‹ La fin troublée de Tallemant des RéauxChapitre 9 sur 92 · T. V, 61; VII · texte numérisé non relu

T. V, 61; VII

(2) Pierre Tallemant et aussi Nicolas Rambouillet paraissent avoir fréquemment obligé des membres de leurs familles. Le premier, le 10 avril 1645, prête .une somme de 2.550 livres à Marguerite Girard, veuve de Jean Rambouillet, sa belle-sœur [Inventaire après décès des biens de Pierre Tallemant). Le 22 avril 1650, avec Nicolas Rambouillet, il donne à Nicolas Rambouillet, chanoine et archidiacre de Toul, leur neveu, (ils de la précédente, une pension viagère de 600 livres. Le 3 janvier 1651, avec le même, il donne à Marguerite Rambouillet, leur nièce, sœur du précédent, une rente viagère de 800 livres {M. A. de Me Le Semelier. E. A. de M9 Bossy et A. N. Y 187, f° 472 v°). Plus tard, à cause de cette rente, Marguerite interviendra dans les affaires successorales des Rambouillet (A. N. Y. 10721). Restée tille, elle montra du goût pour la procédure. En 1664 et 1665, elle plaida contre sa mère, Marguerite Girard, et contre Marguerite de la Salle, veuve de Bruno Piccart (A. N. XAa 591 i, f° 379 v°; 5924, f° 359; 5929, f° 367; 5931, f° 18). Plus sage, son frère le chanoine, songea à s'assurer des rentes par de bons placements. (A. JV. Y. 214, f° 17, 212, f° 154) et la sympathie de ses parents Nicolas II et Antoine Rambouillet, sieurs du Plessis et de La Sablière (A. N. Y. 218, f» 481).

Des Réaux refusait d'entendre cette prière. Alors, pour lui donner le change, on feignait de se séparer des domestiques. On les logeait dans quelque maison voisine ; ils rentraient à l'hôtel quand le censeur en était parti. Mais Des Réaux s'aperçut vite de la tromperie et cela le dégoûta de toute intervention nouvelle (1).

Des soucis personnels d'ailleurs l'invitèrent bientôt à négliger les affaires d'autrui pour considérer de plus près les siennes. Mme des Réaux était enceinte. Elle se montrait fort peu raisonnable. Elle ne voulait renoncer à aucun divertissement et surtout, dans son état, au plus dangereux de tous, à la danse. Vainement Maucroix, tout de suite mis au courant de cette heureuse fécondité, l'exhortait-il à la sagesse. On m'écrit, disait-il, que

Vous devez mettre en évidence Un nouvel habitant de France, Et que cet enfant fortuné Danse même avant qu'il soit né Et fait gambades à douzaines.

... Vous le bercez diablement Et jamais, dit-on, femme pleine Ne fit tant que vous de fredaines...

La belle, gardez-vous un peu ; Ce que vous faites n'est pas jeu : Il y va, ma foi, de la vie.

Pourtant vous n'avez pas envie De descendre si tôt là-bas Voir si les morts ne dansent pas.

(1) T VI 352. Gédéon II, le 19 novembre 1647, fait donation à \braham'du Maistre, son maître d'hôtel, pour cause de mariage dudit avec Elisabeth Rousseau, d'une rente de 250 livres. -A N. Y. 186 f° 318 y). Le 17 février 1648, Gédéon II assiste, en qualité de témoin, avec sa femme, au contrat de mariage d'André Carre, conseiller du roi, et d'Angélique Piot (A. N. Y. 180, f* 162 v.)

Marchez donc comme une épousée,

Soyez aussi sage et posée

Que dans l'hôtel de Rambouillet (1),

Des Réaux répugnait à exercer l'autorité maritale. Il sermonnait sa femme. Parvenait-il à toucher sa raison aussi aisément que jadis il avait touché son cœur ? On ne le saurait préciser. Son âme était pleine de mélancolie.

Il ne savait à quelle occupation se vouer. Il s'étonnait de voir, autour de lui, des désirs de gloire et de fortune, mille avidités se manifester. Un vieillard, son beau-père, Nicolas Rambouillet, comblé de tous les biens n'en était point rassasié. Désiraut obtenir un office de conseiller-secrétaire du roi, il consentait à ce que le collège des Cinquante-quatre fît information sur sa vie et ses mœurs (2). Un jeune homme, l'abbé François Tallemant, son frère, se montrait plus cupide encore. À peine revêtu de la robe, oubliant ses origines hérétiques, il réclamait hautement le prix de son abjuration. Sans lassitude, il tourmentait Ruvigny, ami de Mazarin, pour qu'il obtînt du ministre des bénéfices fructueux. Un évêché, même minuscule, lui semblait dû. L'Italien promettait et ne tenait point sa promesse. Il trouvait la prétention exagérée. Il donnait une mître à ses parents, à ses favoris, à des gens utiles. Quels services avait donc rendus à sa cause cet

(1) Maucroix : op. cit., I, 70.

(2) A. N. V* 34, Information du Collège, des Cinquante-quatre et Requête de Nicolas Rambouillet du 24 juin 1648. Parmi les témoins : Nicolas Bigot, sieur de La Honville et Yves Mallet. 11 fut nommé le 4 juillet 1648 en remplacement de Gabriel Pâlot (Abraham Tessereau : Hist. chron. de la grande chancellerie de France, 1710, I).

abbé si fraîchement sorti de Terreur huguenote (1)?

Des Réaux souffrait de l'âpreté des siens. Et voici qu'une nouvelle, venue brusquement, accrut sa tristesse. Voiture était mort. Ce coquet s'en allait de ce monde à 51 ans, avant que la vieillesse déparât de ses disgrâces son renom de chef du parti galant. C'était une perte irréparable. Qu'allaient devenir ses œuvres? Elles circulaient en copies dans les ruelles, lues, relues, apprises dévotement par quiconque se prévalait de quelque politesse. Des Réaux, tout de suite, résolut de s'en faire l'éditeur. Bien que l'épistolier dédaignât la gloire posthume, il souhaitait rendre hommage à sa mémoire vénérée (2).

De ce moment, il commença à recueillir lettres et poésies et tous renseignements capables d'en éclairer l'obscurité. Voiture disparu, il lui semblait que la France perdait il ne savait quoi d'exquis, de délicat, de tendre. Le poète avait sans cesse lutté contre le pédantisme, imposé la sociabilité dans les mœurs, la finesse dans le langage. Ceux-ci n'allaient-ils pas retourner, sans lui, à leur grossièreté d'autrefois?

Des Réaux en acquit la conviction dès que s'annoncèrent les furieuses compétitions de la Fronde. La lutte entre le Parlement et la co ironne, sourde d'abord, s'était graduellement aggravée. La compagnie voulait sinon se substituer à la royauté dans le gouvernement de la France, du moins participer à ce gouvernement. Les mesures financières du surintendant d'Emery, l'attitude indécise de Mazarin, les

(S) T. III, 64, précise qu'il travailla à cette édition dès la mort de Voiture. Nous verrons plus loin comment son zèle fut récompensé. Voiture mourut le 26 mai 1648.

fureurs de la reine régente, l'exemple du Parlement anglais invitaient présidents et conseillers atteints, en outre, dans leurs intérêts privés, à sortir de leurs attributions juridiques. Toutes chambres assemblées, ils donnèrent une nouvelle constitution à la France, privant le roi de son pouvoir législatif. La victoire de Lens releva le courage chancelant de Mazarin, le stimula au combat, amena le choc des adversaires. L'arrestation maladroite de Broussel provoqua l'intervention de la populace.

Désormais Paris était en proie à l'émeute. Des Réaux vit avec chagrin triompher la violence, toutes les passions mauvaises, tous les instincts débridés. Sa famille se trouva brusquement divisée. Les financiers ne pouvaient admettre la révolte du Parlement. Ils préconisaient Tordre utile à leurs affaires. Tous, d'un commun accord, honnirent les frondeurs et se groupèrent autour du trône (1). Après la journée des Barricades, Montauron lui-même, revenu de Toulouse d'où ses débiteurs l'avaient chassé, retenant son équipage, caracola, avec d'autres partisans, derrière le le chancelier Séguier. Allant joyeusement assister à l'interdiction du Parlement, il revint de sa promenade équestre, fort piteux, sous les balles de mousquets (2).

(1) La Liste générale de tous les Mazarins qui ont esté déclarez et nommez, demeurans dans la ville et fauxbourgs de Paris avec leurs noms, surnoms et demeures, 1652, désigne : Rambouillet et son associé Acéré, rue des Fossés-Montmartre; Montauron, rue du Grand-Chantier; Tallemant père et fils, à présent rue Geoiïroy-Langevin. Cette dernière adresse parait erronée.

(2) Journal d'Olivier Lefêvre d'Ormesson, I, 565, 27 août 1648. Montauron avait beaucoup à se faire pardonner. T. V, 378, conte qu'un de ses bâtards avait récemment tué en duel 'Armand de Koquelaure, baron de Biron. 11 y avait peu de sympathie, a ce

Son attitude était d'autant plus ridicule que sa ruine l'avait réduit à vivre chez son gendre, Gédéon IL Or, celui-ci faisait cause commune avec le Parlement. En sa maison se réunissaient les rebelles (1). Biensouvent Des Réaux s'y rendait en quête de nouvelles. Il y écoutait Mme Tallemant, maintenant férue de politique, exprimer les plus naïves sottises :

— Si les partisans reprennent )e dessus, tout est perdu, disait avec assurance cette fille du partisan des partisans (2).

