‹ La Finlande; notes recuillies en 1848, pendant une excursion de Saint-Pétersbourg à TorneoChapitre 25 sur 54 · DE MUSTAIàRyi · texte numérisé non relu

DE MUSTAIàRyi

contournant le massif de platanes^ , et nous grayimes ainsi jusqu'au sommet d'une déclivité abrupte. A oet escarpement en succéda bientôt un second , ^ séparé du premier par une étroite vallée : c'était un avant-goiot de ces montées et de ces descentes continuelles que le maître de poste m'avait aïmoncées. La route était du reste unie comme un parquet , et le paysage des plus romantiques. Des lagunes et des lacs enchaînés les uns aux autres par une infinité àe canaux sinueux y tiennent tou* jours une grande plaœ , ce qui continue de donner à ces sites finlandais le caractère qui leur est propre.

Maison de poste de Riçkkola.

Décidément notre course est un vrai cassecou. Nous venions depuis quelques instants à peine de quitter le dernier relais^ lorsque nous fumes rejoints et rapidement dépassés par plusieurs cabriolets chargés de paysans qui revenaient du prêche, .Bieiitôt nous vîmesf leurs chevaux lancés au grand galop sur une descente d'une roidèùr effrayante. Notre propre cheVal prit aussitôt la même allure, malgré les efforts de M. p. pour le retenir. La pçn te €tait tellement rapide, qu'il me sembla en cet instant être précipité du hajit d'une tour ! Hors d'état de maîtriser le foygûeux élan du cheval , mon compagnon de rcAite eut heureusement alors la sagesse dé

l'abandonner entièrement* a son instinct, et II > 16

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nous arrivâmes sains et saufs au bas de la cot.e. Mais nous n'étions pas au- bout de nos anxiétés. A cette effroyable descente succéda , au bout de quelques minutes , une montée . non nxoins roide que la première , d'où nou^ fûmes de nouveau lancés sur une descente presque à piç que nous parcourûmes en un clin d'œil. Lé relais tout entier n'a été qu'une répétition perpétuelle de ce singulier exercice. Avec l'habitude qu'en ont les chevaux du pays , , dont le pied d'ailleurs est très - sûr , certaiiiement le péril est moindre qu*il ne le paraît : toujours est-il que lorsqu'on; est ainsi lancé à fond de train sur un plan très-rapide, le moindre faux pas du cheval suffirait pour briser comme;Verre l'équipage et les voyageùrsi he fougueux coursier qui nous a voitures jusqu'ici était affublé, d'une pièce de harnachejËiient singùliçt*e. Elle consiste eu une tringle disposée en poteuce sur le dos du cheval , sous laquelle est suspendue une étoile métaltiqi^e argentée : pendant que le cheval trotte^ cette étoile exécute un mouvement continu

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de rotation autout d'un. axé disposé horizontalement en pivot. Nôtre cocher eut soin de nous fair> remarquer cet enjolivement , dont il paraissait tout fier*.

, En ce moment les paysans sont occupés des tr^ivaux de là moisson. Ils ont la bizarre habitude >de se servir* de traîneaux tant pour en* lever les gerbes que pour les transporter jusqu'à la graiïge. Deux tiges de jeunes pins, recourbées à l'une des extrémités y en coihposent lés deux parties; pour compléter le traîneau on les a reliés par quelques barres transversales. G'^t un appareil tout à fait primitif ^ mais du reste parfaitement approprié à Fusage auquel on l'ajpplique.

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.. Station de Raijula, 11 heures du soir.

Karjula „ où nous sommes arrivés à sept heures , est à quarante verstes de Mustiaîarvi ; et Ton compte encore quatre verstes jusqu'à la cascade. Voila donc (juarante-q^uatre verstes pour la distaîice totale , qui m'avait été annoncée de dix-huit verstes .seulement" Cet exemple entre mille montre combiçîn il faut se défiter des indications fournies par les gens du pays : ne dépassant jamais^ dans leurs courses^ une certaine limite , ils ignorent à peu près complètement ce qui est au delà. Du reste , pas de difTérence dans la nature du pays /toujours coupé et rudement accidenté.

