‹ La FinlandeChapitre 2 sur 6 · P0É8IB ÉPIQUE · texte numérisé non relu

P0É8IB ÉPIQUE

poutre, que la poutre de la pirtti; sa langue dressée montre le dard qui donne la mort. »

Le joyeux Lemmikainen dit : « Naguère, j'ai labouré un cliamp de serpents» une plaine de vipères « j*ai retourné la terre d*nn champ de cou» lœuvres avec mes mains nues. Ce fléau ne. donne point la mort au héros.

» Je prendrai fnes gants de vipère, mes gants couverts de serpents ; avec eux j'écraserai les monstres, je les lierai ensemble et je les attacherai à mon traîneau (8). Âpporte-moi ma cuirasse et mes armes de guerre, je veux aller à la fête de Pohjola, aa mystérieux festin. »

La mère de Lemmikainen dit encore: «Mon fiJs, ne pars point, ne va point au festin de Pol4ola. De grands dangers te menacent dans le voyage» et au but du voyage.

«Quand tu seras arrivé dans Tenceinte de f objola, tu trouveras un loup (9) attaché à la porte avec un anneau de fer, un ours attaché avec une chaîne de fer. Us ^ précipiteront sur.toi. Déjà ils ont dévoré cent hommes, égorgé miUe héros; ils te dévoreront aussi, ils tueront le noble de la nation.»

Le joyeux Lemmikainen dit : c La jeune brebis peut être dévorée, il n'en est pas de même de rhomme, quelque faible qu'il soit* Moi, je suis ceint comme les hmnmes, je suis armé des ongles des hommes, lié avec les agrafes des hommes. Non, je ne tombent point dans la gueule du loup de

Pohjola, je ne serai point la proie des bèies féroces.

Je mettrai un frein aux loups, j'enchaînerai les ours; ainsi je triompherai du danger. »

La mère de Lemmikainen dit : « Mon fils, ne pars point , ne va point dans la tupa de Pohjola , dans les murs de Sariola. 11 y a là des hommes ceints de glaives, des guerriers bardés de fer ; Tivresse (10) les exalte et les rend furieux. Ils t'cnchanteronl, toi, misérable, ils enchanteront ton glaive, les armes que tu fes faites , Facier qui te couvre. Déjà plu* sieurs héros, plusieurs forts ont été vaincus par eux. Au milieu de leur foule, tu seras comme le passereau tourmenté par une femme sans pitié.

» Cent troncs d'arbres se dressent sur la colline, tous surmontés d'une tête; ' un seul n'en a point encore, il attend la tienne. •

Mais le joyeux Lenmiikainen saisit son glaive, et Fappuie contre terre : Facier se recourbe dans sa main comme la jeune cime du prunier, comoie la rameau du genévrier naissant (11).

Le joyeux Lenunikainen dit : i Nui ne voudra mesurer son glaive dans les demeures de Pohjola , dans les régions de Sariola. »

Et il prit son arc et il dit encore : < JerappeUêral homme, je l'estimerai héros celui qui pourra tendre mon arc dans ks demeures de Pohjola» diàm les ré^ gions de Sariola. »

11 est temps de partir : Lemmikainen revêt sa Quirasse et ses vieilles armes de gu^e.

fia^niàre lui dit :f Mon IDs, mon plus jeutiefib»

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poiàtM ÉPiQirB. i

enfant plein de bravoure, si tu va§ dans quelque festin, si tu assistes & quelque fête, ne bois Jamais que la moitié de la coupe, laisse aux autres le reste de la liqueur; ainsi tu deviendras homme, tu deviendras noble héros entre toute la foule des hétù9.

»Si tu vas dans quelque festin, si tu assistes à qaèlqoe fête, assieds-toi seul^ent sur la moitié

ffun siège, fais seulement la moitié d'un pas, laisse les autres faire le reste : ainsi tu deviendras homme, tu deviendras ncble héros entre la foule des hé^

rD8(12). » •

Enfin Lemmikaineil a quitté le toit de sa mère, n maicbe un Jour, et il arrive à la cataracte de

feu. Dans cette cataracte s'élève un rocher de feu, et sur ce roch^un bouleau de feu, et suir ce bouleau un aigle de feu, aux onglet de feu, à la boucbè de feu, & la gorge flamboyante. Pendant la nuit il 9igaÊ8e ses dents, pendant le jour il polit ses éu^ glesoontre Pétranger qui arrive, contre le voyageur qui approche,

LemmikaineB n'est point épouvanté. U fouille dans sa poche, et il ^ tire des plumes de canard. U ûrotte ces plumes entre ses mains, il les brise ses dix doigts. Soudain il s'en élève ime'foulê de canards qui prennent leur essor, et vont s'abattre sur les arbres couverts de feuilles, sur les oouieam*

Lemmîkainen se met à leur poui^suite, il les praid tous et les jette dans la gorge de l'aigle,

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s LA FlNtAKDE.

dans la bouche de l'oiseau dévorant, et U dit: t Mon aigle, mon -oiseau, tourae la tête d*un autre côté, ferme tes yeux aigus, afin que le voyageur, ailu surtout que Lenunikaiaen puisse continuer sa route. >

Ainsi le héros joyeux échappa à ce premier danger, ainsi il accomplit sa route d'un jour.

Il marche encore , il fait encore sa route d'un jour. Sur la roule il rencontre un lac de feu, et dans ce lac une île de feu, et dans cette ile un hain de feu, et dans ce hain un puits de feu plein de pierres chaudes, de rocs brûlants pour l'étranger gui arrive, pour le voyageur qui approche.

Lemmikainen n*est point épouvanté : il adresse sa prière à Ukko : « 0 Ukko, le plus grand des dieux, ô père céleste, envoie une nuée de LuotehOt une autre de Lanne, une autre d'Ita, une autre de Koilli (là). Que ces nuées se heurtent dans leur course, qu'elles luttent ensemble dans l'espace. Envoie la neige à la hauteur d'un bâton, fais-la bouillonner, jusqu'à la hauteur d'une lance, sur les pierres chaudes, sur les rocs brûlants. »

Et Ukko envoya de la neige, et il la fit monter jusqu'à la hauteur d'un b4ton, bouillonner jusqu'à la hauteur d'une lance, sur les pierres chaudes, sur les rocs brûlants. Lemmikainen lui-même jeta dans le puits de feu un bâton enchanté (là) qui en ferma l'entrée. Ainsi il échappa à ce second daur* g€ir, ainsi il accomplit encore sa route d'un jour.

Lemmikainen continua sa routCp Déjà Ifi» port^

de Pohjola apparaiflscfiat« les gonds fatals gémissent.

Une cloison de fer s'élève de la terre jusqu'au ciel, et du ciel s'abaisse jusqu'à la terre ; elle est appuyée smr des lances, liée avec des serpents, attadiée avec des vipères, nouée avec des lézards. Leurs queues pendent et s'agitent derrière la haie; leurs têtes dfSient et se dressent ea ddbiors.

La terre est encore jonchée de serpents aux longs anneaux, aux langues sifjûantes, aux queues menaçantes. Un serpent est couché en travers de ta porte,, un serpent plus long que la plus longue poutre, que la poutre de la pirtti : sa langue levée montre le dard qui donne la mort.

Leounikainen n'est point épouvanté. 11 saisit le glaive pendu à son c6té» et frappe la cloison* La cloison tombe brisée en deux parties.

Alors Leuunikainen dit : « 0 serpent noir et souterrain, ver aux couleurs de la mort, qui te roules sous le gazon, qui habites dans les racines du lis, qui te glisses à travers les arbres, qui creuses jusqu*4 la base putride de leurs troncs ! Qui t'a envoyé du gazon, qui t'a chassé des racines pour te faire ranq>er sur la terre de la route? Ëst-ce ton père, ou ta mère, ou ton frère atné, ou ta plus jeune sœur (15), ou quelque autre de tes nobles parents? Dans , la mousse est ta tupa, sous la racine est ta deineure, sous la cloison ton habitation, dai^ le gazon ton séjour.

» Ferme la bouche, baisse la tète, caçhe ta lan-

gue ai^uç, ta bouche. de jiaine, ta tête de lajgae, tes

dnq éeats de laine, animal de laine (16) t Remuer toi comme une bande de laine, comme mie gousse de fève, roule tes anneaux, pUe-toie en faisceau, pose ta tété sur la mousse, coache-la sur le guson;

prends garde, si lu la lèves, <[U*Ukko ne la brise avec sa grêle de pierres. »

Ainsi le joyeux Lemmikainen aoGomj^t «M trol» sième fois sa route d'un jour.

Il entra dans Tenceinte de Pohjola* Le loup aux mmeaut de fer, Tours à la chahie de fer, qui veillent aux portes, et qui déjà ont dévoré cent hommes, tué mille hâros, veulent eneose dévorer Lemr mikainen.

Mais le héros n'est point épouvanté. 11 fouille dans sa poche et en tire de la laine qu'il frotte entre ses mains, qu'il roule en flocons avec ses dix doigts. Soudain il en sort une troupe de béliers, xme troupe de brebis qui deviennent la proie des loups, la proie des bôtes féroces de Pohjola. "

Alors Lemmikainen se dirigea vers la tupa. Arrivé àla porte, il s^arrèta sur le seuil, découvrit sa tête et ses mains et dit : « Les nobles convives ont été invités, mais le plus noble n'a pas été invité. »

L'hôtesse de Pohj(da dit : t 0 fils de Lemmi, ta visite m'est fatale, tu viens pour tourmenter mon âme. La bière n'est encore que de l'orge, le pain de froment est encore en grains, la cliair n*est pas encore cuite. Plût à Dieu que tu fusses arrivé une nuit plus tôt on un Jour plus tard! i

Le joyeux j^enim i kainen tordit la bouche, tourna

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POSaiE BPIQUB. il

la tètft 8BQima«inair0(diQvdiiro» et dit } cLa nourriture est-elle déjà mangée, les vivres déjà consommé», k lx>is60Q épuisée i

« VottS av6t envoyé partout des Invitations, voua avez fait courir partout les chevaux, vous avez invité d£s lioiiuue& da toute raoa, des pauvres, des aveugles, de$ paralytiques, des mutilés, vous m*a^ vez laissé seul sans invitatijon.

