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INSTRUCTION PUBLIQUE

la communion, pour se marier et exercer ses droits ci- Tiques : aussi ne rencontre-t-on que très exceptionnellement des individus i)rivés de toute instruction, et ce sont, pour la plupart, des malheureux affligés de quelque disgrâce physique ou intellectuelle. Mais la loi de 1866 a assuré la continuation et le développement de ce premier enseignement. Il fut fondé dans les villes •des écoles primaires inférieures et supérieures; les premières destinées aux enfants de 6 à 8 ans, les secondes, aux enfants plus âgés. Dans les communes rurales, le premier enseignement est encore confié aux familles, mais avec l'obligation pour les communes de veiller à ce que les enfants qui, pour quelque motif, ne peuvent pas recevoir l'instruction chez eux, fréquentent une école fixe ou ambulatoire établie dans ce but. Le cours des écoles primaires supérieures est de quatre ans et comprend les objets d'enseignement suivants : la religion, la langue maternelle, la géographie, l'histoire, le calcul, les premiers éléments de la géométrie, la mesure des surface et des volumes, des notions de sciences naturelles et quelques indications relatives à leurs applications, le dessin, le chant, la gymnastique; en outre, les filles s'exercent aux ouvrages d'aiguille et les garçons aux arts manuels. Cet enseignement des travaux manuels, particulier aux écoles finlandaises, a attiré l'attention de plusieurs pays étrangers, qui l'ont introduit dans leur programme.

Quatre „séminaires" , dont le cours est de quatre années, préparent les instituteurs et institutrices. Beaucoup de personnes appartenant aux classes cultivées, des jeunes filles surtout, se consacrent à l'enseignement primaire et entrent au séminaire au sortir d'écoles secondaires.

Pendant l'année scolaire 1887—1888, le nombre des écoles primaires fixes a été de 957, dont 756 dans les communes rurales; de ce nombre, 756 étaient finnoises, 192 suédoises, le reste mixtes. Le nombre des élèves était de 44,100, dont 19,655 tilles. Les écoles

enfantines comptaient 17,940 élèves. Le budget de l'État pour l'instruction primaire montait, en 1887, au total de 1,272,043 francs.

Le nombre des enfants fréquentant les écoles primaires fixes représente environ le 15 Vo du total des enfants en âge d'écolier. Les écoles ambulatoires donnent en outre l'enseignement à 150,000 enfants ; 200,000 reçoivent la première instruction dans les écoles du dimanche, les écoles préparatoires ou dans leurs familles. Les enfants entre 7 et 16 ans qui restent sans aucune instruction ne sont que de très rares exceptions.

Écoles secondaires. Les écoles secondaires forment trois groupes : les écoles de garçons de 8 classes (lycées), aboutissant directement à l'université et aux écoles techniques supérieurs; les écoles élémentaires de garçons, de 2, 4 ou 5 classes, et les écoles de jeunes filles, de 2, 5 ou 7 classes. Mais, outre ces écoles relevant directement de l'État, il y a plusieurs écoles particulières, dont la plupart sont subventionnées par le gouvernement.

Le budget des écoles secondaires montait, pour l'année scolaire 1887—1888, au total de 2,024,593 francs: en outre, les subventions accordées par l'État aux écoles particulières s'élevaient en tout à 254,100 francs.

Des écoles de garçons, les unes sont vouées à l'enseignement classique, les autres à l'enseignement spécial. Il y a en tout 18 lycées de TÉtat, 10 lycées particuliers, 25 écoles élémentaires de l'État, 12 écoles publiques de jeunes filles, 44 écoles de jeunes filles et écoles préparatoires particulières. Dans 61 écoles, l'enseignement se donne en suédois, dans 45 en finnois, dans 2 dans les deux langues et dans 1 en allemand. En outre le gouvernement russe soutient trois écoles secondaires, dont le nombre d'élèves est 270. Le nombre total des élèves est de 9,521, dont 3,697 filles; de ce nombre, fréquentent 5,147 les écoles suédoises et 4,201 les écoles finnoises et 134 les écoles mixtes.