Cela est très-pittoresque , mais d'un parcours fort incommode.

A notre entrée dans la cour de cette maison

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de poste d'apparence rustique , , — cour très-petite et fort humide, -^ nous y ayons trouvé une nombreuse réunion. Tous le?

gén^ de la ferme , parais de leurs beaux habits du dimanches, y étaient a;Ssemblés.

Les hommes avaient, pour la plupart, la pipe à la bouche. Notre arrivée a fait événement , bien plus qu'à Torneo même , tant il est rare qu'up- voyageur, étranger au pays pénètre dans icejs cantons du centre. Hommes et femmes se contentèrent d'abord de rioq§ re- ^garder à distance ; lîiais lorsque nous fûmes entrés dans l'unique chambre réservée aux voyageurs , ungroupe compacte vint s'instalr 1er devant la porte grande ouverte^ nous examinant commue on ferait, d'un objet curieux, et se commîuniquant leurs réflexions à haute voix, siaris souci que nous puissions les entendre* Cette inspection commençait à nous incommoder fort, et nous ne savions trop comment y mettre un terme, quand arriva le domestique finlandais. Comme il ne parvenait pas à s'ouvrir un passage à travers la foule, il

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36 mit à haranguer d'un airanimé ces curieux importuns. Son allocution, que je ne, comprenais pas,, fut sans doute très-éloquerite , car l'effet en fut aussi prompt que décisif. Les assistants détournèrent leurs regards d'un air assez déconcerté, et tous reprirent à la file le chemin de la cour, nous laissant, libres enfin dé faire nos dispositions pour la nuit. Ge qui nous importait était de la passer le moins inoointiiôdément possible. La ferme nous fournit du lait que nous ajoutâmes' aux quelques provisions dont nous nbu^ étions munis à Mustaiarvi, dç manière à composer liii soujper, sinon succulent, du moins substantiel.

I>emain,;de bonne heure, le maître de poste tiendra prêtes deux carrioles, pour nous conduire au Kuru. De \à cascade nous reviendrons ici pour repartir immédiatetiient, de manière à regagner Mustaiarvi dàiis la soirée.

En ce moment, le plus profond sileiK^e règne autour de moi. Tous' les habitants de la ferme dorment du sommeil le plus profond. Mon compagnon de route fait comme eux; moi

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seul je suis reste sur pied , occupé s^ griffonner à la lueur. vacillante du feu de cheminée, près . duquel j'ai fait porter le banc qui doit me servir de lit : .je dis, « à là clarté du feu de cheminée, » ear notre unique bougie a' été brûlée pendant le souper, etle foyer est maintenant le seul lummaire que nos portemanteaux nous' puissent fournir.

A mon tour je vais essayer de prendre quelque repos, sans trop espérer venir à bout de fermer les yeux dans Tatmosphère humide el froide d'un pareil bouge , transformé pour la première fois peut-être en chambre à cbu^ cher!

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Stadon dé Kaijula, 16 août, midi.

Nous voici enfin revenus de la caiscade trop vantée. Il se peut qu'au printemps , lors de la fonte des neiges , elle offre un volume d*eau considérable ; mai» à présent il s'en faut de beaucoup que j^on aspect ait répondu à l'idée; que je m'en étais faite.

