Angers est situé à 4 heures de Brissac
hommages que l'est assurément Votre Majesté. Ce que je fais ici pour ces braves chevaliers est bien au-dessous de ce qu'ils méritent. Si je n'avais point mes femmes de chambres et mes autres serviteurs, je servirais vos gardes moi-même. Je les console, je respecte leurs blessures ; quand je songe, madame, que sans leur dévouement et ces blessures. Votre Majesté n'existerait peut-être plus* !... »
Cette lettre parle en faveur du bon cœur de madame Du Barry, nous en convenons, mais rien ne peut justifier l'indécence de ses relations avec M. de Brissac et la ftiçon dont elle les affichait.
Depuis le départ de la duchesse pour l'Italie et de sa fdle pour l'émigration, l 'ex-favorite avait poussé l'audace jusqu'à s'installer dans l'hôtel de Brissac, oii elle occupait tout un appartement. On trouve dans les mémoires de ses créanciers la note d'un frotteur du duc de Brissac concernant le frottage pendant dix mois des appartements de madame Du Barry dans l'hôtel de la rue de Grenelle. Elle mettait si peu de mystère à cette résidence qu'elle y faisait envoyer ses lettres par la poste.
Au mois de juin 179^, lorsque Louis XVI pré-
1. Celte lettre est extraite des Notices historiques di Lalbnd d'Aussonne, Mémoires de la reine de France, page 398.
376 LE DUC DK MVF.RXAIS.
parait sa fuite et celle de la famille royale, il songea d'abord à se faire accompagner par le duc de Brissac, dont le courage et le dévouement au roi étaient bien connus, mais il y renonça en réfléchissant que sa liaison intime avec madame Du Barry l'empêcherait de garder le secret sur l'entreprise projetée; on sait le triste résultat de la tentative du roi et son arrestation ù Varennes. Le roi, ramené à Paris comme un prisonnier, continuait cependant à régner. N'ayant plus de gardes du corps, une garde constitutionnelle lui fut accordée, et M. de Brissac en fut nommé commandant en chef, mais cette garde nouvelle ne devait pas durer longtemps; des accusations, des critiques et, enfin, des dénonciations ne tardèrent pas à faire casser la garde constitutionnelle, et son commandant en chef fut mis en accusation sans un motif valable et envoyé devant la haute cour à Orléans. Prévenu à temps par des amis, il aurait pu échapper à une arrestation; mais parfaitement sîir de son innocence, il attendit tranquillement aux Tuileries, où il fut arrêté le 31 mai 1792 et transféré immédiatement à Orléans.
Madame du Barry, en recevant cette nouvelle, écrivit au duc :
« J'ai été saisie d'une crainte mortelle, monsieur le duc, quand on m'a annoncé M. de
Maussabré * ; il m'a assuré que vous vous portiez bien, que vous aviez le calme d'une conscience pure. Mais cela ne suffit pas à mon intérêt pour vous; je suis loin de vous, j'ignore ce que vous allez faire ; vous me direz que vous l'ignorez vous-même. J'envoie l'abbé savoir ce qui se passe et ce que vous faites ; pourquoi ne suis-je pas près de vous, vous recevriez les consolations de la tendre et fidèle amitié. Je sais que vous n'avez rien à craindre si la raison et la bonne foi régnaient dans cette assemblée. Adieu, je n'ai pas le temps de vous en dire davantage. L'abbé entre dans ma chambre. Je veux vite le faire partir. Je ne serai tranquille que quand je saurai ce que vous devenez. Je suis bien sûre que vous êtes en règle sur la formation de la garde du roi; ainsi je n'ai rien à redouter pour vous de ce côté. Votre conduite a été si pure depuis que vous êtes aux Tuileries qu'on ne pourra vous rien imputer. Vous avez fait tant d'actes de 'patriotisme qu'en vérité je ne sais pas ce qu'on peut trouver à redire.
» Adieu. Donnez-moi de vos nouvelles et ne doutez jamais de tout ce que j'éprouve -.
» Ce mercredi à 11 heures (6 juin 1792;. »
1. Celait l'aide de (-aiiip de JI. de Brissac; on le trouva plus tard blessé chez madame Du lîarrv et il périt dans les prisons le 3 septembre 1793.