» Pourquoi m'ayei&^vouà ainsi négligé? Gepen** dant Torge que vous avez bu était k moi, c'était la moisson semée par moi, mesurée par mes mains,

« ^ ne puis rastnr comme convive si vons n*avez rien i me servir, si le bélier n'est point immolé.— Amenez le bœuf, le bœuf aux grasses jam-* bes, dinsila tupa, faites cuire de la bière nouvelle, afin que celui (]ui a faim puisse manger, que le béros qui a couru puisse étancber sa soif. »

L'hôtesse de Pohjola dit : • Petite servante, mietii la chaudière sur le feu, apporte la bière au convim >

La petite servante mpèta dans la chaudière les os

de 1a viande, les têtes des poissons, les feuilles sèches de cho», la croûte des pains durs.

Eue apporta ensuité une coupe pleine de bière : au fond, de la lie; à la surface, de Teau; au milieu des vipères, ûesserpentamnpentsar les bords du vase, des lézards palpitent dans la liqueur.

Le joyeux Lemmikainen dit : « O bière rouge ! tu eadensnièe bien mauvaise de misérable que ta étais déjà autrefois. Que ce qui est bou coule dans

Di

ma bouche, que la lie épaisse tombe par terre I » Et il fouille dans sa poche et il en tire un croc de fer quMl plonge dans la bière. Aussitôt les serpents, les vipères, cent grenouilles , mille noirs reptiles s'attachent au croc. Lennnikainenles tire du vase» porte à sa bouche la bière écumante et dit : « Je suis un convive méprisé, si Ton n'apporte point de meilleure bière dans un vase plus grande Leaute, fils de Pohjalainen, hôte de Pohjola, permets-moi de Cacheter de la bière, d'avoir une bonne boisson pour de Targent. »

L'hôte (le Pohjola, frémissant de colère, recoui t à ses enchantements et suscite un iac pour engloutir le héros.

MaisLemmikainen fait surgir un bœuf, qui boit toute l'eau du lac.

L'hôte de Pohjola susdle un loup pour dévorer le bœuf. Mais Lemmikainen fait surgir un lièvre blanc qui devient la proie du loup.

L*hôtede Pohjola suscite unchien, aux dents cro« chues, pour dévorer le lièvre.

Mais Lemmikainra fait surgir un écureuil» pour qu'il s/B mette àcourir , et que le ^en aboie après lui.

Alors l'hôte de Poi^ola dit : t Le festin ne peut devenir meilleur, si le nombre des convives n'est diminué. Le travail de la terre chasse les convives, même des festins les plus splendides. »

£t il prit son glaive, et il en effila la pointe de feu, et il dit : « Écoute, fils de Lemmi, mesurons nos épé«s, éprouvons nos glaives (17)* »

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Le joyeux Lemmikaiitén dit : « Qué pèot valofar

ïxioïi glaive, puisqu'il s'est brisé contre les os, rompu sur les têtes? Cependant» s*il n*y a point .de meil^ leur festin, mesurons, éprouvons. Que celui dont le glaive est plus long, la pointe plus terrible, donne le premier coup! t

Et les glaives sont mesurés, les épées sont éprouvées. Le glaive de l'hôte de Pohjola dépasse celui de Lenunikainende la longueur d'un grain d*orge, de la tache noire qui est sous l'ongle.

Le joyeux LiBHmiil^ainen dit : « Ton glaive est le pli|8 long. A toi de frapper le pilier coup! »

Et l'hôte de Pohjola commença à frapper ; mais son glaive tomba sur la poutre de la pirtti.

Lemmikainen dit : « Le combat est ennuyeux, le jeu sanglant est difficile dans la tupa ; car il souille la tupa nouvellement bâtie, il tache les bancs nouvellement kvés.' Sortons ! Le sang est meilleur dans la cour, il brille plus beau sur la neige. »

£t ils allèrent , dans la cour : là ils trouvèrent unepeau de bœuf (18), ilsFétendirent sur la neige, et en firent la place du combat.

Le joyeux Lemmikainen dit : ,« Écoute, hôte de Pohjola; ton glaive est plus long que le mien, ton épée plus terrible ; frappe. »

L*hôte de Pohjola frappa. Il frappa une fois, deux fois, trois fois. Mais il ne put même effleurer la peau de son adversaire.

Alors vint le tour de Lemmikainen. L*enfant joyeux frappa une fois, et la tête de Thôte de Pohja

U tk PIHLAltllK.

fut séparée de son corps. Il frappa une autre fois, et il le partagea en trois parties, comme la chair ffm porc.

La colline était couverte d'arbres abattus, la cour de poutres surmontées de têtes d'hommes; une seule était sans tête : Lemmikainen y attacha celle du malheureux hôte.

Alors le joyeux Lemmikainen recommença ses enchantements, et il changea en or et en argent la pere de Polijola. Il ne laissa libre d'enchantement que la vieille hôtesse, afin qu'elle pût laver la pirtti, balayer le pavé, servir la bière, apprêter la nourriture.

Louhi, l'hôtesse de Pohja, Hat salsiè de colèré;

elle enchanta soudain tous les hommes armés de glaives, tous les héros couverts de cuirasse , afin qu'ils tuassent Kaukomieli (i9)<

Déjà un grand bruit retentit au dehors, la pous* sière apparaît sur les terres voisines. Il devient im^ possible de célébrer des nocès dans Pohjola, des festins dans Pimentala. •

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DIX-HUITIÈME RUNA.

Le joyeux Lemmikainen part pour la maisan de sa mère. 11 porte la tète baissée, le chçipeau iucliné,. ilesttriAte»

Sa mèreuccourt à sa rencontre et lui dit : « Mon ûls, mon plus jeune fils, pourquoi es-tu triste? Les hommes de Pohjola t'ont-ils offensé av^c Jl^s çout| pes? Slls t'ont ofiensé av^cles coupes, je f en donnerai une meilleure que celles qu'ils possèdent, la coupe que ton père a prise dans un (^}>at » ;

Le joyeux Lemmikainen dit : « Ha mère, ma nourricef si quelqu'un m'eût offensé, avec les cou-, pes, je me serais vengé sur Tbôte,. sur cent homr^. mes, sur mille héros. »

La mère de J^smmUtainen lui dit : Pourquoi es-tu lïistiSt mon fil»? ^ fepuaes s^ eont^^^;

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moqaées de toi? Si les femmes se sont moquées de

toi, prends la meilleure vierge, la plus douce vierge de Wenâja (2), la belle de Karjala. »

Le joyeux Lemmikainen dit : • Ma mère, ma nourrice, si les femmes s'étaientmoquées de moi, je me serais vengé sur les convives» sur cent femmes» smr mille femmes. »

La mère de Lemmikainen lui dit : « Pourquoi es-tu triste, mon fils? T'ont-ils berné avec les chevaux? S*ils font berné avec les chevafux, prends le meilleur de ceux qu'a nourris ton père. »

Le joyeux Lemmikainen dit : « Ma mère, ma nourrice, s'ils m'avaient berné avec les chevaux, j'aurais berné mes hôtes, j'aurais détruit cent chevaux, mille chevaux.

« Ma mère, ma nourrice, mets ce qui m'est nécessaire pour le voyage dans mon sac : de la farine, du beun^, de la chair de porc. Je veux fuir mes propres actions (3), je veux me soustraire aux brigands : les hommes aiguisent leurs glaives, il$ polissent leurs lances. >

La mère interroge son fils : « Pourquoi les hommes aiguisent-ils leurs glaives, pourquoi polissentils leurs lances? »

' Le joyeux Lemmikainen dit : « Un événement prodigieux a été vu dans la fête de Pohjola, dans lés festins dé Sariola (&). J*ai tué un hcHnme, un héros, l'hôte lui-même, avec mon glaive. Voilà pourquoi les glaives s'aiguisent, les lances se polissent. J'ignore le Hëu où je pouirai cacher mon

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POÉMB «FlQlfE. 17

crime. O ma mère, ma nourrice, dis-moi où je puis fuir. »

La mère dît à son fils : Je te Payais bien dit,

mon fils, je t'avais multiplié mes exhortations : ne va point à Poliyolal Tu eusses dû rester Ik où habite la probité (5), dans la maison de ta mère, dans la maison de ta nourrice.

» Si, pour te cacher, tu veux rester comme le pin sur la colline, comme le genévrier dans la plaiae, là aussi le malheur tombera sur toi, car souvent le pin de la colline est coupé pour servir de torche, souvent le genévrier de la plaine est coupé pour servir de pieu à la haie.

» Que tu croisses conune le bouleau dans la vallée, là aussi le malheur tombera sur toi, car souvent le bouleau de la vallée est coupé avec la hache et divisé en mille morceaux.

» Si tu deviens baie des bois, arboisier des plaines, fraise de ces collines, là encore le malheur t'atteindra, car les tendres vi^ges te cueilleront , les jeunes filles ornées de fibules d'étain t'enlèveront.

. » Si tu deviens brochet dans la mer, queue de saumon, foie de lotte (6), le malheur tombera aussi -sur toi, car Thomme noir conune la mer, aime & pddfer avec Thameçon et à prendre le poisson avec

les filets.

» Si tu te caches dans Tantre des ours, au sein 4e leurs durs rochers, là encore le malbeur tombera sur toi, car le jeune homme aiguise sa hache.

18 nVLAlTDft

polit sa lance, pour aller à la rencontre de l'ours et en faire sa proie (7).

Le joyeux Lemmikaînen dit : « Je m connais que des endroits naauvais, des lieux dangereux (8). O ma mère, ma norniice, toi qui jadis m'as entouré de tes soins , où me conseilles^u de fùîr? où m te Le sera-t-elle en sûreté? où mes cheveux resterontlis intacts? où mon coq ne sera-t-il point coupé? Un jour viendra qu'on s'armera contre la tête d'un homme. Car déjà les glaives s'aiguisent, les lances se polissent.

La mère de Lemmikainen lui dit : « Je connais un petit endroit, un lieu caché que les glaives des hommes »*0Bt jamais demandé, jamais firanchi, jamais visité. Jure-moi qu'avant dix étés tu n'iras point à la guerre, quand même le désir de l'argent te^ posséderait, quand même Tor te serait séoes^ sairé (9). »

Le joyeux Lemmikainen jura qu'avant dix étés il nuirait pofoti la guerre, quand même le désir de l'argent le posséderait, quand même For lui serait nécessaire (10).

