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LA MER

à celles du golfe de Finlande, mais avec quelquechose de plus grand et de plus romantique. Immédiatement au nord du Wuoksen s'étendent de hautes collines boisées, des moraines de blocs erratiques, et, plus loin au nord, des chaînes de rochers de granit. Le groupe d'îles de Walamo, situé hors de vue de la terre dans la partie nord du lac, est d'une beauté grande et sauvage, . avec ces collines aux formes bizarres et ses falaises granitiques, qui s'élèvent à pic jusqu'à 70 m. de hauteur; c'est là aussi que le Ladoga atteint sa plus grande profondeur (360 m. environ). Walamo est occupé par un célèbre monastère, un des plus considérables du monde catholique-grec, et que visitent chaque année des multitudes de pèlerins venus de tous les points de la Russie. Bien que situé en Finlande, ce monastère, complètement étranger au pays, est là comme un intéressant spécimen de civilisation orientale.

Le Ladoga est souvent agité par des tempêtes retloutables ; malgré cela, la navigation y est assez active; elle se fait en grande partie au moyen de navires à voiles assez primitifs, appartenant à des paysans et remontant par le type au temps de Pirrre le Grand. Cependant des bateaux à vapeur le parcourent aussi dans plusieurs directions.

Le Climat.

Les vents dominants sont ceux du sud-ouest, les vents tièdes venant de l'Atlantique. Aussi le climat de la Finlande est-il beaucoup moins froid que sa situation ne le ferait supposer. A l'exception de la Scandinavie, aucun pays, sous la même latitude, ne jouit d'une température aussi douce que celle de la Finlande. Les solitudes de la Laponie, par 69°, reçoivent encore plus de chaleur que la plupart des pays situés sous le parallèle de Hango (60''). C'est en grande partie aussi au voisinage du Gulf-stream que la Finlande, la Suède et la Norvège doivent des conditions climatériques uniques parmi les contrées aussi voisines du pôle.

Les îles d'Âland et le promontoire de Hango ont une température moyenne (4° à 5°) égale à celle de lieux situés 10° plus au sud en Russie. A la même latitude, en Sibérie, on trouve une température moyenne de — 3° sur les bords du Jénisséi, de — 7" sur ceux de la Lena. Dans la zone la plus froide de la Finlande, les environs d'Enare, la température moyenne est encore de — 2°, tandis que dans les régions correspondantes de la Sibérie, elle est de — 17°, et sur la côte occidentale de l'Amérique du Nord, de — 10°.

La chaleur n'est pas excessive en été et l'hiver est relativement doux. Juillet est le mois le plus chaud,

janvier le plus froid, mais la température moyenne de janvier à Helsingfors n'est pas plus basse que celle d'Astrachan, sur les bords de la mer Caspienne.

Mais la température n'est pas constante; elle peut varier beaucoup dans un même mois. Un froid de 30° est assez fréquent dans les contrées du centre, mais dure peu. Il arrive même que le mercure gèle à quelques kilomètres seulement de la côte sud, dans l'intérieur. En Laponie, le thermomètre descend quelquefois audessous de — 50°.

En revanche une chaleur de 30°, en été, n'est pas rare non plus, même en Laponie.

L'écart entre les températures extrêmes est moins grand dans le voisinage des côtes. Ainsi, à Helsingfors, la température du mois le plus chaud est inférieure d'un degré, et celle du mois le plus froid est supérieure de trois degrés, à celle des mois correspondants dans le centre des terres. La proximité de grands espaces glacés rend le printemps plus humide et plus froid sur la côte que dans l'intérieur, tandis que l'automne, au contraire, y est plus chaud, à cause du refroidissement plus lent des eaux de la mer. Ainsi la verdure paraît plus tard, mais persiste plus longtemps, aux environs de Helsingfors, par exemple, qu'à quelques kilomètres plus loin de la côte.

Mais ce n'est que relativement aux autres contrées polaires, qu'on peut dire que la Finlande a un climat doux. En réalité l'hiver y dure au moins six mois, de novembre en avril; aux mois de janvier et de février, souvent plus tôt, il a complètement établi son empire; les terres alors sont couvertes de neige, et les eaux de glace.

L'eau des bras de mer voisins est peu salée et d'une température assez basse; aussi gèle-t-elle plus facilement que dans les autres méditerranées. La glace couvre chaque année les ports et les golfes, et forme une large ceinture le long des côtes. La mer reste gelée trois ou quatre mois dans la partie nord de la

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Baltique, cinq ou six mois dans le golfe de Finlande, six ou sept dans le golfe de Bothnie; pendant ce temps, la navigation est naturellement interrompue. Cependant, nous l'avons dit, le port de Hangô, de plus en plus fréquenté, reste très longtemps ouvert; il ne gèle que par les grands froids, et même alors, un vapeur spécialement construit pour forcer les glaces, et que la Finlande possédera bientôt, suffira à assurer les communications.

En hiver, les terres, la mer et les lacs ne forment plus qu'un vaste champ de neige, qu'on parcourt au moyen de traîneaux. On se sert aussi, pour glisser sur la neige sans y enfoncer, de raquettes, planches étroites, longues de six pieds environ; les Finlandais s'exercent dès l'enfance à employer cette chaussure, au moyen de laquelle ils se transportent avec une grande rapidité- Un bon coureur fait ainsi de huit à dix kilomètres à l'heure, et cela pendant des journées. On voit assez souvent des paysans entreprendre sur leurs raquettes des voyages de cinq à six cents kilomètres. En automne, avant que la neige recouvre la glace, la surface gelée des lacs et des golfes de la mer offre un immense espace aux évolutions des patineurs.

L'habitant du nord aime son long hiver; il y trouve un charme tout particulier. Il est, à ses yeux, peu de plaisirs comparables à celui d'une course en traîneau par une belle journée d'hiver: la plaine se déroule immense, d'une blancheur éblouissante, sur laquelle se détache la sombre verdure des pins; aux branches dénudées des arbres à feuillage, le givre se suspend en fines aiguilles serrées, que le soleil fait étinceler comme des millions de diamants. Le silence de la nature est complet; on n'entend guère que le bruit argentin des grelots, ou, peut-être, les coups répétés d'un pic frappant de son bec le tronc d'un vieux arbre; parfois, un vol de bouvreuils ou de jaseurs de Bohême traverse le chemin. En effet, des 220 espèces d'oiseaux indigènes en Finlande, une soixantaine tout au plus y passent l'hiver.

Et quel plaisir ensuite de rentrer, de retrouver le coin du poêle dans une chambre oîi règne toujours une température tiède. Car, en Finlande, les maisons sont construites de manière à être à peu près imperméables au froid du dehors; les chambres sont pourvues d'immenses poêles de faïence, le bois de chauffages est abondant, et les fenêtres sont doubles, triples même dans le haut nord. Même dans la plus misérable cabane de paysan, le froid est un hôte inconnu. La population pauvre des villes est, il est vrai, moins bien partagée, et souffre quelquefois beaucoup dans les hivers rigoureux. Ce froid de l'hiver a sans doute, plus que toute autre cause, contribué à développer dans les pays du nord le goût de la vie de famille, qui y a peut-être un caractère d'intimité plus grande que dans les régions plus favorisées du midi.

En mars et en avril, l'empire de l'hiver commence à chanceler. Peu à peu la neige disparaît; les premiers oiseaux de passage arrivent en troupes pour faire leurs nids. En mai, le printemps fait son entrée; les lacs et la mer ont brisé leur prison de glace, l'herbe verdit, l'hépatique ouvre timidement son œil bleu, les bourgeons se gonflent et bientôt paraît le jeune feuillage. Pourtant, il souffle encore souvent des vents froids et quelquefois même il tombe une averse neige à moitié fondue. Ce n'est qu'en juin que l'été commence vraiment; il atteint toute sa force en juillet, la clarté presque ininterrompue active alors la végétation. Août commence tout aussi chaud, mais bientôt les nuits plus longues deviennent froides, et la fin du mois est souvent pluvieuse. Le commencement de septembre est généralement beau et assez tempéré, mais bientôt viennent les longues nuits, les pluies et les tempêtes: c'est l'automne. En octobre les feuilles jaunies achèvent de tomber sous les morsures de la gelée, et bientôt la neige aura tout enveloppé de son linceul.

La grande étendue de la Finlande du nord au sud entraîne naturellement des différences notables de

climat. A Uléâborg (65°), la saison n'est pas plus avancée au milieu d'avril qu'à Abo (60°) à la fin de mars. En avril, mai et dans la première moitié de juin, la végétation, au bords de la mer Glaciale, est en retard d'un mois sur celle des bords du golfe de Finlande; de même au commencement d'août: mais au gros de l'été, la différence n'est que de 18 jours.

Nous avons déjà dit combien, en Laponie, la végétation est activée par la continuité de la lumière. A Enontekis, le soleil reste un mois au-dessus de l'horizon, plus au nord, deux mois. Mais les nuits d'été sont claires dans tout le pays, et cette influence se fait sentir partout, bien qu'à des degrés divers. Dans la Finlande méridionale, le soleil reste levé 18'/2 heures dans le plus long jour, et le crépuscule du soir se confond avec celui du matin, de façon qu'il n'y a pas d'obscurité pendant plusieurs semaines.

Les habitants du nord aiment leurs claires nuits d'été; ils en parlent avec ravissement: ils en sont fiers. Toute la voûte du ciel paraît éclairée, surtout à l'horizon du nord; la lumière semble venir de partout; l'air même est lumineux et enveloppe les objets d'une lueur douce et mystérieuse, qui ne porte pas d'ombres. A cette saison, les oiseaux ne reposent que pendant une ou deux heures, et les hommes font comme les oiseaux; couchés et levés avec le soleil, ils mettent à profit cette longue clarté et y trouvent une compensation à la non moins longue nuit de l'hiver.

Rien n'est plus vivifiant pour l'âme et pour le corps qu'une promenade de bon matin, vers le milieu de juin, par exemple. Dès une heure après minuit, à la latitude de Helsingfors, l'horizon s'éclaire, et si l'on s'oublie au lit jusqu'à 3 heures, ce sera trop tard, on aura manqué le lever du soleil. Les prés sont tout étin celants de rosée, la brise est fraîche et chargée du parfum des putiets en fleur; l'air est plein de chants d'oiseaux, que domine la note mélancolique du coucou, l'oiseau favori du Finlandais. Cependant le soleil s'est

élevé, l'alouette monte en chantant et semble s'élancer à sa rencontre; le monde des insectes s'éveille à son tour: déjà l'abeille bourdonne, le papillon joue parmi les fleurs; de tièdes vapeurs montent des prairies parfumées. Ce n'est que vers 9'/2 heures du soir que le soleil disparaît, mais il ne descend pas bien bas, et longtemps encore les lacs et les golfes réfléchissent un horizon de feu; peu à peu cet éclat pâlit, le rouge passe au violet, le violet au gris: c'est alors que la grive musicienne fait entendre son chant si richement modulé, qui alterne avec les vives mélodies du rougequeue, tandis que du lac voisin monte le cri étrange du plongeon.

Le touriste qui veut voir la Finlande dans toute son originale beauté choisira de préférence le mois de juin pour son voyage; c'est en efi"et, avec mai, celui qui compte le plus de beaux jours. Du reste, juillet et août sont, eux aussi, plus ensoleillés que dans la plupart des autres pays. C'est en novembre et en décembre que le ciel est le plus souvent couvert.

Mais la quantité d'eau tombée varie beaucoup selon les années. On l'estime en moyenne à 500 mm. A Helsingfors, au bord de la mer, on compte l'un dans l'autre 162 jours de pluie ou de neige par an.

Mais cet été finlandais, si beau pour le touriste, est souvent, pour le laboureur, un temps de crainte et d'angoisse. Une journée claire et chaude peut être suivie d'une nuit de gelée; il n'en faut pas davantage pour détruire la récolte, et réduire à néant toutes les espérances de l'année. Ces gelées arrivent souvent quand les champs sont en pleine végétation; mais les plus dangereuses sont celles du commencement d'août, alors que le grain, déjà formé dans l'épi, n'a pas encore atteint la maturité. Les plus exposés sont les terrains bas, dans le voisinage des tourbières et des marais ; mais ces terrains-là, nous l'avons dit, il y en a partout. La journée a été belle; pourtant, au coucher du soleil, le thermomètre ne marque que 3 ou 4 degrés

au-dessus de zéro. Les nuits sont déjà obscures; les étoiles scintillent; pas un nuage, pas une brise. On allume des feux le long des champs ; c'est en vain : pas un souffle d'air pour étendre sur les jeunes épis la fumée protectrice. On traîne de longs cordeaux à la surface des champs, pour mettre ainsi les épis en mouvement: cette précaution ne suffit pas. Le jour commence à poindre: c'est le moment le plus froid. Le thermomètre est à — 2°, peut-être même à — 6°. Les épis brillent comme argentés aux premiers rayons du soleil, les tiges sont dures et cassantes. Un espoir reste encore: si la température monte très lentement, la moisson peut être sauvée. Mais bientôt s'élève un vent tiède du midi: la journée sera chaude, et la chaleur achèvera ce que le froid a commencé. Quelques minutes ont suffi pour réduire des milliers d'hommes à vivre pendant toute une année de pain d'écorce broyée, tandis que des milliers d'autres meurent de faim ou sont emportés par les épidémies que la disette entraîne à sa suite.

Les gelées d'été seraient plus fréquentes encore sans l'heureuse circonstance que l'atmosphère n'est presque jamais tranquille. De plus, les vents dominants sont ceux du sud et du sud-ouest, c'est-à-dire des vents chauds.

Le dessèchement des marais est le moyen le plus efficace de combattre les gelées; il a été déjà beaucoup fait à cet égard; la culture des céréales a pu ainsi s'étendre de siècle en siècle vers le nord. On cultive maintenant les pois et le froment jusqu'au 62:e degré; on les rencontre encore, mais plus rarement, jusque par 63° 30'; l'avoine monte jusqu'à 65° 30'; le seigle, jusqu'au cercle polaire, çà et là même au-delà; l'orge mûrit encore par 68° 46' de latitude nord; on en rencontre même des champs isolés sur les bords du lac d'Enare *)•

*) La distribution des arbres donnant une assez juste idée des conditions climatériques, nous indiquerons la limite des espèces croissant sans culture en Finlande. Le chêne, GO" 35';

La Finlande est pour ses enfants une mère sévère et parcimonieuse; elle ne leur prodigue pas ses dons; elle exige d'eux un travail persévérant, une patience infatigable; elle leur impose beaucoup de privations. Elle leur donne en échange un air en général pur et sain, une nature paisible et tranquille, à l'abri de ces bouleversements et de ces catastrophes qui frappent souvent beaucoup de pays méridionaux. Le tonnerre même y est peu fréquent: on ne compte, en moyenne, que huit jours d'orage par an.

l'aune visqueux, 64°; le bouleau blanc (betiila verrucosa), 66" 25; le sapin, 68'' 45'; le sapin rabougi-i, 69°; le pin (pinus sylvpstris) forme des forêts jusqu'à 68° 30' à l'ouest et un degré plus haut à l'est, mais on en rencontre encore des exemplaires rabougris, disséminés parmi les bouleaux visqueux (betula glutinosa), jusqu'à 69° 50'. On trouve le tremble et l'aune grisâtre jusque dans l'extrême nord; le saule marceau (salix cajn-ea), le sorbier, le putiet, le genévrier, croissent dans tout le pays. De ces arbres, seuls le pin, le sapin, le bouleau et l'aune grisâtre forment de véritables forêts; le tremble, l'aune visqueux et le chêne croissent en bouquets; les autres ne se rencontrent guère qu'isolés parmi d'autres espèces.

