‹ La fin du XVIIIe siècleChapitre 33 sur 62 · Correspondance UUérairc de Grimn!, t. XII, p · texte numérisé non relu

Correspondance UUérairc de Grimn!, t. XII, p

Il est impossible de comprendre la première phrase de ce paragraphe; nous savons au contraire que Voltaire n'aimait point le duc à cause du refus fait par lui d'admettre un élève au collège Mazarin dans lequel il avait droit d'admission.

Quant à l'archevêque de Paris et au curé de Saint-Su Ipice, ils n'attendaient pas les conseils (le leurs paroissiennes pour une affaire aussi grave; leur parti était bien arrêté d'avance d'après les lois ecclésiastiques et les mœurs de leur temps.

Après la mort de Voltaire, le libraire Panckouke entreprit la publication de ses œuvres complètes et entre autres de sa correspondance. Le duc de Nivernais possédait les lettres de Voltaire à Thiériot; Panckouke les lui fit demander, mais le duc refusa de les donner par la lettre suivante :

«Paris, le 18 sôptembre 1778.

» Je réponds en arrivant de la campagne, monsieur, à la lettre que vous m'avez écrite le 1?. J'ai effectivement entre les mains une partie de la correspondance de feu M. de Voltaire avec son ami M. Thiériot. Elle m'a été remise par un frère de ce dernier... Je les ai lues avec attention et je crois qu'elles ne doivent pas voir le jour. La plupart ne contiennent que des détaUs littéraires de très mince importance... D'ailleurs, elles soi.t

presque toutes en anglais; il faudrait les traduire, et elles n'en valent pas la peine.

» Croyez, monsieur...

» Le Duc DE Nivernais. »

Ici vient se placer un petit épisode assez piquant de la carrière académique du duc.

Nous avons pu juger à plusieurs reprises de son influence prépondérante à l'Académie. Aussi, sa voix était-elle toujours sollicitée en premier par les nombreux candidats aux sièges vacants. L'abbé de Condillac mourut le 3 août 1780 et, parmi les prétendants à son fauteuil, M. de Tressan était au premier rang*. Ses titres littéraires étaient nombreux ; il avait obtenu du* roi Stanislas de fonder une académie à Nanc}^ dont il fut le premier directeur; il prenait une part très active à ses travaux et fut en correspondance avec les hommes de lettres de son temps. Il publiait Ini-nieme des ouvrages fort intéressants. Mais son caractère ne ressemblait point à son esprit; il ne possédait ni franchise ni dignité et

1. Louis-Élisabeth de La Vergne, marquis de Broussin, comte de Tressan, né le 5 octobre 1705 au Mans. Il fut un des compagnons de l'enfance de Louis XV, il partagea ses études et ses amusements, il était doué d'un esprit vif et d'une imagination riante. Il publia une série d'extraits de romans de chevalerie française dont il avait trouvé les manuscrits dans la Bibliothèque du Vatican. 11 mourut à Franconville, dans la vallée de Montmorency, le ai octobre 1783.

cachait sous l'apparence de la douceur une causticité mordante. Boufïlers, qui le connaissait bien pour l'avoir vu sans cesse à la cour de Lunéville, le comparait à une guêpe qui se noie dans le miel. Pendant l'ambassade de Nivernais à Rome, M, de Tressan avait sollicité auprès du pape un canonicat pour un de ses parents, et le duc avec sa bonté ordinaire appuya sa demande. Tressan lui adressa aussitôt la lettre suivante, empreinte de la plus vive reconnaissance, et contenant les éloges les plus outrés :

Le comte de Tressan au duc de Niveimais. « Toul, le 7 septembre 1750.

» Je suis pénétré de plaisir de devoir autant de reconnaissance à Voire Excellence; M. le comte de Ganillac m'a fait l'honneur de m'écrire tout ce que vous avez eu la bonté de faire au sujet d'un canonicat qu'il a demandé au pape pour un de mes parents. Il est bien doux pour moi de voir que Votre Excellence partage les sentiments d'amitié dont M. le comte de Ganillac me donne des marques aussi sensibles; je sens la noblesse de ce procédé et la bonté que vous avez pour moi dans toute son étendue ; j'étais déjà attaché à Votre Excellence par ce goût vif qu'elle inspire à tous ceux qui ont l'honneur de la connaître, et

par les sentiments qui vous sont dus de tous ceux qui connaissent le prix des talents les plus supérieurs et les plus aimables. Que Votre Excellence soit donc bien persuadée que je me trouve également flatté et honoré de ce qu'elle a bien voulu faire pour mon parent, et que je date de ce moment-ci pour chercher à mériter d'être avoué d'elle pour un de ses serviteurs les plus attachés; j'espère que des temps plus heureux me rappelleront auprès de vous, et tout ce que je désire, c'est d'être admis dans votre société; vous seriez bien capable de m'y donner le ton, et de me faire sacrifier aux grâces qui vous suivent et qui m'ont abandonné. »