Elle se réjouissait que son mari, transformé en foudre de guerre, eût été nommé colonel de la compagnie bourgeoise formée aux Marais du Temple. Ce brave allait en découdre. Goulon, conseiller au Parlement, le plus grand cocu du quartier, fanfaronnait sous lui comme capitaine (3).

Si la situation n'eût été si lamentable aux mains de tant de brouillons stimulés dans l'ombre par Retz, Des Réaux se fût fort amusé. Il fut obligé de se tenir à l'écart par l'événement attendu et qui se produisait

moment, entre Montauron et les Tallemant. Par sentence des requêtes du Palais du 23 septembre 1651, arrêt du Parlement conîirmatif, etc. Montauron et le sieur Jean Cosme furent condamnés à rendre à Pierre Tallemant quittance de M. de Guénégaud, trésorier de l'Epargne, de la somme de 584.551 livres 3 sols 4 deniers induement détenue par eux. {Inventaire après décès des biens de Pierre Tallemant.)

(1) Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, I, 636; Dubuisson- Aubenay : Journal des Guerres civiles, édii. Saige, 1885. II, 313. Gédéon II assiste, le 18 janvier 1649, a la reunion du Parlement chez son premier président, réunion au cours de laquelle on décida de prendre chez les receveurs des tailles et des fermes el chez les particuliers aisés l'argent nécessaire à la résistance armée contre la cour.

(3) Dubuisson-Aubenay : II, 357. V. aussi Liste de MM. les colonels de la ville de Paris, suivant V ordre de leur réception, avec les ordres qu'ils doivent tenir dans leurs marches, 1649.

en de si fâcheuses conjonctures. Mme des Réaux mit au monde une fille, en septembre 1648. Il la fallut dorloter, soigner plus que toute autre femme, car elle était si jeune encore! On dut aussi s'occuper du baptême, transporter la petite Anne-Élisabeth au temple de Charenton (1).

Des mois passèrent au milieu de ces embarras domestiques entrecoupés des joies délicieuses de la paternité. Des Réaux, dans son quartier éloigné du Faubourg Saint-Germain, n'entendait que vaguement les clameurs de la cité. De temps à autre, Maucroix, anti-mazarin acharné, inquiet sur son sort, lui envoyait quelque épitre l'invitant à l'égoïsme intégral :

Pourvu que de bon vin ta cave soit fournie, Que de blé largement ta maison soit garnie, Et qu'au fond de ton pot ne logent les souris, Aille comme pourra le siège de Paris!...

Ille conjurait, en outre, de résister à l'entraînement guerrier et de préserver sa vie, car disait-il,

De tels que toi, c'est chose très certaine Qu'on n'en rencontre pas quatorze à la douzaine (2).

Mais Maucroix n'avait pas besoin de convier Des Réaux à la prudence. Sans être lâche, celui-ci crai-

(i) On ignore la date exacte de sa naissance. D'après Haag et Jal, elle fut présentée au baptême le 13 septembre. La Bibl. de la société de l'hist. du prot. français. Manuscrits, Etat civil de Paris, art. Tallemant. donne 17 septembre.

(2) Maucroix : I, 79. Des Réaux a copié cette épitre avec quelques variantes, dans ses manuscrits (B. L. R. ms. n° 673, f° 16). V. aussi, Maucroix : I, 66, où il entretient Astibel (Des Réaux) des risques que les Espagnols font courir, en 1650, à la ville de Reims.

gnait les bourrades. Il haïssait ce qu'il appelait '« le peuple bariolé » et se gardait de tout contact avec lui. Fils de partisan, il ne tenait point à se montrer. Les Frondeurs venaient de publier un Catalogue des Partisans qui, précisant d'une manière incontestable, sous les noms de ses parents directs, les vols les plus scandaleux, les désignaient à la vindicte publique (1). Une atmosphère de haine entourait Rambouillets et Tallemants, tous les traitants et banquiers. On n'osait les molester, mais on les frappait à la bourse.

En perspective de la résistance armée contre le roi sorti de Paris et manifestant l'intention d'assiéger la ville, le Parlement constituait un trésor de guerre. Pierre Tallemant le père dut verser pour l'armement 2.000 livres et, en outre, une mensualité de 300 livres. Boisneau, 600 et 100 livres ; Rambouillet 2.000 et 300 livres. L'abbé Tallemant eût peut-être échappé à cette reprise, mais il se déclarait hautement Mazarin, lançait des poésies où il suppliait Louis XIV de rentrer en vainqueur dans sa bonne ville de Paris (2). On

(1) Catalogue des Partisans. Ensemble leurs généalogies contre lesquels on peut et on doit agir pour la contribution aux dépenses de la guerre présente, 1649, p. 12. « Rambouillet et autres, disait ce pamphlet, ont esté fermiers des Cinq grosses Fermes dont les droits ont été augmentés de leur temps du tiers; ensuite, et par le moyen de quoi, de gueux et incommodés qu'ils étaient, ils possèdent des richesses immenses qui montent pour eux deux à plus de six millions de livres ; ils demeurent rue des Fossés-Montmartre/— Tallemand père et fils ont été leurs associés et outre ont fait plusieurs traités notamment contre les contrôleurs, conservateurs des Fermes et leurs lieutenants dont ils ont mangé les revenus sous prétextes, tant pour remboursement, rétablissement qu'augmentation de gages et droits, et ont eu pour commis et associés les nommés Mailet et Prévost. »

(2) Sonnet au Roi dans Nouveau recueil des plus belles poésies, 1654, p. 54. Des Réaux le conservait dans ses ms. (B. L. R. ms. no 673, f» 66). M. Frédéric Lachèvre: Bibliographie des Recueils collectifs de poésies, 1905, IV, 190, l'attribue à l'abbé Paul Tallemant, mais celui-ci, en 1649, date du sonnet, était âgé de sept

i'imposa de 300 et de 30 livres. Cela modéra ses transports royalistes. Des Réaux, coi dans sa demeure, se gardant de toute ostentation, esquiva le tribut du fisc parlementaire (1).

On connaissait peut-êlre ses opinions anti-mazarines. Il exécrait, en effet, sans le dire trop haut encore, le tortueux italien qui faisait, au déduit, les délices de la reine-mère et qui, au surplus, par grand appétit de luxure, se manifestait bougre parmi les bougres. Mieux que personne, toute sa parenté vivant dans la familiarité du cardinal, prête à satisfaire sa cupidité en échange de traités avantageux, il connaissait l'âme perfide du faquin. Il le rendait responsable des malheurs publics, de cette affreuse tourmente où la quiétude, sinon la fortune du pays, risquait de sombrer.

Avec une joie sans mélange, il recueillait les pamphlets qui bafouaient le ministre. Il emplissait aussi ses manuscrits des couplets significatifs lancés par les satiriques. Bachaumont, qui avait baptisé l'émeute du nom de Fronde, comptait parmi ses amis, et Marigny, connu autrefois à Rome, verbe goguenard de l'Hôtel de Gondé, et Blot par l'entremise duquel tout l'hôtel d'Orléans exprimait son goût de la débauche, de l'impiété, de la rébellion. Ces pestes, tourmentées par le démon du persiflage, exerçaient,

ans. Quelques mois plus tard, l'abbé François chantera la mort du duc de Châtillon, partisan du roi. (B. N. ms. n^ 19145, f» 123; Bussy-Rabutin : Hist. amoureuse des Gaules, édit. Livet, I. 181. V. aussi notre livre : Madame de Châtillon, 1910, p. 93.) r

(1) A. N. U. 185; Dubuisson-Aubenay : II, 315, 325. Ces Etats de contribution du 21 janvier 1649 sont accompagnés d'Etats de modération du 30 janvier 1649 qui réduisent les taxes. Taîlemant père ne paya plus que 1.000 et 150 1.; Boisneau : 200 et 30 1.; Rambouillet ; 1.000 et 150 1. L'abbé François n'y figura plus.

avec une étonnante vigueur de plume, leurs rôles d'excitateurs à la violence. Avec regret, elles accueillirent la convention de Rueil. Et c'est pourquoi, substituant l'épée à la plume, elles ne tardèrent pas à entraîner leurs maîtres dans d'autres aventures (1).

Mille fois Des Réaux les préférait, risquant leur tête pour l'amour du brocard, à ses propres parents dont l'intérêt guidait tous les actes. La paix signée, si Montauron ne faisait point l'empressé autour de Mazarin, c'est que, caracolant sur la route de Rueil, il s'était brisé une jambe. On le voyait, gros et joyeux, chez son gendre auquel il imposait la présence d'une friponne de 4 5 ans, la Nanon, sa maîtresse, fille de Dame Jeanne, une grosse fruitière (â).Gédéon II, par contre, oubliant sa participation active à la Fronde, flattait maintenant le ministre, rêvant d'une intendance dont il retirerait des ressources nouvelles.