Alors sa mère lui : « Ya maiiMenant au delà de neuf mers, au delà de la moitié de la dixième, au promomoîresaDS' nota, à l'Ile que ne peut dési** gneramme pmAe. LA ten père s*est eacàé jadis, là il a trouvé un refuge pendant l'été de la grande guerte, l'année des* rades oondMis. Là les mers roaleMée&wgiiee'dlifdfomfd, leS'fiemrës des flots de bière; là les montagnes distillent du beurre, les

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P0É8IK ifcnOUB. If

rochers sont de la chair de porc. Là tout ira bien pour toi, tu y passeras d'heureux jours (ii). >

Le joyeux Lemmikainen part aussitôt, impatient de fuir son crime, dé se soustraire à son forfait. Il Hiet sa barque à flots et déploie ses voiles (iâ). Le vent souffle et emporte le héros au delà de neuf mers, de la moitié de la dixième, au promontoire sans nom» à File que ne peut désigner aucune parole.

£t le joyeux Lemmikainen dit : « h&Xr-ii dans rHe un lieu où je puisse aborder, et traîner ma barque sur le rivage? »

Les vierges de Tile répondirent : t Les lieux pour abords ne manquent pas dans Tile, il y m aurait assez quand même tu amènerais cent barques « mille navires. •

Alors le joyeux Lnumikainen s^avança vers le rivage, aborda et dit : « £st-il dans l'ijie un lieu où rhomme qui a commis un crime puisse se cacber, pù le faible puisse trouver un refuge? »

Les viergesde l'île répondirent: « U est dans l'iie assez de lieux où Tbomme qui a commis un crime peut se cacher, où lefaiblepeut trouver un refuge.»

Lemmikainen dit : < £st>il dans Tlle un lieu CHi je puisse me livrer au plaisir, un champ où je puisse danser au milieu des vierges de File, dans la douce compagnie des jeunes Mes? »

Les vierges de Vûe répondirent s c EUeft iont maigres ici les jeunes iilleâ, mais les jeunes pou* lains sont gras. » ' >

Di

20 LA FINLAITDB.

Lemmikainen n'a peur de rieu. Il va de village en village recherchant les douces jeunes ûlles. 11 n*en est aucune avec laquelle il n'ait dormi, aucune dont il n'ait fatigué les bras.

Il séduit mille épouses, cent veuves dans une seule nuit. Il n'en est qu'une sur dix, deux sur cent, trois sur mille qui lui aient résisté.

Âinsi le joyeux Lemmikainen coule dans File des jours pleins de voluptés (13).

Jamais il ne se lève sans le coq , sans avoir entendu le fils de la poule. Cependant un jour, un soir il voulut se lever en même temps que la lune.

Ët il alla de village en village, pour chercher à séduire une jeune fille, qu'il n'avait pu encore séduire.

Mais le joyeux Lenmiikainen ne trouva aucune habitation où il n'y eût trois maisons, aucune maison où il n'y eût trois hommes, aucun homme qui n'aiguisât son glaive, qui ne polit sa hache.

Alors le joyeux Lemmikainen dit : « Déjà le jour brille, déjà le soleil se lève sur moi, malheureux! »

Désormais il ne peut plus jouir des embrassements des jeunes filles, il ne peut plus dormir avec elles.

Et il se dirige vers sa barque, ilélas I elle est réduite en cendres !

Le malheur menace, le jour des misères approche. Lemmikainen se construit une nouvelle barque.

Mais le bois ndanque au héros ; Une lui reste que les débris d'une vieille quenouille, que les par* celles d'im fuseau*

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POÉSIB £PIQVB. 21

Il met en œuvre ces matériaux. Bientôt la barque est construite et livrée aux ondes rapides.

Et Lemmikainen part. Hélas ! sa tète est baissée,

son cœur est triste, car il n'a pu passer les nuits, il n'a pu couler ses jours au milieu des vierges de me, dans la douce compagnie des jeunes filles.

Il est là debout au gouvernail : « Yole, ma barque, dit-il, vole sur la mer comme une bulle légère, comme un lis au milieu des ondes! »

£t le vent souffle avec violence, et la barque est

emportée au sein de la vaste mer, des immenses détroits.

Mais voici que les vierges de Tîle pleurent, que les jeunes liU^s du promontoire se lamentent; car déjà le grand mât, déjà le gouvernail ont disparu dans Tespace. Ce n'est point le mât, ce n'est point le gouvernail qu'elles pleurent, c'est le pilote de la barque (14).

£t Lemmikainen verse aussi des larmes, en voyant Tile et les collines se perdre dans le loin«> tain. Ce n'est point l'île, ce ne sont point ses collines qu'il pleure, ce sont les vierges de l'île, les jeunes filles du promontoire.

Mais la barque s'avance : bientôt elie va toucher à une île. Là eUe pleure» elle se lamente : « A quoi bon sui&-je ici? pourquoi ai-je été construite? Avant dix étés, Ahti ne peut aller à la guerre, quand même le désir de l'argent le posséderait, quand même la suif de l'or le brûlerait.

Di

S3 LA FINLAIfBE.

Ahti entend ces plaintes et dit : « Ne pleure

point, surface du pin; ne te plains point, barque ornée d'un màt; tu iras encore à la guerre» ta assisteras encore au coQibat. »

Et Ahti, oubliant le serment qu'il a juré, se prépare à la guerre.

t( Où trouverai-je un autre homme, un homme armé d'un glaive qui veuille étie le compagnon d'Ahti dans la guerre (15) ? »

Use dirigea vers la région connue de Tiera. Là il trouva un au tre liomrae,un homme armé d' un glaive.

Il se rend & sa maison.

Le père de Tiera est assis dans le vestibule, taillant un manche de co^i:née; sa mère est sur le seuil de la tupa, occupée à tourmenter le kimu (16); ses frères sont à la porte de Tenceinte, travaillant à construire des traîneaux ; ses sœurs auprès de la rivière, lavant les vêtements de la famille.

Tous disent : « Tiera n'a point le temps d'aller à la guerre, car il vient d'épouser une jeune femme, et il n'a point encore touché ses mamelles, il ne s'est point encore approché de son sein, il n'a point encore caressé ses flancs. »

Tiera était aussi dans la maison. Il prit sa lanoe et la jeta parmi les lances d'Ahti. Sa lance n'était ni des plus grandes ni des plus petites. Un loup ae dressait à Textrémité du fer, un cheval s'allon^ntt sur le manche, un chat miaulait sur la boule.

Ët la barque d'Ahtir^[urit sa route, à travers les mers de Pohjola.

Digitizod by Gû*..wtL

idors rii6tes66 de FoSajolA lui eavoya un Iroid Mal (17) auquel elle paiia comme à son fils : «O

froid, le plus jeune de mes enfants» le plus beau de ceux que f ai engendrés, va, je Veia prie» aux rives tortueuses de Rutia, aux précipices de la mer orsH* geuse; jette ton souffle glacé sur les marais» sur les terres» sur les ondes limpides» sur les gorges de Kurimus, sur les tourMllons perfides, sur la barque de Taudacieux Lemmikainen; enchaîne la mer pro* fonde» enchaine les yastes détroits» et fais qu'ils ne puisent jamais se délier, si je ne vais moi-même briser leurs liens de glace. »

Le froid se préci|nta aussitôt vers la mer de Poh* jola,et il enchaîna raudacieuxAhti sur les eaux. Dans une seule nuitil rassemble assez de glace pour son 'œuvre fetele» et U la pétrit» et il la durcit de ses r^ dou tables mains. Ainsi T hôtesse de Pohjola engendra une glace aiguë, qu'elle ûtmonter à labauteur d'une aune» et recouVrit de neige à la hauteur d*un bâton.

Alors le joyeux Lemmikainen, le beau Kaukomieli recueillit de la laine sur un rocber et s'en couvrit les pieds et les mains (18) ; il comprima te temps dur, chassa le froid dans le feu» dans un monceau de pierres plein de fer, puis élevant la voix il dit : <x Le froid est né au milieu des saules d'un père très-méchant, d'une mère très-mauvaise. Le serpmt le nourrit de son lait, le ver lui tendit ses mamelles brûlées, ses mamelles desséchées, et un nom fut donné à l'être fatal» on l'appela f akka* nen (19),

» Pendant Fétéll habitait dans les haies, pendant

riiiver il s'agitait dans les sources ; il durcissait les marais, les terres, les saules des eaux, il exerçait ses ravages parmi les peupliers et les racines des bouleaux.

» Mais bientôt le méchant plein de rage mit de côté toute pudeur : il enchaîna la chaudière sur le foyer, les charbons dans le fourneau, la main de la jeune ûlle ensevelie dans la pâte, le poulain dans le ventre de sa mère.

» Et il partit pour saisir les terres , pour aplanir les ondes. 11 durcit les golfes et les lacs. Mais il ne put durcir la mer ni les poissons qui nagent dans ses abîmes.

» Ës-tu déjà grand, as-tu crû pour répouvante?

Veux-tu me saisir aussi par tes glaces, enfler mes oreilles, roidir mes pieds et les ongles de mes pieds?

>) O firoid, fils de Puhuri, froid aux ailes de tempête, ne me saisis point par tes glaces , n'attaque point ma tête, ni mes oreilles, ni les doigts de mes pieds ; tu as beaucoup d*autres victimes à dévorer; Va aux dernières limites de Polija. Là il y a des marais, des saules qui n'ont point encore senti tes atteintes; 1& il y a des pierres libres de douleur, des plaines hérissées d'aspérités.

» Si tu neveux point m'écouter, je te jetterai par mes enchantements au milieu des flammes d'Hiisî,

au sein des pierres brûlantes de Lempo; là tu seras plongé dans la flamme, tu seras envahi par le feu^ et jamais tu ne pourras échapper à son étreinte» Je

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POÉSIE ÉPIQUE. iS

mettrai du feu dans mes bas, des charbons ardents dans mes souliers, afin que tu ne puisses m*appro-

cher, que les ailes de tempête n'osent me toucher.»

£t le joyeux Lemmikainen se mit à poursuivre le froid par ses enchantements. 11 laissa sa barque au milieu des glaces et commença à s'avancer luimême dans la forêt, à errer dans des voies inhafai* tées, dans des sentiers inconnus.

Et il dit : a Malheur à moi, infortuné I Voilà que maintenant j*erre les jours et les mois sous la voûte de Fairl Ma mère pleure, ma nourrice se lamente: déjà mon iils sème les champs de ïuoni, déjà il laboure les plaines de Kalma, il ne peut plus empêcher le malheur de m'alteindre, ni les gelinottes de célébrer leur fête, ni les petits oiseaux d'engraisser* Les hermines peuvent courir, les écureuils peuvent boHdir.