Les arbrisseaux, buissons et broussailles les plus communs sont: de nombreuses variétés d'osier; le bouleau nain, qui croît surtout dans les marécages du nord; la bruyère, qui tapisse partout les landes jusqu'à la limite des forêts de pins; le romarin sauvage (lednm palustre), abondant dans les marais jusqu'à la même limite que la bruyère. Parmi les buissons et plantes baccifères, nous citerons: le framboisier, le fraisier, jusqu'en Laponie, abondants surtout dans les défrichements abandonnés; la ronce de marais (ruhus chamaemorus), aux baies jaunes, succulentes, commune partout dans les tourbières, mais abondante surtout dans le nord; la ronce des pôles (rubus arcticus), la plus aromatique peut-être de toutes les baies d'Europe, et qui atteint sa plus nne saveur entre le 63:e degré et le cercle polaire; la myrtille Imyrtillus nigra) et l'airelle (yaccinium vitis idaea), les plus abondantes des baies finlandaises, répandues partout jusque dans l'extrême nord. Certaines communes paient tous leurs impôts avec le produit de la récolte de ces baies, et dans certaines années, il en a plus de 500,000 kilos, été exporté.

Le Finlandais a généralement un caractère courageux et persévérant, approprié au travail pénible que lui impose la nature et qui a endurci son corps.

Dans les pages qui suivent, le lecteur fera plus ample connaissance avec ce peuple, si peu connu encore dans le reste de l'Europe.

La Population.

Le chiffre de la population de la Finlande s'élève actuellement à environ 2,300,000 âmes. Répandus sur cette immense surface, cela fait à peine une moyenne de 7 habitants par kilom. carré. La densité de la population atteint son maximum dans le sud et le sudouest (10 à 16 habitants par kilom. carré), et surtout sur certains points de la côte ouest, mais là même elle ne dépasse pas 25 à 30 personnes par kilom. carré. En avançant dans le nord, le pays est de moins en moins peuplé; dans la Laponie septentrionale, elle n'atteint pas 1 personne par kilomètre. Il est à remarquer toutefois que la Finlande, bien que moins favorisée que la presqu'île Scandinave à latitude égale, puisque les isothermes vont s'abaissant vers le sud, est relativement plus habitée; de sorte qu'on peut dire que, de tous les pays situés au nord du 60:e degré, elle est le plus peuplé, de même qu'elle en est le plus cultivé.

Le chiffre minime de la population urbaine est encore un caractère de ce pays. Les 36 villes finlandaises n'ont pas, à elles toutes, autant d'habitants que Bordeaux, par exemple. On les évalue en effet à 212,000, c. à. d. au 9 % seulement de la population totale. De ces villes, la plus peuplée est la capitale, Helsingfors, qui, au commencement de 1888, comptait 55,740 âmes.

Kemi, en Ostrobotnie, la plus petite, n'en a que 465. La population d'Âbo est de 27,250 habitants, Tammerfors en compte 17,270, Viborg 17,100, et Uléâborg 11,840.

Mais si la population de la Finlande est peu nombreuse, elle est en revanche vivace et féconde. C'est, de tous les pays de l'Europe, un de ceux oii l'accroissement de la population est le plus rapide. Souvent décimée par les famines et les guerres, elle s'est toujours reconstituée avec une étonnante rapidité. Après la guerre de Russie, qui avait duré de 1700 à 1721, il ne restait plus en Finlande que 250',000 habitants à peine, et déjà en 1750 ce chiffre était remonté à 555,000. Depuis le milieu du 18:e siècle, la population a quadruplé. Il y a cinquante ans, elle était de 1,445,600; aujourd'hui, grâce à des années de paix et de bien-être, elle a augmenté de près d'un million. Et pourtant cette augmentation a été suspendue à plus d'une reprise par la disette. En 1868 en dernier lieu, environ 100,000 personnes moururent de faim ou des épidémies que la famine traîne à sa suite. Toutefois ces intervalles désastreux ont été de courte durée. L'augmentation annuelle de la population a été en moyenne, dans les derniers temps, de 1,4 ''/o, ce qui est une proportion relativement élevée. L'immigration n'entre à peu près pour rien dans ce chiffre, tandis que l'émigration, surtout d'Ostrobotnie et d'Âland, est assez considérable.

Des habitants de la Finlande, un peu plus de 85 7'' ont pour langue maternelle le finnois et environ 14 "/o le suédois. Les populations de langue suédoise habitent Âland, le Nyland septentrional, l'extrême sud de la Finlande propre, et, le long de la côte ostrobotnienne, une lisière large de 20 à 30 kilomètres. De plus, par suite de l'union avec la Suède, le suédois était devenu la langue des classes cultivées dans tout le pays, et a seul régné en cette capacité jusqu'à il y a vingt ou trente ans, alors que le finnois a commencé à réclamer ses droits. A l'heure qu'il est encore, 40 7" de la population des villes parle suédois, bien qu'un

grand . nombre de ces citadins descendent d'ancêtres finnois. Mais, dans les villes au moins, les deux races se sont constamment entremariées, de sorte qu'il est bien peu de gens des classes supérieures dans la parenté desquels on ne trouve quelque nombre au moins qui a dans les veines du sang des deux peuples. Le petit nombre de familles étrangères qui ont immigré en Finlande dans le cours des temps s'y sont complètement naturalisées; et cela est vrai même des Russes établis dans le pays. Il n'y a guère actuellement en Finlande qu'environ 6,000 personnes parlant russe, presque toutes appartenant à des familles de négociants établis dans les villes (nous ne comptons pas les garnisons russes); on compte en outre un millier d'Allemands, habitant surtout Helsingfors et Viborg.

Il y a dans le haut nord environ 1,000 Lapons, restes de la population probablement aborigène.

Il faut ajouter encore quelques centaines de zingari, rôdant dans les campagnes, surtout dans l'est, et dont quelques-uns se sont fixés et ont acheté des terres. Il y a dans les principales villes un petit nombre de juifs, mais qui ne jouissent pas des droits civiques. Les autres éléments étrangers sont tout à fait insignifiants.

Les Finnois.

La population de race finnoise se divise en deux familles, différant entre elles par des caractères quelquefois opposés. Ce sont les Tavastiens, ou Hàmàlàiset et les Caréliens, ou Karjalaiset. Les premiers habitent, dans le sud-ouest, un triangle confinant, au sud et à l'ouest, aux populations suédoises des côtes. L'influence considérable que le contact de la civilisation Scandinave a exercée sur eux, se trahit entre autres par l'emprunt que leur langue a fait au suédois de nombreux mots représentant des idées de culture européenne. Les Tavastiens sont en général de taille moyenne, robustes,

trapus, larges d'épaules et raembrus; ils ont la tête grosse, courte et large, souvent anguleuse, les yeux petits, quelquefois légèrement obliques, le nez large, camus ou retroussé, la bouche assez grande, la charnure ferme, le teint clair, souvent un peu grisâtre et pouvant aller jusqu'à l'olivâtre. Leurs cheveux sont blonds, souvent blond de lin, quelquefois ' blond cendré ou jaune-rougeâtre, presque toujours droits et assez souples. Ils ont les sourcils peu marqués, la barbe rare et tirant sur le roux, les yeux gris ou gris-bleu, plus rarement bleu-foncé. Ce type s'éloigne, comme l'on voit, considérablement de l'idéal européen, et il n'est pas rendu plus attrayant par une expression généralement refrognée et des manières lourdes et gauches.

Au moral, le Tavastien n'offre pas des caractères moins saillants. Il est viril, sérieux, méditatif, renfermé, avec une teinte de mélancolie. Flegmatique et lent, absolument fataliste, il représente dans la nation finnoise, l'élément conservateur. D'autre part, il est content de peu, supporte de dures souftrances avec un admirable stoïcisme; très persévérant, il pousse cette qualité à l'extrême, et son obstination est passée en proverbe. Traité amicalement, il est serviable et hospitalier. Au fond, il est très droit, et les traits de méfiance et de sournoiserie qu'on peut relever çà et là, proviennent peut-être de l'oppression qu'il a subie de la haute noblesse suédoise, qui avait autrefois de grands fiefs justement dans cette contrée. En somme, sous un extérieur peu attrayent, le Tavastien cache une vigueur physique et morale qui en fait une forte race; de plus, c'est une race féconde, bien que de mœurs peu rigides.

Tels sont encore aujourd'hui les habitants du centre et du nord de la province; plus au sud, le caractère s'est modifié. Là, ils sont plus animés, plus entreprenants, plus accessibles aux influences du dehors. Dans le sud du Tavastland, le nord du Nyland et le centre du Satakunta, on reconnaît encore le Tavastien primitif; mais dans la Finlande propre, l'Ostrobotnie et sur la

côte ouest, le type s'est transformé au point qu'on n'en retrouve plus que les traits les plus généraux.

Les Caréliens habitent le nord et l'est de la Finlande, ainsi que de vastes territoires contigus en Russie. Brachycéphales comme les Tavastiens, ils en diffèrent du reste au physique et au moral. En général de taille moyenne, les individus grands ne sont pas rares parmi eux. Ils sont plus élancés et mieux bâtis; la tête est mieux formée et mieux attachée, le visage moins large, bien que la mâchoire soit encore assez développée, mais surtout en hauteur. Ils ont le nez long, droit, pointu, la bouche bien dessinée, les yeux gris-foncé, bien ouverts et très rarement obliques. Leurs cheveux, généralement châtains, tombent souvent en boucles abondantes; ils ont les sourcils foncés, fournis, quelquefois touffus, tandis que leur barbe est rare, et, comme les Tavastiens, ils la rasent habituellement. Le Carélien a de l'aisance dans le port et les manières; il impressionne favorablement. Les beaux types ne sont rares ni chez les hommes ni chez les femmes, et on trouve de vraies beautés parmi les jeunes filles.

Vif et dispos, enjoué, communicatif, facile à diriger et facilement entraîné, prompt au rire et aux larmes, le Carélien est tout l'opposé du Tavastien. Avec plus d'initiative, il est moins persévérant, moins tenace. Moins fataliste, il a aussi moins de profondeur. Prévenant à l'égard des étrangers, il se montre dès le premier moment amical et serviable, avec une confiance souvent enfantine. Il aime la bonne chère, et partage volontiers quand il peut; mais il n'est pas prévoyant, et ce qu'il gagne un jour est disparu le lendemain. Il est voyageur et commerçant; il fait souvent de longues tournées dans le pays et en Russie, où S:t Pétersbourg est son marché principal. Cette partie du pays a été longtemps soumise à la Russie, et l'oppression des seigneurs a laissé des traces dans le caractère du Carélien; il est souvent humble, obséquieux; en approchant de la frontière, le niveau intellectuel et moral s'abaisse; dans les

cantons limitrophes, au nord du Ladoga, il n'est guère plus élevé que dans le reste de la Finlande il y a deux cents ans.

Dans le Savolax, entre le Tavastland et la Carélie, il y a mélange des deux races, mais le caractère carélien domine. Grâce aux circonstances historiques, cette province a joui de beaucoup plus d'indépendance que la Carélie; aussi le Savolaxien a-t-il plus d'assurance, et s'il la pousse quelquefois jusqu'à la suffisance, au moins lui donne-t-elle une certaine dignité. Bien douée et avide d'instruction, cette population est parmi les plus cultivées de la Finlande. Le Savolaxien est plus raisonnable que son voisin de l'est; sachant économiser, il réussit mieux dans ses entreprises; il atteint l'aisance, la richesse môme. Dans certaines paroisses des environs de Kuopio, par exemple, on trouve chez les paysans un véritable luxe d'argenterie, d'étoffes de soie, de vins, de cigares.

La population de l'Ostrobotnie septentrionale appartient aussi à la branche carélienne; mais le type en a été notablement modifié par le croisement avec les Lapons. Encore en 1849, plusieurs districts du gouvernement d'Uleâborg avaient une population agricole de race mêlée et se servant même de la langue laponne. On voit par les anciennes poésies que c'était une coutume générale chez ces populations de choisir leurs femmes parmi les peuples voisins, les Lapons et les Tavastiens; ces mélanges remontent donc très loin dans le passé. Mais les circonstances historiques et des relations commerciales constantes le long des fleuves rapides et d'une navigation dangereuse, ont contribué à donner à TOstrobotnien du nord un esprit actif, indépendant, un caractère ouvert et énergique.