Seul, de toute la famille, Ruvigny avait témoigné au roi un loyalisme désintéressé. De même qu'il avait autrefois combattu les protestants ennemis de la couronne, de même il combattait les frondeurs révoltés contre elle. Lorsque la cour avait appris que Turenne mettait au service du Parlement son armée d'Allemagne et se disposait à la joindre aux troupes bourgeoises de celui-ci, Mazarin et la reine avaient choisi Ruvigny, homme de dévouement, diplomate habile, pour tenter de détourner le vicomte de la

(1) T. a copié, dans ses ms. d'innombrables pièces satiriques de la Fronde, souvent inédites. B. L. R. ms. n° 673, passim. Plusieurs sont de Blot (p. 28 v°, 48, 65) dont il parle souvent dans son œuvre; d'autres (p. 29 v>, 38 v° , 41 et v°, 42, 44, 46 v°, 47 v, 55, 56 v°, 70, 97) viennent de Marigny, ancienne relation romaine, auquel il consacre (V, 438) une courte historiette.

trahison. Ruvigny avait accompli sa mission d'abord en avocat éloquent, cherchant à toucher le cœur de son ancien chef; puis, Turenne se refusant à toute concession, en roué, utilisant, pour vaincre l'hostilité du général, les moyens astucieux. Il s'était entendu avec l'intendant de l'armée, Barthélémy Hervart, disposant de ses fonds pour acheter les consciences, soulevant les soldats contre leur commandant, si bien que Turenne, un beau jour, s'était trouvé, à la tête de quelques fidèles, réduit à se réfugier en Hollande (1).

La cour gardait gratitude à Ruvigny de cette énergique intervention et le conservait auprès d'elle comme un sûr défenseur. Des Réaux ne le voyait guère au milieu de tels événements. S'il regrettait que son beau-frère témoignât tant de sollicitude à Mazarin, il ne lui enlevait rien de son affection. Il fut tout heureux de sa visite quand la cour eut regagné Paris (2). Une période de calme avait succédé à l'agitation. On présageait bien déjà de nouvelles violences. Les princes, Gondé, Gonti et Longueville, faisaient grand vacarme, malmenaient le Mazarin.

(1) Chéruel : Hist. de France pendant la minorité de Louis XIV, 1879, III, 166, 402: IV, 282, 305, 350; A. de Galtier de Larroque : op. cit., p. 6'* et s. V. aussi, sur les actes de Ruvigny pendant la Fronde, Loret : Muze hist. du 21 janvier 1652; Motteville : Mém., édit. Riaux, 1855, passim; Tavannes : Mém., édit. Moreau, 1858, p. 63,227; Rapin : Mém.. édit. Aubineau, 1865, I, 258 ; Gorr. du chevalier de Sévigné, édit. Lemoine et Saulnier, 1911, p. 43 et s., 50; Goulas . Mém., édit. Constant, III. 325; Dubuisson-Aubenay, passim; Mazarin : Lettres, édit. Chéruel, passim, etc..

(2) De son mariage avec Marie Tallemant, Ruvigny eut : Henry, né le 9 avril 1648, mort sans postérité à Stratton (Angleterre) le 3 septembre 1720. — Marie, mort née, enterrée la 6 juillet 1650. — Pierre, sieur de la Caillemotte, né à Paris le 4 janvier 1653, mort en Angleterre en juillet 1689 des blessures reçues à la bataille de la Boyne. — François, bapt. le 6 février 1656, mort jeune. — Une fille, morte jeune.

Condé, pour prix de sa facile victoire contre les troupes parlementaires;, manifestait des exigences intolérables ; mais on espérait, par quelques dons, rassasier sa gloutonnerie d'honneurs.

Seul Des Réaux ne jouissait pas de la quiétude générale. Sans cesse le président Tambonneau, son voisin, frondeur notoire, le venait harceler. Ce président habitait, rue de l'Université, un hôtel orné de pilastres d'ordre dorique, si magnifique par sa disposition et sa décoration intérieure qu'un roi n'eût pas dédaigné d'y encadrer sa majesté.

Petit, camus, de fort mauvaise mine, il faisait piètre ligure aux côtés de sa femme. Celle-ci, belle péronnelle aux jupes légères, issue d'un homme d'affaires, affectant des manières aristocratiques, méprisait fort le bourgeois. Des Réaux ne pouvait souffrir les raffinements de coiffures et d'habits, toutes les extravagances dont elle lui donnait le spectacle. Quand, de son jardin contigu, il l'apercevait en promenade, revêtue d'une chemise jaune à collet de dentelles et rubans incarnats, il tournait le dos pour ne la point saluer. Jamais voisinage ne lui avait été plus désagréable. Il savait, en effet, que cette délicate endurait l'assaut de vingt galants et souvent leurs soufflets. Les petits-maîtres formant l'entourage de M. le Prince l'avaient ravagée comme une ville prise, depuis Châtillon, incapable d'achever le pillage, jusqu'à Roquelaure qui l'avait réduite en esclavage. Tous s'en amusaient comme d'un jouet, contant, après en avoir joui, les farces où ils l'avaient entraînée, comment ilsl'invitèrentàcontrefaire,nueet souriante, la nymphe des bords de la Seine, et comment elle vint les retrouver déguisée en bavolette.

Tambonneau, pendant ce temps, lancé dans les prêts pour suffire à des dépenses excessives, faisait à sa table, libéralement ouverte, l'éloge de la délurée :

— Je ne vois pas, disait-il, de femme plus aimable qu'elle; elle est propre, bien faite, bonne robe, galante, agréable. Si je n'étais son mari, je serais son amant.

Quelqu'un parlait-il d'une épouse difficile à conduire?

— Qu'on me la donne, disait le benêt, je la rangerai. Vous voyez comme j'ai rangé la mienne.

Si cet homme, consterné à la pensée que les rentes où il avait placé tout son argent risquaient de n'être plus payées dans la misère du trésor, ne lui eût constamment rompu la tête de ses craintes, Des Réaux l'eût fréquenté volontiers pour en rire. Tambonneau recevait maintes gens qui se préparaient à jouer un rôle dans la Fronde des Princes, la duchesse de Chatillon entre autres, et le duc de Nemours, son amant. Ces personnages conduits par l'ambition, sacrifiant le pays à leur rêve de gloire, étaient curieux à observer. Dans cette maison aussi un jeune homme méritait une attention particulière. 11 se nommait Jean de La Quintinie. Avocat, il présidait à l'instruction de Michel- Antoine Tambonneau, fils du Président. Il manifestait une sorte de génie daus l'art des jardins et à ce génie, le président devait d'avoir l'un des plus beaux parcs de Paris (1).

(1) A. iV. Y. 194, f° 284 v0., Donation par Jean Tambonneau et Marie Boyer, sa femme, à Jean de La Quintinie, avocat en Parlement, pour témoigner « leur reconnoissance et le récompenser d'une partie des bons et agréables services qu'ils ont reçus de luy sans discontinuation depuis treize ans en ça et particulièrement en l'instruction et éducation de Mre Michel Tambonneau, conseil-

Les attraits d'un tel milieu n'en compensaient point les désagréments. C'est pourquoi Des Réaux évitait de resserrer les relations. Il fut d'ailleurs contraint à demeurer pendant quelque temps plus constamment dans sa propre maison par une charité à laquelle le stimula son goût de l'amitié. François Maucroix, de Reims, écrivait des lettres désespérées. Croyant mieux échapper au joug amoureux où le tenait la marquise de Brosses, le jeune homme avait abandonné le barreau pour l'Église. On l'avait fait chanoine, mais la tonsure, les règles du chapitre, l'engagement solennel de vivre désormais éloigné de la vanité mondaine, n'avaient point atténué son tour- ' ment. Comme devant, il avait continué son rôle de soupirant auprès de sa maîtresse, plus enclin même à la tentation, sans cesse frôlé, caressé, induit au péché. Seules la timidité, une étrange maladie du respect l'avaient empêché de profiter du désir avoué de la dame et de ses invites véhémentes.

Celle-ci, assujettie au plus brutal des hommes, non satisfaite par son galant d'église, gênée aussi par les propos des confesseurs lui présentant comme sacrilège son transport pour Maucroix, avait écouté trop d'hommages. Si bien que le chanoine, malgré la poésie oùs'épanchaitsonchagrin, mourait de jalousie.

Des Réaux en eut grande pitié. Il le conjura de

1er au Parlement, leur (ils aîné et en autres soins qu'il a pris de tout ce qui regarde le bien de leur maison pour l'obliger à continuer dans les mesmes sentiments qu'il a toujours eus pour leur famille » d'une pension viagère de 1.000 livres tournois, 27 juillet 1657. Cette donation nous fournit l'adresse des Tarabonneau3 rue de l'Université. V. aussi, Plan de Gamboust. T. VII, 74 et s., leur consacre une historiette où il précise leur voisinage et leurs relations. Jacques Le Coigneux, président au Parlement, était aussi voisin de Des lléaux au Pré-aux-Clercs. V. IV, 5.

quitter un milieu où il dépérissait et devenir à Paris. Après quelques tergiversations, Maucroix accepta l'invitation. Tout aussitôt Mm8 des Réaux et sa sœur, Mme de Lestang, émues par ce grand amour, voulurent que le misérable trouvât chez elles toutes les douceurs d'un nid. Elles montèrent au garde-meubles de la maison pour y choisir le mobilier d'une chambre. C'était une immense pièce où peu à peu les époux avaient amassé en tours de lit, couvertures de parade, tapisseries, rideaux, housses, carreaux, sièges, etc.. de quoi renouveler fréquemment l'aspect intérieur de l'habitation. Les grandes et petites armoires, les bahuts, les bois de lit, les fauteuils, les chaises y étaient entassés et aussi les velours, les damas, les soieries, les taffetas de la Chine, les satins flamands, décorés de point d'Angleterre et fleuris de fïeurs brodées.

Elles firent descendre toute une chambre parée de velours rouge ramage de velours vert et aurore à frange houppée. Les meubles reçurent habillements semblables, et les fenêtres, et la table. Des carreaux furent disposés partout et la cheminée supporta belle garniture de bibelots de la Chine (1).