Tressan venait d'être nommé gouverneur des Toulois et de la Lorraine française et peu après fut appelé à la cour de Lunéville avec le titre de grand maréchal.

Il faisait de fréquents voyages à Paris et jouissait toujours de la faveur de Louis XV. La duchesse de Boufflers, depuis maréchale de Luxembourg, était alors l'une des femmes les plus célèbres de la cour par sa beauté et sa coquetterie. On vit, un beau jour, paraître le quatrain suivant qui passa bientôt de bouche en bouche :

Quant Boufflers parut à la cour On crut voir la mère d'amour, Chacun s'empressait à lui plaire Et chacun lui plut à son tour.

La duchesse de Boufflers ne tarda pas à connaître le quatrain ; elle feignit de ne point s'en fâcher et témoigna un vif désir d'en connaître l'auteur.

Tressan, dupe de cette apparente indulgence, eut l'aplomb de se nommer. Sans dire un mot, elle lui appliqua la plus belle paire de soufflets qui eût jamais été donnée.

Cette mésaventure le corrigea si peu qu'il composa, peu de temps après, une chanson atroce contre ce môme duc de Nivernais auquel il adressait naguère tant d'éloges. On prétend que Tressan était jaloux de la traduction de l'Arioste que préparait le duc, tandis que lui-même en faisait une. Quel que fût le motif, cette chanson révolta tout le monde infiniment plus que l'épigramme contre madame de Boufflers ; le bruit en parvint même aux oreilles de Louis XV qui, indigné, disgracia son ancien compagnon d'enfance et lui défendit de reparaître à la cour.

Tout cela était tombé dans l'oubli, lorsqu'au moment de la mort de Gondillac, M. de Tressan se mit sur les rangs pour occuper la place vacante à l'Académie et n'hésita })as à aller solliciter la voix du duc de Nivernais.

Nivernais l'écouta tranquillement et le laissa achever l'énumération de tous ses titres au fauteuil académicien. Puis, il lui dit d'un grand sang-froid : « Je vous félicite, monsieur le comte,

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de votre bonne santé, de vos nouvelles espérances, et surtout de vos œuvres d'autrefois. » Le duc accentua ce dernier mot, de façon à troubler fortement son interlocuteur qui se retira croyant la partie perdue. Il se trompait, le duc vota pour lui, ne voulant pas qu'on pût croire qu'un esprit de rancune l'empêchât de rendre justice aux mérites littéraires du candidat.

Après l'élection, Tressan accourut pour remercier Nivernais, lui attestant sa reconnaissance et l'accablant de compliments sur les travaux qu'il faisait encore. Le duc répondit simplement : « Vous voyez cependant, monsieur, qu'en vieillissant j'ai perdu la mémoire. »

Ce joli mot* eut grand succès à la cour, car le comte de Maurepas le raconta aussitôt au roi. On sait que le vieux ministre était l'homme du temps le plus renommé pour les saillies et pour les bons mots; mais, chose plus rare, il appréciait infiniment ceux des autres.

Les années qui viennent de s'écouler furent certainement les plus heureuses de la vie de Nivernais. 11 n'est pas donné à beaucoup d'humains de jouir d'une période de bonheur aussi longue que celle qu'il traversa de 1764 à 1782.

1. On le trouve cité dans plusieurs des Mémoires du temps, entre autres dans la Correspondance littéraire de Grimm et dans les Mémoires de Bachaumont avec des versions différentes; nous rétablissons la véritable.

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Possesseur d'une magnifique fortune, dans une situation tout à fait indépendante, entouré de l'affection de ses amis et honoré de l'estime générale, il n'eut réellement qu'à se laisser vivre, goûtant les satisfactions paisibles des plaisirs de l'esprit et satisfaisant le goût très vif qu'il avait pour les arts en les protégeant et les encourageant de toutes les façons.