Il faut spécialement mentionner, parmi les écoles particulières, 4 lycées, dont 4 suédois et 1 finnois, où

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garçons et filles reçoivent en commun l'enseignement préparatoire aux études universitaires. Le plus ancien de ces établissements a été fondé à Helsingfors en 1883. Ces lycées sont en partie subventionnés par l'État.

La situation sociale et politique des femmes en Finlande s'est beaucoup améliorée dans ces dernières années. Ainsi elles ont acquis le droit de vote dans les affaires communales et se sont vu ouvrir bien des carrières où elles n'étaient pas admises autrefois; employées depuis longtemps dans les postes et télégraphes, elles ont été nommées peu à peu à certains emplois dans un grand nombre d'autres institutions. C'est en première ligne la „Société des femmes de Finlande", fondée en 1884, qui a pris en main la revendication des droits de la femme. Mais pour que la femme puisse se préparer à exercer dans la société les droits qui ont été jusqu'ici le privilège exclusif de l'homme, il faut en premier lieu que l'accès de l'Université lui soit ouvert. Aussi la dernière diète a-t-elle exprimé un vœu dans ce sens. Le petit nombre de femmes qui dans ces dernières années ont été admises à prendre part aux études universitaires n'avaient pas d'écoles où elles pussent s'y préparer. Les lycées mixtes dont nous avons parlé sont venus combler cette lacune.

L'Université. L'Université fondée à Abo en 1640 fut transportée à Helsingfors en 1828. Elle contient quatre facultés, théologie, droit, médecine, philosophie, cette dernière divisée en deux sections, celle des lettres et celle des sciences. Les chaires permanentes sont au nombre de 35; en outre, il y a, en ce moment, 10 professeurs extraordinaires, 35 agrégés et 19 autres fonctionnaires enseignants. La plupart des cours se font en suédois, quelques-uns en finnois. En février 1889, les étudiants se repartissaient comme suit entre les difi"érentes facultés : faculté de droit 596, des sciences 394, des lettres 393, de médecine 129 et de théologie 191, en tout 1,703, dont 12 femmes. L'âge moyen des étudiants à leur entrée à l'université est de 19 ans. Les étudiants forment un corps, qui possède en

propre une maison, contenant, entre autres locaux, une bibliothèque et des salles de lecture. Ils se groupent en outre, d'après leur province d'origine, en six sections, chargées d'une autorité disciplinaire sur leurs membres. Il existe aussi parmi eux plusieurs sociétés scientifiques, littéraires, artistiques, etc.

Entre autres institutions appartenant à l'Université, nous citerons : une bibliothèque renfermant 200,000 volumes et une précieuse collection de manuscrits, l'hôpital général, un institut anatomiqiie, un institut pathologique, des laboratoires de physique, de chimie, de zootomie et de botanique, un cabinet minéralogique, un observatoire astronomique, des musées d'anatomie, de zoologie et de botanique, ce dernier riche surtout en espèces indigènes, un cabinet numismatique, un musée d'histoire et d'ethnographie, un musée de sculpture, des salles de musique, de dessin, d'armes et de gynmastique. Ces diflFérentcs institutions sont installées dans des édifices qui, par leur étendue, leur disposition et leur apparence, sont supérieurs à ce qu'on voit dans bien des grandes villes de l'étranger. Le budget universitaire de 1887 était de 1,041,000 francs, dont l'État fournissait 670,000.

Les écoles techniques et industrielles. L'enseignement spécial à ses différents degrés est représente par un Institut polytechnique à Helsingfors (4 années d'études, 29 professeurs, 122 élèves), un institut d'agriculture et de laiterie (10 professeurs), 13 écoles inférieures d'agriculture, 15 écoles de laiterie, 1 institut forestier, 1 école de gardes forestiers, 1 école d'horticulture, 5 écoles industrielles, 7 écoles de navigation, 6 écoles de commerce, 15 écoles des métiers, 32 écoles du dimanche, destinées surtout aux apprentis, etc. Les frais de l'État pour toutes ces écoles montent à 762,000 francs par an. L'école militaire de Fredrikshamn est destinée à former des officiers pour les troupes finlandaises.