A leur arrivée en Finlande, les tribus finnoises avait probablement les mômes coutumes que les Lapons nomades d'aujourd'hui. Leur demeure était une tente, kota, formée de perches dressées en forme de cône, quelquefois autour d'un tronc central, et qu'on recou-

vrait de peaux de bêtes à l'approche de la saison froide. On voit encore de ces kota dans le nord-est du Tavastland et de la Carélie, où elles servent aujourd'hui de cuisine en été, et où le peuple n'a plus aucun souvenir de leur ancien emploi. Elles sont très semblables aux tentes des Lapons. A la kota succéda une sorte de cabanes, appelées pirtti, à peu près de la forme et de la dimension des chaumières actuelles, faites de gros troncs de pin et ayant en guise de fenêtres d'étroits soupiraux fermés par un volet de bois. Les pirtti n'avaient pas de conduit de cheminée ; la fumée se répandait librement dans la chambre, formant un nuage épais à la partie supérieure. Le toit de planches avait une ouverture formant une sorte de tuyau extérieur. Le pirtti ne contenait qu'une chambre carrée, très pauvrement aménagée; au coin, un grand poêle de pierres assemblées reposant sur une assise de troncs équarris; tout autour, des bancs fixés à la muraille; au milieu, une longue table rectangulaire de bois blanc; quelques tabourets et quelques bancs mobiles, parfois un lit (c'était en général le poêle qui servait de lieu de repos), une corbeille d'éclats de bois tressés, suspendue à une poutre et servant de berceau; accrochés aux murs, quelques paniers de buchilles tressées: c'était là tout l'ameublement. Avec cela, divers outils, des harnais, et des ustensiles de ménage en bois ou en écorce. C'est dans cette salle enfumée que se tenait toute la famille, maîtres et serviteurs, sans compter quelques animaux domestiques, admis, en hiver, à partager la chaleur du foyer. Le cheval avait sa mangeoire d'un côté de la porte; les poules allaient et venaient librement et dormaient sous le poêle. Un feu de grosses bûches flambait presque constamment dans l'âtre. Pour éclairage, outre la lueur du foyer, on avait des esquilles de pin enflammées et plantées dans les interstices des parois, ou fixées dans une sorte de chandeliers posés à terre. Les hôtes de la cabane étaient souvent nombreux: le grandpère faisant la sieste, étendu sur le poêle, les enfants

se roulant sur le plancher et faisant avec les grillons un concert de voix grêles et stridentes; les femmes, les unes assises à leurs quenouilles, d'autres penchées sur la marmite ou pétrissant la pâte; les hommes occupés à des travaux de menuiserie, fabriquant des traîneaux, des raquettes, des paniers ; accroupis devant le feu, des mendiants, toujours bien accueillis dans les cabanes finnoises; enfin quelque veillard, fendant en longs éclats des planches de sapin, pour faire ces bardeaux et ces buchilles, d'un emploi si constant et si varié dans le ménage du paysan. Et pourtant le séjour dans ces cabanes n'était pas si désagréable, qu'on serait tenté de le croire; l'atmosphère en était purifiée et renouvelée par le feu toujours flambant et le courant-d'air; mais la fumée affectait les yeux et c'est en partie à cela qu'il faut attribuer le grand nombre d'aveugles en Finlande.

Ces pirtti, encore communs il n'y a pas bien des années, ne se rencontrent plus guère que dans quelques cantons éloignés du nord du Tavastland, du Savolax et de la Carélie. Partout ailleurs, les soupiraux, agrandis, sont devenus de vraies fenêtres pourvues de vitres; un plancher sépare la salle commune du toit, et la fumée du poêle est conduite au dehors par un tuyau en maçonnerie. Assez souvent, une ou deux petites chambres, meublées avec plus de confort et quelquefois tapissées, ont été ajoutées à la salle commune. Celle-ci cependant a conservé à peu près le môme aspect.

Dans les endroits facilement accessibles au progrès, les maisons de paysans aisés ont souvent une certaine élégance; grandes et peintes à l'extérieur, elles contiennent plusieurs pièces en enfilade, proprement tenues et confortablement meublées.

Nous avons déjà dit que les Finnois attachent beaucoup d'importance à la propreté du corps et qu'ils prennent un bain de vapeur au moins une fois par semaine. Chaque maison de paysan, si pauvre soit-elle, a ainsi, dans son voisinage, son étuve ou maison de bains, sautui.

Ce sont de petits bâtiments quadrangulaires, en troncs équarris. Un des coins est occupé par une sorte de grand fourneau recouvert de pierres entassées, et sans conduit pour la fumée. A une certaine hauteur est une large soupente, sur laquelle grimpent les baigneurs. La vapeur s'obtient en jetant des seaux d'eau sur les pierres du fourneau, chauffées à blanc. C'est au temps des moissons que le paysan prend le plus de bains, en général un tous les jours; le reste de l'année, un ou deux par semaine. En bien des endroits, il règne à cet égard des mœurs de l'âge d'or: tous les habitants de la ferme, hommes et femmes, maîtres et serviteurs, jeunes et vieux ; se baignent ensemble en toute innocence. Chacun jouit pour soi de la chaude vapeur et de la fumée, se fustige avec une poignée de verges de bouleau, s'arrose de temps en temps d'un seau d'eau, puis s'en va tout nu, à travers la neige, par un froid de 20 à 30 degrés au-dessous de 0, s'habiller dans la maison, souvent assez distante. Ces bains, que le Finnois aime avec passion, endurcissent son corps et lui permettent de supporter, sans presque s'en apercevoir, toutes les intempéries. Autrefois, l'étuve était un lieu sacré; encore aujourd'hui, en bien des endroits, on y porte les femmes en mal d'enfant; une notable partie de la population finnoise des campagnes est ainsi venue au monde dans cette atmosphère brûlante et enfumée.

Du reste, dans toute ferme finlandaise, la maison principale est entourée d'un certain nombre de bâtiments ayant chacun sa destination propre. Ce sont d'abord les étables, les écuries et les remises, puis les magasins à provision et, ce qui a un intérêt spécial comme particulier à la Finlande, l'étuve à sécher le grain, plus grande et plus haute que la maison de bains. Tous ces bâtiments sont construits en troncs équarris et ne diffèrent guère que par les dimensions. Les magasins ont quelquefois un étage; en ce cas, le rez-de-chaussée est occupé par des provisions, des outils et ustensiles de tout genre; l'étage, sorte de soupente, quelquefois

divisée en deux on trois chambres petites et basses, bordé d'une galerie à laquelle on monte par un escalier extérieur, n'est utilisé qu'en été; c'est là que couchent alors les jeunes membres de la famille et les domestiques. Ces soupentes n'ont pas de fenêtres, mais un ou deux petits trous carrés pouvant se fenner par une coulisse; tout l'ameublement consiste en un ou deux cadres de bois fixés à la muraille et servant de lits. Ces magasins sont généralement placés tout près de la maison d'habitation. Dans la Finlande orientale, les magasins se composent d'une suite de très petits bâtiments alignés, portés aux quatre coins par quelques grosses pierres.

Toutes ces constructions sont en général rangées autour d'un espace carré, dont la maison principale occupe l'un des côtés; la partie de la cour qui s'étend devant le corps-de-logis, (marigârd)^ est plantée d'un ou de plusieurs sorbiers, arbre autrefois sacré; l'autre moitié est la basse-cour. Dans la Finlande orientale, les corps de ferme sont le plus souvent isolés; en Tavastland et en Ostrobotnie, au contraire, ils sont réunis et forment de gros villages. Outre ces grands corps de fermes, on voit partout dispersées de petites cabanes, habitées par les campagnards non propriétaires, ouvriers, artisans, petit fermiers, etc. Les bâtiments, petits et grands, sont tous en bois; ce n'est que dans les terres de riches paysans qu'on trouve parfois de belles étables en maçonnerie.

Les méthodes de culture sont maintenant presque partout assez avancées; les fermes et les villages sont entourés de champs bien soignés. Pourtant, nous l'avons dit ailleurs, l'ancienne coutume de mettre le feu à des parties de forêt pour semer dans les cendres, se perpétue encore dans les provinces de l'est. On coupe le seigle avec des faucilles, après quoi on le lie en gerbes qu'on dresse sur le champ en meules coniques. Le paysan fait la moisson avec sa famille et ses gens, mais souvent aussi, il invite ses voisins à venir lui

aider, et la journée se termine alors par un festin et (les danses. En effet, la moisson et la fenaison sont considérées comme des temps de fête. Après la moisson et à mesure des besoins, on rentre au moyen de traîneaux les gerbes dans l'étuve (ria), où on sèche et où on bat le grain. Le foin se rentre aussi sur des traîneaux; mais les prairies étant souvent très éloignées de l'habitation, chacune a une ou plusieurs granges ayant l'apparence de cabanes sans fenêtres.

Quand les Finnois immigrèrent en Finlande, ils ne connaissaient pas l'usage des roues; encore à l'heure qu'il est, les voitures à roues sont, en bien des endroits, d'une construction assez primitive; ce sont des charrettes sans ressorts montées sur deux, ou, dans quelques parties de la Carélie, sur quatre roues. Le type probablement originaire des traîneaux d'été finnois se rencontre encore dans quelques cantons reculés du Savolax et de la Carélie; ce sont tout simplement deux troncs relevés à l'extrémité et reliés par deux barres transversales, entre lesquelles est tendu un tapis de tille, quelquefois un grand morceau d'écorce de sapin. Aujourd'hui cependant, les véhicules commodes et même élégants, aussi bien voitures que traîneaux, ne sont pas rares dans les contrées plus avancées.

L'élevage des bestiaux et la poche forment, après l'agriculture, le principal revenu du paysan finlandais. La pêche est très considérable, surtout celle du muikka (coregonus albula). Elle se fait le plus souvent à la seine; on voit des seines à saumon qui mesurent 1,200 m. de long sur 10 m. de haut.

Les occupations auxquelles se livrent en outre les hommes, sont la chasse, l'abattage des bois pour la construction et pour le chauffage, l'entretien des chemins, et la fabrication d'objets de première nécessité, traîneaux, charettes, bancs, tables, baquets, etc.; l'art du forgeron a de tout temps été en grand honneur chez les Finnois. La fabrication du goudron, qui autefrois

était partout très active, est limitée maintenant presque exclusivement aux parties les plus septentrionales.

Les femmes s'occupent du ménage, soignent les enfants, tissent et cousent; c'est à elles enfin qu'appartiennent les soins de l'étable et de la laiterie. Les paysannes de l'ouest ont acquis une habileté extrême dans la fabrication de certaines couvertures ou tentures de laine épaisses, appelées ryor; les dessins variés et originaux, composés par elles-mêmes, témoignent de beaucoup d'imagination et de goût dans la combinaison des formes et des couleurs. Les fennnes de l'est, en revanche, sont habiles aux ouvrages de couture et à la fabrication de la dentelle.

Les costumes nationaux ont presque entièrement disparu, sauf dans quelques paroisses de l'Ostrobotnie et de la Carélie méridionale. A part ces restes de costumes originaux, souvent jolis et aux couleurs voyantes, les hommes sont presque partout habillés tout simplement de milaine grise et coiffés d'un feutre mou ou d'une casquette. Les femmes ne portent aucun ornement; elles se couvrent la tête d'un foulard plié en triangle. Autrefois les hommes avaient pour coiffure une sorte de calotte formée de triangles d'étotte cousus ensemble et réunis par la pointe; mais ces calottes ont disparu, ainsi que la longue blouse blanche qu'ils portaient par-dessus leurs autres habits et qu'ils serraient à la taille par une ceinture. Il n'en reste que cette ceinture, garnie d'anneaux ou de plaques de laiton souvent artistement ciselées, et à laquelle est toujours suspendu un couteau dans son fourreau.

La chaussure la plus généralement usitée dans le centre, le nord et l'est, est une sorte de souliers de cuir mou, appelés pjdksor; ce sont, à proprement parler, des chaussons de cuir, sans semelle ni quartier; le cuir de dessous remonte sur les côtés et se rattache à l'empeigne sur le dessus du pied; la pointe relevée qui tiîrmine ces souliers est d'utilité pratique pour l'usage des longues raquettes. Une chaussure encore plus caractéristique

est aussi une espèce de chaussons, mais faits de lanières d'écorce de bouleau tressées ; on s'en sert surtout pour les travaux dans les prairies humides et les marécages, ou encore en guise de pantoufles; c'est du reste surtout la chaussure des pauvres gens dans les contrées reculées. On fabrique aussi en écorce de bouleau tressée une sorte de sac que le paysan porte sur son dos quand il va à l'ouvrage et qui contient ses provisions de bouche. Du reste cette industrie de l'écorce de bouleau, qui produit une foule d'objets à un prix minime, est d'un réel intérêt ethnographique, comme un héritage des temps les plus anciens du peuple finnois.

La nourriture du paysan finnois est encore plus simple que son vêtement. Les éléments principaux en sont le pain et la bouillie de seigle. Pour faire le pain, on laisse fortement aigrir une pâte épaisse de farine de seigle, qu'on façonne ensuite en galettes percées au centre d'un trou par lequel on les enfile, une fois cuites, à des perches disposées entre les solives du plafond; là on les laisse sécher jusqu'à ce qu'elles soient tout à fait dures; dans l'est, pourtant, on mange le pain encore mou. L'ordinaire du paysan comprend encore de l'orge et dos pommes de terre, mais surtout du lait, qu'il ne boit, ou plutôt ne mange, que caillé. Il consomme très-peu de beurre, et seulement fortement salé, presque pas de fromage. Sa principale boisson est une sorte de petite bière acidulée, nommée halja. Quant à la viande, s'il en mange, ce qui est très-rare, ce n'est que salée, séchée et durcie. En revanche, il fait une grande consommation de poisson salé, surtout de muikka (corégone blanchâtre) et de lavaref. Un étranger voyageant en Finlande loin des villes, devra le plus souvent se contenter de ce menu, à moins qu'il n'y ait une terre de maître dans les environs. Quand la moisson a été mauvaise, la nourriture déjà si misérable s'en ressent; le pain alors s(î fait mi-partie de farine, mi-partie de divers ingrédients broyés, écorce de pin, paille, rames de pois, lichen d'Islande, etc.

Si le paysan finnois se nourrit mal, il fait en revanche une grande consommation de tabac et de café fortement mélangé de chicorée. Dans la Finlande occidentale la cafetière, qui ne quitte jamais le coin du feu, fait les délices de la population féminine. Quant au tabac, le paysan en cultive souvent quelques plants devant sa cabane; il le fume ensuite dans une petite pipe de bois. Il est malheureusement aussi passablement adonné à l'eau-de-vie; l'ivrognerie est plus répandue dans l'ouest que dans l'est; pourtant, dans ces dernières années, il s'est formé en bien des endroits des sociétés de tempérance, et elles gagnent du terrain. On fabrique aussi dans les fermes, pour les grandes occasions, une sorte de bière assez forte, appelée sahti; la recette en était connue déjà pendant les derniers temps de l'époque païenne.

Ces grandes occasions sont surtout les noces et les enterrements. Les fêtes nuptiales se prolongent souvent pendant plusieurs jours, et il s'y fait une consommation considérable de nourriture et de boisson. La demande en mariage a toujours lieu par l'intermédiaire d'un tiers, le talnian (porte-parole), et il est d'usage que l'heureux époux donne à son talman, en récompense de ses services, une chemise, „la chemise du talman"! Les enterrements, au contraire, se font très simplement, mais sont aussi, pour la famille du mort, l'occasion d'exercer une large hospitalité.

La principale fête religieuse est Noël. Alors le paysan jonche de paille le plancher de sa cabane; il en garnit le plafond et quelquefois les parois de bardeaux de sapin souvent artistement arrangés. Il allume des chandelles, qu'il laisse brûler jusqu'à l'aube. Tous ces points lumineux sont d'un joli eflfet dans l'obscurité de la nuit d'hiver. Dès 3 ou 4 heures du matin, la population des fermes et des hameaux part en traîneau pour l'église, souvent éloignée de plusieurs lieues; longtemps avant d'y arriver, on la voit brillamment éclairée par des centaines de bougies. Pâques est aussi célébré

avec solennité. Pour cette époque, on prépare, dans les campagnes, une sorte d'épaisse bouillie de farine de seigle sucrée et maltée, cuite au four et servie dans une corbeille plate et carrée en écorce de bouleau; ce mets singulier, qui se voit du reste aussi partout sur la table du riche, s'appelle memma. En Satakunta, on fête la Pentecôte en allumant sur les hauteurs des feux de joie, appelés dans le pays helavalkeet. Dans les environs d'Âbo, en Nyland et dans la Finlande orientale, ces feux s'allument à la S:t Jean et s'appellent kokkot. A la S:t Jean aussi, en Satakunta, en Nyland et dans la Finlande propre, on décore de branches de bouleaux les chambres et la porte d'entrée; quelquefois on élève une cabane de feuillage au milieu de la cour. Dans TOstrobotnie septentrionale, on y dresse un grand bouleau, destiné à rester là jusqu'à la fin de l'été et autour duquel on danse toute la nuit de la S:t Jean.

