‹ La fin du XVIIIe siècleChapitre 46 sur 62 · I.1-: DUC DE MVKUN.US. 3G · texte numérisé non relu

I.1-: DUC DE MVKUN.US. 3G

en butte aux accusations et aux délations politiques dont plusieurs, dit-on, partaient même de son sein. Il y avait, à l'Académie comme ailleurs, deux partis bien tranchés ; à la tête des démocrates se distinguaient Champfort, Ducis, La Harpe, Suard, et de l'autre côté, mais parmi les plus modérés le prince de Beauvau, le duc de Nivernais, le marcjuis de Saint-Lambert.

L'Académie dénoncée comme une réunion d'aristocrates fut bientôt enveloppée dans une proscription générale; le 8 août d793, parut un décret Cfui supprimait les quatre Académies. Lors du décret (\m avait ordonné l'abolition de tous les signes de la royauté, un mois auparavant, des ouvriers furent envoyés pour supprimer toutes les couronnes, fleurs de lys, armoiries, cordons, etc., qui pouvaient exister sur les boiseries des portes et appartements du Louvre où se tenaient alors les séances. Ils barbouillèrent les tableaux de Pvigaud et de Lebrun qui décoraient la salle de l'Académie des inscriptions , effacèrent la figure et le nom de Louis XIV et arrachèrent les tapisseries semées de fleurs de lys. Voyant cela et prévo3'ant l'orage, l'abbé Morellct, à l'instigation de Nivernais en ce moment directeur, eut l'idée de sauver tous les procès-verbaux des séances de l'Académie et un assez grand nombre de manuscrits précieux parmi lesquels des travaux sur le dictionnaire. On les retrouva

heureusement conservés, lors de la création de l'Jnstitut^

Nous avons laissé le duc de Brissac- faisant la sieste sur les sofas de madame Du Barry et ne songeant guère qu'il serait une des premières victimes de la Révolution qui avançait à grands pas. Sa passion pour l'ancienne favorite ne s'était point refroidie ; il la voyait chaque jour lorsque son service le retenait à Versailles et lorsque des inspections de troupes l'obligeaient à voyager, elle le rejoignait dans la ville où il séjournait.

Il entretenait une correspondance des plus suivies et fort tendre avec sa maîtresse; ses lettres figurent dans les dossiers du tribunal révolutionnaire et ne brillent ni par le style ni par l'orthographe qui est vraiment inouïe et les rend presque illisibles. En voici une écrite de Paris où son service le retenait auprès du roi.

1. Nous avons trouvé à cette époque dans les livres de compte de M. de Nivernais, la mention de diverses sommes données à Tabbé Morellet avec cette indication jiour les jMpiers. Nous supposons qu'il s'agit de ceux de l'Académie, dont le duc se montrait fort inquiet. On a dû payer quelque dépositaire ou quelque agent, pour assurer leur conservation.

2. Louis- Hercule-Timoléon, duc de Cossé-Brissac, né en 1734, le 14 février, tué à Versailles en septembre 1792. Pair et grand panetier de France, gouverneur de Paris, colonel des Cent-Suisses de la garde du roi et chevalier de ses ordres.

Il fut nommé, en 1791, commandant général de la garde constitutionnelle de Louis XVI et décrété d'accusation en 1792, à cause de son attachement pour la per onne du roi.

« Je vais me mettre au lit, cher cœur, pour être demain moins enrhumé que je ne le suis, et pouvoir vous faire meilleure compagnie que je ne le ferais si j'étais aussi entrepris de rhume que je le suis; ce rhume est humorique et vient de la stagnation d'un trop long séjour fait à Paris, auquel je ne suis rien moins qu'accoutumé, ce qui finira par me tuer ou me désoler, si bientôt ma résidence n'est levée. Je l'espère et ne vous en parle pas dans la crainte qu'une précipitation de joie ne la retarde. Adieu, tendre amie. Je vous aime et vous baise mille fois du plus tendre de nos cœurs; je voulais dire de mon cœur, mais je n'effacerai pas ce que ma plume a tracé, aimant à penser que nos cœurs ne sont pour jamais qu'un. Adieu, à demain. Je vais tâcher de suer et de cracher. Joli projet à mettre en réalité; c'est une occupation moins désagréable dans la circonstance présente qu'elle ne le serait si le temps était calme et, par conséquent, beau. Tout ce qui se passe est réellement mystérieux et fou, et la sagesse est de nous unir. Adieu, tendre amie, adieu, cher cœur. Je vous aime et vous baise.»