La part totale de l'État dans les dépenses pour l'instruction publique est de 5 '/a miUions de francs par

an, sans compter les frais de construction des bâtiments scolaires et une partie des frais de leur entretien. Mais cette somme ne représente pas tout ce qui se dépense en Finlande pour l'enseignement; la part des communes urbaines et rurales n'est pas insignifiante; les frais d'écolage payés par les élèves des écoles secondaires et supérieures, les dons des particuliers et les associations, font le reste.

Associations pour l'instruction et la moraiisation du peuple. Un grand nombre d'associations particulières travaillent à la propagation des lumières dans les rangs du peuple; elles publient et distribuent des écrits populaires, organisent des cours, cherchent à éveiller chez les gens du peuple le désir de s'instruire et l'intérêt pour les questions qui préoccupent notre époque. D'autres associations ont un objet philanthropique ou moralisateur, par exemple les sociétés de tempérance, de plus en plus nombreuses.

Ce n'est guère qu'à partir de la fondation de l'université d'Abo, en 1640, qu'on peut parler d'une littérature finlandaise. Le moyen-âge littéraire, comparativement riche en Suède et en Danemark, n'a laissé en Finlande que de rares monuments, des légendes de saints et des hymnes latines. La Réformation suscita, en Finlande comme ailleurs, des eff'orts pour répandre dans le peuple la connaissance de la religion. On publia en finnois des parties de la bible, des livres de prières et de psaumes, des catéchismes. Un des propagateurs les plus actifs de cette œuvre fut, comme nous l'avons dit plus haut, Michaël Âgrieola, évêque d'Abo (mort en 1554).

En 1642, après l'inauguration de l'Université, fut fondée la première imprimerie en Finlande. Les publications furent bientôt nombreuses, mais de peu de valeur. Cette même année la bible parut tout entière en finnois. Le latin restait la langue de la littérature

et de l'enseignement. Les études les plus florissantes étaient, en premier lieu, la théologie et, après elle, la linguistique.

La création de l'Université fortifia l'élément suédois en Finlande; de nombreux jeunes gens étaient envoyés de Suède pour faire leurs études à Abo. Sans doute le latin continua longtemps encore à être la langue de la science, mais le suédois fut bientôt celle dont les gens cultivés se servaient habituellement, tandis que le finnois était relégué au rang d'idiome populaire.

Dans la dernière moitié du dix-huitième siècle, nous voyons déjà plusieurs ouvrages savants se publier en suédois. C'étaient alors les sciences naturelles et l'économie politique qui étaient le plus cultivées. Un homme distingué, Anders C%rfew/i<s, chapelain et membre de la diète, exposa avec beaucoup de talent les mêmes principes économiques que l'illustre Adam Smith devait défendre onze ans plus tard.

En somme, ce ne fut pourtant que vers la fin de la période suédoise que les sciences et les lettres jetèrent quelque éclat en Finlande. A cette époque vivait à l'Université d'Abo le professeur i/e^zr/A; Qabnel Porthan (mort en 1804). Cet homme remarquable par son activité et ses dons intellectuels et auquel la postérité reconnaissante vient d'élever une statue, ne donna pas seulement une impulsion nouvelle à la science par ses travaux historiques et ses recherches sur les chants épiques finnois; il agit puissamment par son influence personnelle sur la jeunesse finlandaise et éveilla en elle le sentiment patriotique et national. C'est aussi par son initiative que se publièrent, eu 1771, les premiers journaux finlandais. Cependant la culture des sciences l'emportait encore sur les préoccupations littéraires. Ce n'est que vers la fin du siècle que la Finlande eut son premier poète, Frans Michacl Franx&n (né à Uléâborg en 1772, mort évêque en Suède en 1847; il avait quitté la Finlande après son annexion à la Russie). Franzén est un des plus grands poètes lyriques de

langue suédoise; il se distingue par la profondeur, le naturel et la grâce avec lesquels il interprète les mouvements intimes du cœur, les expériences de la vie et les grands spectacles de la nature. En même temps la Finlande possédait en Mattias Calonius (m. en 1817) un juriste éminent, qui défendit avec autant de courage que d'habileté les droits de la Finlande dans sa nouvelle situation politique.

