‹ La fin du XVIIIe siècleChapitre 15 sur 62 · PORTRAIT DE MADAME DE LA FERTE-IMBAULT · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MADAME DE LA FERTE-IMBAULT

Qui veut avoir trait pour trait De dame Imbault le portrait ?

Elle est brune, elle est bien faite Et plaît sans être coquette.

Sans doute elle a de l'esprit, Écoutez ce qu'elle dit :

Elle parle comme un livre, Composé par un homme ivre.

Si sublime est son jargon.

Que rarement l'entend-on ; Quelquefois on la devine Par le geste ou par la mine.

Quel philosophe aimez-vous ?

Elle les possède tous :

Locke, Aristote ou Malebranche, Elle les a tous dans sa manche.

Il est bien vrai que parfois, En les comptant sur ses doigts.

Elle les prend l'un pour l'autre, Le disciple pour l'apôtre.

Elle travaille, dit-on, Sur le vide de Newton, Avec d'autant plus de zèle Qu'elle l'a dans la cervelle...

L'exemple du président mit en goût tout le monde et on somma M. de Nivernais de faire le lendemain une chanson-portrait de madame de

Rochefort; le duc s'exécuta de bonne grâce; Et le lendemain il chanta la chanson suivante :

Elle a plus d'esprit toute seule Que n'en ont tous les beaux esprits, Et ne fait jamais la bégueule Comme on fait souvent à Paris.

Indulgente,

Complaisante, Elle sait pardonner aux sots;

Sans malice,

Sans caprice, Elle anime tous les propos .

C'est sans peine,

Et sans gêne.

Qu'elle charme à tout moment ;

Ne rien dire,

Qui n'attire, Est en elle un sentiment ;

Ne rien faire,

Que pour plaire.

Voilà le soin qu'elle prend;

C'est sans peine.

Et sans gêne, Qu'elle plaît à tout moment.

Tous les soirs dans son ermitage, Elle rassemble un choix d'amis : De tout état et de tout âge Pourvu qu'on l'aime on est admis.

C'est là qu'on voit s'unir sans cesse La décence et la liberté, La raison avec la tendresse, La sagesse avec la gaieté.

Je voudrais sans cesse autour d'elle Voir les femmes se rassembler,

Et la prendre pour leur modèle Dans l'espoir de lui ressembler...

Sage école,

Où la folle, Perdrait son ;iir éventé.

Douce étude.

Où la prude, Perdrait son air affecté...

La chanson fut applaudie avec transport, surtout par la bonne madame de Pontchartrain qui adorait l'amie de son gendre.

Après le succès des deux chansons-portraits, madame de Pontchartrain réclama son tour et demanda en riant à M. Roujault s'il ne la trouvait plus d'âge à être chantée. Le président se récria et offrit de prouver le contraire; mais le duc déclara que lui seul chanterait Hélène, (c'était le nom de sa belle-mère) et qu'il défendrait son droit, « fût-ce l'épée à la main ». Le bon Roujault se soumit, et le lendemain le duc apportait la chanson que voici :

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