Mais Maucroix, quand il arriva, tout entier à sa peine, ne prêta guère d'attention à cette splendeur. On le consola, on le dorlota. Après quelques jours, il souriait de nouveau. 11 s'en alla par la ville d'où il ramena un jour son ami Jean de La Fontaine, venu de Château-Thierry a Paris pour quelque affaire.

(1) Inventaire après décès des biens de Tallemant des Réaux, ■n novembre 1692. {M. A. de M0 Touvenot. E. A. de M* Fauchey.) La maison regorgeait de richesses dont nous ne pouvons faire état en cet endroit.

C'était le fils d'un maître des eaux et forêts. On l'avait marié, quelques années auparavant, à une précieuse de province qui l'avait vitejassé.

Des Réaux fut enchanté de connaître ce garçon de belles-lettres dont Maucroix lui avait maintes fois envoyé les petits vers spirituels. Il admira sa douceur, son ingénuité, le ton enjoué de sa conversation. Mais ce jeune homme s'abîmait trop souvent en rêveries d'où l'on avait quelque peine à le retirer et cette fâcheuse disposition agaçait des Réaux.

Maucroix contait de belles naïvetés de ce visionnaire oubliant par moment tout de la vie et même qu'il avait une épouse. Cent fois il eut perdu son bien sans l'honnêteté de quelque quidam qui lui en rapportait les titres égarés en route. Il eut un jour les faveurs d'une lieutenante générale de Château- Thierry qui, le voyant sortir de dessous une table où il rêvait, le crut éperdu d'amour...

Des Réaux excitait son ami à parler. C'était le moyen de distraire son esprit. Maucroix éprouvait d'ailleurs du plaisir à bavarder comme une fille. Ignorant les affaires parisiennes, il contait avec volubilité celles de Champagne. Il aimait à présenter sous ses différentes physionomies de fripon son prélat, Mgr Eléonor d'Estampes de Valençay, archevêque de Reims, ancien « maréchal de camp comique » de Richelieu. Il ne tarissait point à décrire ses escroqueries et à répéter ses bons mots. Au pays de Cocagne, Mgr de Valençay eût été un directeur d'âmes fort estimé. Il ne rêvait jamais que ripailles, « mangeait quatre fois son dîner avant que de le manger », l'ordonnant le soir, y songeant la nuit, le matin y changeant quelque détail, humant,

avant qu'on le servît, son fumet à la cuisine. Sa plus belle œuvre consistait à avoir écrit, en style de guerrier, « une tactique des plats ».

Parfois Maucroix, oubliant qu'il portait robe, narrait des histoires peu édifiantes, celles par exemple de la marquise de Sy et de sa fille la vicomtesse de Neufchâtel. Fatiguée d'avoir pour mari le plus stupide des hommes, cette marquise avait installé à domicile Neufchâtel son amant. Pour le conserver, elle le maria à sa fille. Par accord spécial, Neufchâtel couchait trois nuits par semaine avec la mère, trois nuits avec la fille, et le dimanche se reposait. Mme de Sy trouva bientôt sa part insuffisante et déroba une nuit à sa fille. M. de Sy cependant réclamait avec instance ses droits. Pour le punir de tant d'insolence, les galants lui administrèrent le fouet.

Parmi les gens de son pays, Maucroix admirait surtout les aventuriers, les gens d'audace, comme ce Saint-Étienne qui, ayant envie de Mdle de Sallenove, l'enleva à la barbe de son père (1). Il regrettait que

(1) T. dut à Maucroix la plupart des historiettes d'origine rémoise et champenoise, Valençay : II, 445; Mme de Sy : V. 30 * ; MeIle de Sallenove : VI, 39; Vaubecourt : I, 381; Jean Larcher] marquis d'Olizy : VI, 403; Louise-Isabelle d'Angennes, fille de Mme de Rambouillet, abbesse de Saint-Etienne de Reims : III, 1. Il nous a conservé, dans ses ms : i<> une pièce inédite en un acte, sans titre et d'origine rémoise où intervient un Maucroix adversaire du mariage; 2° une comédie inédite sans titre, attribuée à Maucroix où diverses femmes, des nonnes vraisemblablement, assemblées en une ruelle, se consultent pour faire une malice au chanoine. Elles décident de forger une lettre composée de phœbus et de la lui envoyer. Des Réaux ajoute en note : « M"- de Saint-Etienne, un jour qu'il [Maucroix] la fut voir, la lui lit jouer [la comédie] par les mêmes filles et le surprit fort plaisamment ». B. L. R. ms. n° 672, f°s 2 et s. V. aussi, ms. n° 673, f« 122, Eglogue, par Maucroix. Selon Louis Paris, le Damon de cette églogue serait Des Réaux. Ce dernier, dans son Gros Recueil et

le ciel lui ayant fait don du sentiment n'y eût pas ajouté, pour le satisfaire, Futile hardiesse.

Il ne manquait pas d'effronterie cependant. A peine délivré de son tourment, il se mit à cajoler Mme des Réaux. Il la trouvait fort à, son goût, digne de ses vers et de son verbiage. Des Réaux riait de cette nouvelle passion, moins dangereuse que l'autre en s'étalant au grand jour.

Maucroix d'ailleurs ne put guère avancer ses batteries, car la marquise de Brosses lui fit connaître qu'elle était à Paris où elle venait d'accoucher. On lui avait dit que son galant chanoine se plaisait trop auprès de Mme des Réaux. Elle l'en querella. Il feignit quelque temps de dédaigner le joug qu'on lui remettait au front; mais lorsque son amante regagna la Champagne, il la suivit, soumis, repentant, de nouveau enflammé à en perdre la raison (1).

Mme des Réaux se chargea tout aussitôt de remplacer cet hôte turbulent par une hôtesse aussi digne d'intérêt. Souventes fois, lasse de la dureté de son carrosse, elle s'en allait, dans sa chaise, faire des achats à la galerie mercière du Palais. Elle jouissait de se sentir balancée dans la petite boîte capitonnée de damas feuille morte et aurore

dans son Recueil marbré, avait copié plusieurs autres œuvres de Maucroix. {Même Bibl. ms. n° 073, f° 6-7.) Des Beaux connut La Fontaine par l'entremise de Maucroix. L'historiette du fabuliste le montre tel que nous le représentons. Plus tard, Des Réaux le rencontra chez sa belle-sœur, Mme de La Sablière, et sans doute changea d'opinion à son égard.

(1) T. Vil, 201. et s. V. aussi, B. A. ms. n° 5131, i*° 883, A M. des Réaux, ode. L'auteur anonyme de cette pièce, s'adressant à sa muse, écrit : « Faisons des vers qui méritent de vivre. — Et que Réaux puisse mettre en son livre ». Prêt à s'engager avec Climène, il prend pour exemple les disgrâces de Tircis (Maucroix) et ces disgrâces le déterminent à n'aimer que la vertu et le devoir.

où deux glaces lui renvoyaient son image souriante.

Ses achats terminés, un jour, conduite par Patru, elle entra dans la chambre de l'Édit, où l'on plaidait l'affaire d'Elisabeth de Convert-Sottevast, orpheline de douze ans enlevée par sa grand'mère à son tuteur, pour raison de huguenoterie, promenée à travers mille dangers et enfin mariée à Genève à Henry de Chivray, comte de Maransin. Le tuteur demandait la nullité de ce mariage. Il ne l'obtint point, mais comme le tribunal cherchait, en attendant, que la situation de la jeune femme fût régularisée, un séquestre honorable, Mme des Réaux, émue de pitié, offrit sa propre maison. Elle revint avec sa protégée au logis. Des Réaux accueillit aimablement la petite épouse sans toit, mais il invita néanmoins sa femme à hanter avec prudence un lieu empli par les malandrins de Retz et de Condé (1).

C'était le temps, en effet, où le coadjuteur et le prince, ce dernier récemment sorti des geôles du Havre, s'affrontaient avec violence. Retz avait failli périr sous la main de fer de La Rochefoucauld. Des hommes d'armes, aux jours de réunion des adversaires devant les parlementaires rigides, remplaçaient l'essaim murmurant des plaideurs. Mazarin avait fui la France sous les huées, traité d'escroc, même par Gédéon II Tallemant, peu enclin à défendre les vaincus (2-).

Paris vivait dans une effervescence étrange. On pressentait que Condé, soutenu par la noblesse mécontente de la cour et du Parlement, se livrerait

(1) T. VII, 25 et s. L'Inventaire après décès des biens de Tallemant des Réaux précité décrit la chaise de Mme des Réaux.

bientôt à des actes de guerre. Pourtant il y avait, dans la grand'ville, un corps de l'État qui semblait indiflérent à la politique, désireux de concorde, tout entier livré à de paisibles travaux. C'était l'Académie française. A l'hôtel Séguier, dans la paroisse Saint- Eustache, elle continuait à se réunir toutes les semaines. Parfois l'un de ses membres mourait et nul ne s'en apercevait dans la cité, hors l'ambitieux qui le voulait remplacer. En l'an 1651, Jean de Montreuil, l'un de ces tranquilles Quarante, disparut d'un monde où il n'avait fait aucun bruit, n'ayant même jamais invité les imprimeurs à travailler pour lui.