Après la séparation d'avec la Suède, les lettres et les sciences languirent longtemps. Sous Nicolas I une censure ombrageuse bâillonnait l'opinion publique. La vie intellectuelle fut un temps comme engourdie; il ne se publiait pas de livres ; l'unique feuille périodique, devenue journal officiel, était absolument dépourvue d'intérêt.

Cependant les semences répandues par Porthan, Calonius et Franzén, germaient lentement mais sûrement dans les jeunes esprits; le patriotisme s'éveillait. Le danger que la nation ne fût divisée en deux fractions par la diiférence de langues, avait été prévenu par l'impulsion donnée par Porthan aux recherches sur la langue, les mœurs et les aspirations de la population finnoise. L'idée de nationalité, qui partout alors s'éveillait en Europe, se fraya un chemin jusqu'en Finaude et y trouva un sol bien préparé.

Les écrivains qui se formèrent sous ces influences, professaient la nécessité d'une littérature vraiment nationale, en harmonie avec la nature et les besoins spéciaux de la Finlande. Mais il fallait pour cela que la langue de la majorité du peuple fût étudiée, cultivée, enseignée dans les écoles, en un mot, qu'elle recouvrât ses droits naturels. Le premier qui se fit l'organe de ces pensées, fut A. J. Arvidsson (m. 1858); il revendiquait en même temps la liberté de la presse sur un ton qui lui coûta sa chaire à l'Université.

En même temps, on s'était mis à étudier et à travailler la langue finnoise. Le premier journal finnois parut en 1820 et fut bientôt très répandu.

Cette idée que la Finlande formait une nation ne devait pas périr. L'année même où les portes de l'Université se fermaient à Arvidsson, elles s'ouvraient à trois jeunes gens destinés à exercer, chacun dans sa sphère, une influence capitale sur le mouvement des esprits; c'étaient Runeberg, Lœnnrot et Snellman.

L'Université, transférée, en 1828, à Helsingfors, récemment devenu capitale, y ressentit les remous du courant d'idées qui parcourait alors l'Europe. Les aspirations patriotiques et libérales de la jeunesse se tirent jour à travers des obstacles d'abord très sérieux; l'impulsion était donnée, le mouvement ne devait plus s'arrêter.

La poésie brilla tout à coup d'un éclat que rien n'avait fait pressentir. Un amour profond pour la Finlande unie, patrie commune de deux races, un zèle ardent pour ses progrès, voilà la source d'inspiration de cette jeune poésie finlandaise, qui eut pour père et pour maître glorieux Johan Ludvig Runeberg (né en 1804, mort en 1877). Runeberg n'a pas d'égal dans la littérature suédoise. Sa langue est d'une simplicité classique; pas trace de recherche ou d'effort dans les chefs-d'œuvre de cet artiste de génie. Ses poésies lyriques sont bien véritablement finlandaises par la manière de sentir et de voir et par le choix des images. Dans la plupart de ses poèmes épiques, ont voit reproduites les diverses conditions de la vie finlandaise. Ses admirables «Récits de l'enseigne Stôl** font revivre dans une série de petits poèmes épiques les épisodes et les héros de la guerre de 1808 — 1809. Parvenu à la pleine possession de son art, le poète a mis dans cette œuvre tout son génie et tout son cœur; aussi l'impression qu'elle a faite a-t-elle été profonde et durable; elle est devenue l'épopée nationale de la Finlande moderne; elle a révélé la patrie aux Finlandais. Ce cycle épique débute par une invocation à la patrie, qui immédiatement et par un accord unanime a été adoptée comme chant national; dès que résonne „Vârt land*

(Notre pays), toutes les têtes se découvrent, et tous les cœurs finlandais s'unissent dans la promesse et l'élan d'espérance que contient ce chant. — Le peuple Finlandais a dressé à Helsingfors une statue à son grand poète national. La modeste demeure où il a passé ses dernières années dans la petite ville de Borgâ, a été acquise par la nation et est pieusement conservée telle que le poète l'avait disposée et aimée.