Dès six heures du matin, M. D. et moi étions en carriole , spus la conduite de l'hôte. Nous côtoyân[ïes d'abord pendant longtemps le lac Kouroukène , qui est d'un aspect . romantique. Le chemin suit ei\ montant une rampe . pratiquée sur le flanc d'un escarpement, dont le pied est baigné par une eau limpide comme le cristal. Arrivé au point culminant de la montagne ; à plusieurs centaines de pieds audessus de la nappe d'e^u, un nouveau lac

d'une étendue considérable^ réuni par un can$l naturel à celui que nous avions au-des^ sous jàe nous, s'offrit à mes regards. Le grand nombre d'îlots verdpyants qui décoraient çé second lac,, ainsi que les mille accidents de ses rives ,/ formées d'escarpements pittoresques, composaient un paysage d'une beaqté ratyis* santé , digne d'être mis en pairaltèle avec les sites Jes plus splendides de la Suisse.

Nous continuâm^es d'avancer ainsii pendant une demi-heure au moins ,' au . milieu des points de vue les plus variés. ^Enfin la carriole s'arrêta au bord d'ui^.fort ruisseau torrentueux, près d'un endroit où le courant franchit un saut de moyenne hauteur. : ç^ était la cascade! Mais an lieu de l'énorme volume d'eau que j'y croyais trouver, je ne vis là que des blocs de granit empilés en désordre, entre lesquels deux ou trois filets d'eau se frayaient un chemin en murmurant. La chute a son po^nt de départ dans un lac stipérieur, et vient aboutir à un second lac situé à une quarantaine de pieds plus bas.

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Mécontents du résultat de notre longue course , nous nous disposions à revenir sur nos pas ; mais le guide m^engagea vivement à me laisser conduire jusqu'au pastoral voisin , qui donne $on nom à la cascade, nous assurant qu'on y jouissait d'une vue incomparable. Il fallut donc remonter en carriole, et continuer d'avancer en côtoyant le lac d'en haut. Au bout d'un quart d'heure , nous aperçûmes l'église de Kuru et le presbytère, situés au milieir d'un site riant , mais qui n'a rien d^extraprdinaire. Ce fut le terme extrême de nôtre excursion. Après une halte de quel* ques instants nous tournâmes bride pour retourner à Kârjula. >

Station de Ninoïs, 3 heures et dçmîe.

Lia route que- nous avions suivie hier pour nous rendre a la cascade ne m'a point paru moins intéressante "aujourd'hui pendant le retour. La variété des points de vue qui s^y dé-? roulent à chaque pas étonne rimagination. Ces escarpements granitiques, formant de véritables montagnes que couronnent çà et îà.des groupes de pins et de sapiiis. séculaires ; ces myriades de lagunes , dé flaques d'eau *et de canaux contournés de mille manières différentes; ces lacs qui tantôt présentent leur large surface à fleur' du sol, resplendissante au soleil comriie une nappé d'argent liquide, ou qui d'autres; fois se cachent dans des cavités profondes entourées dç rives rocheuses et abruptes : tout cela compose un tableau d'une

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beauté particulière, dont nulle description |ie saurait donner une juste idée.

J'ai remarqué en chemin ; au moment ôîi une pluie d'orage mouillait la surface des rochers de granit qui presque partout bordent la route, un fait. géologique qui m'a paru singulier. Ce sont des sutures pierreuses formant bourrelet, qui dans beaucoup d^endroit^ silloiinent la superficie du. roc. D seixiblerait que la masse rocheuse s'étant tout d'un coup creVassée par l'effet des feux souterrains, une lave en fusion serait montée d'en bas à la surface , et se serait figée dans ces fissures.qu'elle.ayrait remplies. Ce qui pourrait appuyer cette supposition , c'est que la couleur des bourrelets est grisâtre, tandis que la roche est ordinairépieût'd'un rose plus ou moins vif. J'ignore si d'autres ont observé lë, fait avant moi : dans tous les cas je le livre à l'attention des géologuies^ qu'il, me parait de nature à devoir intéresser.

.Station de Mustaïarvî^ li heures du^ir.

Nous sommes l'evenus ici à ùhé heure beaucoup trop avanceepour soBger à nous remettre immédisttement en chemin. Mais demain dé bonne heure nous reprendrons le classique tàrantass 9 et j'espère que nous pourrons gagner Tamerfors dans la soirée.

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