Le duc de Brissac n'était pas un partisan aveugle de l'ancien régime; au contraire, il faisait partie du groupe nombreux des grands seigneurs partageant les idées nouvelles : tels fjue le duc et la duchesse de Chartres, les Polignac, le comte de

Ségur, Lauzun et tant d'aulres. Il ne restait pas étranger aux questions qui s'agitaient sous ses yeux, et l'on voit, dès 1786, par ses lettres à madame Du Barry, qu'il est fort préoccupé des nouvelles politiques; mais à en juger d'après sa correspondance, il ne devait pas avoir des idées fort nettes, car lorsqu'il parle des affaires publiques, c'est d'une façon si embrouillée et si confuse qu'on ne peut rien tirer de ce galimatias.

Mais si M. de Brissac était un mauvais écrivain et un médiocre politique, son courage chevaleresque et son dévouement pour le roi ne faisaient doute pour personne; il en avait donné la preuve pendant les journées du 28 février et du 18 avril 1791. Quelqu'un le félicitant «de sa fidélité au roi, il répondit : « Je ne fais que ce que je dois à ses ancêtres et aux miens. »

Il est probable qu'après le coup de tocsin du 14 juillet, il avait voulu se rendre dans sa seigneurie de Brissac. Toute la contrée était en feu. Le Maine avait été soulevé par les récents événements de Ballon. Il fut arrêté, gravement menacé, et, le 26 juillet 1789, on écrivait : (( M. de Brissac, gouverneur de Paris, après avoir passé la ville du Mans, a été reconnu et arrêté à Durtal, près de La Flèche, d'où l'on a dépêché vers la capitale un courrier pour s'informer s'il était coupable et si on le décollerait provisoirement ou si on le conduirait à Paris. »

On ne sait quelles furent les suites de cette arrestation. Il est certain que M. de Brissac échappa cette première fois.

Il écrit peu de temps après à madame Du Barry :

« Angers, ce samedi 25 août 1789, à midi.

»... Que votre lettre du 22, madame la comtesse, est philosophique et savante ! Oui, il faut de la philosophie et de l'espérance, lorsque l'on est loin de vous et lorsque les états généraux travaillent si lentement sur les vrais points principaux qu'attend toute la P'rance et qui doit la tranquilliser* ; elle est portée à la résignation, au moins les nobles. La nation doit être tranquille et contente sur leur compte, car on les a trouvés partout sans armes, sans défense et sans projets.

» On dit que Paris n'est pas tranquille ; il manque ainsi que nous de subsistances. Que ne puis-je partager avec vous tous les fruits que celte belle Gérés nous a procurés cette année ; mais il ne serait ni prudent ni possible de vous en envoyer et les municipalités redoutent le peuple qui, non content de ce qui lui est nécessaire, veut garder le superflu. Mais, adieu, adieu, madame la comtesse, il est tout à l'heure midi et je veux

l.Les états généraux s'étaient réunis à Versailles le 25 mai 1789.

aller dîner à Brissac^ Je vous offre mes hommages et mes remerciements de votre exactitude à me donner de vos nouvelles, elles sont mon seul bonheur, comme de penser à vous... »

Six semaines après cette lettre, le 5 octobre, le peuple de Paris et surtout une grande quantité de femmes se portèrent à Versailles décidés à s'emparer du roi et de la reine ; les gardes du corps se tirent massacrer pour les empêcher de pénétrer dans les appartements. Plusieurs d'entre eux grièvement blessés se traînèrent comme ils purent de Versailles à Luciennes et il faut rendre justice à madame Du Barry, elle les reçut et les fit soigner comme auraient pu le faire leurs propres parents.

Le roi et la reine furent forcés par la multitude de rentrer le 6 octobre à Paris et M. de Brissac les .suivit en sa qualité de capitaine des gardes. La reine, informée de la conduite généreuse de l'ancienne favorite, la fit remercier par un seigneur de sa confiance, probablement M. de Brissac, et madame Du Barry lui répondit aussitôt :

« Madame,

« Ces jeunes blessés n'ont d'autre regret que de n'être point morts avec leurs camarades, pour une princesse aussi parfaite, aussi digne de tous les

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