Presque en même temps ou peu après Runeberg naquirent plusieurs autres poètes distingués, qui devaient se développer à ses côtés, tout en conservant leur individualité. Il faut citer en première ligne Zachris Topelius, encore vivant. Sous le dur régime d'une censure ombrageuse, Topelius a su donner une voix aux aspirations du peuple finlandais vers la liberté dans des chants harmonieux, dont la symbolique naturelle ne donnait pas de prise à la loi. Son lyrisme élégant et tendre, gracieux sans mièvrerie, a fait de Topelius le poète tout particulièrement aimé des jeunes filles. Quant à ses nombreux ouvrages pour l'enfance, en prose et en vers, ils comptent parmi les chefs-d'œuvre du genre. Qu'il s'adresse à l'enfance, à la jeunesse ou à l'âge mûr, la nature et la patrie sont toujours ses deux muses; il fait connaître et aimer la patrie finlandaise. Ses romans historiques, dont les sujets sont tirés des annales finlandaises, sont très populaires dans le nord Scandinave; quelques-uns ont été traduits dans plusieurs langues.

Fredrik Oygnaeus (mort en 1881) fut aussi un personnage marquant dans le mouvement intellectuel de cette époque, moins cependant comme poète que comme orateur patriotique et par l'ardeur avec laquelle il s'efforça de provoquer et d'encourager le développement d'un art national finlandais.

En même temps que la littérature finlandaise de langue suédoise suivait ainsi un courant de libre individualité nationale, on avait repris avec énergie le travail dont l'étude et le perfectionnement de l'idiome finnois

avait commencé à être l'objet à une époque précédente. C'est dans ce but que fut fondée, en 1831, la Société de littérature finnoise, dont l'activité incessante et variée devait avoir pour l'avenir de la Finlande des résultats considérables. Un de ses premiers objets fut de recueillir les traditions poétiques encore vivantes dans la mémoire du peuple finnois. Ce travail fut accompli en grande partie par Elias Lœnnrot (d'abord médecin, puis professeur de langue finnoise à l'Université, mort en 1884). Il parcourut avec un zèle et une persévérance infatigable les contrées de la Carélie finnoise et russe où se chantaient encore les nines. Ce savant modeste, né dans la cabane d'un pauvre cordonnier de campagne, est resté toute sa vie un type de ce qu'il y a de meilleur dans le Finlandais du peuple. Aussi était-il mieux que tout autre fait pour mener à bien l'énorme et difficile tâche qu'il s'était imposée. Homme du peuple lui-même par son origine, il savait parler aux gens du peuple, mériter leur confiance et obtenir des humbles chanteurs de runes le secret de ces trésors poétiques qu'ils cachaient jalousement aux yeux des messieurs. Il reconnut alors avec étonnement que ces runes étaient des parties d'un tout; elles se rapportaient aux mêmes événements et chantaient les mêmes héros. Lœnnrot reconstitua cet ensemble; c'est ainsi qu'on vit paraître, en 1835, la première édition, beaucoup augmentée depuis par la découverte de nouveaux chants, de ce merveilleux cycle épique finnois, le Kalevala, que des autorités comme Max Millier et Steinthal n'hésitent pas à placer au rang des grandes épopées nationales. En 1840, Lœnnrot pubUa, sous le titre de Kanteletar, un recueil de poésies lyriques finnoises, en 1842, les proverbes finnois, en 1844, les énigmes, en 1880, les incantations ou chants magiques. Il a publié aussi un recueil de contes populaires finnois *).

