentiments de la population n'étaient rien auprès des témoignages d'attachement que les corps constitués prodiguèrent à leurs anciens magistrats. Sur le rapport de Duroux, les Capitouls décidèrent qu'un Te Deam solennel serait célébré à la cathédrale, que tous les bailes des différents corps de méfier assisteraient à cette cérémonie et que, le soir, la ville serait illuminée. Ils votèrent douze mille livres pour faire face aux dépenses de cette fête, mais le plus ancien des présidents, de Senaux, leur ayant demandé, au nom du Parlement, de consacrer cette somme à une œuvre de bienfaisance, elle fut affectée , le 5 novembre suivant, à la création d'ateliers de charité.
Les membres de la Cour avaient été invités à se trouver à Toulouse, le 17 octobre, par des lettres de cachet que leur avait adressées le comte de Monchenu , successeur du comte de Périgord à la com-
1. Voir <t Relation de la mort tragique du grand bailliage de Toulouse, anivée, le 16 octobre 1788, sur la place du Salin. »
mandance du Languedoc. Leur entrée solennelle eut lieu, le 20 du même mois, au milieu des témoignages les plus enthousiastes de Tallégresse générale : une escorte de cent cinquante cavaliers alla les prendre à Thôtel du premier président ^ et les conduisit aU palais, où le procureur général donna lecture de la déclaration royale convoquant les Etats généraux et rétablissant les Parlements dans leurs fonctions ; puis le marquis de Gudanes, doyen de la noblesse de Toulouse, et M. d'Arson, au nom des gentilshommes du Gomminges et du Couserans , leur présentèrent, pour être déposées au greffe, les protestations qui avaient été faites après les édits du mois de mai précédent. Pendant plusieurs jours, la ville fêta le retour de ses magistrats : des Te Deum solennels furent célébrés en leur honneur à la métropole et aux Grands- Carmes; le clergé et la noblesse leur adressèrent leurs félicitations les plus chaleureuses auxquelles vinrent se joindre, en un élogieux discours de M. Darcizas de Labroquère, celles des députés des trois ordres du Gomminges et du Gouserans, alors assemblés à Muret; les théâtres donnèrent des représentations exceptionnelles, entre autres un vaudeville de circonstance de l'acteur Desbarreaux; les bannières et les banderoles aux joyeuses devises flottèrent dans toutes les rues; de brillantes illuminations prolongèrent les fêtes pendant la soirée; la façade et la cour de Thôtelde ville furent magnifiquement éclairées par les ordres de MM. Daubert, Trubelle, Ducasse et Lespinasse de Saune, commissaires spécialement chargés de la part que Tadministralion municipale devait prendre aux réjouissances publiques; la population tout entière,
]. Ancien hôtel de Fumel, acheté par la ville, en 1769, devenu aujourd'hui le Palais archiépiscopal.
les administrations, TUniversité, les collèges, les corporations firent aux pères du peuple un éclatant triomphe; « ce fut, dit un historien, une véritable fête « de fous, » Heureux les peuples qui poussent aussi loin les sentiments d'affection et de reconnaissance ! Mais que de malheurs ils se préparent, si dans leur inépuisable versatiHté, ils brisent comme un hochet leur idole d'hier; si chaque génération, oublieuse du passé, mécontente du présent , insoucieuse de Tavenir, bouleverse l'organisation que lui ont léguée ses devanciers et reprend à pied d'œuvre Tédifice social encore inachevé.
Les Parlements avaient triomphé de l'arbitraire royal par la volonté de la nation et par les incessantes réclamations de leurs ressortissants. Le 22 octobre, celui de Toulouse reprit ses fonctions, au miHeu des acclamations de cette population qui devait bientôt applaudir à sa chute et , quelques années plus tard, assister impassible à la condamnation et au supplice de ses magistrats.
Le surlendemain de son installation, la Cour prescrivit l'enregistrement de l'ordonnance royale du 23 septembre, tout en déclarant formellement n'avoir « nul besoin d'être rétabhe dans ses fonctions que la « violence l'avait forcée d'interrompre;» le même arrêt protestait contre l'élection des députés aux Etats généraux par les membres des Assemblées provinciales et suppliait le roi de rendre des Etals particu- Hers aux pays du Couserans et du Comminges *.
La composition et le mode de convocation de la grande réunion des représentants de la nation, était alors l'objet de toutes les préoccupations. La seconde Assemblée des Notables était appelée à en délibérer