‹ La fin du XVIIIe siècleChapitre 37 sur 62 · La duchesse de Mortemart, pelite-fiUe du duc · texte numérisé non relu

La duchesse de Mortemart, pelite-fiUe du duc

LK DUC DE NIVERNAIS. 3Ul

il revint faire un séjour eu France vers la fui de 1786. 11 avait réellement opéré au Sénégal les réformes les plus utiles malgré mille obstacles, mais il avait besoin de pouvoirs plus étendus; on les lui accorda, et il repartit au grand désespoir de la pauvre madame de Sabran, qui ne pouvait se consoler de ces séparations continuelles.

Voici une charmante lettre quïl écrivit à son ami Nivernais au moment de s'embarquer à Lorient :

« 20 décembre 1786.

» Je ne quitterai point la France sans embrasser une dernière fois celui qui la fait tant aimer à ceux qui l'habitent et tant regretter à ceux qui la fuyent.

» En voilà pour longtemps, mon très cher maître, mais j'ai de bons pressentiments, et je vous reverrai plus longtemps que je ne vous ai vu.

» Je pars demain, si le vent ne revient pas à ses contradictions accoutumées. Mais je crois que je pars décidément. Je vous recommande quelqu'un qui m'est bien cher, et je jouis doublement de tout ce que vous valez en pensant que je lui laisse mille fois mieux que moi.

» Donnez-moi de vos nouvelles, mon cher maître, et recevez des miennes avec cette amitié dans laquelle j'ai tant de confiance, et soyez sûr qu'à mille lieues de vous, votre nom sera aussi

honoré et votre personne aussi chérie que dans la rue de Tournon, à Saint-Ouen et à la Chausséed'Antin '. »

Celui qui savait inspirer de si chaudes amitiés en était digne, et pendant les trois années que dura l'absence du marquis de Boufflers, le duc se montra l'ami le plus dévoué de madame de Sabran ^, la conseillant et la dirigeant dans ses affaires ; elle n'entreprenait rien sans lui demander conseil. Pendant l'absence du marquis de Boufflers, elle eut la fantaisie d'acheter le Moulin- Joli, habité par le graveur Watelet et madame Lecomte ; cette chaumière d'opéra comique, chantée par tous les poètes du temps, était, paraît-il, fort jolie; mais, comme le dit madame de Sabran : « Madame Lecomte, qui y a passé des jours heureux dans les bras de l'amour, la croit sans prix et veut me faire payer tous ses plaisirs. » On en demandait cent mille livres, et le duc de Nivernais empêcha heureusement madame de Sabran de faire cette folie.

1. Ce précieux autographe pi-ovient des papiers du comte de Sabran, légués par lui à son ami M. Gibert. 11 nous a été transmis avec la plus grande obligeance par M. Pierre de Croze, qui est dépositaire en ce moment de ce dossier intéressant qu'il va publier.

2. Françoise-Éléonore de Jean de Manville comtesse de Sabran, née en 1750, mariée au marquis de Boufflers en 1791 et morte en

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