Il arrive maintenant à une phase bien différente, et les dernières années qui lui restent à parcourir seront une preuve de plus de la revanche infaillible que le malheur prend tôt ou tard.

Madame de Gisors, atteinte depuis plusieurs années d'une grave maladie à l'estomac, devint tout à coup beaucoup plus souffrante. Dès le mois d'octobre, les médecins ne laissèrent plus d'espérance ; le duc seul connaissait les dangers de l'état de sa fille et les cachait soigneusement à sa femme, dont la tendresse passionnée n'aurait pu supporter une si cruelle perspective. L'affection de la duchesse pour madame de Gisors ne ressemblait en rien à celle qu'elle éprouvait pour madame de Brissac.

Pendant les quatre ans de l'ambassade de Rome, elle avait eu cette enfant auprès d'elle, tandis que Mancinette restait à Paris chez sa grand'mère ; d'autre part, toute la famille préférait cette dernière, beaucoup plus jolie que sa

sœur, et madame de Nivernais voulait rétablir la balance; plus tard, le caractère attachant et l'esprit distingué de madame de Gisors, la catastrophe qui vint la frapper si jeune et après un temps si court de bonheur achevèrent de lui gagner tout entier le cœur de sa mère. Il faut ajouter à tout cela une communauté parfaite de sentiments religieux et bienfaisants, le dégoiit du grand monde et le goût de la vie de famille. Enfin, malgré cette similitude de penchants, elles avaient deux caractères absolument dilférents; et la vivacité fébrile de madame de Nivernais, son activité incessante s'accommodaient infiniment mieux du calme et de la douceur extrême de madame de Gisors, que du mouvement perpétuel de madame de Brissac, qui lui ressemblait trop. Quoique la duchesse ne connût pas le danger qui menaçait sa fille, elle vit bien, dès le mois d'octobre, que l'état de la jeune femme s'aggravait de jour en jour; bientôt elle cessa de prendre aucune nourriture solide, à peine pouvait-elle avaler un peu de lait ou de bouillon. Ses forces diminuèrent rapidement, et, le 15 novembre 1780, Julie de Gisors' expirait dans l'hôtel de la rue de Tournon, entourée de tous les siens. Elle ne s'était fait aucune illusion sur son état et vit

1. Julie-Hélène-Kosalie de Nevers, morte le 15 novembre 1780 à quarante ans et deus mois, en son hôtel de la rue de Tournon, enterrée à Saint-Sulpice.

approcher la mort avec une sérénité parfaite, heureuse d'aller rejoindre celui qu'elle n'avait pas cessé de pleurer. Au dernier moment, elle détacha elle-même de son bras un bracelet contenant le portrait de Gisors, qui ne la quittait jamais, et l'attacha au bras de sa mère. L'évoque de Senetz, le célèbre abbé de Beauvais, prononça, quelques années plus tard, l'éloge du curé de Saint-André-des-Arts, directeur de madame de Gisors, et ne put s'empêcher d'y mêler celui de sa pénitente.

« Veuve d'un jeune héros, l'espérance de nos armées, et dont la mort courageuse avait été pleurée comme une calamité puldique; fdle d'un homme non moins illustre par sa gloire dans la politique et dans les lettres, que par le rang qu'il lient dans l'État et par les titres qui le décorent; nièce d'un ministre qui avait emporté dans sa retraite les regrets de la France; au milieu de cette gloire extérieure, quel heureux assemblage de toutes les qualités personnelles, de tous les charmes qui pouvaient embellir la vertu ! Les grâces du caractère, l'aménité des mœurs, l'esprit, héréditaire dans son illustre maison, cet esprit si brillant et en môme temps si naturel; et quelle àme, messieurs, quelle âmel l'âme la plus sensible et la plus pure, la plus tendre et la plus forte, la plus noble et la plus

simple, une âme capable de la plus haute vertu, une âme déjà préparée par les tendres soins et les grands exemples d'une mère, le modèle et l'honneur de la piété, ainsi que de l'amour maternel. »

Le désespoir de la duchesse fut terrible, et, malgré tous les efforts de son mari, il ne parvint point à se calmer; seulement, elle le concentra davantage, au grand dommage de sa santé, et, moins que jamais, elle ne voulut reparaître à la cour, même dans des réunions un peu nombreuses.