La danse, en eiïet, est un plaisir très-goûté du peuple en bien des endroits de la Finlande. Les danses ont surtout lieu au temps de la fenaison et de la moisson, et durent ordinairement jusqu'au lever du soleil. En Ostrobotnie et en général dans l'ouest, on danse au son du violon et de l'accordéon, dans le gouvernement de Viborg et dans l'est, souvent aussi au son de la voix. Presque partout, du reste, les paysans dansent encore des rondes. Mais dans quelques endroits il règne un sectarisme religieux, qui proscrit absolument la danse.

Les peuples finno-ougriens se distinguent par leur goût pour le chant, la poésie et la musique; mais il n'en est aucun qui ait ce sens aussi développé que les Finnois. C'est chez eux un trait saillant, un caractère de race. Ils ont, a-t-on dit, un chant pour toutes les joies et pour toutes les douleurs. Les anciens Finnois attribuaient au chant une puissance bien plus grande qu'aux armes.

Le chant populaire finnois est bien sorti du cœur

du peuple. Ce ne sont pas, comme si souvent en Suède, des chansons nées au sein des classes cultivées et qui se sont ensuite répandues dans le peuple, adoptées par les chaumières quand elles avaient cessé d'être le passetemps des châteaux. En Finlande, la population, très clair-seraée, était, pour ainsi dire, en communication plus immédiate avec la nature. Dans la chanson finnoise, les choses inanimées ont la vie, le sentiment, la parole; elles sont en relation intime avec le chanteur. Le cœur et la nature, voilà les deux sources d'inspiration du barde finnois. Mais quels étaient ces poètes? tout le monde, la jeune fille gardant les troupeaux dans la forêt, le laboureur regagnant sa chaumière après une rude journée de travail. Et pourtant peu de pays possèdent une poésie populaire plus riche d'émotion intime, plus vraie de sentiment, plus délicatement parfumée que l'œuvre de ces humbles chanteurs; on est involontaire- • ment saisi par la merveilleuse harmonie et la mélancolie pénétrante des mélodies et des paroles.

Les chansons de date relativement récente sont assez variées de forme et de rythme. Les vers rimes n'y sont pas rares. Les anciens chants populaires, au contraire, ne connaissent pas la rime: elle y est remplacée par l'allitération, consistant dans la rencontre, dans le même vers, de deux ou trois mots commençant par la même lettre. Ces vieux chants, appelés runes, n'existent plus guère, en Finlande, qu'en Carélie, oii ils se sont transmis oralement de génération en génération à travers les siècles. Ailleurs, on n'entend plus que des chants d'origine relativement moderne. Un grand nombre de ces chansons, de dates diverses, ont été recueillies et publiées sous le titre de Kanteletar, „la fille du kantele". Le kantele est un instrument d'origine toute finnoise, dont les anciens Finnois s'accompagnaient en chantant. C'est une sorte de cithare à cinq cordes, longue de deux pieds au plus. On n'en trouve plus guère que dans la Finlande orientale, et même là, il tend à devenir une antiquité. Cependant

on rencontre encore çà et là une forme modifiée et modernisée de l'antique kantele, cet „instrument de plaisir et de torture" qui a joué un si grand rôle dans la vie des anciens Finnois.

On ne sait pas jusqu'où remonte l'origine du kantele, mais il est certainement contemporain de l'époque païenne. Selon la tradition poétique, il fut inventé par un des héros de l'épopée finnoise, le roi chanteur Wdinàmoinen ; il le fabriqua avec le cœur d'un bouleau isolé, qui déplorait son malheureux sort, le pourvut de chevilles d'or et d'argent tombées du bec d'un coucou, et lui donna pour cordes des cheveux d'une vierge attendant son amant. Et il tirait de cet instrument des sons si mélodieux, que tous les êtres animés et même les esprits de l'air, de la terre et des eaux, accouraient pour l'entendre, et qu'à tous il arrachait des larmes, à lui-même tout le premier. „Dans cette tradition sur l'origine d'un instrument de musique, il y a", dit M. de Quatrefages, „bien plus de poésie que dans la fable classique d'Apollon attachant des cordes à une écaille de tortue rencontrée par hasard. Ici la Grèce est battue par la Finlande".

Mais la Kanteletar ne représente pas les seuls chants des anciens Finnois. Ils avaient en grand nombre des chansons magiques ou incantations Les conjurations des anciens sorciers offrent un trait de parenté avec le chamanisme qui caractérise encore aujourd'hui certaines tribus païennes du nord de l'Asie. Mais les sorciers finnois se sont élevés à la dignité de poètes; leurs enchantement ne se font pas au moyen de baguettes et de cérémonies magiques: la parole chantée leur suffit; et il est indispensable, pour qu'elle soit efficace, que cette parole et ce cliant soient rendus vivants par le savoir, c'est-à-dire par la connaissance de l'essence des choses, la découverte du „mot originaire". C'est là un trait de la sorcellerie finnoise qui mérite bien d'être relevé.

Toutefois, les plus précieux trésors poétiques des

Finnois sont leurs chants épiques, réunis maintenant en une grande épopée nationale, le Kalevalu. De l'avis des autorités les plus compétentes, le Kalevala ne le cède point aux épopées universellement célèbres. Dans les tableaux de la nature et le dessin des caractères, il surpasse même quelquefois l'Iliade et l'Odyssée. En revanche, à l'époque de la naissance de ces chants, le peuple finnois n'avait pas accompli de ces exploits guerriers dont le souvenir, pénétrant dans la conscience de la nation, fait l'objet de traditions épiques. Cette circonstance, jointe à l'impression profonde que la nature du nord produisit sur l'imagination contemplative des Finnois, fit que la symbolique naturelle prédomina et se maintint plus intacte dans leur poésie épique. Les mythes du Kalevala sont beaucoup plus voisins de leur origine physique que ceux des chants homériques, par exemple. De là dans le récit épique quelquechose de mystique et de fantastique, où l'on ne retrouve pas le sens si purement artistique des Grecs, mais qui frappe souvent par la grandeur de la conception,' la profondeur du sentiment et de la pensée. Nous l'avons dit, les héros du Kalevala accomplissent leurs exploits, moins par l'épée que par la puissance irrésistible du savoir, de la parole: ce trait est bien finnois. Le caractère plus contemplatif qu'expansif des Finnois devait aussi les porter à chanter de préférence les événements de la vie d'intérieur, le foyer, la famille, ou bien la nature, avec laquelle ils étaient en si intime communication. Mais c'est aussi là ce qui donne au Kalevala son cachet si original et qui en fait une œuvre vraiment nationale. Cette grande épopée, qui compte 22,805 vers, est un assemblage de parties composées à différentes époques et en difl'érents lieux entre le 8:e et le 14:e siècle après J. — C. Un grand nombre de poètes populaires ont donc contribué sans le savoir à l'élaboration de cette œuvre, qui nous off"re une représentation fidèle de l'état intellectuel des anciens Finnois, de leurs idées

religieuses et morales, en même temps qu'elle nous initie aux moindres détails de leurs vie familière.

On ne saurait désirer une meilleure preuve du goût du Finnois pour le chant et la poésie, que cette transmission orale, de génération en génération, des vieilles traditions héroïques, depuis les temps du paganisme jusqu'à nos jours; en effet, elles n'ont été recueillies par écrit que vers le milieu de ce siècle. On raccourcissait par ces récits des temps fabuleux les longues veillées d'hiver dans les cabanes enfumées; il n'était pas pour le peuple de plaisir plus goûté que de se réunir pour chanter ou entendre chanter les runes. Maintenant, comme nous l'avons dit, il n'y a plus guère de chanteurs de runes que dans quelques cantons de la Carélie; mais là on recueille encore aujourd'hui des variantes à ajouter aux anciennes.

Les contes populaires sont encore actuellement aussi répandus dans tout le pays que l'étaient autrefois les runes. Ils sont plus nombreux et plus variés en Finlande qu'en aucun autre pays de l'Europe peut-être. Cela tient à ce qu'ils proviennent de deux sources: ceux du sud et du sud-ouest sont venus de la Scandinavie, ceux de l'est et du nord sont d'origine russe; puis il y a au centre une zone commune où ces traditions se sont rencontrées, et de cette fusion est née une troisième variante, un nouveau type, purement finnois. Mais comme il n'est jamais arrivé qu'une tradition Scandinave ait passé en Russie, ou réciproquement, il en résulte que les variantes finnoises, qu'on a recueillies au nombre de plus de 13,000, sont d'une importance considérable pour l'étude en général des traditions populaires.

Une autre distraction très goûtée du paysan finnois, c'est de proposer et de deviner des énigmes; habile à ce jeu d'esprit, il en a imaginé de très ingénieuses; il a aussi résumé dans une foule de proverbes les préceptes de la sagesse et les leçons de l'expérience. Voici quelques échantillons de ces énigmes et de ces proverbes, traduits aussi littéralement que possible.

Énigmes: Né en même temps que le monde, devant durer autant que le monde, n'a pas encore atteint cinq semaines d'âge (la lune). Golfes étroits, longs promontoires, chacun terminé par un plateau rocheux (les doigts). Le fardeau se fatigue, mais non celui qui le porte (le rameur et le bateau). Parcourant le pays comme un roi, visite chaque année la plus humble cabane (Noël). S'en va à la forêt en regardant la maison ; revient à la maison en regardant la forêt (lu hache sur l'épaule du bûcheron). Ne peut penser, ne sait parler, dit la vérité à tout le monde (une balance) . Ils sont à toi, la salle en est pleine, et tu ne les reconnais pas (les pas). Une couverture tissée bien haut dans les airs et dont les franges pendent jusqu'à terre (un nuage de pluie). Champ blanc et moisson noire, qui le peut y sème (une feuille de papier à éerire).

Proverbes: Le temps ne s'arrête pour personne. — Les puits profonds ne se dessèchent pas. — Qui demande son chemin ne s'égare pas. — Les pas du maître sont de l'engrais pour la terre. — C'est de la racine qu'on monte à l'arbre. — Grandis sans correction, tu mourras sans honneur. — Les filets à larges mailles ne prennent pas beaucoup de poissons, mais ils en prennent de gros. — L'argile du champ ne souffre pas un laboureur en bottes fines. — Ne sois pas sourd au murmure du sapin au pied duquel est bâtie ta demeure.

La langue finnoise se prête admirablement à la poésie et au chant; consonnes et voyelles s'y marient dans l'harmonie la plus heureuse; on l'a comparée en cela à l'italien; on n'y entend pas de sifflements et de sons durs comme dans les langues slaves et le lapon. De plus, le finnois a une faculté presque illimitée de dérivation et d'îigglutination. Aussi son vocabulaire est-il très riche: le nombre des mot dépasse 200,000. Elisée Reclus dit que la langue poétique des Finnois se distingue entre toutes par la douceur, la sonorité et la très grande richesse.

LES SUÉDOIS ei

La population suédoise diffère sensiblement de la population finnoise par le type, les coutumes et le caractère. La configuration de ses traits trahit au premier coup-d'œil son origine caucasienne et particulièrement Scandinave. Le Suédois est plus remuant que le Finnois, moins patient, plus versatile, plus prompt à la décision et à l'action; il n'a pas l'esprit méditatif de son compatriote finnois; on ne trouve pas, dans ses légendes et ses chansons, autant de profondeur et de sentiment, mais souvent, en revanche, une humeur plaisante et enjouée; souvent les paroles en sont insignifiantes, leur charme est surtout dans la mélodie. En somme, le Suédois de Finlande se distingue plus par la raison que par le sentiment. Un trait caractéristique chez lui, c'est son besoin de liberté et d'indépendance; ce trait est moins marqué chez le Nylandais, longtemps soumis aux gentilshommes; il est au contraire saillant chez l'Ostrobotuien, qui a toujours été propriétaire libre. Le Suédois est propre dans sa demeure et son vêtement, il a le sens d'une certaine élégance; ce n'est que dans quelques populations de pauvres pêcheurs des îlots éloignés qu'on trouve des exceptions à cet égard.

Cette population suédoise de différentes provinces finlandaises ne forme point une unité ethnographique. On voit au contraire, souvent même entre paroisses voisines, des différences notables de type, de dialecte et de coutumes. Cela tient à ce qu'ils sont originaires de parties très diiférentes de la Suède.

Mais il y a aussi des différences qui résultent du milieu et de l'influence plus ou moins grande des populations finnoises avoisinantes.

C'est dans l'archipel d'Âland que le type a le mieux conservé sa pureté. Si voisins de leur pays d'origine, les Âlandais entretiennent presque autant de relations avec la Suède qu'avec la Finlande. Aussi nous étendrons-nous un peu plus longuement sur les parti-

cularités de cette population, en remarquant cependant que la plupart d'entre elles se retrouvent cà et là dans les communautés suédoises éparses dans le reste du pays.

La maison du paysan alandais contient, outre la grande salle commune, une cuisine, de façon à ce que la salle reste propre. Le plancher de celle-ci est toujours couvert de tapis. A côté du foyer, deux ou trois lits sont fixés à la muraille, l'un au-dessus de l'autre; ils sont recouverts de courtes-pointes, faites avec beaucoup d'art par les femmes de la maison. Vis-à-vis de la porte, entre les fenêtres, il y a en général une armoire, peinte en couleurs voyantes; c'est là que la famille serre ses objets précieux. Le long de l'autre paroi extérieure court un large banc fixé au mur, et dans l'encoignure, la grande table est recouverte d'une nappe blanche. Sur les tablettes d'un bahut, près de la porte, sont disposés les ustensiles de table et de cuisine. Les autres pièces, ouvrant, l'une dans la salle commune, l'autre dans le vestibule, sont souvent meublées de meubles rembourrés. Il y a encore en général deux mansardes, servant à serrer les vêtements, le linge, etc.

Les maisons sont peintes en rouge, rapprochées et groupées autour d'une grande place centrale, au milieu de laquelle se dresse souvent un mât muni à intervalles réguliers de traverses en croix, le tout orné de fleurs, de guirlandes, de clinquant, et surmonté d'un drapeau. C'est l'œuvre de la jeunesse de l'endroit, qui décore ainsi chaque année „le mât de la S:t Jean", autour duquel ils se livrent ensuite pendant toute la nuit à des danses et à des jeux. Cet usage ne se retrouve que dans un petit nombre de paroisses suédoises de la Finlande continentale.

