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Mais en rendant comple au roi de ce qui s'était passé, il provoqua la réponse de Sa Majesté et lui fournit le prétexte d'illégalité pour c&sser Télection. Lorsque le maréchal vint le samedi à l'Académie, on lui fit des reproches sur la perfidie dont il avait usé; et on lui dit quil aurait bien dû prévenir l'Académie sur les volontés de Sa Majesté et les sonder avant l'élection : « Moi ! messieurs, répondit le maréchal avec son malin sourire, le roi me parle, mais je ne parle point au roi, je ne puis interroger Sa Majesté sur ses goûts. Demandez au sieur Nestier, qui a fourni peut-être vingt mille chevaux au roi, il est encore à savoir celui qui a plu davantage à ce monarque. »
Avant d'exécu tir Tordre du roi, l'Académie crut devoir en délibérer. C'était a l'archevêque de Toulouse ' à opiner le premier; il le lit en ces termes :
« En vertu du titre et du droit que l'Académie en a, il seia demande audience à Sa Majesté; M. le duc de Nivernais sera chargé de lui représenter: lt>que l'Académie estdans la plus grande
tout son mérilc consislait à avoir dirigi assez mal la Gazette de France et avoir traduit de l'anglais VHisloire de Cliarles-Quint, par Robertson.
1. Drienne, archevêque do Toul lusc, et le in:u-i|uis de Saint Lambei-t appartenaient au parti piiilosopliique.
douleur de n'avoir pas vu confirmer son choix ; 2° de lui prouver que ces deux sujets en sont dignes; 3° que c'est les déshonorer aux yeux du public que de les exclure de cette façon mise pour la première fois en usage par le roi, et qu'enfin pour attendre l'effet de ces très humbles remontrances à Sa Majesté, il serait sursis à l'élection nouvelle par elle ordonnée jusqu'au samedi 23 mai. »
Cet avis fut adopté à Y unanimité , chose assez remarquable, car nous avons vu que l'Académie était divisée en deux camps, mais elle fit trêve à ses divisions pour n'obéir qu'au sentiment de sa dignité.
Le duc de Nivernais accepta la mission délicate dont on le chargeait et écrivit sur-le-champ au prince de Beauvau, capitaine des gardes du corps et de service à Bellevue :
« Nous venons, mon cher prince, de recevoir, par M. de Richelieu, les ordres du roi, portant l'exclusion actuelle des deux sujets que nous avons eu l'ordre de proposer à Sa Majesté avanthier. En conséquence, et conformément à notre profond respect pour les ordres du roi, la Compagnie indiquera une assemblée générale au 23 de ce mois pour procéder à de nouvelles élections. En même temps la Compagnie, pénétrée
de douleur d'avoir fait deux choix qui n'ont pu obtenir l'agrément de Sa Majesté, et n'ayant rien de plus à cœur que de faire connaître au roi combien elle est et sera toujours soigneuse de se conformer, avec la plus scrupuleuse exactitude, aux ordres contenus dans la lettre dont Sa Majesté m'a honoré par rapport aux élections, m'a chaîné de porter aux pieds du roi l'expression de ses sentiments dans cette crise si importante pour elle, et de solliciter en même temps sa bonté par rapports à deux sujets que l'Académie, d'après la voix publique, a cru être irréprochables.
Aussi, mon cher prince, je me rendrai jeudi matin à Versailles, au lever du roi, pour avoir l'honneur de lui demander un moment d'audience. Si le roi permettait que je me rendisse au lieu de cela mardi matin à Bellevue, à son lever, pour cette petite audience académique, je confesse que cela m'arrangerait bien mieux, parce que j'ai un petit voyage à faire. Ne faites pourtant point d'indiscrétion là-dessus pour me faire plaisir, mon cher prince, et mandez-moi seulement si c'est mardi à Bellevue ou jeudi à Versailles que je dois aller. »
L'audience eut lieu à Bellevue ; le duc de Nivernais trouva le roi fort gracieux vis-à-vis de lui, mais fort irrité contre l'Académie, et il écrivit à
d'Alembert aussitôt après son retour de Bellevue :
« Mardi 12 mai 177"2.
« Mon cher confrère, les choses ne vont pas comme je l'aurais désiré, mais comme je le prévoj'ais. Le roi persiste à vouloir qu'on procède à de nouvelles élections comme il Ta ordonné, mais il ne regarde pas ces messieurs comme exclus absoiutc; il prendra des informations sur leurs écrits et sur leurs mœurs, et d'après lesquelles informations se déterminera dans une autre occasion . Au reste, il a reçu l'ambassadeur de son Académie avec Ijeaucoup de bonté; il l'a écouté défendre la cause des élus et des électeurs pendant un quart d'heure; il a trouvé bon qu'on entrât avec lui dans les détails les plus intéressants de Falfaire. Je tâcherai d'aller jeudi à l'Acidémie ]»our vous rendre compte plus en détail de mon audience 3[ais voilà la substance et le résultat : exclusion nouvelle, nouvelles élections, espérance que les exclus pourront être élus une autre fois*. >-
Le jeudi, d'Alendjert lut cette lettre au début de la séance, et la Compaj^nie vota d'une voix unanime des remerciements pour le duc de Nivernais et le prince de Beauvau. L'abbé Balteux fut chargé d'aller les présenter au duc qui arriva sur ces entrefaites, et comme la séance durait