L'abbé François Tallemant savait que l'on ne demandait point aux candidats académistes, pour occuper un siège, de grandes œuvres, mais seulement d'avoir de l'esprit et quelques lettres. Il ne manquait point de causticité à défaut d'esprit véritable et ses vers où il encensait toute la tribu mazarine montraient son adresse de poète. Il n'avait rien obtenu de la cour, malgré les sollicitations de Ruvigny. Il crut qu'en se faisant admettre à l'Académie, il accroîtrait son prestige et, par suite, ses possibilités d'emporter, en des temps moins troublés, un bénéfice important. Maints académistes notoires, Gonrart, Golletet, Gombauld, Chapelain, Saint-Amant, Ptacan, et le plus influent de tous, Boisrobert, père de la compagnie, comptaient au nombre de ses amis. Il leur dit son désir de siéger, à son tour, parmi les magnificences de l'Hôtel Séguier. Tous approuvèrent ses intentions et lui donnèrent leurs voix (1).

(l) D'après les Registres de l'Académie française, édit. Livet. 1906, IV, 18, i'abbé fut élu le 10 mai 1651.

Quand Des Réaux apprit que son frère était élu académiste, il éclata d'un rire inextinguible. Vraiment le choix était excellent. Un nouveau « passevolant » grossissait, la troupe de ceux que Ton appelait « les enfants de la pitié de Boisrobert ». Cet homme qui ne pouvait lire un livre « tout du long », qui pratiquait à la fois vingt auteurs et les abandonnait en chemin, cette cervelle brouillée méritait un tel honneur. Du moins, il voulut le voir dans l'exercice de ses nouvelles fonctions. On ne sait comment il s'arrangea, mais il entendit son discours de réception. Par défaut d'imagination, l'abbé l'avait singulièrement écourté. Il n'y prodiguait point l'éloge ; dès les premières phrases, il y dévoilait son caractère : « Plus je me voyais éloigné d'un si haut rang, disaitil, plus j'avais envie d'y parvenir (1). »

En qualité de directeur de l'Académie, GombauUI lui répondit. C'était un homme « un peu infatué du Parnasse » et qui prenait les Quarante pour des demi-dieux.

— Vous pouvez désormais, s'écria-t-il, regarder les autres hommes comme les yeux du ciel regardent la terre (2) !

Volontiers Des Réaux eût souligné le ridicule de telles exagérations, mais il ne fallait désobliger personne. Après un tel succès, l'abbé Tallemant, fort amoureux des bons repas, souhaitait de bien chopiner. La famille se réunit au logis de Pierre Tallemant. Nicolas Rambouillet y manifestait grande vanité que

(1) Recueil des Harangues prononcées par MM. de l'Académie françoise dans leurs réceptions... 1698, p. 33. Disc, prononcé le 13 mai 1651, par M. l'abbé Tallemant Vaisné, aumosnier du roy, lorsqu'il fut receu à la place de M. de Montreuil.

la reine et les princes prissent pour terrain de leurs discussions sa maison de Reuilly. Ces assemblées des plus grands du royaume et dans des conjonctures si tragiques seraient enregistrées par l'histoire où le nom de Rambouillet figurerait désormais (1).

Pierre Tallemant semblait tout transformé. Il affectait une grande distinction de tenue et de manières depuis qu'à l'exemple de son beau-frère Rambouillet il s'anoblissait en achetant un office de conseillersecrétaire du roi (2) ; mais il ne pouvait s'empêcher d'employer son jargon coutumier. Et son fils, l'abbé, prétendait déjà, parce qu'il offensait ses oreilles d'académiste, l'obliger à parler le beau langage, sous peine de lui retenir, pour chaque mot estropié, quelques bribes de sa pension (3).

(1) Dubuisson-Aubenay : II, 88, 91, 11 et 19 juillet 1651. Ann d'Autriche y tint, le 19, le « conseil d'en haut ».

(2) L'Inventaire après décès des Mens de Pierre Tallemant, précité, mentionne : « Les provisions de l'office de conseillersecrétaire du roi du collège ancien des Six-Vingts dont était pourvu ledit feu sieur Tallemant avec le contrat de vente passé par icelui, par devant Le Cat et Le Semelier, le 14 octobre 1651, entre ledit feu sieur Tallemant et le sieur Samuel Blondel, syndic des créanciers du feu sieur Menant ». Pierre Tallemant fut reçu le 4 décembre 1651 et remplacé après sa mort par Bertrand-François Huguet de Sémonville (Tessereau : op. cit., t. I). Une quittance de ses gages du 12 septembre 1653 subsiste {B. N. Pièces orignales, n° 2788). V. sur les avantages de l'office, Recueil des privilèges anciens et nouveaux de MM. les conseillers-secrétaires du roy, 1652.

(3) T. VI, 319. Sur la présente période, nous avons relevé les actes suivants : Accord entre Arnault de Bordeneau et Pierre Tallemant, avril 1647 ; Procuration de Jean Massicault à p. Tallemant, février 1648; Accord entre P. Tallemant et Antoine Lefevre, juin 1648; Protêt de P. Tallemant contre la veuve Godefroy, février 1649; Protêt par le sieur RoMllard au nom des sieurs Tallemant et Louis Bertault ; Obligation par Dv* de La Meschaussée au profit de P. Tallemant, mars 1649 ; Bail par Jeanne de Schamps, veuve de Jacques du Vidal à P. Tallemant, sieur de Boisneau ; Quittance par Claude Ponar à P. Talemant et N. Rambouillet, avril 1649; Quittance par Jehan Collon à P. Tallemant; Transport par P. Tallemant à

Mme Tallemant la mère, toujours « bonne femme», défendait son vieux mari. Elle était tellement indulgente !

Elle voulait, confiait de Lussac à Des Réaux, que M. Tallemant, n'ayant plus de nombreuses années à vivre, les passât à se divertir. Ne pouvant, à cause de son âge, lui prodiguer le plaisir, elle comprenait qu'il allât en quérir ailleurs. Or, le père Tallemant se sentait encore « d'amoureuse manière ». Il s'était mis un jour en frais de galanterie pour une cliente de la banque, Louise de Vérigny, veuve de Michel Bouette, conseiller à la Cour des Comptes. Cette vieille gourgandine n'avait pas été fâchée de rencontrer dans son banquier un amant. Tout de suite, Pierre Tallemant avait commis des folies : Mme Bouette s'offusquant de le trouver velu comme un ours, il s'était fait raser « tout le poil de l'estomac ». 11 lui en vint « une bonne apostume qui puait comme une peste ».

Mmc Tallemant la mère le soigna et le guérit. Et quand on lui vint dire qu'on avait surpris son mari faisant, dans quelque auberge, partie carrée avec

N. Rambouillet ; Transport par Jacques Bibaud à N. Rambouillet, mai 1649 ; Bail par N. Rambouillet à Joseph Charles, sieur de Prince, juin 1649 ; Transaction entre Gédéon II Tallemant et François Petit, février 1650 ; Constitution par P. Tallemant, sieur de Boisneau à Marie Le Noble, veuve de Georges de Gacon ; Bail par N. Rambouillet à Marguerite Ladvocat, veuve d'Alexandre de Savorny, sieur de La Clavolle, mai 1650; Transaction entre N. Rambouillet et Claude Faydeau, sieur de Touville, mars 1651 ; Procuration par Gédéon II Tallemant à Jacques Morin, juin 1651 (M. A. de Me Le Semelier. E. A. de Me Bossy). V. aussi, Transaction entre N. Rambouillet et P. Tallemant d'une part, Jean le Roy, sieur de Gamelin et Anne Grimouste, sa femme d'autre, pour « demeurer quittes » de toutes sommes dues aux premiers moyennant 44.968 livres, 3 sols, 5 deniers et une maison, 31 mars 1651 {inventaire après décès des biens de Pierre Tallemant).

La Galprenède le romaniste, la Beaupré, comédienne de mauvaises mœurs et Mme Bouette, amie de cette dernière, elle ne s'en offensa point. La religion lui prescrivait la résignation et l'amour lui commandait le dévouement (1).

Puis elle savait que les vieux sont parfois sujets à de bizarres errements. Dans son entourage, Mme Véron, sa parente, n'avait-elle pas récemment donné l'exemple de la pire présomption? A soixante ans, cette Parque avait épousé « pour qu'il ne mourût point d'amour » Ptené Gaillard, sieur de la Moinerie, un des coglioni du cardinal Mazarin qui l'avait longtemps grugée et qui, à cette heure, désertait son lit où elle desséchait de chagrin (2).

Des Réaux prêtait une attention distraite aux propos de son frère. Depuis un moment déjà il écoutait une conversation particulière que tenaient Marc- Antoine Acéré et Yves Mallet, associés des Tallemant et des Rambouillet en différents « partis ». L'un signalait à l'autre une bonne affaire. Un seigneur criblé de dettes, François de La Béraudière, marquis de l'Isle-Rouhet, s'était présenté à la banque Rambouillet, sollicitant des prêts sur garanties médiocres, cherchant aussi, pour désintéresser ses créanciers, à vendre son château du Plessis-Rideau, sis en Touraine, près de Chouzé-sur-Loire.

Vivement intéressé, Des Réaux se mêla à la con-

(1) T. VI, 304-305 : V. aussi, sur M™° Bouette, sa sœur, M»>« Gervaise, sa fille, Mm* de Chézelle, VI, 392 et s. ; Sur la Beaupré : VII, 171 et s. Plus tard, Mm« Bouette interviendra, à titre de créancière, dans la faillite Tallemant.