Quelquefois, à l'entrée de la terre d'un paysan, on voit une sorte d'arc de triomphe formé de deux grands sapins, écorcés presque jusqu'au sommet et soutenant une traverse sur laquelle sont assujettis trois petits sa-

pins. C'est signe qu'il y a noce dans la famille. Au contraire du reste de la Finlande, les noces alandaises se célèbrent dans la demeure des nouveaux mariés. La fête commence par une visite à la maison paternelle de la mariée, où on prend un léger repas. Puis on charge le trousseau, souvent considérable, de la mariée sur un chariot à quatre roues richement enguirlandé; les musiciens, ou, dans quelque paroisses, les époux prennent la tête de la longue file de voitures, accompagnée, pendant un bout de chemin, de jeunes filles du village agitant des drapeaux et des foulards bigarrés. A quelques kilomètres de leur nouvelle demeure, les mariés sont accueillis par une troupe de jeunes filles, qui se joint à leur suite. Arrivés au but, les époux se rendent dans une salle où l'on apporte, aux sons de la musique, tous les articles du trousseau, et la mariée distribue des présents à ceux qui ont eu quelque part dans les préparatifs du mariage. Après la bénédiction nuptiale, on se met à table; le repas est copieux; le „fromage alandais" et une sorte de pain doux et très noir y jouent un grand rôle, mais, à part un petit verre d'eau-de-vie avant de se mettre à table, on ne consomme pas d'autre boisson fermentée qu'une espèce de petite bière brassée à la maison. Après le repas, les époux reçoivent de tous leurs parents des cadeaux dont la valeur monte souvent à plusieurs centaines de francs. Puis on fait une collecte pour les pauvres de la paroisse, après quoi commencent les danses, et la fête se prolonge ainsi pendant trois jours.

Même dans ces occasions joyeuses, l'Alandais n'abuse pas des liqueurs fortes. 11 se distingue aussi des autres Finlandais par une politesse de manières et un savoirvivre, qu'il a développé dans ses rapports constants avec les pays étrangers. Le luxe qui, un temps, régnait généralement, a sensiblement diminué, mais le peuple a conservé le goût d'une propreté élégante.

Les voyages ont aussi (t^elopp^ chez l'Alandais ses dispositions naturelles pour^ commerce. Le tou-

riste étranger se plaint quelquefois de l'habileté de ces insulaires à tirer profit du besoin qu'il a d'eux. Mais s'il les traite bien, plutôt en camarade qu'en supérieur, il les trouvera presque toujours prévenants et hospitaliers.

L'Alandais a l'intelligence vive; prompt à la répartie, il aime les jeux de mots et les dictons. Mais il n'a pas de poésie populaire proprement dite. Ses goûts le portent vers les choses de la vie pratique. Il a acquis bien des connaissances dans ses voyages, mais il n'a pas, comme le Finnois, d'inclination pour celles qu'on cherche dans les livres.

La femme alandaise est énergiqe et entreprenante. La navigation, en enlevant à Aland presque toute sa population masculine pendant la plus grande partie de l'année, obligeait les femmes à se charger d'un grand nombre de travaux d'agriculture qui sont en général du ressort des hommes. 11 y a une dizaine d'années encore, c'était la fermière qui ensemençait les champs, conduisait la charrue et maniait la bêche.

La population des îles extérieures de l'archipel a son caractère à elle. Les habitudes y sont simples, les maisons petites et défectueuses, car tout le bois de construction doit s'acheter et se transporter, dans ces îlots stériles. Les hommes portent souvent des culottes de cuir et des chaussures de peau de phoque. La nourriture habituelle consiste en chair de phoque, poisson salé, lait et pain; quelquefois des (cufs d'oiseaux de mer; ils se régalent de mets étranges, absolument inmangeables pour d'autres, où il entre de l'huile de phoque, des entrailles d'oiseaux de mer, et autres ingrédients de ce genre.

Dans les îles extérieures, aussi bien de l'archipel d'Âland que de celui qui borde la côte, la population a dans le caractère quelque chose de calme et de fort, qu'elle doit à sa lutte incessante avec les dangers de la mer; et si elle y a perdu le poli de la surface, elle n'en fait pas moins bonne impression par son naturel

ouvert et gai. Elle ne connaît de maître que la mer, dont elle dépend pour sa subsistance; elle n'a jamais été soumise à une classe privilégiée; aussi est-elie à la fois plus familière et plus franche dans ses rapports avec ses supérieurs que ne le sont les paysans du continent. Les femmes accompagnent les hommes à la pêche, vivent de la même vie, partagent les mêmes travaux et les mêmes dangers. Brunies et tannées comme eux, ce qu'elles perdent en grâce féminine est compensé par la bonhomie franche et honnête qui les caractérise.

Plus on approche de la terre ferme, plus les particularités s'eifacent. On retrouve bien cà et là, dans la construction et l'aménagement des habitations, quelques traits typiques, mais toujours plus rares. Aussi cette population des côtes et de l'archipel intérieur n'offre-t-elle pas grand intérêt ethnogi-aphique. Moins exclusivement marins que les Alandais, ils sont plus agriculteurs, mais quitteront facilement la charrue, s'il se présente quelque occupation lucrative, travail aux fours à chaux et aux briqueries, navigation, etc. Ils acquièrent ainsi assez souvent une fortune relativement considérable. Une fois à leur aise, ils s'efforceront de se rapprocher, par la mise et les habitudes, des classes supérieures, imitant en cela les Finnois dans les mêmes circonstances.

Les influences finnoises sont surtout sensibles dans les contrées oii les deux races sont limitrophes. On retrouve dans beaucoup de villages suédois les maisons de bains finnoises ; les habitations ne diffèrent pas beaucoup, ni par l'aspect, ni par l'aménagement.

En Ostrobotnie, l'assimilation est à peu près complète, bien que la population suédoise y soit arrivée la dernière. Même l'humeur remuante, souvent insubordonnée, qui distingue l'Ostrobotnien suédois de son compatriote plus flegmatique et plus stationaire du Nyland, il n'en a pas le monopole; on la retrouve en Ostrobotnie dans mainte commune finnoise, dont les

habitants sont tout aussi emportés, tout aussi inquiets, tout aussi disposés à tenter les aventures de l'émigration en Amérique. Un caractère franc et ouvert, une intelligence éveillée, un assez vif désir de s'instruiresont, du reste, des qualités appartenant aux Ostrobot, niens suédois. Les femmes ne le cèdent pas aux Alandaises en énergie et en activité.

Bien que cette influence finnoise soit incontestable, les deux races restent pourtant distinctes dans les campagnes; les mariages mixtes y sont assez rares.

Il en est tout autrement dans les villes, comme nous l'avons dit plus haut. Là, le contact entre les deux éléments a été très intime et l'influence réciproque profonde. Les classes cultivées, dont les représentants sont d'origine ou finnoise ou suédoise, ont servi de trait d'union entre les deux races. Leur langue, le suédois, qu'elles ont héritée ou adoptée et dont elles continuent à se servir, a un cachet particulièrement finlandais, tout à fait distinct du suédois de Suède. Elle en difl'ère par l'accent, mais aussi par des expressions et des tours de phrase qui lui viennent du finnois, et qui ne se retrouvent pas plus dans le suédois des campagnes en Finlande, que dans les provinces de la Suède. Le finnois, à son tour, doit au suédois un grand nombre de mots, entres autre presque tous ceux qui le relient à la civilisation européenne.

Si diff"érents d'origine que soient les Finlandais, ils ont donc, malgré tout, un air de faynille, qu'il est plus aisé de reconnaître que de décrire. Il faut cependant essayer de saisir quelques-uns de ces traits communs, parce qu'ils sont d'une grande importance pour l'existence politique et nationale de la Finlande.

Un climat rude et un sol ingrat a rendu le Finlandais fort et endurant. Dans les malheurs de tout genre qui ont si souvent frappé sa patrie, il s'est montré capable de tous les sacrifices, et il a fait preuve d'une forte vitalité par la promptitude avec laquelle il s'est relevé à chaque éclaircie. Dans d'horribles famines,

qui auraient provoqué à des actes de violence un peuple de tempérament plus bouillant et d'un moins profond sentiment de la légalité, le Finlandais a supporté l'épreuve avec une résignation calme jusque dans la mort. La ténacité, voilà un trait saillant du caractère finlandais, ténacité au milieu des souffrances, ténacité dans le travail, dans l'espoir, dans la foi en l'avenir; cette ténacité, il est vrai, dégénère trop souvent en obstination. Outre cela un calme, qui, du reste, ressemble quelquefois à de l'inertie, a en mainte occasion préservé le Finlandais d'actes précipités auxquels on voulait le provoquer. Avide de liberté, c'est par sa loyauté, son respect pour la loi et le droit, sa fidélité éprouvée à l'autorité légitime, et son maintien, en toute circonstance, des voies de la légalité, que le peuple finlandais a conquis un à un la plupart des droits auxquels il aspirait. La bravoure calme du soldat finlandais, éprouvée sur bien des champs de bataille, a de tout temps fait respecter son nom. Mais même vaincu et soumis, le Finlandais a su maintenir intacte sa nationalité et garder sa manière de vivre et de penser. Et quand on connaît les traits si marqués du caractère de ce peuple jaloux de sa liberté, on comprend qu'il ne pourra jamais être assimilé par une autre nation. Le degré de civilisation auquel il a atteint justifie son existence politique, en même temps qu'il en est l'infaillible garantie.

Histoire.

La Finlande sous l'ère suédoise.

Il n'est pas possible encore de préciser l'époque où la Finlande a été peuplée.

Les recherches archéologiques ont constaté qu'il y a eu en Finlande un âge de la pierre polie, et que les antiquités qui en proviennent offrent deux types distincts; les unes, recueillies dans le sud-ouest, sont analogues aux antiquités de la même époque trouvées dans la Russie septentrionale. Il est probable que des Lapons, tributaires des peuples voisins, formaient le noyau de la population du centre et du nord. De même encore pendant l'âge du bronze et la période ancienne de l'âge du fer, c'est à dire de l'an 1200 environ avant notre ère jusqu'à 450 après J.-C, la civilisation Scandinave a prédominé sur une plus ou moins grande étendue de pays dans le sud-ouest, tandis qu'une influence altaï-ouralienne est sensible dans le reste de la Finlande. L'invasion finnoise inaugura la période récente de l'âge du fer, et dès lors les influences étrangères ne se font plus sentir que dans les objets de commerce.

Plusieurs raisons portent à admettre que l'invasion des tribus finnoises actuellement établies en Finlande

se rattache à la grande migration des peuples. Ces tribus appartiennent à une des branches les plus importantes de la race finno-ougrienne ; elles ont pour proches parents en Europe, à l'heure qu'il est, les Caréliens, les Votiaks et les Vespes, dans le nord- ouest de la Russie, les Esthoniens en Esthonie, et les Livoniens en Courlande. Ils sont aussi apparentés, mais à un degré plus éloigné, avec les Magyares en Hongrie. Les Lapons se rapprochent des Finnois par la langue et des Samoyèdes par la constitution physique.

En même temps que la plus grande partie de la Finlande continentale se peuplait de Finnois, des Suédois s'établissaient dans l'archipel d'Âland et sur une partie de la côte sud.

C'est des bords des lacs de Ladoga et d'Ilmen, où ils avaient été longtemps établis, que les Finnois se répandirent peu à peu dans la Finlande actuelle, d'abord dans l'est et le sud, puis, le long des cours d'eau, dans les contrées boisées du centre, refoulant vers le nord les Lapons aborigènes. Ils paraissent avoir été définitivement installés dès le commencement du onzième siècle.

L'organisation sociale des Finnois à l'époque païenne était essentiellement patriarcale. Il existait pourtant entre eux, au moins en partie, un lien d'association plus large que la famille; c'était le kihlakunta, désignant une sorte de commune, ou de réunion de familles. Les mots de npitâjâ", actuellement traduit par paroisse, et de nkeràjat", sessions de tribunal, sont indigènes en finnois. Les principales occupations étaient la chasse, la pêche et l'élevage des troupeaux; ils défrichaient ce qu'il leur fallait de terres en incendiant des parties de forêt, mode d'agriculture approprié à un peuple nomade. Quant à leurs idées, leurs moeurs, leur mythologie, leur civilisation, on en trouve le tableau dans la grande épopée finnoise le Kalevala, dont nous parlons ailleurs.

Les tribus finnoises ne tardèrent pas à succomber

aux attaques de leurs puissants voisins de l'est et de l'ouest. Vers 1160, le roi de Suède Erik IX, surnommé le Saint, entreprit une croisade contre la Finlande; il débarqua à l'embouchure de la rivière d'Aura, où fut fondée plus tard la ville d'Âbo, battit les populations du sud-ouest et les força à se faire baptiser. Henri, évêque d'Upsal, poursuivit l'oeuvre d'Erik et bâtit le château d'Âbo pour la protection de la Finlande chrétienne. Le jarl Birger, qui gouvernait la Suède vers le milieu du treizième siècle, entreprit une deuxième croisade. Il pénétra plus avant vers le nord, battit les Tavastiens et fonda le château de Tavastehus en 1249. En même temps la population suédoise des côtes s'augmentait par des immigrations de Suède. La Suède perçut dès lors un tribut; la loi ecclésiastique entra en vigueur; Âbo devint le siège de l'évêque de Finlande. La croisade de Tyrgil Knutsson, connétable de Suède, qui fonda le château de Viborg (1293), alîermit la domination suédoise, et acheva d'établir la religion catholique romaine.

Cependant les princes russes de Novgorod travaillaient, depuis 1220, à la propagation de la doctrine catholique-grecque dans la Finlande orientale. Une lutte était inévitable entre les deux peuples conquérants ; elle dura jusqu'en 1323 et se termina par la paix de Nôteborg. Ce traité établissait une ligne frontière qui, partant de Systerbâck (Rajajoki) et traversant l'est du Savolax, se dirigeait ensuite vers le golfe de Bothnie, selon les uns, droit au nord jusqu'à la mer Glaciale, selon les autres. A cette époque, des colons suédois s'établirent le long de la côte sud de l'Ostrobothnie, tandis que des Finnois occupaient les contrées du centre et du nord de cette province.