» Oui, il en est ainsi, ô ma mère, il en est ainsi, 6 ma nourrice; tu avais élevé beaucoup de colombes, une grande troupe de cygnes; mais le vent est venu et les a dispersés; il a brisé le pavé des sœurs, mis en pièces la barque des frères. En des temps meilleurs nous étions plus nombreux : une troupe de sœurs folâtrait sur le pavé, une troupe de frères se promenait dans les barques. Mais il ne reste personne de ces temps à qui Ton puisse parler. Chaque homme est parti pour la guerre, chaque homme marche armé de son glaive (20).

» Je me souviens toujours du passé, je ne puis oublier les temps plus heureux. Je me promenais

oomme une fleur à travers lesyillages, beau comme

une fleur des champs. La foule tenait ses yeux fixés sur moi, on admirait ma taille légère. Maintenant j'ai été noirci par les myrtilles , j'ai été couyert d'ombres par les baies eaipoisonnées,

» Je connais les lieux qui m'ont vu naître, les lacs qui m'ont vu grandir, mais j'ignore le lieu où la mort est venue à ma rencontre. Je suis comme le petit du lièvre qui se désole dans le marais, qui se lamente dans la plaine aride : il court sur les bords de la mer, il bondit à travers les saules. Les semelles de mes souliers s'usent, ma chaussure vieillit et se brise. »

DIX-NEUVlÈxAlE RUNA.

Kullenro, fils de Kalewa (i), à peine sorti du sein

de sa lûère, à peine â^a; de trois nuits, brisa les liens de son maillot, et monta sur le toit de la mai* (Mm. On crut qu'il deviendrait bon, on remarquait en lui de Thabilelé ; c'est pourquoi il fut conduit en Russie, puis vendu en Carélie èFouvrier Ilm»* linnen (2).

Quel prix Touvrier a-t-il donné pour l'acquérir? lia donné beaucoup : dix chaudières brisées , troto marmites mutilées, dnq faulx édentées,sixmauvais boyaux (8).

QuandleûlsdeKalewafutarrivéà sa nouvellede* meure, il demanda du travail à son bôte, du travail pour le soir et le matin : « A quel ouvrage le nouveau «erviteur, le nouvel acheté sera-^t^il employé ? »

98 LA FINLANDB.

11 fut destiné à soigner un enfant, ù rendormir dans son berceau. Mais au lieu de soigner Tenfant, il lui creva les yeux: au lieu de lui donner de la nourriture, il la mangea lui-même; il tua l'enfant par la maladie, il brûla son berceau avec le feu.

Ensuile il demanda du travail à son liùte, du travail pour le soir et le matin : « A quel ouvrage le nouveau serviteur, le nouvel acheté sera-tp-il employé ? »

Kaski (li) fut envoyé pour couper du bois dans la forêt. Il coupa deux bouleaux, il en coupa trois, enfonça sa hache dans le tronc, se mit à crier, à siffler et dit : « Qu'elle tombe, la forêt ténébreuse, qu'ils soient brisés , les grands bouleaux , quand ma voix retentit, quand mon siUlenient aigu résonne! Que jamais de nouveaux germes ne surgissent, que jamais ils ne fleurissent à la souche! Au nom de Kaski, fils de kalew a, que tout ce qui a été coupé par Thomme orné d'agrafes d'or ne croisse jamais en bonne plante, que ses épis ne fleurissent jamais ! »

£t KuUervo demanda encore du travail à sim hôte, du travail pour le matin et pour le soir : « A quel ouvrage le nouveau serviteur, le nouvel acheté sera-t-il employé. »

Il fut envoyé pour bâtir une cloison (5). Et il alla dans la forêt pour y abattre les pins, les plus grands pins, aûn d*en faire des pieux. Ensuite il les attacha avec des serpents, des vipères, des lézards, et il dit : « Que celui qui n'a pas les ailes de

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POCSIB ÉPIQUE. ^

Toîseau n'espère pas pouvoir franchir la doisoa du fils de Kalewa. »

Une quatrième fois il demanda encore du travail À son hôte, du travail pour le matin et pour le soir : « Qu'on donne du travail au serviteur, qu'on nomme le travail qu'il doit accomplir ! »

U fut envoyé pour ramer. Tandis qu'il se mettait à Tœuvre il dit :' « Est-ce de toutes mes forces qu'il faut ramer, ou seulement autant qu'il est nécessaire pour faire avancer la barque? »

Le pilote, fils de P^nen répondit : ol Quand même tu ramerais de toutes tes forces, la force de Tesclave est petite ? )>

Et le fils de Kalewa se mit à ramer de tontes ses forces. La barque de peuplier fut brisée, les cintres de genévrier furent détruits, toute la pêche fut troublée.

£t Kaski demanda encore du travail k son bote, du travail pour le *matin et pour le soir : « Qu'<m donne du travail à l'esclave, qu'on nomme le travail qu'il doit accomplir I )>

11 fut envoyé pour chasser les poissons dans les filets. Tandis qu'il se mettait à l'œuvre il dit: « Faut-il chasser les poissons de toutes mes forces, ou seulement autant qu'il est nécessaire pour les pousser dans le filet?»

Le fils de Wenan répondit : « Quand même tu chasserais les poissons de toutes te6 forces, la force de l'esclave est petite. »

Et le fils de Kalewa coupa un pinsur kcoUioe,

90 LA FINLAHDB»

et il en fit ua instrument pour chasser les poissons. 11 les chasse de toutes ses forces : les filets sont déchirés comme de l'étoupe, Teau est troublée, les poissons sont changés eu écume..

Et Kullervo demanda encore du tr&Tailà son hdta» du travail pour le malin et pour le soir : « Qu'on donne du travail à Fesclave, qu'on uonune le travail qu'il doit accomplir 1 1^

Il fut envoyé pour conduire les bestiaux au pâturage. Quelles provisions furent données à ïes^ dave? L*b6tesse d'Ilmarinnen hiifit un grand pain: au-dessus elle met de la farine, au-dessous de Torge, au milieu une grosse pierre; elle le donne à l'esclave et lui dit : « Ne mange point ce pain» avant que tu aies trouvé le troupeau dans la forêt,»

Et rhôtesse d'Ilmarinnen lança le troupeau hors de rétable et elle dit : « Renvoie les vaches dans k forêt couverte de feuilles, les bêtes à cornes dans les plaines couvertes de peupliers* O Suvetar, douce femme, Etelâ, mère de la nature, va pour garder le troupeau de l'hôtesse. Comme tu Tas soigné dans la maison, soigne-le dans le bois, afin qu'il devieime plus beau, qu'il fleurisse avec gloire» jasqa*à ce que rhôtesse vienne le visiter.

» Suvetar, douce femme, Etelâ, mère de la nature, donne au troupeau sa pâture 'de miel, sa boisson de miel, donne-lui le foin d'or, le foin d'argent recueillis dans le diamp de mid, sur le garni de miel. Prends la corne du pasteur de la vallée, faî^ la sonner avec force, afin que les collines se cou-

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VÙÈm ÉMQIIS; ' SI

vrent de fleurs, que les bords des champs arides se revêtent de gazon» que les ondes des marais roulent du miel, que Torge croisse auprès des fontaines. Apporte un foin nouveau, apporte des fleurs d'or du fond des cataractes rapides, des mains des vierges fleuries, des enfants amis du gazon, des vierges qui habitent le /lombi il de la terre (6).

» Creuse un puits d*or aux éeax limites da champ, afin que les troupeaux puissent y puiser Tonde fraîche, le doux miel pour leurs mamelles gimilées, leurs mamelles souffirantes.

» Emplis les mamelles des vaches, fais-leur distiller un lait pur.

)» n est beaucoup de méchaonts qui emportât le lait à Manala, le don de la vache à Tuonela; il est peu de bons qui rappcntent du lait de Ifenala, le don de la vache de Tuonela.

» Je ne demande point de lait au village, je n'en veux que de Manala, que de Tuonela.

« O Suvetar, douce femme; BteM, mènre de la obture, multiplie le lait d'Hermikki, féconde les mamelles de Tuorikki avec Tonde suave de la source» avec le gazon de miel, afin qu*elles reviennent riches de lait dans ces longs jours de l'été, dans cet été brCdant du créateur.

MieMkki, hôtesse de la forêt, Teîiervb, vienge duTapio, vierge à la molle chemise, aux doux vêtements, aul <âieveux d'or, garde avec sdn le troupeau de rhôtesse, dans la douce Metsala, dans la sage Tapiola; soigne-le avec te» belles mains, et

Di

as LA F|MLAKJ>B.

ramène^Ie vers le soir, avec les mamdles pleines

de lait.

» Knippana, roi de la forêt, barbe non blanche -de la douce forêt, prends ton fouet de sorbier, ton

fouet de genévrier, et chasse le tioupeau vers sou étable.

» Othonen, pomme de la forêt, voyageur géant du désert, faisons ensemble une paix durable, une t)aix éternelle, pour un été, pour toute notre vie, pour tous nos jours.

. » Je ne t'empêche point de roder autour de mes troupeaux, ni même de venir les visiter; mais je te défends de le toucher avec ta langue , de le disperser avec tes dents, de déchirer sa chair.

Mon frère, moi^ami, beau pied de miel, ne brise point les pieds crochus, les vaches qui me donnent du lait. Lorsque j'entends la clochette qui aimonce le troupeau, retire-toi dans le désert, loin des pâturages , dans ta caverne au toit de mousse. Quand le troupeau va sur la colline , fuis dans la vallée; quand ii va dans la vallée, monte sur la colline. Passe comme la truite, comme le poisson de la mer, de peur que le troupeau ne tombe, ou que, frappé d'épouvante, il ne prenne la fuite.

» Laisse les marais intacts , les bois des déserts dans leur beauté; laisse les cornes recourbées, les jambes roides marcher, loin de tes atteintes, à travers les marais , les terres , les vastes champs d^[S déserts.

»Si le diéair te pousse, si tes dents veulent une

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fH'oie, mords le trcmc pourri, jette-toi sur une fourmilière. Dans Metsala , sur la montagne d'or, sur la colline d'argent, sous le chaume florissant du pin, sous les rameaux des sapins, un tonneau de vin mêlé de miel bouillonne. Là il y a assez de nourriture» assez de boisson pour le vorace pour raffamé.