*) Le Kalevala est traduit en français, suédois, anglais, russe, allemand et hongrois. (Voir l'appendice II).

Pendant que Lœnnrot faisait revivre ainsi toute une riche poésie, M. A. Castrén (professeur à l'Université de Helsingfors, mort en 1852) jetait les fondements de la linguistique finnoise. Il consacra plusieurs années à parcourir les déserts qui bordent la mer Glaciale, pénétrant dans l'intérieur de la Russie et de la Sibérie jusqu'aux frontières de la Chine, pour étudier les idiomes des tribus clair-semées de race finnoise qui habitent ces rudes contrées; il recueillit ainsi les matériaux d'ouvrages qui ont fait connaître son nom bien au-delà des limites de la Finlande. M. A. E. Ahlqvist, qui occupa plus tard la chaire de Castrén, a marché sur les traces de son illustre devancier, et s'est en outre fait un nom comme un des plus élégants poètes en langue finnoise.

Mais on ne se borna pas à ces recherches d'érudition et de littérature. On ne tarda pas à comprendre l'importance qu'aurait, pour le développement intellectuel et politique du peuple, l'emploi de sa langue dans les affaires de l'État et dans les relations de la vie sociale. Le premier et le plus ardent revendicateur des droits de la langue finnoise fut J. W. Snellnian {mort en 1881). Il existait en Finlande, dès 1820 environ, à côté de la presse officielle, des publications périodiques, mais qui ne s'occupaient guère que de littérature. Vers 1840, Snellman commença à traiter, dans les feuilles rédigées par lui, des questions politiques avec une hardiesse inconnue jusqu'alors en Finlande. Il eut à en souffrir dans sa personne, mais l'idée pour laquelle il combattait gagnait du terrain. La ^question finnoise" une fois éveillée ne put plus être étouffée. Sous Alexandre II, Snellman, devenu sénateur, vit ses efforts couronnés de succès.

Le joug de la censure qui pesait lourdement sur le journalisme fut allégé, après 1860, à la renaissance de la vie politique; depuis lors, l'importance de la presse périodique n'a pas cessé d'augmenter. Le „Helsingfors Dagblad" fut longtemps, sous son rédacteur

en chef R. Lagerborg, la sentinelle vigilante des intérêts constitutionnels et l'apôtre du progrès politique et social. Le nombre des journaux alla croissant et ils s'adressèrent à un public toujours plus nombreux. Actuellement il paraît en Finlande 58 journaux et revues en finnois et 44 en suédois; un grand nombre de ces publications pénètrent jusque dans les plus pauvres cabanes. La presse est devenue en Finlande, comme ailleurs, une puissance dans l'État. C'est à elle qu'est dû en grande partie le rôle considérable que joue maintenant la langue finnoise dans tous les domaines de la vie finlandaise. Ce résultat n'a pu être acquis qu'au prix d'une lutte souvent violente entre les partisans de la prépondérance finnoise, surnommés dans le pays ^fennomanes", et le parti des ^svécomanes*^, qui craint que ce développement ne se fasse aux dépens des droits légitimes de la langue suédoise. La lutte dure encore; c'était une phase inévitable du développement naturel de la vie sociale et politique en Finlande.

Ce réveil de la langue finnoise a eu pour suite naturelle l'épanouissement d'une jeune littérature, déjà relativement riche et pleine de promesse d'avenir. La poésie et le roman comptent déjà des oeuvres de mérite; les nouvelles du paysan Pàivàrinta, d'une originalité si franche et si naïve, d'une couleur locale si vraie, ont été remarquées même à l'étranger. La création d'une scène dramatique finnoise a donné naissance à un assez grand nombre d'œuvres indigènes. De nombreuses traductions mettent les chefs-d'oeuvre des littératures étrangères à la portée du public finnois.