Les Suédois, maîtres de la plus grande partie de la Finlande, y introduisirent leur rehgion, leur gouvernement, leurs lois et leur civilisation. Un trait essentiel de leur état social était la grande liberté dont jouissait le peuple, liberté à laquelle les Finnois participèrent

au même degré. Le servage, auxquels leurs voisins et congénères des provinces Baltiques étaient soumis sous la domination allemande, resta inconnu en Finlande. Le paysan finnois possédait sa terre en toute propriété et était l'égal du Suédois devant la loi. Cette égalité fut formellement reconnue en 1362, à l'occasion de l'élection du roi Hâkan Magnusson; les Finlandais prirent part à l'élection au même titre que le peuple des provinces suédoises, c'est-à-dire par l'intermédiaire du juge, de l'évoque et de douze députés élus. Plus tard, lorsque s'établit la coutume pour les rois de convoquer les notables en diètes, les Finnois prirent aussi part à ces assemblées. Et la Finlande conserva dès lors, tant qu'elle fut unie à la Suède, cette situation de parfaite égalité de droits avec les autres provinces du royaume. Ces droits et cette indépendance que les paysans suédois avaient possédés de tout temps, souffrirent plus tard par l'accroissement du pouvoir royal et par l'influence grandissante d'une double aristocratie, temporelle et spirituelle, dont les biens étaient exempts dimpôts. En Finlande aussi, vers la fin du moyen-âge, le peuple fut opprimé par les seigneurs, qui avaient bâti des châteaux-forts, p. ex. ceux de Korsholm en Ostrobothnie, de Raseborg en Nyland et de Kastelholm en Aland. Pourtant, cette oppression de la noblesse et des fonctionnaires trouva un contrepoids dans la puissance et les lumières du haut clergé. Depuis 1385, tous les évoques d'Abo furent Finlandais. Et ils comptèrent dans leurs rangs plusieurs hommes distingués pour l'époque. Ainsi Magnus Olai Tavast (1412—1450), qui augmenta la solennité et l'éclat du culte dans la cathédrale d'Âbo, inaugurée en 1300, Olaus Magni, qui, ainsi que bien d'autres Finlandais, fit ses études à l'université de Paris, dont il fut deux fois recteur, et Magnus III Stiernkors (1489—1500), qui prit une part active à la défense de la Finlande dans la «grande guerre de Russie". Sous l'égide du haut clergé, il se fonda des monastères, dont quelques-uns avaient des écoles;

ainsi l'ordre des dominicains établit un couvent à Âbo, un autre à Viborg; les franciscains eurent des maisons à Raumo, à Viborg et dans l'île de Kôkars, bien loin au sud- est d'Âland; l'ordre de S:te Brigitte éleva un cloître à Nâdendal. L'école la plus renommée était le collège d'Âbo.

A la fin du moyen-âge, la Finlande comptait six villes: Âbo, Viborg, Borgâ, Ulfsby, (à l'embouchure du Kumo, transportée ensuite plus loin sous le nom de Bjorneborg), Raumo et Nâdendal. Le commerce, dont ces villes vivaient exclusivement, était presque tout entier entre les mains d'Allemands venus des villes hanséatiques. Le bas allemand était la langue du commerce, et une bonne partie des fonctionnaires nuuiicipaux étaient allemands.

C'est surtout le long des côtes que la civilisation avait pris racine. La partie habitée du pays formait un vaste segment de cercle, allant de Systerbàck, près de l'endroit oii s'élève aujourd'hui S:t Pétersbourg, jusqu'à Kemi, au nord du golfe de Bothnie. Mais les cultures diminuaient à mesure qu'on avançait dans l'intérieur, jusqu'à ce qu'enfin, au nord du Kumo et dans les contrées du Pàijàne et du Saima, on arrivait à de vastes solitudes où ne vivaient que quelques chasseurs et pêcheurs isolés, ou peut-être un petit nombre de Lapons nomades.

Les souvenirs de la «grande guerre russe" jettent un reflet sanglant sur cette époque. En 1473 et dans les années suivantes, les Russes ravagèrent la frontière de l'est; c'est pour protéger la contrée contre leurs dévastations qu'on fonda en 1475 la forteresse d'Olofsborg, nommée depuis Nyslott. En 1495 ils assiégèrent Viborg, qui ne fut sauvé que par la valeur de son commandant Knut Posse. Enfin, en 1497, on conclut une trêve, qui fut renouvelée ensuite plusieurs fois.

Plus tard, les luttes entre la Suède et le Danemark eurent leur contre-coup en Finlande. Les héros danois Otto Rud et Severin Norby dominaient sur la

mer, et en 1520, quand Christian II, le Tyran, soumit la Suède, la Finlande tomba aussi entre ses mains. Mais le joug danois fut enfin brisé par Gustaviî Vasa: à la fin de 1523, le libérateur était reconnu souverain de tout le royaume.

Le règne de Gustave I (1523 — 1560) marque le commencement d'une nouvelle ère pour la Suède et la Finlande. Une fois affermi sur le trône, sa première préoccupation fut l'introduction de la Réforme. Celle-ci fut définitivement reconnue par l'assemblée de Westerâs, en 1527. Le principal propagateur du protestantisme en Finlande fut Michel Agricola, recteur du collège d'Âbo, plus tard évêque; il publia en langue finnoise un grand nombre d'ouvrages religieux. — Au point de vue économique aussi, le règne de Gustave I fut une époque de rapide épanouissement; les efforts se portèrent particulièrement sur l'agriculture. Des colons s'établirent dans les contrées désertes du nord du Tavastland et du Savolax et dans les environs du lac d'Uleâ, formant ainsi le premier noyau de population fixe de ces vastes solitudes. Alors aussi l'État établit son droit de propriété sur une grande partie des immenses forêts qu'il possède encore actuellement. Helsingfors fut fondé en 1550, près de l'embouchure de la Wanda.

Sous le règne d'Eric XIV (1.560-1569), fils de Gustave I, le sud-ouest de la Finlande fut constitué en duché et resta en cette qualité, jusqu'en 1563, l'apanage du frère du roi. Ce frère succéda au trône sous le nom de Jean III (1569—1592). En 1570, la lutte avec la Russie se ralluma. Cette guerre eut, il est vrai, pour théâtre les provinces Baltiques, mais les effets désastreux ne s'en firent pas moins sentir en Finlande; la Finlande en effet servait aux Suédois d'arsenal et de grenier; elle eut aussi à subir plus d'une incursion de l'ennemi. La guerre se termina d'une manière heureuse pour la Suède, et la paix de Teusina, en 1595, conclue sur les bases du précédent traité de Nôteborg, recula à l'est la fontière de la Finlande. C'est au cours de cette

guerre, en 1581, que la Finlande reçut la dénomination de Grand-Duché.

Jean III eut pour successeur son fils Sigisniond (1592—1599). La Finlande fut alors le théâtre de la lutte du roi contre son oncle, le duc Charles. Le représentant du roi en Finlande, Claës Fleming, connétable du royaume, avait par ses oppressions provoqué en Ostrobothnie une révolte, connue sous le nom de ^guerre, des massues" (1596 — 97), et qui se termina par la défaite totale des paysans. Deux ans plus tard seulement, en 1599, les partisans du roi furent battus par le duc Charles, qui depuis, devenu roi, gouverna la Finlande avec tant de sagesse et de justice, et travailla avec tant d'énergie à la guérison des plaies causées par la guerre civile, que le peuple de Finlande l'a surnommé „le bon roi;" il mourut en 1619.

Des temps plus heureux se levaient alors pour la Finlande. Le fils de Charles IX, le grand Gustave- Adolphe (1611 — 1632), et ses successeurs immédiats eurent à cœur la prospérité et le développement du pays. La paix de Stolbova (1617) lui donna enfin une frontière assurée à l'est; en effet, la Russie céda à la Suède la province de Kexholm, c'est-à-dire l'extrémité sud-est de la Finlande actuelle. Depuis lors et pendant plus de cent ans, la Finlande cessa d'être le théâtre de guerres entre la Russie et la Suède.

Cependant la Finlande prenait part aux guerres de la Suède, en fournissant un contingent considérable à ses armées. Tandis que la population de la Hnlande. alors de 3 à 400,000 âmes environ, formait h; quart de celle de la Suède, les Finnois entraient pour les 'V.5 dans le numéraire des troupes suédoises. Ils ont conquis une place glorieuse dans l'histoire de cette époque par le grand rôle qu'ils ont joué dans les guerres de Gustave-Adolphe en Pologne et en Allemagne. Plus tard aussi, sous la reine Christine et sous Charles X, les Finnois prirent une part brillante aux victoires de la Suède. Mais pendant ce temps, la Finlande elle-même

restait sans défense. Elle n'eut heureusement qu'une fois l'occasion de s'en apercevoir : ce fut en 1656, alors que la Russie essaya de conquérir la Finlande et de reprendre aux Suédois les provinces Baltiques. Les efforts énergiques et courageux de la population écartèrent ce danger.

Cette tentative infructueuse eut pour la province de Kexholra des suites qu'il faut rappeler. La population catholique-grecque qui habitait cette province depuis l'époque où elle appartenait à la Russie, prit ouvertement parti pour les Russes; décimée ou mise en fuite, elle fut remplacée par des colons venus de Finlande, ce qui dès lors resserra les liens qui unissaient cette contrée au reste du pays.

Cependant le travail de réforme et d'amélioration se poursuivait sans relâche à l'intérieur. En 1617 fut promulguée une loi sur l'organisation de la diète, qui resta en vigueur jusqu'en 1869; une haute cour d'appel fut instituée à Âbo ; Viborg devint le siège d'un nouvel évêché. L'instruction pubUque eut sa part dans cette œuvre de progrès; il se fonda plusieurs nouvelles écoles.

Le règne de la reine Christine (1632—1654) fut particulièrement heureux pour la Finlande. Le comte Per Brahe, gouverneur général, sut activer le progrès dans toutes les directions. La Finlande eut une université, créée à Abo en 1640. La même année, Helsingfors fut transporté à la place qu'il occupe maintenant; plusieurs villes furent fondées. La Finlande fut divisée en 4 gouvernements. Des nombreuses améliorations furent introduites dans l'administration, les communications et l'agriculture.

D'autre part, les vices sociaux de cette époque influèrent d'une façon fâcheuse et durable sur l'avenir du pays. Le nobles avaient atteint un haut degré de richesse et de puissance. Certains seigneurs avaient reçu en apanage des domaines vraiment princiers. Les dangers dont ce système menaçait le pays furent écartés par le roi Charles XI (1660—1697); en reprenant les

apanages, il diminua la puissance de la haute noblesse et affermit le pouvoir royal, qui devint presque absolu. L'armée fut réorganisée; l'ordre prévalut dans la législation et dans tout l'état social. En même temps, on poursuivait le développement des institutions scolaires; la postérité doit à cet égard un souvenir reconnaissant aux deux Gezelius, évêques d'Âbo.

Toutefois, ce nouvel état de choses comportait des périls dont l'époque suivante fit la dure expérience. La grande guerre du Nord (1700—1721), qui éclata sous le vaillant, mais volontaire et opiniâtre Charles XII (1697—1718), fut une sombre période dans l'histoire de Finlande. Tandis que les troupes finlandaises suivaient le roi dans ses expéditions et contribuaient puissamment à ses victoires ou tenaient garnison dans les provinces Baltiques, le pays était livré presque sans défense aux incursions des Russes. Le petit nombre de soldats qui restaient essayèrent de tenir tête, mais après défaite sur défaite, ils durent fuir en Suède, où une grande partie de la population se réfugia avec eux.

Il est impossible de décrire les horreurs qui suivirent. Dans le sud, il est vrai, le commandant en chef russe, Galitzin, réussit à maintenir un peu d'ordre, mais ailleurs, surtout en Ostrobothnie, rien ne mit frein aux excès de tous genres et à l'effusion de sang. Des milliers de malheureux, hommes et femmes, vieillards et enfants furent emmenés en esclavage en Russie. Aux horreurs de la guerre s'ajoutèrent bientôt les ravages de la peste et de la famine. Les débris de l'armée finlandaise prirent part, en 1718, à la campagne de Charles XII en Norvège; à la nouvelle de la mort du roi, les Finlandais voulurent regagner leur pays, mais ils périrent presque tous de froid au passage des montagnes.

La paix de Nystad mit enfin, en 1721, un terme à ces longues souffrances. Outre la Livonie, l'Esthonie et ringrie, la Suède cédait à la Russie le sud de la Carélie avec les villes de Viborg, de Kexholm et de

Sordavala. Mais telle est la vitalité du peuple finlandais, et telle fut l'énergie avec laquelle on travailla au relèvement, que dix ans suffirent à cicatriser presque complètement les plaies faites par la guerre. Mais le peuple des cantons finlandais cédés à la Russie fut dès lors dans des conditions d'existence difficiles. Les terres avaient été distribuées à des seigneurs russes, qui traitèrent les paysans presque comme des serfs.

Sous les successeurs de Charles XII, le pouvoir royal fut de plus en plus limité au profit de l'autorité croissante des états. Aussi les années où régnèrent Ulrique Eléonore, Frédéric de Hesse et Adolphe Frédéric de Holstein-Gottorp sont-elles appelées „le temps de la liberté". Les états réunis en diète avaient entre leurs mains non seulement le pouvoir législatif, mais encore l'administration du royaume et la politique extérieure. Il s'y forma bientôt deux partis passionément hostiles : les ^chapeaux" voulaient que la Suède reconquît par la guerre son ancienne grandeur, tandis que les ^bonnets" préconisaient une politique pacifique. Le triomphe des chapeaux eut pour suite une nouvelle guerre avec la Russie. L'impératrice Elisabeth lança une proclamation aux Finlandais, tâchant de les séduire par la perspective de la constitution de la F'inlande en un état indépendant sous le protectorat de la Russie; mais ces promesses n'eurent guère de succès. La fuite honteuse de l'armée et la capitulation de Helsingfors livrèrent pour la seconde fois la Finlande aux mains des Russes (1742); cette fois encore un grand nombre d'habitants émigrèrent en Suède; ceux qui restèrent durent prêter serment de fidélité à Elisabeth. Mais dès l'année suivante, la paix d'Âbo rendit la Finlande à la Suède, à l'exception d'un territoire assez considérable à l'est du Kymmene.

