APERÇU GÉNÉRAL
là, dans une seule paroisse, celle de Brândô, on a compté de six à sept cents rochers et îlots, dont pourtant une douzaine seulement sont habités. Mais le nombre de ces îlots va sans cesse en diminuant; le fond de la mer, en s'élevant, se découvre peu à peu et finit par les réunir par des langues de terres basses. On va maintenant à pied sec là où les vieux pêcheurs se rappellent avoir navigué leurs chaloupes; en bien des endroits désignés comme de l'eau sur les cartes de 1790 — 1800, on voit aujourd'hui de verdoyants pâturages. Les golfes se dessèchent, les bas-fonds deviennent des îlots, les îlots sont réunis au continent. Jusqu'à une distance de 30 kilomètres dans l'intérieur des terres, on a trouvé des restes d'embarcation, et des anneaux destinés à amarrer les navires. On estime l'émergement de la côte à 0,6 m. par siècle dans le golfe de Finlande, et à 1 m. dans le golfe de Botnie.
Il suffit d'un coup d'œil sur l'archipel côtier pour comprendre la constitution physique du pays tout entier; c'est évidemment le même processus. Aux îles de l'archipel correspondent, dans l'intérieur, les collines et les hauteurs, aux détroits et aux bras de mer, les vallées, dont le fond est en général occupé par des lacs. Le nom de „pays des mille lacs" ne répond, en effet, que faiblement à la réalité. Les eaux couvrent encore la dixième partie de la superficie totale, c'est à dire qu'elles sont à la terre ferme dans une proportion 3'/2 fois plus grande qu'en Suisse et 40 fois plus grande qu'en France. Plusieurs de ces lacs sont assez considérables: le Pielisjârvi, dans la Finlande orientale, et le Pàijàne, le lac principal du bassin central, occupent une superficie double de celle du lac Léman; le lac Enare, en Laponie, est près de trois fois, et le Saima, dans le sud-est, plus de trois fois plus grand que le Léman. Mais ils sont en général assez peu profonds; le Pàijàne atteint 89 mètres. Du reste la terre ferme elle-même est en grande partie imbibée d'eau: les marais et les fondrières en occupent près d'un cinquième,
c'est-à-dire à peu près l'étendue du royaume de Bavière, par exemple.
En réalité, ces lacs innombrables communiquant entre eux ne sont guère que d'immcnces fleuves au cours extrêmement lent. En revanche, les rivières proprement dites ne sont pas considérables: les plus grandes peuvent se comparer à la Seine et à la Garonne. Mais elles se distinguent de la plupart des fleuves de l'Europe centrale par l'élévation et la constance de leur niveau; il est bien rare que les crues d'automne et de printemps occasionnent des dégâts le long des rives. Un autre caractère distinctif des rivières finlandaises, c'est l'abondance des rapides et des tourbillons; il en est qui, non seulement dans leur cours supérieur, mais jusqu'à leur embouchure, courent de rapide en rapide, opposant un obstacle presque insurmontable à la navigation; il est rare cependant que ces rapides forment de véritables chutes d'eau. Pendant des kilomètres, le fleuve court en bouillonnant sur un lit doucement incliné de roches accumulées pendant la période glacière. Un grand nombre de ces rapides olîrent un spectacle imposant. Quand la masse colossale des eaux du Saima franchit, entre des murailles de rocher espacées de 40 m. seulement, le seuil qui l'enferme, elle forme les rapides d'Imatra, célèbres à juste titre. La chute n'est pas considérable, 20 m. sur une longueur de 325 m.; mais par la masse et le tumulte de ses eaux écumantes, la puissance de ses tourbillons, Iniatra est unique en Europe; on a calculé qu'elle déverse 1,773,000,000 de litres d'eau par heure, et son mugissement s'entend à 6 kilomètres de distance.
L'aspect hydrographique du pays subit parfois des modifications assez rapides; d'anciens lits de rivières maintenant desséchées témoignent de changements arrivés à une époque peu reculée. Des lacs se sont frayé un écoulement par de nouveaux rapides, tandis que leurs anciens débouchés disparaissaient. L'assèchement graduel a été considérablement hâté, surtout dans ces