‹ La flamme au poingChapitre 14 sur 27 · AMES LIMPIDES · texte numérisé non relu

AMES LIMPIDES

On prête aux gens de France, une trépidation verbale et vitale qui ne s'accorde plus avec l'observation d'aujourd'hui. Nos hommes aiment le silence. Ils sont habitués à vivre ensemble depuis si longtemps et les événements qu'ils voient sonÛ si grands qu'ils jugent peut-être les paroles inutiles êt les idées vaines.

Ils parlent peu. Ils pensent peu ou s'efforcent à ne plus penser du tout... J'ai constaté bien

souvent cette stagnation de l'esprit et de l'imagination chez les plus lucides et les plus ingénieux. .

Sans doute la fatigue de comprendre, la douleur de se sentir étranger aux joies anciennes. On peut y voir une autre explication. Un homme ne connaît sa place dans le monde que par les contrastes et Jes rapports qu'il marque el pèse autour de lui. Une vie est d'autant plus significative et plus riche qu'elle découvre plus d'affinités et de réactions diverses . et reculées. - : l Comment un soldat peut-il établir ces correspondances et ces disparités qui augmenteraient et préciseraient sa propre pensée ? Si loin qu'aille son regard dans ces espaces restreints, ue la guerre, que des soldats pensent comme lui. Et à la rrizon étouffant, la mort... La che et ge défait. IL ne reste

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qu'une personnalité ordonnée, réduite à un schéma familier et strict. La lourde mémoire

-s'engourdit. Et c'en est fait. En l'âme tout est

limpide et sans profondeur, inodore et docile, une eau répandue sur un vaste espace. Le soldat s’est glissé dans son uniforme mental.

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