» C'est pourquoi récondlionfr-nous, faisons- une paix étemelle. Que la même terre soit* notre demeure, mais n'usons point des mêmes vivres I

y>'Si tu veux combatUe, si tu préfères la guerre, combats pendantles hivers tandis que la neige dort sur la terre. Mais quand l'été se lève, quand la glace des marais se fond, quand l'eau s'échappe de la source, alors ne viens point dans ces régions, ne fréquente point nies pâturages.

» U est aussi d'autres^ terres où s'étendent des pâturages, d'autres pâturages où paissent des troupeaux. Si j'étais Othonen, si j étais pied de miel, je ne vivrais point oisif comme toi, toujours couché entre les pieds des femmes (7). Hâte-toi, marche vers les forets de Manala, vers les plaines de Kalma. Là tu trouveras les Kiijos, les JLarjos retenus par des liens de fer, par des chaînes (8). Là aussi les maigres deviennent gras, les gras deviennent maigres- Que mes vaches soient changées en pierres, en troncs d*arbres, tandis que Kuusianen passe, tandis que Mauriainen (9) marche 1

» Si tu viens dans ces champs, il y a là des femmes prudentes, de vieilles hôtesses qui troubleront

9k Là. mhàMM.

ta course, qui t'égareront dans ton chemin , afin que ta rage ne puisse être iatale, si Jumala n'y confient, si tn n*as k permission du Bienheureux (10).

.]» Apaisez-vous « ô forêts; apaisez-voos, ô bois; apaise-tCMi, 6 désert Men; donnez la paix à mes troupeaux dans ce long été, dans cet été tiède du créateur, iûiippana, roi de la forêt, Hongatar, reine du désert, |»renez soin de tos rakJd, cachezles dans des cavernes, liez leurs dents avec des liens d'or, des courroies d'argent; cachez leurs ongles dans leur poil, leurs dents dans leur gosier; mett» un bâillon d'or à leur mâchoire, un lien de sorbier autour de leur miiseau. £t si le sorhier ne suffit point, liez-le avec le cyprès; si le cyprès n'est point assez fort, liez-le avec du fer; si le fer se brise, mettez du feu dans leur bouche, la cloison de Lempo devant leurs lèvres, afin qu'ils n*oavrent point les mâchoires, qu'ils ne desserrent point les dents^» D^à rhètesse d'iknarinnen a envoyé les tro»peaux dans les champs et le berger pour les garder. JLullervo poussa les vaches à travers les marais, franchit les collineSt et, s*arrétant sor un tertre exposé au soldl, il chanta : « O soleil, descends de la forêt de pin , roule tes feux dans les champs de fironi0nt;liéte*toid*iUuniinerleagenéfriers;penne^ que le berger retourne à la maison de son maître, n £t l'hôtesse chanta aussi : « Yoici maintenant rhfture où le nouvean serviteur va prendre son repas. »

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POÉMS ÉMQDB. 15

Le fils de Kalewa tira le pain de son sac, et prit le coulieau suspendu à ses côtés.

Le couteau trancha la dure pierre. Alors kaski tordit la bouche, tourna la tôle, «ecoua sa noire chevelure et dit : « Gomment me vengerai-Je du méiMriftile la feimne, de la folle j(»e de rhôtesse? • Ma vengeance sera grande. Je disperserai les vaches dans la forêt; je ciiasserai les jambes obliques daas le murais; je pousserai le troupeau dans la plaine, les ours sur la teiTe que Thotesse habite; je décbainexai les loups. »

Et le soleil descendit de la forêt de pio, et il roMii ses feux dans les champs de ù oment, et il illumina les g^viiers.

Alors Kullervo dispersa les Taches dans la forêt» chassa les jambes obliques dans le marais, poussa le troupeau dans la plaine , les ours sur la terre habitée par Thétesse, déchahia les loups.

Et il dit aux ours, il dit aux loups : « Arrachez la cuisse À rhôtesse, et déchirezrk avec vos dents*» Ensuite il fit une tttmipette avec des os de

vache, une llùte avec une corne de bœuf, un coi* aiec ufi pied de veau. £t il ût retentir au loin le signal de son retour.

L'hôtesse dllmarinnen dit: « Je te remercie, 6 Jumala, voici le cor qui résonne : c'est le troupeau qiÉL TVfietit; où le forgeron ««4-41 pris cette belle IrcMnpeUe? d*oii a-t-il tiré ce cor superbe, dont le son éclatant déchire Toreille et retentit éiu» la tête?»

Dig

90 LA FIHLANOB*

Le fils de Kalewa dit : « Uesclave a pris le cor

superbe dans le bois de pruniers. Hôtesse, va traire tes vaches. »

Mais rhôtesse d'Ilmarinnen prie sa mère d*aller traire à sa place. La vieille femme lui dit : « Autrefois c'était toujours à la maîtresse de la maison à traire les vaches et à veiller sur le troupeau, i»

Alors l'hôtesse d'Ilmarinnen se rendit dans l'étable. « Malheur à mes vaches, à mes belles vaches 1 leur peau s*est changée en celle du lynx, toutes sont couvei les du poil des ours, mais leurs mamelles sont pleines. »

Et elle se baissa pour traire. L'ours la saisit au talon, le loup la mordit et lui arracha la cuisse. »

Ainsi KuUervo, ûls de Kalewa, se vengea du mépris de la femme, de la folle joie de l'hôtesse. Et il mit sa trompette dans son sac, et il partit à grand bruit pour les champs où régnait la guerre.

L'hôtesse d'Ilmarinnen éleva vers Ukko sa voix suppliante : « 0 Lkko, souverain des dieux, tue le fils de Kalewa avec ta grêle de fer, avec tes glaives d'acier, dans les jours difficiles de combat ! »

Le lîlsde Kulewa invoqua aussi Lkko : u O Ukko; souverain des dieux, tue Fhôtesse d'Ilmarinnen avec ta grêle de fer, avec tes glaives d'acier, dans rétroite enceinte de sa maison! »

£t Kallervo s'avance vers les champs du combat, il sonne de la trompette, et fait retentir de son éclat tous les lieux par où il passe.

Unmessager lui arrive : u Ta mère est morte (il).

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POÉSIÉ ÉPIOUE. 97

Hâte-toi de revenir à la maison pour voir coiiiment elle'est ensevelie. »

Kàski dit : u Si ma mère est morte, il y a certainement à la maison une cavale pour la porter à la sépulture. »

Et il continua sa route à travers les marais « sonnant partout de sa trompette retentissante.

Un second messager lui arrive : « Ton père est mort, hâte-toi de revenir à la maison, pour voir comment il est enseveli. »

Kaski dit : «. Si mon père est mort, il y a certainement à la maison un cheval pour le conduire à la sépulture. »

£t il continua sa route à travers les marais, sonnant partout de sa trompette retentissante.

Un troisième messager lui arrive : « Ta femme est morte, hâte-toi de revenir à la maison pour voir comment elle est ensevelie. >»

Kaski répondit : « Si ma femme est morte, il y a certainement à la maison quelque cheval pour la conduire à la sépulture. »

£t il continua sa route vers les champs de la guerre, sonnant partout de sa trompette retentissante.

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VINGIIÈHE aUNA.

L*o«ivri^ Utnarfamen 4éidore la p^te de son épouse. Il la pleim leisoir, il la pleure pendant la nuit, car elle n'est plus, elle a été déposée dans la lerre.

Il reste deux jours sans que sa main touche le marteau d'airain, et il dit : < Malheureux que je sois, je ne sais plus comment passer les nuits dans ma couche solitaire. Mes yeux veillent, mon bras est faible, ma science inutile, le trayail m*est insup* portable. »

Et il va puiser de l'or dans la mer, de l'argent dans les ondes ; puis il rassemble trente traîneaux de bois qu'il brûle pour en ftdre des charbons.

Et il jette les cliarbons dans la forge, et au milieu des charbons For et l'argent, et il ordonne h ses serviteurs d'agiter les soufïfets.

ko LA FIVJLAKOE.

- Ils soufflent avec force, sans gants aux mains, sans chapeau sur la .tête, sous le rude ciel de l'hiver.

Ilxnarinnen se forge une nouvelle épouse, une épouse d'or et d'argent.

Mais les serviteurs ne soufOënt pas à son gré. Alors lui-même se mit à agiter les soufflets. Bientôt il plongea ses regards dans la fournaise. Un glaive d'or surprit du milieu des flammes, un glaive magnifique, mais un glaive cruel : chaque jour il tue un homme, les meilleurs jours il en tue deux. A cet aspect les serviteurs rient, mais Ilmarinnen est irrité.

£t il jette de nouveau le glaive d'or dans le feu, et il y ajoute encore de Tor et de l'argent. Les serviteurs soufflent avec force, sans gants aux mains, sans chapeau sur la tête, sous le rude ciel de

rhivcT.

Ilmarinnen se forge une nouvelle épouse, une épouse d'pr et d'argent.

Mais les serviteurs ne soufflent pas à son pfré. Alors lui-même se mit à agiter les soufflets. Bientôt il plongea son regard dans la fournaise.

Un petit cheval à la crinière d'or s'élança du milieu des flammes, un petit cheval superbe ; mais son esprit est pervers : chaque jour il tue une cavale ; les meilleurs jours il en tue deux. A la vue de ce cheval, les serviteurs rient ;|mais Ilmarinnen est irrité.

Umaiinnen jette le cheval à la crinière d'or dans

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F0ÈSI£ £P1QL£. ki

le ifea, etil y ajoute encore deFor et de Targent. Les

serviteurs soufflent avec force, sans gants aux mains, sans cbapeau surla tête, sous ierudecieide Thiver. > Umariniim se forge une nouvelle épouse, une • épouse d'or et d'argent.

Mais les serviteurs ne .soufflent pas à son gré. Alors lui-même agite lés soufflets. Bientôt il plonge ses regards dans la fournaise.

. Une jeune vierge s*élance du sein des flammes, une jeune vierge à la clievelure d'or. A cette vue, l'ouvrier se réjouit, mais les serviteurs frémissent d'indignation.

- Ilmannnen fixe la vierge. Elle n'a ni bouche, ni yeux, ni rien de ce qui constitue une jeune fllle. 11 lui forge une bouche, des yeux, tout ce qui constitue une jeune fille, mais il ne peut lui donner la parole.