Nous avons retrouvé dans les livres de dépenses de la comtesse un trait touchant de sa charité : sur chaque somme d'argent qu'elle reçoit, elle prélève invariablement le dix pour cent pour les pauvres. Ainsi, le chiffre de ses dépenses pendant huit années, de 1772 à 1780, se montant à deux cent quatre-vingt-douze mille livres, seize sols et un denier, cela fait pour les pauvres à peu près trente mille francs régulièrement prélevés sans préjudice d'autres menues charités.

Mort du maréchal de Brissac, le duc et la duchesse de Cossé prennent le nom de Brissac. — M. de Maurepas, ses rapports avec le roi sont excellents, il jouit d'une grande influence. — La guerre de l'Indépendance. — La jeune noblesse s'enthou^iasIne pour les Américains, plusieurs membres d'entre elle partent pour l'Amérique. — Bons mots du vieux ministre, sa mort. — Le roi offre au duc d'entrer au ministère, il refuse. — La santé de la duchesse de Nivernais, déjà fort ébranlée, reçoit un coup violent de la mort de son frère, elle tombe malade et meurt. — Son testament. — Le duc arrange diverses affaires d'intérêt en faveur de ses secrétaires et intendants.

18 décembre 1780.

Le maréchal duc de Brissac mourut un mois après madame de Gisors, « son unique déité ». Dans cette circonstance, l'attitude de son fds, M. de Cossé, que nous appellerons désormais M. de Brissac, fut des plus inconvenantes et très

2oi LE DUC DE NIVERNAIS.

remarquée du public; il assista au convoi , poudré à blanc, la tête nue, sans chapeau ni crêpe, et lorgnant avec une affectation fort déplacée les femmes qui se trouvaient sur son passage *.

A cette époque, on ne parlait point encore dans le public de la liaison scandaleuse du duc de Brissac avec la Du Barry, mais sa femme savait à quoi s'en tenir là-dessus. Cependant, au moment de la mort de leur fds unique, le duc, touché de la douleur de sa femme et la partageant lui-même, se montra infiniment plus attentif et plus tendre avec elle. Elle put espérer à ce moment-là l'avoir reconquis, mais ce retour ne fut que passager. Il était dû aussi à l'influence de M. de Maurepas; son neveu craignait de lui déplaire, et sachant son propre crédit fort ébranlé auprès du roi, il redoutait de perdre ses charges si l'appui du vieux ministre lui manquait. Toutefois, cette crainte ne put l'emporter sur la passion que lui inspirait l'ex-favorite.

M. de Maurepas ne fut pas un des moins affligés de la mort de madame de Gisors qu'il chérissait. Nous l'avons laissé en pleine possession de la faveur du roi au début de son règne; depuis lors son influence n'avait point diminué, il disposait à son gré des places du ministère; il y fit arriver Turgot, mais le trouvant « dur,

1. Voir aux manuscrits de la BiLliolhèque nalionale le journal de Hardy : Mes loisirs, p. 384.

exigeant et sans connaissance des hommes », ce sont les propres paroles de Maurepas, il l'en fit partir avec la même facilité. Au fait, il dirigeait tout du fond de son cabinet situé au-dessus de l'appartement du roi, avec lequel il communiquait sans cesse. On peut dire qu'il régnait véritablement; quoique sans portefeuille déterminé, il travaillait avec tous les ministres. Tout en sachant fort bien prendre le temps pour ses plaisirs, c'est-à-dire pour jouir de la société de ses amis et des gens de lettres qui l'amusaient, il consacrait de longues heures aux affaires. De fréquentes attaques de goutte venaient seules lui rappeler son âge. Il était, sauf cela, admirablement conservé et son esprit malin restait aussi aiguisé que par le passé. C'est sous le ministère de Maurepas que se dessina le mouvement si marqué en faveur de la guerre pour l'indépendance de l'Amérique. La révolte des Américains contre l'Angleterre avait commencé avant la mort de Louis XV. A Boston, en décembre 1773, le peuple jetait à la mer le thé apporté d'Angleterre ; et l'esprit de révolte gagna comme une traînée de poudre.