Le retour de la paix fut suivi de nouveaux efforts pour le développement de la prospérité en Finlande; ce furent les questions économiques qui attirèrent alors le plus l'attention. Le gouvernement encouragea le

78 UISTOIRE.

dessèchement des marais et restreignit ou abolit les privilèges qui jusqu'alors entravaient le commerce. En 1747 fut fondée la formidable forteresse de Svéaborg, qui devait être le point central de la défense du pays. Sous le règne de Gustave III (1771 — 1792), la Finlande continua d'avancer dans la voie du progrès. Ce prince rétablit l'autorité royale par la révolution de 1772 et fit adopter, le 12 août 1772, la Forme de Gouvernement (Regerings^Formen) qui est encore à l'heure qu'il est la base de la constitution finlandaise. 11 prouva par ses paroles et par ses actes qu'il avait à cœur les intérêts de la Finlande. Le pays fut divisé en six gouvernements ; une troisième cour d'appel fut instituée et siégea à Vasa; les forêts furent réparties entre l'État et les propriétaires, ce qui favorisa beaucoup la culture des contrées du centre; de nouvelles villes furent fondées, comme Tammerfors et Kuopio, qui devaient, au siècle suivant, devenir des centres importants d'industrie et de commerce ; des mesures furent prises pour assurer la défense du territoire. Cependant les procédés arbitraires du roi mécontentèrent la noblesse; un assez grand nombre de gentilshommes finlandais adhérèrent au projet de Goran Magnus Sprengtporten, qui rêvait d'instituer en Finlande un gouvernement aristocratique sous le protectorat de la Russie. Entré lui-même au service russe, ses partisans restés en Finlande continuèrent à travailler à la réalisation de ce plan. En 1788, Gustave III, désireux de reconquérir le territoire cédé par la dernière paix, déclara la guerre à la Russie sans le consentement de la diète; cette mesure illégale provoqua dans l'armée une mutinerie dont les amis de Sprengtporten essayèrent de tirer parti pour la réalisation de leurs projets; ils entamèrent même des négociations avec Catherine II. Mais appuyé sur le peuple, qui ne déguisait pas son animadversion pour les conspirateurs, Gustave resta maître de la situation. 11 convoqua la diète en 1789 et obtint l'adoption de l'Acte d'union et de sécurité, encore aujourd'hui en vigueur

en Finlande et qui étendait le pouvoir royal. Il continua ensuite la guerre avec la Russie. Entre autres épisodes mémorables de cette campagne, il faut rappeler le péril que courut la flotte suédoise, enfermée dans la baie de Viborg, d'où elle ne se tira qu'avec de grandes pertes, et la brillante victoire navale qu'elle remporta quelques jours après à Svensksund. La guerre, toutefois, resta sans résultat, et la paix de Vàràlâ (1790) n'apporta pas de changement à la ligne de frontière.

Le règne de Gustave IV (1792-1809) débuta aussi sous d'heureuses auspices pour le progrès matériel et intellectuel de la Finlande. L'université d'Abo avait atteint l'apogée de sa réputation. L'agriculture, le commerce, l'industrie florissaient. Alors éclata la guerre qui devait séparer à jamais la Finlande de la Suède. A la paix de Tilsit, Alexandre I avait promis à Napoléon de contraindre la Suède à adhérer au blocus continental. Gustave IV ayant refusé d'y consentir, Alexandre I fit entrer ses troupes en Finlande, le 21 février 1808, sans déclaration de guerre. Les proclamations où il invitait les Finlandais à se soumettre restèrent sans effet, mais l'armée finlandaise, trop faible pour offrir une résistance efficace, se retira à marches forcées vers le nord jusqu'à Siikajoki. Une partie de l'armée russe se lança à sa poursuite, tandis que le reste, après avoir soumis toute la côte sud, se concentra à Helsingfors et mit le siège devant Svéaborg. Le commandant de cette forteresse presque imprenable, Johan Adam Cronstedt, capitula ignominieusement et livra Svéaborg à l'ennemi sans même tirer l'épée. La Finlande ne put pas se relever de ce coup terrible. En vain ses troupes, vaillantes mais peu nombreuses, habilement commandées par des généraux comme Adlercreutz et von Dobeln, se frayèrent de combat en combat un chemin jusque dans les environs de Tammerfors; en vain Sandels défendit-il avec autant d'opiniâtreté que de talent la forte position qu'il avait conquise près de Kuopio. Sans secours de la Suède, la petite

armée ne pouvait résister longtemps. Décimée par la maladie et les fatigues, écrasée par la sanglante défaite d'Oravais, le 14 septembre 1808, elle se retira à Uléâborg. La convention d'Olkijoki, conclue le 19 novembre, mit fin aux hostilités; les troupes finlandaises devaient se retirer à l'ouest de la rivière de Kemi.

La Finlande depuis l'union avec la Russie.

Dès le mois de juin 1808, Alexandre I avait ordonné que les quatre états de Finlande enverraient à Pétersbourg des députés pour délibérer avec lui sur les affaires du pays. En Finlande, les avis étaient partagés au sujet de cet ordre, et on ne procéda à l'élection qu'après que le commandant en chef des troupes russes, le comte Buxhoevden, eut déclaré expressément que la députation ne serait pas considérée comme une diète décidant au nom de la nation, et qu'elle n'aurait d'autre mission que de proposer à l'Empereur les mesures qu'exigeait l'intérêt du pays dans sa situation exceptionnelle. La députation se borna à exprimer le vœu que l'Empereur convoquât sans retard la diète. Alexandre se rendit à ce désir et décréta que la diète se réunirait à Borgâ le 22 mars 1809. Arrivé à Borgâ dès l'ouverture de la diète, l'Empereur reçut le 29 mars l'hommage des états et leur donna sa promesse de souverain, signée le 27 mars et conçue en ces tenues :

„Les destinées de la Providence Nous ayant fait prendre en possession le Grand-Duché de Hnlande, Nous avons voulu, par l'acte nréseut, contiriner et ratifier la Religion et les Lois fondamentales du Pays, ainsi que les privilèges et droits dont chaque classe dans le dit (Iraud-Duché, eu particulier, et tous les habitants en général, qu'ils aient une position élevée ou inférieure, ont joui jusqu'ici selon la Constitution; Nous promettons de maintenir tous ces avantages et I^ois fermes et inébranlables dans leur pleine force."

A partir de ce jour, la Finlande devenait un état particulier, gouverné constitutionnellement, uni par une

union réelle à la Russie, dont le souverain devenait à jamais Grand-Duc de Finlande.

La diète fut close le 18 juillet 1809 par l'Empereur en personne, qui à cette occasion prononça entre autres les paroles suivantes:

„Ce peuple brave et loyal bénira la Providence qui a amené l'ordre de choses actuel. Placé désormais au rang des nations, sous l'empire de ses lois, il ne se ressouviendra de la domination passée que pour cultiver des rapports d'amitié lorsqu'ils seront rétablis par la paix. Et moi, j'aurai recueilli le plus grand fruit de mes soins quand je verrai cette nation tranquille au dehors, libre dans l'intérieur, se livrant sous la rotection des lois et des bonnes mœurs à l'agriculture et à 'industrie, par le fait même de sa prospérité, rendre justice à mes intentions et bénir ses destinées."

Le traité de Fredrikshamn, signé le 17 septembre 1809, et qui cédait à la Russie la Finlande avec les îles d'Aland et la partie de la Vestrobotnie située à l'est des rivières de Tornéâ et de Muonio, ne contenait aucune stipulation concernant la situation politique de la Finlande, laquelle était considérée comme définitivement réglée par les actes de Borgâ.

Tout lien politique avec la Suède était désormais tranché. Pendant près de six cents ans, les deux pays avaient partagé les mêmes destinées. La Finlande avait reçu de la Suède sa religion, sa civilisation, ses lois, mais elle lui avait donné en échange le sang de ses fils dans les nombreuses guerres oii elle lui avait servi de rempart contre les incursions de l'est.

Ce que la Suède avait donné au pays, l'empereur Alexandre, nous l'avons vu, le lui conserva et le lui assura. Il montra dès l'abord le souci qu'il avait des intérêts de la Finlande par les propositions qu'il soumit à la diète de Borgâ. Ces propositions se rapportaient à l'organisation d'une autorité administrative supérieure, le Conseil de Régence, devenu plus tard le Sénat impérial; au règlement des impôts et des finances, déclarant à ce propos que les ressources du Grand-Duché ne seraient employées que pour les besoins du pays même, et prévenant ainsi toutes appréhensions possibles

au sujet de l'indépendance du budget du Grand-Duché; enfin à l'adoption d'une unité monétaire, qui fut le rouble-argent. En même temps la diète recommanda l'établissement d'une banque nationale sous la garantie des états. Dans la proposition concernant l'organisation militaire, qui conservait l'ancien système d'une milice entretenue par la propriété foncière, l'empereur donna l'assurance absolue qu'aucun recrutement forcé ni aucune conscription militaire n'aurait lieu en Finlande. Le suédois resta la langue officielle du pays.

Ces actes constituaient une sûre garantie de l'avenir. Dans un manifeste de 1810, Alexandre I insiste encore sur la nouvelle existence politique assurée à la Finlande. On y lit entre autres:

„Du moment que la Providence Nous a remis le sort de la Finlande, Nous résolûmes de gouverner ce pays comme une nation libre et jouissant des droits que sa constitution lui garantit. Les preuves de dévouement que les habitants Nous ont données depuis le serment de fidélité qu'ils Nous ont offert de leur plein gré par leurs représentants réunis en Diète, n'ont pu que Nous raffermir dans cette résolution. Tous les Actes émanés jusqu'ici pour l'administration intérieure de ce pays, ne sont qu'une suite et une application de ce principe. Le maintien de la religion et des lois, la réunion de la Diète, la formation du Conseil de Régence au sein de la nation, la conservation intacte de l'ordre judiciaire et administratif, en sont des preuves qui doivent assurer à la nation finnoise les droits de son existence politique."

La frontière de l'est avait été réglée par la paix de Fredrikshamn. Mais en 1811, Alexandre I réunit à la Finlande, sous le nom de gouvernement de Viborg, les territoires cédés à la Russie en 1741 et 1743; la Finlande eut dès lors ses limites actuelles. La même année, un comité pour les afi'aires finlandaises fut institué à S:t Pétersbourg, ainsi que le poste de ministresecrétaire d'État. Depuis 1826, le secrétaire d'État de Finlande réfère seul à l'empereur toutes les affaires concernant le Grand-Duché. En 1819, Helsingfors fut déclaré capitale du pays et devint le siège du Conseil de Régence. En 1828, après l'incendie d'Âbo, l'université fut aussi transportée à Helsingfors.

Un fort courant de réaction prévaut durant le règne de Nicolas I (1825—1855). La diète n'est pas convoquée une seule fois. Ce n'est que dans le domaine littéraire que le sentiment national réveillé trouve son expression sous la plume de quelques grands citoyens. Cependant les intérêts matériels du pays ne furent pas négligés. C'est de cette époque, par exemple, que date le canal de Saïma, magnifique ouvrage et qui mettait une grande partie de l'intérieur du pays en communication avec la mer.

Avec Alexandre II (1855 — 1881), la Finlande retrouva des destinées plus heureuses. La vie politique se réveilla par la convocation de la diète en 1863. Avant cela déjà, les intérêts commerciaux, industriels, agricoles avaient été l'objet de mesures administratives nombreuses. On construisait des chemins de fer. Le télégraphe couvrait peu à peu de son réseau tout le pays. Les relations commerciales avec la Russie étaient réglées par une loi spéciale et de nouveaux tarifs douaniers. On avait beaucoup fait aussi pour l'instruction publique.

Mais au cours de ce travail de rénovation, un grand nombre de questions s'imposèrent, dont la solution nécessitait, selon la constitution, la convocation de la diète. Cette diète, la première depuis cinquante-quatre ans, se réunit à Helsingfors en 1863 et fut ouverte par le monarque en personne, qui promit de présenter quelques propositions tendant à modifier certaines dispositions de la loi fondamentale. Alexandre II prononça à cette occasion les paroles suivantes :

„En maintenant le principe Monarchique constitutionnel inhérent aux moeurs du peuple Finlandais et dont toutes ses lois et ses institutions portent le caractère, Je veux faire admettre dans ce projet un droit plus étendu que celui que possèdent déjà les états quant au règlement de l'assiette des impôts, ainsi que le droit de motion qu'ils ont anciennement possédé, Me réservant toutefois celui de prendre l'initiative dans toutes les questions qui touchent au changement de la loi fondamentale".

A la diète suivante, en 1867, fut votée une nouvelle loi sur la diète. Selon cette loi, en vigueur depuis 1869 comme loi fondamentale, la diète doit être convoquée au moins tous les cinq ans. Le droit de motion fut accordé aux états plus tard, sous Alexandre III, en 1886.

Depuis 1863, la coopération du gouvernement et des états pour le bien du pays n'a pas cessé. Sous l'Empereur et Grand-Duc actuel, la diète a été convoquée tous les trois ans. Les heureux fruits de ce travail en commun ont été nombreux; nous en citerons ici quelques-uns :

Une réforme du système monétaire a donné à la Finlande sa monnaie propre, le marc et le penni, correspondant au franc et au centime; la loi monétaire de 1877 a établi pour base de la monnaie finlandaise l'or comme unique mesure de valeur. Un nouveau code maritime, une loi industrielle sur des bases libérales, ont été adoptés. La construction de nombreuses lignes de chemins de fer, en facilitant les communications, a contribué, avec de nombreuses dispositions législatives, a augmenter la ^prospérité matérielle. Les immenses domaines donnés autrefois par les empereurs à des particuliers, ont été rachetés par l'État, ce qui a permis aux paysans qui les cultivaient d'acquérir le droit de propriété de leurs fermes. Des lois sur l'administration des communes urbaines et rurales ont étendu et consolidé les droits des citoyens finlandais. Il en a été de même des droits des femmes; elles ont désormais le droit de vote dans les affaires communales. La loi ecclésiastique de 1868 a réglé les affaires religieuses d'une manière plus conforme aux idées de notre époque, et a fait une place aux laïques dans la délibération des intérêts ecclésiastiques. L'adoption en 1888 d'un projet de loi sur les dissidents a donné à ceux-ci une certaine liberté religieuse, bien que trop restreinte encore. L'instruction primaire a été solidement organisée. De nouvelles écoles finnoises ont été établies en grand

nombre. Le service militaire obligatoire a été introduit „pour la défense du trône et de la patrie". Dès le commencement de cette période, les principes d'humanité ont prévalu dans le système pénal et pénitentiaire;, le code pénal de 1888 constitue à cet égard un progrès considérable. Rappelons encore que les droits de la langue finnoise, singulièrement méconnus dans une loi de 1850, ont été restitués par le gouvernement, et que le finnois est désormais langue officielle au même titre que le suédois.

Dans le prochain chapitre nous donnerons un aperçu du droit public de Finlande, probablement très peu connu de la plupart de nos lecteurs.

le droit public.

L'union de la Finlande avec la Russie a le caractère d'une union d'états sous une dynastie commune, ou, comme on l'appelle souvent, une union réelle. L'ordre de succession au trône de Russie est le même pour le Grand-duché de Finlande. Les relations extérieures de la Finlande relèvent du chancelier de l'empire russe, qui les traite en prenant l'avis du sénat de Finlande.