(2) T. VII, 347. Il ne donne pas le nom de ce coglioni. Nous l'avons découvert dans une donation que Mme Véron fait à ses enfants, le 15 avril 1652 (A. N. Y. 189, f<> 163).

versation. Il disposait d'une partie de sa fortune personnelle et depuis longtemps souhaitait la placer sur quelque terre noble. Il aimait ce pays de Touraine dont il avait admiré maintes fois, au cours de ses pérégrinations de jeune homme, les gracieuses images. Les deux compères le renseignèrent sur les avantages que présentait l'acquisition du Plessis- Rideau et lui offrirent de l'aboucher avec le marquis de La Béraudière.

Des Réaux accepta. Ils prirent rendez-vous pour le lendemain. Mme des Réaux ne fit aucune opposition à ce projet. Elle laissait son mari administrer les biens du ménage, sachant qu'il respectait sa dot, protégée d'ailleurs par les stipulations de leur contrat de mariage.

François de La Béraudière, chevalier des ordres du roi, marquis de Lisle, seigneur du Rouhet, de la Motte-Beaumont, du Plessis-Rideau, Ghouzé, Orval, Basse-Rivière, était un personnage prodigue que le goût du plaisir avait ruiné. Les dames surtout et le jeu avaient vidé sa bourse (1). En compagnie de sa femme, Françoise de Machecoul, veuve de Samuel d'Avaugour, dépensant encore largement en festins, hardes de brocart d'or, équipages, il achevait de dévorer son patrimoine. Il habitait généralement la ville de Poitiers ou son château de Rouhet, paroisse de Beaumont en Poitou (2), depuis que l'état de ses affaires ne lui permettait plus de hanter la cour. Il n'était venu à Paris, où il logeait à l'auberge, que pour

(1) A. N. Y. 182, f° H2 v°. Il avait une fille naturelle, Elisabeth de La Béraudière, a laquelle, le 17 mai 1642, il donne une rente de 111 livres, 2 sols, 4 deniers tournois.

(2) A. N. Y. 177, f° 387 v\ Il était processif. V. A. N. XU 5922. f° 75 ; 6002, f° 63.

trouver des moyens nouveaux de prolonger ses liesses.

Gomme tous les prodigues, il était d'abord amène. Il plut à Des Réaux que les financiers lui présentèrent comme un acquéreur éventuel. Ils s'entendirent bientôt. François de La Béraudière voulait 115.000 livres du château et de ses dépendances. Le prix convenait à Des Réaux, mais il souhaitait, avant de conclure le marché, voir sa prochaine propriété.

Ils partirent donc un beau matin de septembre en carrosse. En route La Béraudière manifesta à Des Réaux avec quel chagrin il abandonnait l'unique terre qu'il possédât « au paradis délicieux de Touraine », pays de Rabelais, Racan, Descartes et autres claires intelligences. Les origines du château remontaient aux temps troublés du xive siècle. C'était alors un considérable bâtiment, féodal. On ne savait pas grand'chose de son histoire sinon qu'il appartint successivement à Amaury Péan, Jeanne de Montijeau, comtesse de Sancerre et à Gilles de Brys.

Sans doute fut-il mis en ruines par les guerriers barbares de cette époque, car vers la fin du xve siècle, lorsque Guillaume Briçonnet, surintendant des finances, l'acquit, il le rebâtit en entier. Les arts se dégageaient alors des sombres imaginations du moyen âge. Les architectes du nouveau château, tout en lui laissant son caractère de forteresse, lui communiquèrent, mélangeant en arabesques gracieuses briques et pierres, l'aspect riant de la Renaissance. Deux tours rondes, des tourelles le flanquèrent et une tour carrée nommée « la sentinelle », car elle surveillait une immense étendue de pays et la perspective fleurie de la rivière. Les fossés, le pont-levis

subsistèrent ; les mâchicoulis, les barbacanes, les chemins de ronde s'ornèrent de charmantes décorations. Les fenêtres, divisées par d'élégants meneaux, furent parées de fines sculptures.

Le Plessis-Rideau put dès lors encadrer dans son décor séduisant, les fêtes galantes que Jean Briçonnet, maire de Tours, fils de Guillaume, se hâta d'offrir aux « doux, bénins, affables, accostables, gracieux, civils et joyeux Tourangeaux », ses compatriotes. De sa mère, mariée en 1593 à un La Béraudière, François en hérita. Ainsi, après deux cents ans, le château allait quitter la famille (1).

Des Réaux fut enchanté de connaître l'histoire des biens qu'il allait acquérir. Les malheurs du marquis l'émouvaient à peine. Les gens désordonnés méritaient leur infortune. Le carrosse atteignit, après quelques journées de voyage, la forêt de Bourgueil d'où l'on découvrit bientôt la somptueuse abbaye dont Mgr d'Estampes de Valençay, archevêque de Reims, était abbé (2). Le Plessis-Rideau apparut ensuite à quelque distance, sur la rive droite de la Loire, entre Port

(1) Patru : op cit., II, l et s., dit du château : « C'est un ouvrage merveilleux ». V. pour son histoire, Carré de Busserole : Dict. géogr, hist. et biogr. d'Indre-et-Loire, 1883, V, 267 et s. Voir aussi J. J. Bourassé : La Touraine, 1856, p. 483 ; Victor Petit : Châteaux de la vallée de la Loire des XV% XVIe et commencement du XVir siècles, 1860, p. 61; C. Chevalier : Promenades pittoresques en Touraine, 1869, p. 447 ; Country life du 4 août 1917, qui donnent des images du château. V. en outre, René Martineau : Le château de Tallemant, dans Les Marges du 15 novembre 1919, et notre article : Un château de la Loire illustre et oublié dans le Gaulois des 9 et 16 octobre 1920. M. Barois, propriétaire actuel du château, nous a fort aimablement fourni des renseignements et des plans. Nous l'en remercions sincèrement. Sur la Touraine de cette époque, V. F. Martin-Marteau : Le paradis délicieux de la Touraine, 1660.

(2) La B. N. Estampes, Va 72, conserve de belles vues aquareîlées de cette abbaye, du bourg et du château de Candes.

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Boulet et le bourg de Chouzé. Il voilait à demi dans les verdures sa silhouette. C'était un curieux bâtiment, d'allure militaire par ses profonds fossés emplis d'eau, ses tours et ses crénelures prêtes pour la bataille, l'épaisseur de ses murailles, mais aussi d'allure mondaine et galante par les dessins symétriques de ses pierres et de ses briques qui lui faisaient un visage de bon accueil. On l'eût dit bâti pour donner asile à quelque dame enlevée par amour, entourée de délices, mais que le ravisseur défendrait par les armes.

Des Réaux le visita soigneusement. Il le trouva commode. Aux alentours s'élevaient les dépendances, chapelle, haute et basse cours, granges, pressoir, vacheries, écuries, bois de haute futaie, garenne, vignes, prairies. La domination du seigneur s'étendait sur partie du bourg de Chouzé, sur les terrains, îles et ensablements des Briqueries et, en outre, sur les maisons et terres nobles d'Orval et Basse-Rivière, situées sur la rive gauche de la Loire, dans la paroisse d'Avoine et consistant en fermes, granges, étables, terres labourables, prés, chesnaies.

Tout cela, de bon aspect, satisfaisait fort Des Réaux. Mais son contentement s'accrut à connaître les privilèges et droits dévolus au suzerain de la châtellenie, droit de haute, basse et moyenne justice, fourches patibulaires pour exécuter à mort les condamnés, droit de faire tenir plaids de quinzaine en quinzaine, droit de nommer et commettre officiers (sénéchal, greffier, tabellion, garde de sceaux à contrats, notaires, sergents), droit d'amende et de châtiment corporel, droit de chauffage, pacage et passage en la forêt de Bourgueil, droit de port et passage

aux ports de Boulet et de Chouzé, droit de four à ban, foires, marchés, épaves, moulin banquier, ventes, poids et mesures, aulnage, pêcherie, etc..

S'il devenait châtelain, quoique huguenot, Des Réaux disposerait même du droit d'honneur d'Eglise en la paroisse de Ghouzé. Il lèverait la dîme. Sur la rivière, il bataillerait pour le péage de Ghouzé, avec la puissante corporation des « marchands fréquentant la rivière de Loire » qui allait jusqu'à taxer les juifs comme marchandise (1). En échange de tant de droits, le seigneur n'avait d'autre devoir que celui de rendre foi et hommage à l'archevêque de Tours, comme seigneur de Candes, aux suzerains de Saint-Michel-sur- Loire et deBourgueil (2).

Ayant connu tous ses droits et ses minces devoirs et visité de fond en comble le château, les maisons, les terres, Des Réaux parcourut Chouzé. Cet antique village alignait au long d'une rue tortueuse de frustes maisons. Sur une place, se dressaient les Halles, bâtiment tombant en ruines, et l'hôtellerie de la Galère. Plus loin, au centre, sur un vaste carrefour, l'église, petite, écrasée de vétusté, lançait vers le ciel un clocher moussu. Les maisons de MM. Jacques du Chastel et Desmarets et l'auberge des Trois Marchands lui faisaient entourage gracieux. Le fief de Plessîs-Rideau n'imposait sa souveraineté qu'à la

(1) Ces droits sont énumérés en partie dans le contrat de vente et pour le complément dans Patru et Carré de Busserole. V. aussi, C. Chevalier : De la navigation commerciale de la Loire, dans Mém. de la société archéologique de Tour aine, 1865, p. 226 et s., un juif vif : 10 deniers ; mort : 9 deniers ; une juive vive : 6 deniers ; grosse : 0 deniers ; morte : 30 deniers.