On appelait alors les colons révoltés les Insurgeants ou Bostoniens'. La nouvelle de cette

1 . Ce fut ce grave événement qui dunna le juin- au jeu de Boston ; le wliisl élait alors Ibrt à la mode en France, et d'un couunun accord on cessa de jouer ce jeu d'imporlation anglaise et on le remplaça par le boston. On alla même, dans certains salons, Jusqu'à supprimer le thé (lOur y substituer le tilleul.

guerre fut accueillie avec faveur en France; la haine séculaire contre les Anglais et les idées philosophiques qui commençaient à fermenter dans toutes les têtes entraînèrent la jeunesse française à s'enrôler avec enthousiasme dans les rangs américains. Le duc de Lauzun, le vicomte de Noailles, le marquis de Coigny, le comte de Ségur et tant d'autres partirent des premiers.

On a beaucoup reproché à Maurepas d'avoir eu le premier le projet de convention avec les Américains, mis à exécution par M. de Vergennes; on l'en a beaucoup blâmé, sans peut-être se rendre bien compte de l'état des esprits d'alors; il crut donner un aliment à ce besoin de nouveauté et de mouvement en avant qui entraînait la jeunesse française, et peut-être même trouver dans cette guerre un dérivatif à l'opposition antimonarchique qu'on pouvait déjà remarquer même dans les rangs de la noblesse.

Le duc de Lauzun, avant de partir, avait demandé une grâce à M. de Maurepas, on ne sait laquelle. Le ministre lui répondit ces mots :

« Je n'ai pu parvenir à faire ce que vous désiriez ; vous n'aviez dans cette occasion, pour vous, que le roi et moi. Voilà ce que c'est que de s'encanailler. »

Bien avant que le traité avec l'Amérique fût

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conclu, mais au moment où les négociations étaient cependant commencées, lord Stormont, ambassadeur d'Angleterre, vint se plaindre à M. de Maurepas de ce qu'il traitait avec les Insurgeants. Celui-ci lui demanda sur quoi il fondait cette réclamation. Stormont lui répondit qu'on pouvait tenir la chose pour certaine, puisqu'on en avait parlé dans les carrosses du roi. « Eh bien 1 reprit le vieux ministre, savez-vous ce qu'on a dit dans les carrosses de la reine ? On a dit que les Anglais avaient fait tout ce qu'ils avaient pu pour conclure le leur, mais sans succès. Allez, monsieur l'ambassadeur, sachez qu'en politique ceux qui en savent le plus sont ceux qui en disent le moins. » Il eut à ce moment une terrible crise de goutte et M. d'Angivilliers, directeur des bâtiments, vint le voir à Versailles, au plus fort de l'accès. Ayant remarqué qu'il fumait dans sa chambre, il lui dit : « Monsieur le comte, je vais vous délivrer de cette fumée en faisant placer dans votre chambre une cheminée à la Franklin. » A ce moment-là Franklin était à Paris et y faisait fureur. « Comment! répondit Maurepas, mais vous ne voulez donc pas que milord Stormont vienne se chantier à mon feu? »

Maurepas avait appelé Necker au ministère ou plutôt au contrôle des finances; ce dernier débuta par opérer des réformes sérieuses aux dépens des fermiers généraux qui pour la plupart dilapi-

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daient les finances de l'État. L'un d'eux fut se plaindre à M. de Maurepas de l'injustice qu'on osait lui faire. M. de Maurepas le laissa exhaler ses plaintes, puis il lui dit sur ce ton plein de grâce et d'ironie qui n'appartenait qu'à lui : « Eh bien, que voulez-vous, monsieur ? Voulezvous être brigadier? Voulez-vous être maréchal de camp? J'en parlerai à M. de Montbarre} ', il fait assez volontiers ce que je lui demande, mais à M. jN'ecker c'est impossible. »

Le 7 septembre 1781, le comte de Maurepas se portait si bien qu'il vint passer à Paris le temps que la cour passait à la Muette. Le duc d'Aumont lui donna à dîner à la redoute chinoise de la foire Saint-Laurent: ils furent entourés par une foule nombreuse et chacun remarquait l'air aimable et gai du premier ministre. Mais au milieu de cette sécurité un accès de goutte plus violent que les autres vint le frapper tout à coup. Le roi ayant appris cette nouvelle, avant d'aller à la chasse, en fut fort troublé; — il contremanda ses équipages et ne sortit point, il vint voir le comte à plusieurs reprises, ne souffrant pas que madame de Maurepas qui ne quittait pas la chambre du malade restât debout en sa présence. Des alternatives de mieux rendaient un peu d'espoir quand une crise subite emporta tout à coup le comte, le

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