La vierge est belle k voir. Umarinnen la met

dans son lit et se couche auprès d'elle, l.'or rouge répand du froid, l'argent blanc répand du froid.

Ilmarinnen dit : t A qui cette épouse d'or peutdleêtre utile? Au vieux Wainamoinen.

£t le vieux Wainamoinen reposa pendant la nuit sur de sup^bes coussins, avec la vierge d'or^t d'argent.

U s'enveloppa de laine, il se couvrit de peaux. Maisil n'eut chaud que du côté revêtu de fourrures i l'autre côté, qui touchait le flanc de la vierge, fut presque roidi par le froid, présque gelé, presque changé en glaçon dç mer, en pierre dure.

Dig

kSt lA WVÊLÈMÊKÊ*

Le vieux Wainômôinen dit: a O jeune génération, el vous tous» aes eoiante» tautqoe différa toO» vie, tant que la lune brillmdtfns les deiix^ ae io^ gez jamais de vierge d'or et d'argent. L'or rouge répand le froid , Targeut blanc répand le Iroid {i}w •

Et roevrier Ilmarimien, la Ute bainée» le cIhh peau oblique, partit pour Po^jolay espérant y trou* ver une autre vierge*

Il arrive à la tupa et il dit : < O vieille feimiiev donne-moi ta illie pour épouse, ta Me la plus jeune, la meilleure de tes anfants. »

Loubi, rhôtesse de Pobjola, dit : « Il n'f & point ici de jeune fille pour ton traîneau, homme pervers; pour ton lit, homme cruel ; toi^ mange^la chair avec les os, qui dévores le sang cru ; j'aimo* rais mieux la jeter dans un gouffre ou Tabandonntf au loup errant ou aux griffes de Tours sauvage* »

Ainsi Ilmarinnen n'obtmtàPohjola aucmie jeuAe fille pour épouse, et revint seul à sa maison.

Le vieux, le brave Wainàmoinen lui dit : c lima-' rinnen, mon frère, pourquoi es-tu si triste, pourquoi portes-tu ton chapeau oblique en xevenant de Pobjola?«

L^ouvriér Ilmarinnen répondit : «e Elle est belle la vie de Pohjoia, parce que le sampo y mout le grain. Un jour il en mout pour manger, on antre jour pour vendre, un troisième jour pour conserver. Oui, on dit vrai quand on vante la belle vie de Pohîola! là on laboure, là on sème, là la réc<^ est variée, le bonheur est étemel. (2) »

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VINGT-UNIEME RUNA.

Le vieux, le brave Wainiimoinen dit : « 0 ouvrier Tlmarinnen» partons pour Pobjpla» aUouâ enlever le sampo. >

Umarinnen dit : « Il est difficile d'enlever le sampo de f objola. U a été caché sur la colline de pierre, dans les cavités de la montagne d*airain, derrière neuf cloisons. Là ses pieds ont été enfoncés à la profondeur de neuf aunes : un pied dans la terre, un autre dans Peau, un troisième dans le tertre où est bâlie la maison. »

Le vieux Wâinâmôinen dit : « Viens enlever le sampo de la coUine de Pohjola, des cavités de la montagne d'aiioin, derrière les neuf cloisons. Forge-moi un nouveau glaive, un glaive à la pointe

kk LA JFlfiiLANJIB.

tfacîer avec lequel je puisse châtier les chiens (1), mettre la foule en fuite, quand nous irons enlever le sampo, quand nous arriverons à la ténébreuse Pohjola, à la sombre Sariola. »

Alors llmarinneu mit le fer au feu, Tacier à la forge. 11 ordonne à ses serviteurs de souffler avec force. Bientôt le fer rougit et s'amollit, l'acier bouillonne.

£t l'ouvrier llmarinnen plonge son regard dans

la fournaise. Un glaive s'élance du milieu des flammes.

11 lui fait une poignée d*or, un manche d'argent :

l'or b'étend comme la i)àte molle, l'argent comme récume de la mer, dans la forge, sur Tenclume, sous les coups du marteau.

Déjà le ^^laive est prêt. Le vieux Wainiimoinen jeu arme sa main droite et dit ^ « Ce glaive est-il bon pour le héros, bon pour celui qui le porte? >

Et le glaive est bon pour le héros, bon pour celui qui le porte* La lune brille à sa pointe, le soleil resplendit sur sa poignée d*or, un cheval hennit sur la lame, un chat miaule sur le pommeau, un petit chien dort sur le fourreau.

L'ouvrier llmarinnen revêtit aussi son armure. Il prit une cuirasse de fer, une ceinture de fer, et il dit : « L'homme est meilleur dans une cuirasse, il est plus fort dans une tunique de fer, plus puissant dans une ceinture d'acier. »

Le temps du départ approche. Ils vont pour chercher un cheval.

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POÉSIE ÉPIQUE. • ktS

Tandis qu^ils suivent la route de la forêt déserte»

ils entendent un navire qui se lamente, une barque qui gémit

Le vieux, le brave Wainfimôinen dit : c J'entends

un naviie qui se lamente, une barque qui gémit. Suivrons-nous la voie de la mer» montés sur une barque, ou longerons-nous sur nos chevaux les sa^ bles du rivage? »

L'ouvrier Ilmarinnen dit : c La route par terre est plus sûre. La mer est le séjour de la mort (2) , la tempête nous y frapperait, le choc des vents nous y renverserait, et nos doigts seraient changés en rames, nos mains en gouvernails. (3) »

Le vieux \\ ainiimoinen dit ; « Si la route par terre est plus sûre, elle est aussi plus ennuyeuse, plus longue (4). La joie habite sur la barque lorsqu'elle vogue sur les ondes, qu'elle affronte la vaste mer, lés vastes détroits : le vent léger la pousse, le zéphyr la caresse, le souffle du midi l'emporte. »

£t il jeta loin de lui les rênes du cheval, et il alla vers la barque de bois, la barque qui se lamentait. *

Et il dit : a Pourquoi pleures-tu, barque de bois? Est-ce parce que tu es trop lourde, parce que tu es mal construite ? »

La barque de bois répondit : « La i>arque soupire après Tonde, comme la vierge après la maison d'un époux. Je ne pleure point parce que je suis trop, lourde, parce que j*ai été mal construite. Voici pourquoi je pleure : on m'avait dit, lorsqu'on me

Di

15 LA FllTLAIfBB.

construisait, que je serais un navire de guerre, que firais au k)în dans les combats, et que j'en reviendrais chargée de trésors ; mais jamais je ne suis allée au combat, jamais je n'ai été lancée à la mer. Et pourtant tant d'autres barques, de mauvaises uartiues s'agitent sans cesse au milieu de courses belliqueuses, et rapportent plus de blé qu'un roi n'en recueille dans six ans, que le batteur de fer n'en gagne dans sept étés(5).Me voilà, moi, barque de Wainamoinen^ délaissée, languissante, tombant en pourriture au lieu même où j'ai été bâtie ; les vers rongeurs de la terre lial)itent dans mon sein ; les oiseaux mauvais de l'air y font leur nid. Abl il serait bien plus beau, mille fois meilleur pour moi, d'être le pin de colJine,lejbouleau de la vallée, dans les rameaux duquel Técureuil court, l'oiseau voltige, i

Le vieux Wàinamôinen dit : « Si tu es la barque de Wainâmôinen, tu as donc été bâtie sans le contact des mains, sans le secours des bras? »

La barque répondit avec sagesse : « Toutes les barques de mon espèce, toutes les barques, mes soeurs , n'ont pas été bâties sans le oontact des mains , sans le secours des bras. »

Le vieux Wainâmôinen dit : « Si je te kmce dans la mer, mardieras-tu sans être poussée par les rames, sans que tes voiles soient enflées par le vent ? »

La barque répondit me sagesse : < Toutes les liarqnes de mon espèce, toutes les barques, mes sœurs, ne m$u?dieat poini sans être poussées par

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ht funos^ SUIS que le vent enfle leim Tofles. >

Le vieux Wâinanioinen dit : « Si tu es poussée par les rames, si le vent enfle tes voiles, ta course ten^t-elle rapide? »

La barque répondit avec sagesse : « Toutes les iarqnesde ma race, toutes les barques, mes sœurs, fliarchent rapides si elles sont poussées par le$ ra* 4nes, si le vent enlle leurs voiles. » ^

Le vieux, le brave Wainâminnen lança la barque è la mer; et il suscita par ses enchantements unQ foule de jeunes vierges aux fibules d'étaiu, aux cekitores d'airain, aux anneaux brillants, pour occuper un côté de la barque; pour Tautre côté, il suscita une foule de jeunes fiancés, aux cheveux ép«B, aux mains dures, des héros illoslres ornés d*éperons. Et le vieux Wâinàmôinen continua encore ses enchantements, et il suscita dans la barque mie foule de vieillards.

Il se plaça ensuite au gouvernail, et il éleva la voix et il dit : « O barque, franchis les espaces où n'ont jamais crû les arbres, vogue à travers les vastes détroits ; sois léfj^ère sur la mer comme une bulle, sois comme un lis sur les ondes. »

fit il commanda aux vieillards de ram^, et ils ramèrent; mais leurs têtes tremblaient, et la joie ne répondait pas à la joie, et les mouvem^ts des «meurs ne rép(mdaient pas ami mouvements des rameurs.

WAinâmOinea commanda aux jeunes gens de maor, et ils ramèrent; nuds lenrs doigts se çris-

Di

paient, et la joie ne répondait pas à k joie, et les -

mouvements des rameurs ne répondaient pas aux mouvements des rameurs.

Alors Touvrier Ilmarinnen prit en main la direc» tien des rames, et la barque se mit à marcher. '

Le vieux Wainàmoinen dirigea sa course vers le promontoire nébuleux, vers Tile couverte de forêts.

AhU habitait cette ile, où sans cesse il déplorait son malheureux sort , et la tristesse de son étroite

demeure.

Il tourna ses yeux vers Toccident, sa tête vers le midi, et il regarda au loin au delà de la mer, au delà des nuages.

Il vit une petite nuée, et dans la nuée une goutte d'eau, et dans la goutte d'eau un petit lac, et dans le lac une petite barque, et dans la barque un petit homme, à la poupe de la barque un héros, au banc des rameurs un autre héros.