(2) Il rendit foi et hommage au premier le 15 mars 1654. Acte de vente de la terre des Réaux du 21 mars 1714 {M. A. de M- Guesdon. E. A. de M* Legay). Carré de Busserole dit qu'en 1689, Des Réaux comparut au ban des nobles convoqué a Chinon.

moitié du village et à la moitié de l'église. L'autre partie relevait du prieuré du Plessis-aux-Moines, dépendant de Bourgueil, dont le prieur, Mre Claude Le Marier, était, disait-on, homme malendurant. Les habitants, pour la plupart gens de campagne, cultivant les terres environnantes, saluaient avec déférence les promeneurs. Les officiers, sénéchal en tête, vinrent faire compliment. Des Réaux vit le notaire, le sieur Hudault, qui lui fournit quelques indications nouvelles (1) et le fermier d'Orval et Basse Rivière auquel il promit de continuer son bail (2).

Satisfait de sa promenade, Des Réaux se décida à acheter le château et ses dépendances. On ne sait pour quelle raison La Béraudière exigea que le contrat fût dressé devant Papillaut et Rivière, notaires à Châtellerault où vendeur et acheteur se rendirent. Des Réaux payait les 115.000 livres convenues, mais n'en versait comptant que cinq mille entre les mains de La Béraudière. Le reste était réservé aux créanciers du marquis; celui-ci, huit jours ensuivants, en donnerait la liste.

Quand il fut en possession de cette liste, Des Réaux dut se débattre avec Tourangeaux et Poitevins venus

(4) Patru : op. cit., donne quelques renseignements sur la disposition de Chouzé. Le nom du notaire nous est fourni par un acte désigné plus loin.

(2) François de La Béraudière avait passé, le 43 décembre 1650, devant Besnard, notaire à Chinon, un bail des terres d'Orval et Basse-Rivière à Mathurin Hudot ou Hudault et à sa femme. Ce Hudault, probablement parent du notaire susnommé, fut maintenu dans son emploi par Des Reaux et chargé, en outre, de faire « recette des rentes et fermes dépendant de la seigneurie du Plessis Rideau ». Il mourut vers 1660, car nous rencontrons un compte des recettes et dépenses dudit Hudault fait devant Royer, notaire à Chinon, le 4 juin 1660, entre M™6 des Réaux, procuratrice de son mari, et les héritiers du fermier. {Inventaire après décès des biens de Tallemant des Réaux précité.)

par douzaines à la curée, exigeant d'eux qu'ils produisissent, sous des formes légales, leurs créances. Jamais achat n'avait donné tant de peine à l'acquéreur et telle tranquillité au vendeur.

Heureusement, pour se distraire, Des Réaux eut le plaisir de rencontrer en cette ville morose, Jean Tureau, sieur d'Aubeterre, maître des requêtes. C'était un diseur de fleurettes si bien réputé pour la petitesse de son ... que nulle de celles qui écoutaient ses protestations amoureuses n'était tentée de passer à l'expérience. Sa femme, après quelques années de mariage, avait voulu « savoir si les autres hommes n'étaient pas mieux fournis ». Ayant connu son infortune, elle méprisa le démuni. A Châtellerault, pour donner le change, Tureau affectait de courir sus aux femmes. Il entretenait une jolie paysanne, et répandait le bruit qu'il en avait un bâtard. Mais la péronnelle disait à qui voulait l'entendre qu'il passait sur une fille comme un papillon sur une fleur, sans laisser de traces (1).

Des Réaux s'amusa un moment de ce fanfaron de vice, puis il s'en fatigua. La société de la petite ville, tous ces gentilshommes de campagne que l'on rencontrait goguenardant les jours de marché, lui procurait de médiocres divertissements. Les nouvelles de la situation politique devenaient de plus en plus fâcheuses. Le prince de Gondé, après avoir recruté des troupes en province, marchait sur Orléans et manifestait l'intention de conquérir Paris. Mazarin, rappelé par la régente, réunissait en hâte des armées dont il confiait le commandement à Turenne, rentré

(1) T. V, 495 et s., lui consacre une historiette où (p. 499) il marque son séjour à Châtellerault a cette époque, fin de 1651.

en grâce. Ruvigny s'était replacé sous les ordres de ce dernier. Le Parlement, adversaire du cardinal et de Condé, avait ordonné l'arrestation de l'un et mis l'autre au ban du royaume. De terribles événements se préparaient.

Après quelques semaines de séjour à Châtellerault, Des Réaux donna mission à un homme de confiance de recevoir les pièces des créanciers de La Béraudière et reprit le chemin de Paris (1). Il était parti roturier de cette ville ; par la vertu de l'argent, il y revenait anobli. Il attachait une maigre importance à ces questions de noblesse, en connaissant la vanité (2). Néanmoins il voulait en faire parade aux yeux du monde. Il fut désormais Gédéon Tallemant, seigneur des Réaux, du Plessis-Rideau, Orval et Basse-Rivière. A son tour, après son frère Boisneau, son cousin Gédéon II, son père Pierre, il adopta le blason des Tallemant et exigea que sa femme prît

(1) L'original du contrat de vente des fiefs du Plessis-Rideau, Orval, Basse-Rivière en date du 4 octobre 1651 n'existe plus chez les notaires de Châtellerault, les minutiers de Papillault et Rivière ayant disparu. M6 Laplanche, notaire à Chouzé et détenteur du minutier de Hudault, notaire des Réaux, ne le possède pas davantage. L'inventaire après décès des biens de Tallemant des Réaux le résume dans ses parties essentielles. Le contrat est accompagné d'une ratification en date du 5 octobre 1651 par Françoise de Machecoul, marquise de La Béraudière. Il spécifie qu'en outre des 5.000 livres versées comptant, Des Réaux conservera par devers lui une somme de 110.000 livres dont 60.000 réservées aux créanciers et 50.000 payables à la volonté de La Béraudière. Par acte du 20 décembre 1651, devant Thénault et Rivière, notaires à Châtellerault, La Béraudière estime à 58.333 livres, 17 sols ses dettes et par acte du 28 décembre 1651, devant les mêmes, Des Réaux charge M' Paul Cario de les payer. Une quarantaine de quittances, datées de 1652 et 1653, accompagnées de pièces justificatives des créances, montrent que les lio.ooo livres susdites suffirent à peine à désintéresser les créanciers de La Béraudière {Même Inventaire après décès),

(2) T. III, 381. « Pour moi, disait-il, je sais bien que souvent on a pris le nom du lieu de sa naissance, mais ce n'est pas autrement une marque de noblesse, au contraire. »

celui des Rambouillet. ïl fit exécuter un sceau où s'accolèrent leurs deux écus(l).

Cependant Paris attendait avec anxiété les sombres nouvelles des provinces. On se faisait part débouche à oreille des désordres affreux dont souffrait la Guyenne et à quels excès se livrait FOrmée à Bordeaux. Le délire des pamphlets avait atteint son paroxysme. Des Réaux écoutait surtout, dans cette clameur, la grande voix de Scarron qui venait de lancer contre le ministre, coupable de ne l'avoir point secouru dans sa détresse, la furieuse Mazarinade. Brusquement le poète dont plaisaient la langue imagée, l'esprit, l'étonnante éloquence dans l'invective était devenu le porte-parole des mécontents. Sa gloire prenait des proportions inquiétantes. Tous les pamphlétaires, sachant que les œuvres de sa plume trouvaient des chalands innombrables, publiaient sous son nom leurs pauvres écrits.

Des Réaux voulut connaître cet étrange infirme, ce (( magasin de douleurs » dont le rire était Tunique médecine. Ils avaient des amis communs. Il se fit conduire au fond du faubourg Saint-Michel, dans cet Hôtel de Troyes où le cul-de~jatte occupait, avec son ami, le voyageur Cabart de Villermont, et son ancienne maîtresse. Céleste de Harville-Palaiseau, un vaste appartement. Il vit le maupiteux poète enfoui comme un magot chinois dans sa chaire à poulie, perclus de tout le corps, ne disposant que des doigts dont il se servait pour écrire ou pour se gratter à

(1) V. notre premier volume, p. 103 et us, où ces blasons sont décrits. Nous avons vu, sur l'enveloppe du testament de Mu»c des Kéaux, un cachet de cire rouge portant les deux blasons accolés. T. donna à sa fille aînée le nom de Mullu des Réaux. La troisième, Charlotte, est portée dans les actes sous le nom de MeUed'Orval.

l'aide d'un bâton. Dans son visage parcheminé, ses yeux vifs décelaient une intelligence active. Il bavardait sans cesse, fertile en bons mots et en sarcasmes. Il intéressait plus qu'il n'apitoyait. Sa maison était sans cesse emplie d'une foule où des seigneurs notoires, comme Retz, se mêlaient aux brouillons et brouillonnes de la Fronde. Seul Georges de Scudéry s'y rendait pour l'amour de Céleste de Palaiseau (1).

Cette visite fit comprendre plus aisément à Des Réaux la dérision d'une guerre intestine dont les responsables mettaient sur le pavois cet Homère burlesque. Mais il goûtait les chansons vives, les lestes épigrammes, les proses allègres. Scarron contenta son goût de l'esprit.