Le même progrès se fait sentir dans le domaine purement scientifique. L'Université en a été tout naturellement le principal foyer. Mais autour et plus ou moins indépendamment d'elle, il s'est formé des associations faisant paraître des publications scientifiques et littéraires. Nous avons déjà nommé la Société de littérature finnoise, qui remonte à 1831; en 1885 fut fondée une Société de littérature suédoise. La Société

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des sciences de Finlande, fondée en 1838, se montre pleine de vie et d'activité dans des domaines variés. D'autres associations encore méritent une mention : La Société Pro Fauna et Flora Fennica (1821), la Société finlandaise d'archéologie (1870), la Société finlandaise d'histoire (1875), la Société pour la géographie de la Finlande (1888), la Société de géographie (1888), la Société finno-ougrienne (1883) etc. Toutes ces associations ont leur siège à Helsingfors. Il y en a d'autres, ayant plutôt pour objet des applications pratiques des sciences et qui ont leurs publications spéciales. Mentionnons encore une importante institution de l'État, le Bureau central de statistique, à Helsingfors, définitivement constitué en 1870.

Le gouvernement, comprenant bien que la meilleure manière pour la nation finlandaise de prouver son droit d'exister, est, d'une part, de travailler sans relâche à son développement intellectuel et national, de l'autre, de prendre une part aussi active que possible à la vie scientifique universelle, n'a jamais cessé de soutenir et d'encourager généreusement tous les efforts faits dans ce but.

Beaux-arts.

Pendant les quarante années qui suivirent l'annexion à la Russie, on ne peut guère parler d'un art indigène. Les quelques personnes qui se sentent une vocation artistique, vont étudier et faire leur carrière en Suède. Le transfert de la capitale à Helsingfors ifournissait pourtant à l'architecture un beau champ d'activité. Mais les architectes de cette époque sont tous étrangers. K. L. Engel (mort en 1840) construit l'église de S:t Nicolas, l'Université, le Sénat, la caserne de la garde; à O. T. P. Chievntx (mort en 1862), on doit la Maison de la noblesse. Plus tard cependant on voit se former peu à peu des architectes indigènes, et un grand nombre de

beaux édifices qui ornent maintenant la capitale, témoignent des progrès accomplis. Mentionnons spécialement, parmi les architectes finlandais, SJostrôw et Hôi/er, qui a construit l'Athénée (voir plus bas) et un grand nombre de belles maisons particulières.

La fondation de la Société finlandaise des beauxarts, en 1846, fut le point de départ d'une ère nouvelle. Cette société a travaillé à cultiver le goût du public par l'organisation d'expositions; elle a cherché à éveiller les talents sommeillants en créant deux écoles de dessin, une à Helsingfors et une à Abo. Le premier peintre de mérite que la Finlande ait eu, est R. W. Ekman (mort en 1873). A cette époque de premier développement appartiennent aussi les frères M. de Wright (mort en 1868) et F. de Wright. Cependant les écoles de dessin avaient formé des élèves qui allèrent compléter leurs études à l'étranger, dans les premiers temps à Dusseldorf et Munich, depuis surtout à Paris. Parmi les premiers il faut citer K. E. Jansson (mort en 1874), peintre de genre. Parmi les seconds, A. de Becker et A. Edelfelt, dont le talent remarquable est universellement reconnu et apprécié. V. Holmberg, mort jeune en 1860, a interprété avec originalité et poésie la nature finlandaise; B. Lindholm et Hj. Mujisterhjebn ont marché avec bonheur sur ses traces.

Il s'est passé bien des années avant que la sculpture eût un représentant finlandais. Lorsqu'il fallut exécuter la statue de Porthan, on appela en Finlande un artiste suédois, C. Sjostrand. Celui-ci, resté dès lors à Helsingfors, a taillé dans le marbre les héros du Kalevala. Parmi les sculpteurs finlandais actuels, F. Runeherg (établi à Paris) et J. Takanen (mort jeune à Rome en 1884) occupent un rang honorable dans l'art contemporain.

Il a été beaucoup fait à Helsingfors en ces dernières années pour le développement des arts appliqués. La Société finlandaise des arts appliqués à l'industrie y a fondé une école centrale (19 professeurs, 272 élèves,

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