Le joyeux Lemmikainen dit en lui-même : Cette barque qui vient de Suomi m*est inconnue; je ne connais pas non plus celui qui tient le gouvernail, ni celui qui dii ige les rames.

Et U s'avança vers l'extrémité du promontmre, et il éleva la voix et il dit : « A qui appartient cette barque qui vogue sur la mer? »

Les hommes, les femmes de la barque lui répondirent : « Qui Gs-tu donc, toi qui habites ce désert? Quoil tu ne connais point la barque du créarleuTt la barque de Wâin&môiiien, tu ne ccmnais

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point celui qui tient le gouvernail, tu ne devines point quel celui qui dirige )e$ rames I ^> .

Le joyeux Lemmikainen dit : « Oui, je reconnais celui qui tient le gouvernail, je reconnais celui qui dirige les rames : c*est le vieux, le brave W&in&nioinen, c'est l'ouvrier llmarinnen. Où allez-vous, ô hommes? où diiigez-vous votre course, ô héros?*

Le vieux Wainàmoinen dit : « Nous allons aux régions du nord, aux vastes ondes, aux âots écumants; nous allons enlever le sampo de la colline

de pierre de Pohjola, des cavernes de la montagne d'or. »

Le joyeux Lemmikainen dit : « O vieux WMnâmoinen, prends-moi aussi pour ce voyage, je te seconderai, moi, troisième, pour enlever le sam^ de la colline de pierre de Pohjola, des cavernes de la montagne d'or. »

Le vieux Wâinamôinen accueillit favorablement la demande de Lemmikainen.

Alors le joyeux héros se précipite vers la barque, apportant avec lui des planches taillées dans la forêt.

Wainàmoinen lui dit : « Nous avons assez de bois dans la barque, pourquoi apportes*tu avec toi

ces planches taillées dans la forôt? »

Lenunikaiaen dit : « La quantité de bois ne peut nuire à la barque , car souvent, dans la mer de

Pohja, un vent fatal souffle et déchire les flancs

des navires. »

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50 LA FINLANDB.

Le Tien Wâinâmôinen dit : c Le vent ne peut rien sur la nôtre, car TouTrier lui a fait des flancs de fen »

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• VINGT-DEUXIÈME RUNA.

Le Tietix WâîBlmAiiiim s'ékMgna du promontoire nébuleux, de l'île couverte de forêts, et dirigea barque, le premier jour, le long des fleuves^ le second jour à travers les lacs, le troiMème jouf a travers les cataractes (1)/ ■ • *

Parvenu au sommet de la cataracte de feu, an loiirt>iUon da flëuve sacré, il dit : a O vierge qui veilles sur la cataracte, vierge qui domines le torrent rapide, plonge ta ceinture bleue dan» les ondes, lorsque la nacelle rouge voguera sur leur-sein. Au milieu du fleuve un rocher se cache, autour duquel la cataracte bouillonne , avec fraoas. Perce-le avec ta tarière, brise- le avec U tiache, afin qua la bar-^ que ne soit point engloutie; renverse les rochers avec tes mains^ écarte les écueils avec tes poingsi

52 LA PINLAVDB.

afin qu'ils ne s'élèvent point contre ma poitrine» qu'ils ne bouillonnent point contre moi I

» O Ukko, dieu très-haut , Ukko , mon seul secours» étends ton glaive sur les ondes, gouverne ma barque avec ta lame d'acier, afin qu'elle firanchisse les vastes espaces de la mer. »

Cependant la barque de Wâinâmoinen s'arrêta immobile et refusa de continuer sa course.

Le héros médita dans sa pensée : « Où la barque s'est-elle fixée? £sUce sur un rocher, sur un tronc d'arlHre, ou sur un monceau d'airain?»

Et il se baissa pour regarder : la barque ne s'est point arrêtée sur un rocher, ni sur un tronc d'arbre, ni sur un monceau d'airain, mais sur le dos d'un brochet.

Le joyeu]( Lemàiikainea plongea son glalTc dans l'eau et Fagita sous la barque ; mais là barque ne lut point dégagée, et le glaive se brisa sans que le poisson fùi atteint.

L'ouvrier Ilmarinnen plongea à son lom* son glaive dans Teau et Fagita sous la barque. Mais la barque ne fut point dégagé, et le glaive se brisa sans que le poisson fût atteint.

Alors le vieux Wàinamôinen tira son glaive du fourreau. D'un seul coup il fendit le dos du brochet (2).

£t il amena au-dessus de l'eau le poisson fatal ; sa tète iiit reçue dans la barque, mais sa queue

roiUa au fond de la mer. Waiuamoinen tourna le brochet dans tous les sens, et l'examina avec atten-

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POfiSIB £P1Q0£. 58

tion. Puis itdit : « Il est dans les fleuves beaucoopde

monstres, beaucoup de brochets. Quel est Vhomme asseï fort pour fendre celui-ci, pour le ^ykier en plusieurs parties? »

Les honuues, les femmes de la barque répou" dirent : « Les mains du pécheur sont sans tache« ses doigts sont sacrés. »

Mais déjà le navire a repris sa course. Wâinâmôinen saisit le couteau suspendu à son côté gaucliei coupe le brochet en deux parties et dit: « Que pourrait-on iaire des dents de ce grand poisson» si on les confiait à un ouvrier habile? »

L'ouvrier llmarinnen dit: « Que pourrait-on faire d'une choie de nulle valeuri d*une ndsârable bagatelle, quand ménie elle serait confiée à un ouvrier habile? »

Le vieux 4Vâinamôinen dit : « Ce serait là Voàr-

gine du kantele (3) , s'il était confié à un ouvrier habile, à un artiste prudent. x>

Mais il n'y avait point d'ouvrier assez habile « d'artiste assez prudent pour en former le kau« tde.

. Alors le vieux W&infimdihen se mit hii-ménie à

l'œuvre. D'où a-t-il tiré la caisse harmonieuse ? De la forêt cottvertede pruniers, du sapin retentissant* Avec quoi a-^il feit les vis dû kantele? Avec lès

dents du grand brochet, les dents pointues de l'es-

dave de Tuoni (A).

11 manque peu de chose au kantele : un nerf deux fils de soie. Où Wainamoinen les prendra*l*il?

ftl^ LA PINLANDB.

Daûs la crinière du coursier d'Hiisi, dans la robe de rétalon de Lemmo»

L'instrument est achevé, le kantele est prêt.

Le vieux, le brave Wâinamôinen commande aux vieillards de chanter. Us chantent, mais leurs tètes tremblent, et la joie ne répond point à la joie, et le chant ne répond point au chant.

Le vieux, le brave Wftinâmôinen, commande aux jeunes gens de chanter. Us chantent, mais leurs doigts se crispent, le son qu'ils tirent de rinstniment est sans harmonie, la joie est triste.

Le joyeux Lemmikainen, l'ouvrier llmarinnen, se mettent aussi à dianter; mais la joie ne répond . pas à la joie, le chant ne répoud point au chant.

Alors le vieux, le brave Wâinamôinen envoie le kantele aux régions de Pohjola.

L'hôtesse de Pohjola chante, les lils de Pohjola chantent, les vierges de Pohjola chantent, les petites filles chantent, les honunes mûrs chantent; tous fatiguent l'instrument. Mais ils sont inhabiles à le toucher, ils mêlent les cordes, et Us enturat des sons aigus, des sons affreux.

Un vieillard endormi dans le loyer s'éveille tout à coup» au hmit du kantele*

« Cessez, cessez, s'écrie-t-il; ce bnrit me déchiré iijkSqti'à la moeUe« il blesse mçs. oreilles^ me bri^e la t^te» trouble mon socmneii {Mip toute une semafaiew Qu'on jette cet instrument à Feau, ou qu'on le icend^i 4 celui qui l'a lait I »

.Soiidifea det teides de litttninlait if^ef-m

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. POÉSIB ÉPIQUE. IS

domson : « Ne me jetez point à Fean, rendemioi plutôt à celui qui m'a fait ; dans les mains de mon aateurje fais attendre des sons pleins d'harmonie. )>

Et Ton reporta avec soin le kantele chez oelni qui l'avait fait.

Le vieux, le hraye Wâinâmôinen lave ses pouces* purifie ses doigts; il s'assied au bord de k mer* sur la pierre de la joie, sur la colline d'argent, au sonmiet de la colline d'or, et il prend Tinstrument entre ses mains.

Il dit : « Que celui qui n'a jamais entendu la joie des rnnas, ni les sons de rîttstnunent, appreobe etécoutel »

Et le vieux Wâinâmôinen conunence à chanter : sa voix s'élève limpide et belle» ses doigts lé^m oomroit sur les cordes da kantele, et la joie répond À la joie, et le chant répond au chant.

Point d'aDîmal dans la liovét, pi»m d'être vivant dans TaiF qui ne s'empresse autour du runofa pour écouter sa douice voix» pour goûter la suavité de •es Gliants« . .

Le loup déserte ses marais, l'ours sa caverne de sapin» et ils montent sur une haie» et ils s'élancent . sur une doiBon ; la haie est renveniét» la cloison tombe brisée ; ils montent sur un pin, sur un bouleau» pendant que Wimamfiinen enftmite la joie» pendant qu'il Mt entendre ses lAants (5).

Le vieillard à la barbe noire» le noble roi de la ilMcM» toute la limle de Tapie» se précipitant pour écouter. L'hôtesse de la forêt elle-même, la liwune

courageuse de Tapiola, met ses bas bleus, s'enve* loppe de bandelettes rouges, et monte dans un bo«h

Icau creux, afin dQ prêter Toreilie aux chants du dieu.

Point d*animal dans les bois, point d*olsean dans les airs, qui ne se liàte d'arriver pour entendre Tari , fldmiraMe du musicien, pour goûter la 8aa?ité de ses chants.

' L'aigle descend des nuages, le faucon fend les airs, la mouette 8*élance des marais profond le cygne du sein des ondes limpides, les légers pinçons, les alouettes rapides, les gracieux serins vien* nent se poser sur les épaules du dieu. • :

* : La belle vierge de l'air, le soleil riche de i^plèndeur, la, lune au doux éclat, se sont arrêtés, l'une «ur «là voûte lutnineuse du del, Fantrei à Tex* trémilé d'un long nuage (G). Là, elles travaillaient leur lin tissu avec la navette d'or et k peigne d'argèiit Tout à oonp elles mtendîreal là voiË ineon* nue, le doux chant du héros. Et le peigne d'argent tomba de leurs mains, et la navette d'or sléchappa ^Éte-leur» dcrigts , èt les lils de leur tisau fuient brisés. . v . :: ••...). .