Plus tard, il s'en alla, au cloître Notre-Dame, contempler un autre foyer de la Fronde. Là, Retz, transformé en chef de la rébellion, poursuivant un dessein insaisissable, avide surtout de mauvaise gloire, satisfaisant ses instincts de turbulence, trônait, plus souvent en habit de cavalier qu'en soutane de coadjuteur, au milieu de ses plumitifs. Il accueillait toujours aimablement son ancien ami Des Réaux, mais ses loisirs étaient limités. Sans cesse, il courait à travers Paris, tantôt soutenant la cour et tantôt luttant contre elle. Pour l'instant, brouillé avec elle, brouillé avec les princes, conservant un contact avec le seul duc d'Orléans, il négociait des deux côtés à la

(l) V. notre livre : Scarron et son milieu, 1905, p. 191 et s., qui confirme l'exactitude des faits rapportés par Tallemant sur Scarron. Le contrat de mariage de Scarron, publié par A. de Boislile, donne son adresse à cette époque. Dans ses ms} Des Reaux, a conservé de nombreuses poésies de Scarron, dont plusieurs inédites. B. L. R.

ms. n° 672, f" 221 ; 673, f° 30 et S.

fois et répondait avec vigueur aux pamphlets qui le couvraient d'injures.

Des Réaux ne savait pas au juste qui l'aidait, en dehors de Patru, dans ses fâcheuses besognes de plume. Dulot, prêtre normand, un de ses parasites, écrivain de bibus, surtout préoccupé de vin et de gourgandines, à demi-fol d'ailleurs, ne le pouvait servir en ce domaine. Gomberville, le romaniste tombé dans la dévotion, après avoir été parmi les plus ardents frondeurs, ne venait plus que rarement au Cloître Notre-Dame (I). Ménage qui y logeait encore manifestait contre son maître la plus mauvaise humeur. Il le désapprouvait de semer la discorde dans Paris. Au fond de son cœur, il était Mazarin. L'intérêt le poussait à cette trahison. Par la faute des Frondeurs, il perdait les rentes de ses bénéfices ecclésiastiques. De plus, il n'amassait point, dans la maison, les biens qu'il avait espéré en retirer. Il y vivait cependant entouré de ses domestiques et de Jean Girault, son secrétaire, bien nourri, estimé, heureux, malgré la jalousie de quelques soutaniers.

— Morbleu, disait-il avec colère, je veux faire plus

(1) T. VII, i et s. (sur Duiotj. V. aussi, VI, 72 et s., sur Gomberville. Des Réaux parle de la fortune de ce dernier. La pièce suivante confirme ses dires sur ce point : Ratification par Louis Le Roy, seigneur de Gomberville et Marie de Vallençon, sa femme, des donations faites par eux à Marin Le Roy, seigneur de Gomberville, et à Barbe Fauveau, sa femme, d'une bibliothèque et livres estimes S. 000 livres, d'une maison et jardin, rue Freppault, prés le Temple, d'une maison à Saint-Marcel les Paris, grande rue Mouffetard, appelée la cour de l'Aumône, des fiefs, terres et seigneurie de Gomberville, à Gomberville, près Châteauneuf, paroisse de Magny-les-Hameaux, de la terre et ferme du Chapitre, même paroisse, et du contre-échange fait entre eux par lequel Marin Le Roy leur avait rendu la maison à Paris, rue Freppault, et Donation aux dits Marin Le Roy et Barbe Fauveau, d'une 'maison à Paris, rue aux Ours, et d'une autre Vieille rue- du Temple, 22 juin 1632 (A. N. Y. 172, i'° 489).

de bien à Girault que M. le Coadjuteur ne m'en fera(l)!

Des Réaux reconnaissait là son ingratitude coutumière. R,etz était ainsi environné de colère et de désapprobation. De temps à autre, son père, Philippe Emmanuel de Gondi, duc de Retz, retiré à l'Oratoire sous le nom du R. P. de Gondi, faisait irruption dans le logis, sermonnait le coadjuteur, jetait à la porte les gens d'épée, exigeait que son fils reprît une escorte de gens d'église conforme à son caractère. Souvent aussi Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, jaloux que son neveu et coadjuteur l'emportât sur lui dans son diocèse, oubliant qu'il s'y était lui-même décrié par ses mœurs scandaleuses, rappelait le pasteur égaré au respect de sa robe (2).

D'autres, que Retz avait comblés, le poète François Sarasin en particulier, entré grâce à son entremise chez le prince de Gonty, lançaient maintenant contre lui des libelles injurieux. Des Réaux avait lu la Lettre d'un marguillier de Paris à son curé sur la conduite de M. le Coadjuteur et la réponse que Patru avait faite. Il en entretint Ménage. Ménage envisageait Sarasin comme le plus fourbe des hommes.

La vanité de ce poète indisposait surtout Des Réaux. Il ne lui pardonnait pas d'avoir publié La Pompe

(1) T. V, 226 dit que Ménage se vantait d'avoir donné ime pension vi a~ gère de 3 DO livres à Girault. Nous avons, en effet, retrouvé une donation de Gilles Ménage à Jean Girault, maître es-arts en l'Université d'Angers, d'une rente viagère de 300 livres tournois, 24 mars 1649 (A. N. Y. 186, f» 482).

(2) T. V. 224, V. aussi, IV, 73 l'agréable historiette consacrée à T archevêque de Paris logé lui aussi au cloître Notre-Dame. Des lléaux a conservé, dans ses ras, plusieurs pièces satiriques contre lui. B. L. R. ms. n° 673, f° 66 V°, 67 v°.

funéraire de Voiture. C'était, à son avis, vengeance de jaloux. Sarasin avait toujours enduré avec peine la faveur de Tépistolier à l'Hôtel de Rambouillet et à l'Hôtel de Gondé(l). Hélas ! on avait fait bien du mal à Voiture depuis sa mort. Pinchesne avait publié une édition pitoyable de ses Œuvres, aidé dans sa tache traîtresse par Chapelain et Conrart(2).

Ménage écoutait Des Réaux d'un air distrait. Ses propres déceptions l'intéressaient bien davantage que le tort fait à la mémoire de Voiture. Il se plaignit encore de Retz. D'être à ce brouillon, cela lui avait fait enlever par Mazarin une prébende d'Angers. Le cardinal l'avait donnée à Gabriel Boislève, l'un de ses suppôts. Ah! Mazarin savait récompenser le zèle de ses fidèles ! Ne venait-il point de coiffer de la mître ce Boislève, digne tout au plus de parader sur le Pont Neuf en costume de bateleur?

Des Réaux fut stupéfait d'apprendre cette nouvelle. Peu de temps auparavant, Marigny le vaudevilliste avait publiquement souffleté ce clergeon. Tout Paris s'était amusé de voir le souffleté intenter un procès au souffleteur. Un évêché pour un soufflet : cela était bien payé! Il indiquerait ce moyen à l'abbé Tallemant.

Il quitta Ménage toujours courroucé. Il traversa la presse des frondeurs qui encombrait les antichambres du coadjuteur. En passant, il jeta un regard mélancolique à l'ancien logis de Lhuillier le cynique; Cha-

(i) T. V, 291 a consacré une historiette à Sarasin et parle (p. 299) de la Pompe funèbre. V. aussi, III, 43. Il conservait, dans son Recueil de Grand papier la Pompe funèbre et le Mauvais Poète et d'autres pièces de Sarasin dans son Gros Recueil. V. également B. L. R. ms. n° 673, f 6, 47, 52 v°, 68.

pelle y vivait seul maintenant. Lhuillier n'était plus revenu de son voyage en Orient.

— Il n'y a jamais eu que lui au monde, pensa Des Réaux, qui se soit fait conseiller à Toul pour aller mourir à Pise.

Cependant, en regagnant son domicile, Des Rëaux songeait à l'aventure de Boislève. Vraiment le Mazarin se moquait du public. Pour peu qu'il gouvernât la France pendant quelques années encore, tous les diocèses auraient un escroc pour évêque. Il fallait, par la peur du ridicule, l'arrêter en si belle tâche. Jusqu'à l'heure, lui, Des Réaux, s'était contenté de haïr le custode de la Reine. Maintenant il sentait le désir de le combattre...

Réfugié dans son cabinet, il écrivit cette chanson caustique :

Le cardinal Mazarin Fait Boislève évêque enfin, Voyez le choix exemplaire !

Lère la, 1ère lan 1ère, Lère la, lère lan la.

Si ce fripon, si ce fat Est pour un soufflet, prélat, Qu'eussent fait les étrivières!

Lère la, 1ère lan lère, Lère la, lère lan la.

Peut-il en sa dignité,

Nous prêcher la vérité,

Lui qui fut toujours faussaire ?

Lère la, lère lan lère,

Lère la, lère lan la, etc.. (1).

(1) B. L. R. ms. n° 673, f° 48. Gomme toutes les pièces écrites par lui, Des Réaux a signé celle-ci, qui paraît être restée inédite dans

Le lendemain il s'efforcerait de répandre, dans les milieux frondeurs, ces rimes acerbes. Satisfait de son œuvre, il alla rejoindre Mme des Réaux et Mme de Lestang qui, dans le jardin de l'hôtel, poussant à clochepied un caillou, apprenaient aux enfants le jeu de la marelle...

ses ms., de ses initiales : D. R. Vers la même époque, il écrivit, contre les musiciens italiens du cardinal, «pitoyables» à son avis, ce madrigal (p. 68) également signe D. R. dans le même ms :

Renvoyez tous ces piailleurs,

Cardinal, ils font tort à votre politique.

Quels Mazarins, oyant cette musique,

S'empêcheraient d'être frondeurs?

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