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Bulletin de la Socirté nivernaht

LE DLC DE MVERXAIS. 125

11 ne lui suffit donc pas qu'une prétention soit colorée, qu'avec du talent on puisse la défendre et avec un peu de bonheur la gagner au Parlement.

« Pour un propriétaire qui a une affaire à suivre, dit-il, ce n'est pas le point de vue apparent qu'il en doit saisir, c'est le point de vue vrai; il faut approfondir la discussion jusqu'à l'évidence, et ne se déterminer qu'après l'évidence bien reconnue... Il y faut un jugement exquis. » — « Je ne parle pas, ajoute-t-il, de l'impartialité, du désintéressement qu on doit apporter à ses propres a/faii'es. Ce sont des qualités du cœur, et nous ne nous occupons ici que des qualités de l'esprit. »

« Dans tout le détail de la vaste administration que comportait son immense fortune, le duc sut montrer tout à la fois, comme dans ses plus hautes missions, la justesse de son esprit et la bonté de son cœur. « Tel est le côté fort peu connu, très peu étudié, dit l'abbé Boutillier, de l'histoire de notre dernier duc, qui ressort pleinement de la lecture de ses lettres d'a/faires, dont la publication, à ce titre et à bien d'autres, offrirait sans doute un véritable intérêt. »

Un petit événement, qui va prouver l'impartialité du duc, se passait à Nevers le 15 août 1771.

MM. les officiers du bailliage s'étant rendus en corps en ce jour à la cathédrale pour assister à la procession commémorative du vœu de Louis XIII trouvèrent la septième stalle du chœur occupée par le chanoine Vignault. Ils lui déclarèrent que de temps immémorial cette stalle n'avait jamais été occupée par aucun chanoine pas plus que les première, troisième, cinquième, sixième, huitième et neuvième. Le chanoine répondit que, malgré son désir de leur être agréable, il ne le pouvait point dans la circonstance présente parce que son corps lui avait assigné cette place. Les officiers refusèrent de se placer, déclarant que la justice en corps ne peut point être coupéaK Grand émoi dans l'église et hors de l'église, et les officiers du bailliage n'hésitent pas à se pourvoir au parlement, ce dont le duc fut avisé par M. Tabbé de Villedieu, doyen de l'église de Nevers, et se montra fort mécontent. Voici ce qu'il écrit :

« Il me semble que votre contestation pour les stalles implique contradiction même par vos procès-verbaux. Vous soutenez que la justice en corps ne peut point être coupée, et par vos procèsverbaux vous ne réclamez que la première, la troisième, la cinquième, sixième, septième, hui-

1. Les officiers du bailliage étaient nommés par le duc et Itreprésentaient.

tième et neuvième stalles. Par cet arrangement vous étiez coupés par la deuxième et par la quatrième. La deuxième était occupée par M. le doyen et la quatrième par M. le grand chantre; donc votre corps a toujours été coupé par ces deux places ; peu importe que les autres stalles soient de suite; il n'en est pas moins vrai que votre corps a toujours été coupé en deux endroits par la deuxième et la quatrième stalle; or, s'il l'est dans une partie, il paraît tout simple qu'il puisse l'être dans l'autre. Une coupure quelconque paraît même forcée actuellement, puisque la disposition du chœur a changé, que le nombre des stalles a diminué par le nouvel arrangement du chœur, et que, dans le fond, il ne paraît pas convenable que des chanoines qui, par état, sont obligés d'aller tous les jours à l'église et qui ont des places assignées, quittent leurs places pour trois ou quatre fois dans l'année que votre corps va assister à leurs offices... »

Après être entré dans le plus grand détail sur tous les côtés de la question le duc termine ainsi sa lettre :

« Pour ce qui est de l'affaire qui a donné lieu au chapitre de se pourvoir au parlement au mois de juin dernier, il me semble que, dans la circonstance présente, vous auriez dû ne faire que

des actes conservatoires et ne pas poursuivre au point de faire traduire cette affaire devant aucun juge supérieur; vous auriez dû sentir l'embarras qui en pourrait résulter. Je ne veux aucun procès et désire terminer toutes contestations à l'amiable; suivant la lettre dont vous trouverez ci-joint la copie, il paraît que M. le doyen et son chapitre ne demandent pas mieux que de s'en rapporter à des arbitres; je suis dans la même intention... »

On voit par ce petit fait l'impartialité et le soin qu'apportait le duc dans les affaires.

Gomme nous l'avons dit plus haut, il avait souvent maille à partir avec le président de sa Cour des comptes, Parmentier, qui défendait avec une âpreté extraordinaire les droits de son seigneur et maître et ne supportait pas de retard dans les payements ou les hommages, au grand désespoir de Nivernais qui écrivait à son homme d'affaires Doloret :

a Jeudi 11 janvier 1781.

» En vérité, mon cher Doloret, les saisies féodales de notre ami Parmentier et les réclamations continuelles qui en résultent me rendent bien malheureux. Je vous envoie une lettre que je reçois de madame de Damas, ma cousine, et

une de madame de Fontfaye qui y était incluse. Vous verrez qu'il paraît par toutes les deux que la saisie de la terre de Savigny a été faite mal à propos.

» Voyez madame de Damas là-dessus, je vous prie. Je lui mande que vous irez chez elle un de ces matins pour avoir l'honneur de l'en entretenir; vous me dresserez pour cela et en conséquence une réponse pour madame de Fontfaye. Je vous renouvelle, mon cher Doloret, tous les sentiments que vous me connaissez pour vous^ »

Doloret se rendit aussitôt chez madame de Damas et s'entendit facilement avec elle, ayant les ordres les plus larges du duc à cet égard. Madame de Damas écrivit à M. de Nivernais pour le remercier en demandant avec beaucoup de sollicitude des nouvelles de sa santé et de celle de la duchesse ; le ton de cette lettre, bien différent de celui de la première qui était fort aigre, montre que les bons procédés du duc ont apaisé madame de Damas ; il lui répond :

« Nous vous rendons mille grâces, ma femme et moi, madame la comtesse, de l'intérêt que vous voulez bien prendre à nos mauvaises santés et nous vous en souhaitons une parfaite dans le courant de l'année aussi bien que dans celles qui

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