(j >^tV>a8 lescanimaux.ytvant.dans.lesto^ tou».lfiS ^ssons' anv mille nagieoires' aifhent ; pour en- .tendre la voix de Wàinamoinen,. piûur gout;er la suavité de ohdntB. . • : ' . : : j>

• Les saumons accourent, les truites accourent, et les brochets, et les chiens de mer, et le&igcands poifflsbnd, et les petilSi tous nagent me» Ja. rive, et

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b'approciieut, le plus près possible» de la voix qui les charme.

Ahto, le roi des ondes, le vieillard à la barbe de gazon, s'élève, sur un nénuphar, à la surliace de Peau,

L'hôtesse féconde de la mer peignait sa longue chevelure avec son peigne d'or. Elle emtend aussi le doux chant de Soomi (7). Soudain son peigne d'or lui tombe des mains, elle s'agite, elle se tourmente, elle ne peut plus rester dans l'abime, elle s'élance vers la rive. Là, le sein appuyé contre un rocher, elle écoute les sons du kantele de Wiiinâmôinen, la voix du héros mêlée à leur harmonief parce que les aona éituent si.doui, la voix était si suave.

Point de héroe, point d'honouxies si durs, point de femmes qui ne soient touchés jusqu'aux larmes.

Les jeunes gens pleurent, les vieillards pleurent, les hommes mûrs pleurent, les vierges pkinrent» les petites iilles pleurent, tous pleurent.

Le vieux Wainajnôinen lui-même aenUt les sources de ses larmes s*enfler. Bientôt elles Um^ bèrent de ses yeux plus nombreuses que les baies des collines, que les têtes des hkondelles, que les œufs des gélmottes. Elles tombèrent sur ses Joues, de ses joues elles roulèrent sur son sein , de son sein sur ses genoux, de ses genoux sur ses pieds, de ses pieds elles coulèrent sur la poussière. Les gouttes de ses larmes pénétrèrent ses cinq vêlements de laine, ses six ceintures d*or, ses sept robes

58 Lk FINLANDE.

bleues, ses huit tuniques épaisses. Aiusi les larmes de Wâinâmôinen devinrent un grand fleuve, et elles se précipitèrent vers les rivages de la mer, et des rivages de la mer dans les profondeurs de Tabime , dans la région du sable noir.

Là, elles fleurirent et furent changées en perles, destinées à orner la couronne des rois, et à faire la joie éternelle des nobles héros (8).

Le vieux Wàinàmoinen dit : « £st-il parmi ces jeunes gens, parmi les filles de cette race illustre, quelqu'un qui veuille aller recueillir mes larmes, dans les profondeurs de la mer, dans la région du sable noir?»

Les jeunes gens et les vieillards répondirent 2 « U n'est personne parmi nous qui veuille aller recueillir tes larmes , dans les profondeurs de la mer, dans la région du sable noir. »

Alors une mouette au bleu plumage enfonça son bec dans Tonde froide, et elle recueillit les perles, et elle recueiUit les larmes de Wainamoinen, dans les profondeurs de la mer, dans la régkm du sable noir.

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VINGT-TROISIÈME UUiNA.

Le vieux Wâinâmôinen et ses deux compagnons arrivèrent dans Pohj ola ( 1 ).

L*liôte8sé dit :< Qu'dht à nous dire les hommes, que racontent de nouveau les héros? »

Le sage Wàinamoznen répondit « Nous venons pbvr partiger le sampo avec toi. » -

L'hôtesse de Pohjola dit : « L'hermine ne peut se partager, Técureuil ne peut suffire à trois >

Le vieux, le brave Wâinfimôinen sbisit iaussftM son kantele et fait mugir ses cordes (3). Il tourmente la nation superbe, il répand sur elle le som^ meil, et va pour enlever le sampo dé la coUiué' de pierre de Pohjola, de la montagne d'or, derrière lea neuf cloisoQs;

hei vieux Runoia chante, et les portes de la foi^

teresse s'ébranlent et les gonds se détachent. Alors Touvrier Ilmarlnnen frotte de beurre les cloisons,

enlève la rouille qui les couvre, et s'introduit dans la forteresse

Le vieux Wâinâmôinen dît : « 0 joyeux fils de Lempo, le meilleur de mes amis, va toi-même enlever le sampo, v»

Le joyeux Lemmikainen, toujours prêt à accomplir l'œuvre qui lui est conûée, s'avance pour enlever le sampo. Il le saisit avec les bras, le serre contre sa poitrine et le tire avec force, appuyant son genou contre la terre. Mais le sampo reste immobile, Lemmikainen ne peut Tébranler.

Il y avait dans Pohjola un bœuf superbe, aux flancs puissants, aux membres solides, aux nerfs vigoureux.

Lemmikainen va chercher le bœuf dans la prairie, une cbarrue au bord d'un champ. £t il laboure les racines du sampo, les chaînes de son couvercle, avec le bœuf aux cent cornes, la bête aux mille têtest avec la charrue de fer, le soc d*airain; et le sampo fut ébranlé, le beau couvercle s*inclina.

Alors le vieux Wâinamôinen, l'ouvrier llmarinnen, le joyeux Lemmikainen, unissant leurs forces, déracinèrent le sampo et Femportèrenl dans leur barque.

L'ouvrier lUnarinnen dit : « Où, mainlenautt

transpoi*lerons-nous le sampo? »

Le vieux Wâinamôinen dit : « Je connais une petite Mm, m Uemltcoit, qui n'a jamais éfifr uaité

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par les glaives des hommes, auprès du promontoire nébuleux, de Tile couverte de bois. C'est là que nous porterons le sampo.

Et le vieux Wâinàmôinen poussa sa barque sur la mer bleue , au delà des flots de Pobjola.

Le joyeux Lemmikainen dit : « Pomrquoi ne chantes-tu pas, noble héros, maintenant que tu as pnlevé le sampo, que ta route a été beureuse? •

Le vieux, le brave W&ûnâiiiôiiien répondit avec sagesse : « 11 est encore trop tôt pour chanter, trop tôt pour faire éclater sa joie ; car les portes de Pobjola apparaissent encore, les gonds fatals brillent. 11 sera temps de cbauter et de faire éclatex^ sa joie, quand nous vannons nos demeures, quand nous entendrons le bruit de nos portes, au delà de cept détroits, après un voyage de cinq jours. »

Et le vieux Wâin&môinein gouverna sa barque sur la mer bleue, il la gouverna un jour, deux jours, presque trois jours. Alors leurs, jmaisons commencèrent & apparaître, et ils entendirent le bruit de leurs portes, sur le promontoire nébuleux, dans rile couverte de forêts.

Et le viens Wftinftmôinen se mit à chanter.

Une grue s'était abattue sur le gazon humide, dans la somlwe Polijolat dans la ténébreuse Sar riola.

La grue comptait les os de ses pattes, les os de ses jambes. Soudain la douce vdx de W&imUnôinen vint frapper son oreille; et elle fît entendre sa grande voix^ et elle pou^ un cri horrible qui trou-

Ma toute la nation de Pohjola, qui éTelUa la puissance fatale de son sommeil.

Loahi, rhôtesse de Pohjola, Louhi, la vieille édentée de Pohja, se hâta de sortir pour aller chercher le scimpo sur la colline de pierre, sur la montagne d*airain.

Quand elle y arriva, elle dit : « Malheur à mes jours, infortunée ! Qui a enfoncé les cloisons, qui a brisé les gonds, qui a ouvert toutes les portes, qui a rompu toutes les l^arrières de la forteresse? Le sampo a-t-il été enlevé? Hélas l oui; le sampo a été enlevé de la colline de pierre de Pohjola, de la montagne d'airain, entre les neuf cloisons. »

Louhi, rhôtesse de Pohjola, Louhi, la vieille édentée de Pohja, élève vers Ukko sa voix suppliante, et conjure ainsi le dieu du tonnerre :

« O Ukko, envoie une horrible tempête, fais souffler un vént impétueux, soulève un sable noir qui couvre toute la surface de la mer, afin que Wainô ne puisse s*échapper, que Fami de Voude ne puisse continuer sa route I »

Ukko, le plus grand des dieux, commanda aux vents desouffler, aux limites de Tair de bouillonner; les vents soufflèrent, les limites de l'air bouillonnèrent. Lansituuli souffla avec force, LuoeUiuli se précipita avec violence, Ëtelâ, Itâ, Pohjanen, chaînèrent toute leur fureur (5). Les cimes des arbres furent enlevées, les fleurs déracinées, les tiges des galons brisées, et rinstrument de Wfiinftnioineo , le doux kantele lui-môme, fut emporté loin de la

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barque, et tomba dans la mer. Ahto s'en saisit» et remporta dans sa demeure peiq>lée de pcnssons.::

L'otttrier Dmedrinneii dit i « Déjà ities eheveux ont été agités par les vents, ma barbe a éprouvé des Jours de tempête, même sur ces mers ; .Hiats jamais ils n'ont vu un Orage tel que celui qui éclate sur nous (6). Malheur à moi, infortuné, qui ai osé affronter k mer, Jes vastes détcoita, sur œtte frôle planche, sur cet arbre ballotté par les vagues. O vent, donne-moi un refuge, mer, prends pitié de mamisèrel»

Le vieux Wâinamôinen dit : « Il ne faut point pleurer «ur la barque, les larmes ne sauvent point du dang^, les gâmdsseiKients ne chassent point les Jours mauvais (7). »

Lemmikainen ne se r^ouit ni ne pleure. Il se souvient de son premier état, de ses angoisser pfkssées, il se met au travail, fortifie la barque et. la rend à répireuve du ventet des tempêtes.

. Cependant rhMesse de Pohjola arme mi navire de guerre, et le remplit de héros : mille pour montrer la route, mille pour diriger les irames (8), cent privés d*armurès, mille qui portent des glaives. .Elle déploie ensuite une voile semblable^ une large nuée, et se pr«ëclpite, sur les flots, à la poursuite de Wàinàmoinen.

Le vieux Runoia dit.:. « 0 joyeux ûls de Lempo, le meilleur de mes amis, monte à la dme du . mât, et regarde vers l'orient, vers roccident, vers les frontières de Pohjola. » .

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