LA MEUTE D'ACIER
Le capitaine G..., qui avait été grièvement blessé à la fin de 1914, est revenu, il y a trois jours, prendre le commandement de sa batte-
rie.
Il déguise avec une coquetterie soigneuse la boiterie de sa jambe droite et porte avec une grâce si heureuse et si désinvolte le ruban rouge de sa Légion d'honneur, qu'on dirait qu'il arbore une rose écarlate, donnée par je ne sais
quelle amante et dont le parfum lui procure une griserie incessante et légère. Type exquis de notre officier, à qui Dumas père eût prêté ses aventures les plus généreuses.
Trois heures après le retour de notre capitaine, l'ennemi a pris notre batterie pour cible. Un aviatik vole frès haut, au-dessus de notre position, et règle par télégraphie sans fl le tir des pièces allemandes.
: Le capitaine G... donne aux hommes l'ordre de se terrer.
Les observateurs germains vont un peu vite en besogne. Leur tir est long de cinq cents mètres. Une heure après leur réglage, ils nous envoient un nombre imposant de gros obus. Un de nos sous-officiers est tué. Il n'a pas voulu regagner sa cagna. Nonchalamment edossé à un arbre, il se faisait raser, pendant cet assourdis-
set tt at, par un coiffeur ifnpfovisé.
lüi-mêrne blessé, ainsi que
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fhomme Qui venait, sans se presser, lui apporter de J'eau. Nos abris et nos pièces sont intacts. Un champ voisin de betteraves, aux panaches trop verdoyants, a été ravagé. |
Le capitaine G... s'approche de moi. Furieux, sombre, méconnaissable, il me crie :
— C'est fantastique ! Voilà que l'état-major m'interdit de riposter à ces gueux ! Nous connaissons parfaitement l'emplacement de la batterie qui vient de nous « marmiter ». Et le commandant me défend de lui répondre, sous prétexte que je ne ferais que préciser notre position. 11 faut que nous donnions à ces cocos-là l'impression qu'ils ont anéanti la batterie ! Je ne comprends rien à cette nouvelle guerre!
Vous rappelez-vous les premiers mois de Ia campagne ? Ah! les répliques ne se faisaient pas attendre... On se battait mieux!
en On 00 battait autrement, -
jouvenez de cette artillerie rons démolie, Je jour où j'ai
ons ces heures victorieuses,
ite suggestion, leur souvenir
1 nouveau triomphe...
3 position sous des pommiers et dont les branches, qui jusqu'à terre, nous mas-
e. Le combat avait été d'une
Mais la journée était si belle
sux-mêmes, qu'on n'avait pu
emblaient garder uns félicité
b à coup le capitaine com-
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— Garde à vous!
Là-bas, à deux kilomètres, nous voyons un troupeau de nains glauques ramper dans les hautes herbes. Ils poussent des canons sombres devant eux, obstinés et bizarres, s’enfoncent dans la forêt. Six pièces de 77 sont ainsi placées, en face de notre batterie, à la lisière du bois. |
Nous ne bougeons pas. Un silence lourd, angoissé : on les laisse s'installer, Le capitaine nous envoie ses ordres sur de petits bulletins... Alors nous ouvroris un feu foudroyant. Une de nos sections vomit ses obus explosifs sur le matériel ennemi, l’autre débouche des obus à balles et allonge le tir sur les fuyards.. On entend parmi les explosions, des hurlements lointains. Nos hommes rient d'un rire long et fou.
ine a repris, aujourd'hui, sa physioe et avenante. Ce matin, de bonne ; avons, à notre tour, réglé sur les *s qui nous ont bombardés, il y a Deux de nos avions observent les *, qui touche à sa fin.
:8 des canons sont enfoncées profon- 18 le sol, auquel les pièces sont si u'on dirait que c'est la terre même, de France, qui déverse sur l'ennemi, 3s tubes grisâtres, la flamme vengemort. Les servants vivent depuis si ivec leurs canons qu'ils ont la même ante, et ils ressemblent & des auto:
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mates rapides, souples et précis. Les gestes du chargeur on l'élasticité violente eé soumise de
la pièce qui recule sur les glissières du frein.
Fixe unité d'organes multiples et harmonieux.
Le capitaine mé dit:
— J'avais tort de récriminer le jour de mon arrivée. Je comprends, maintenant, ce masque de persévérante âpreté que cette longue guerre a collé sur le visage de nos soldats, leurs patients efforts, leurs répliques retardées.
« Nous avons cru, nous autres, qui avons lutté les premiers mois de la campagne, que nous ne verrions pas de plus hauts spectacles de sacrifice humain. Mais non. C'est aujourd'hui qu'il est beau de combatire et d'oser.
Après plusieurs mois de guerre, seules, les grandes âmes ne sont pas rassasiées. Ceux dont la furie dure et qui allient la ruse actuelle à l'audace ancienne sont les premiers des hommes.
La réalité poignante, qui brûle depuis si long-
ards, n's pas découragé leur.
se. On reste confondu devant qui sé fait subtile, devant cet Jue n’entame pas la conscience de visions de férocité eh de ce comme la nôtre, nous pou- .s .
st tue. Les servants sont renpris. Le capitaine caresse, de sa :hine effilée et ardente de nos ent perpétuellement leurs muvers l'ennemi. Grand veneur lévriera d'acier, toujours en