Mais pour toutes les affaires intérieures, la vie politique du Grand-duché est absolument distincte et indépendante de la Russie. Il n'est pas besoin d'un long séjour dans le pays pour s'en convaincre. En venant de Pétersbourg, l'étranger rencontre bientôt une ligne de douanes qui sépare les deux pays. Il s'aperçoit que la monnaie russe n'a plus cours, la Finlande ayant sa monnaie à elle; s'il expédie une lettre, il verra que la Finlande a ses timbres-poste, portant pour empreinte les armes du Grand-duché. Veut-il acquérir un immeuble, il lui faudra d'abord se faire naturaliser, ou obtenir une dispense du gouvernement finlandais, et ainsi de suite.

L'exposé que nous donnons ici de la constitution, du gouvernement et de l'administration, fera suffisamment comprendre l'étendue et les limites de l'autonomie finlandaise.

Gouvernement, juridiction, administration.

Le régime politique du Grand-duché de Finlande est celui d'une monarchie constitutionelle. Sa constitu- -tio7i a pour basée principale: 1) la loi sur la Forme du gouvernement, du 21 août 1772, laquelle loi, modifiée par l'acte d'union et de sécurité du 21 février et du 3 avril 1789, reconnaît au souverain des pouvoirs très étendus; 2) la loi sur la Diète, du 15 avril 1869. Il faut aussi compter comme un des fondements de la constitution l'acte passé entre l'empereur Alexandre I et les états de Finlande, à l'ouverture de la diète de Borgâ (voir plus haut). Les privilèges accordés aux différents ordres pendant le 18® siècle contiennent aussi des dispositions touchant à la constitution.

A son avènement au trône, l'Empereur et Grand- Duc adresse au peuple de Finlande, dans un manifeste, une promesse de maintenir l'inviolabilité des lois fondamentales du pays. Il lui appartient de gouverner le pays, ce pouvoir étant exercé de la manière établie par les lois fondamentales. Il a pour mission de veiller au maintien et à l'accomplissement des lois dans l'État. Il a le droit, dans les affaires criminelles, de faire grâce, de commuer la peine de mort, de prononcer la réhabilitation et de rendre les biens forfaits. Il nomme à toutes les hautes fonctions. Il commande les forces militaires, pourvoit à la défense du pays, déclare la guerre, conclut les traités de paix, d'alliance et autres.

Le pouvoir législatif est exercé collectivement par le monarque et la diète.

L'Empereur et Grand-Duc a pour auxiliaire dans le gouvernement du pays le Sénat, siégeant à Helsingfors. Le sénat a les attributions, soit d'un conseil consultatif dans certaines affaires, soit d'un conseil administratif, décidant au nom du monarque les affaires qui ne sont pas expressément réservées à celui-ci. Le sénat

comprend deux „départements", le département administratif et celui de la justice, composés chacun de dix membres nommés pour trois ans par l'Empereur et Grand-Duc; un des membres de chaque département a les fonctions de vice-président. Les deux départements réunis forment le Plénum du Sénat. La présidence du Sénat appartient au Gouverneur général, nommé par. l'Empereur et qui est le chef de l'administration civile en même temps que le commendant en chef des troupes finlandaises; toutefois, il assiste rarement aux séances. Dans les questions où son avis ditfère de celui de la majorité du sénat, le gouverneur général a le droit de joindre l'expression de son avis à celui du sénat pour être soumis à l'Empereur. En l'absence du gouverneur général, la présidence appartient, dans les départements, aux vice-présidents, dans le plénum, au plus ancien d'entre eux.

Le plénum prépare les projets de loi et les autres propositions qui seront soumis à la diète par le monarque, donne à l'Empereur son avis sur les décisions et les pétitions de la diète, reçoit et promulgue les manifestes et les lois sanctionnées par lui, etc.

Le département de la justice doit veiller à ce que la justice soit rendue dans le pays selon les lois; il juge en dernière instance les causes civiles et criminelles; toutefois les sentences capitales ne peuvent être exécutées sans avoir été préalablement soumises à la ratitification de l'Empereur. Disons en passant que, bien que la peine de mort soit encore inscrite dans notre code pénal, elle n'a pas été appliquée depuis 1826. 11 appartient encore au département de la justice de faire grâce au nom de l'Empereur de certaines peines légères et, en général, de modifier certaines peines prononcées par les cours d'appel; il nomme certains fonctionnaires, etc.

Le département administratif est divisé en huit sections, correspondant aux différents domaines de l'administration ; ce sont: l'intérieur, la chancellerie, les

GODVEENEMENT. JUKIDICTION. ADMINISTKATION, 89

finances, les affaires camérales, les affaires militaires, les cultes et l'instruction publique, l'agriculture et les travaux publics, le commerce et l'industrie.

Les sénateurs qui sont à la tête de ces différentes sections remplissent, en quelque sorte, les fonctions des ministres dans les autres états, mais ils ne sont pas responsables devant la diète. Certaines affaires se décident dans les sections, mais la plupart n'y sont que préparées pour être soumises au département tout entier. Il rentre encore dans ses attributions d'expédier des instructions à certaines autorités, de nommer aux fonctions inférieures, de sanctionner l'organisation des associations, sociétés, corporations, etc.

Le sénat en séance plénière ou les départements promulguent encore certains actes législatifs qui n'exigent pas le concours de la diète. Pour les décisions du sénat comme pouvoir judiciaire, ainsi que pour les décisions prises en vertu du pouvoir que le souverain a délégué au sénat, l'on se sert toujours de la formule „au nom de Sa Majesté."

Le Sénat a à ses côtés un procureur général, qui, aidé d'un adjoint, veille à la bonne exécution des lois par les tribunaux et les autorités; il remplit aussi les fonctions d'accusateur public auprès de la cour de cassation. Il lui appartient encore de signaler au gouverneur général et a»x sénateurs les infractions aux lois qu'ils pourraient avoir commises, et d'en faire un rapport détaillé à l'Empereur et Grand-Duc au cas où ses représentations n'auraient pas eu d'effet.

Un ministre- secrétaire d'État nommé par l'Empereur et siégeant à St. Pétersbourg, mais qui doit être citoyen finlandais, rapporte à l'Empereur toutes les affaires concernant la Finlande, aussi celle des affaires relatives aux troupes finlandaises qui rentrent dans le cadre, soit de la législation, soit de l'administration économique. Les autres affaires militaires finlandaises sont du ressort du ministre de la guerre de l'Empire, qui, pour leur expédition, a pour chef de bureau un militaire finlandais.

Du reste les intérêts militaires que les deux pays ont en commun résultent du fait que, d'une part, le Grand-duché forme un district militaire dans le système de défense de tout l'empire, et que, d'autre part selon les lois finlandaises, les forces russes qui peuvent être cantonnées en Finlande, sont sous le commandement en chef du gouverneur général, qui commande en même temps l'armée finlandaise.

Le ministre-secrétaire d'État est aussi l'organe intermédiaire pour la correspondance avec les ministres et d'autres autorités supérieures de l'Empire concernant les affaires qui, ayant rapport en même temps à l'Empire et au Grand-Duché, donnent lieu à des communications de part et d'autre.

La procédure pour le traitement des affaires qui touchent aux intérêts des deux pays, a été réglée, soit par des ordonnances promulguées en Russie et en Finlande, soit par la pratique. Voici en résumé quelle est cette procédure.

Quand le sénat de Finlande propose à l'Empereur et Grand-duc une loi ou une mesure qui touche également aux intérêts russes, le ministre secrétaire d'Etat communique la proposition au ministère russe avant de la soumettre à l'Empereur.

Il en est de même de la part du ministère russe: tout projet touchant aux intérêts finlandais est communiqué au sénat de Finlande par l'intermédiaire du ministre secrétaire d'État.

Dans les affaires qui exigent dans les deux pays des règlements identiques, la loi est d'abord promulguée en Russie, après quoi, sur le rapport du ministresecrétaire d'État, l'Empereur ratifie loi semblable pour la Finlande.

Le gouverneur général de Finlande est autorisé à soumettre à la discussion du ministère de l'Empire les affaires touchant de près le gouvernement des deux pays et qui par conséquent réclament l'examen de l'une et de l'autre part. La discussion d'une affaire de ce

genre ne peut avoir lieu qu'avec la participation du gouverneur général et doit se borner à des matières qui peuvent être réglées sans modifier la loi finlandaise.

Auprès du secrétariat d'État siège un Comité pour les affaires finlandaises. Ce comité comprend, outre le ministre-secrétaire d'État et son adjoint, trois membres, dont deux sont proposés par le Sénat et le troisième est nommé directement par l'Empereur Le comité donne son avis sur les affaires que le ministre lui communique sur l'ordre de l'Empereur.

Quant aux institutions judiciaires de la Finlande, ce sont, en première instance, les tribunaux de district, qui sont de deux espèces, selon qu'ils siègent dans les villes ou dans les communes rurales. Les premiers se composent du bourgmestre et de deux ou plusieurs conseillers, élus par la commune.

Les communes rurales sont groupées en 60 juridictions, comprenant chacune de 3 à 5 districts judiciaires. A la tête de chaque juridiction est un juge ayant fait les études de droit; le tribunal siège à différentes époques de l'année dans chacun des districts de la juridiction. Au juge sont adjoints cinq notables, élus paiTiii les paysans du district; en cas d'unanimité des notables, leur décision l'emporte sur celle du juge.

Au-dessus de ces tribunaux de district, il y a trois cours d'appel, à Âbo, à Vasa et à Viborg; elles se composent exclusivement d'hommes de loi. On peut en appeler auprès de ces cours, même de certaines décisions des autorités administratives. Dans quelques causes d'une importance particulière, les cours d'appel fonctionnent comme tribunaux de première instance.

Le département de la justice a les attributions de tribunal suprême et de cour de cassation.

La juridiction militaire est exercée pour chaque troupe par un tribunal composé d'officiers et de l'auditeur de la troupe, juriste, nommé par le sénat. A Helsingfors siège un tribunal militaire supérieur, mais qui est aussi tribunal de première instance dans certains

cas. Les causes militaires, comme les autres, sont jugées en dernier ressort par le département de la justice.

Les autorités administratives sont centrales ou locales. Les premières siègent à Helsingfors et relèvent directement du département administratif du sénat; les autorités locales dépendent, soit du département administratif, soit d'une direction centrale. La banque de Finlande et l'Université font exception à cette règle ; celle-là est gouvernée par des délégués élus par la diète, celle-ci jouit d'une autonomie très étendue dans la direction de ses affaires.

Parmi les autorités centrales, nous citerons: la direction des affaires médicales, - des postes, - des communications par terre et par eau, - des chemins de fer, — des douanes, — du pilotage et des phares, - du cadastre, - des forêts, - de l'industrie, la direction supérieure des écoles.

Les autorités locales sont réparties dans huit provinces ou gouvernements administratifs, dont les chefslieux sont: Helsingfors, Âbo, Tavastehus, Viborg, St. Michel, Kuopio, Vasa et Uléâborg. Ces administrations provinciales, à la tête de chacune desquelles est un gouverneur, ont dans leurs attributions le maintien de l'ordre et de la sûreté publique, l'entretien dos routes, les intérêts financiers, les affaires communales, la perception des impôts, etc.

Chaque gouvernement est divisé, pour la perception des impôts et la police, en arrondissements, subdivisés à leur tour en cantons, composés d'une ou de deux communes.

Dans les villes, la chambre municipale et dans les grandes villes, en outre, les bureaux de police, sont les agents du gouverneur en matière de police et d'exécution.

Les communes s'administrent elles-mêmes et sont presque tout-à-fait indépendantes des autorités centrales et gouvernementales; il n'est qu'un petit nombre de cas où les décisions de la commune doivent être

soumises à la sanction, soit du sénat, soit du gouverneur. Dans les communes urbaines, le droit de suffrage est basé sur la taxation. Les femmes n'en sont pas exclues, mais elles ne sont pas éligibles.

A l'exception de quelques cas spécifiés, la juridiction administrative appartient aux gouverneurs et au département administratif du sénat. On a recours aux gouverneurs contre les autorités communales, et au département administratif, contre les décisions des gouverneurs et des directions centrales.

Pour exercer une fonction publique en Finlande, il faut être citoyen finlandais, savoir les deux langues du pays, avoir subi les examen requis, fait preuve de compétence et jouir d'une réputation intacte; en revanche, il n'y a aucun privilège de naissance.

Les fonctionnaires supérieurs sont nommés par l'Empereur; les fonctionnaires inférieurs, par le sénat; les diverses autorités nomment les employés subalternes. Les titulaires de postes dits de confiance, c'est-àdire des grands emplois administratifs et militaires, peuvent être destitués par l'Empereur, selon son bon plaisir. De même aussi les sénateurs, même les membres du département de la justice; car leurs fonctions sont en premier lieu celles de conseillers du monarque; ce n'est que par délégation qu'ils exercent le pouvoir judiciaire appartenant à l'Empereur. Mais les autres juges, de même que la grande majorité des fonctionnaires, sont inamovibles; seul un arrêt du tribunal, rendu avec l'observation de toute la procédure légale, peut les priver de leur emploi.

Législation. Diète. États.

L'ancien code suédois de 1734, modifié cependant dans plusieurs de ses stipulattons, régit encore la Finlande.

Le gouvernement peut de sa propre autorité édicter des décrets, statuts, ordonnances ou règlements concernant l'application des lois et la gestion des autorités. Les limites de ce pouvoir ne sont pas clairement établies par la constitution; dans les cas douteux, la présomption est toujours pour la nécessité du concours des états.

En effet, comme nous l'avons dit, le pouvoir législatif appartient collectivement à l'Empereur et aux états réunis en diète. De ce ressort sont les lois fondamentales et les privilèges des ordres, les lois civiles et pénales, les lois économiques dans des limites fixées par le code de 1734, les lois maritimes, la législation concernant les bases de l'organisation militaire, la monnaie et la banque d'État, enfin toutes questions d'impôt, sauf la fixation des tarifs douaniers, réservée a l'Empereur. Quand une loi, votée par la diète, a reçu la sanction de l'Empereur, elle est promulguée par le sénat.

L'Empereur et Grand-duc a le droit d'initiative en toute matière législative. La diète a le même droit, mais avec certaines limitations: il ne s'étend pas aux lois fondamentales, ni aux lois sur l'organisation de la défense nationale, ni à la législation sur la presse. A côté de cela, chaque membre de la diète a le droit de présenter une pétition, qui est soumise à l'examen préalable d'une commission nommée par les états (voir plus loin). Ces pétitions portent en général sur des mesures dépendant du pouvoir gouvernemental, mais elles peuvent aussi avoir en vue la modification d'une loi.

La diète prend aussi part dans une certaine mesure à l'administration des finances. Les dépenses ordinaires de l'État sont fixées par l'Empereur seul, pour autant que les ressources ordinaires du budget y suffisent. Mais ni la création de nouveaux impôts, ni l'abolition ou la réforme d'impôts établis ne peut se faire sans le consentement de la diète. Si les états accordent de nouvelles allocations, ils décident en même temps de

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