DANS LES RUINES DE L'AI
Au colonel
Cette matinée dominicale est dou comme une convalescente. L'air est le vent aigre. Mais déjà le printemp furtif, dans le décor usé de l'hiver.
quoi de candide et de meilleur s’a nous. La lutte s'est tue, pour une h
Nous nous rendons à la messe. E dite dans une chapelle souterraine.
à acétylène trouent de leurs lumières c:ieno+ tantes, la pénombre des corridors. Des couloirs sinueux e$ profonds ont été creusés dans la pierre par des ancêtres inconnus.
Après une marche trébuchante de dix minutes dens l'obscurité des cavernes, on arrive à une sorte de carrefour où se dresse l'autel, orné de lierre et de branches de sapin et que des mains ingénues et patientes ont taillé dans le roc. Quelques piliers trapus, rudement décou- pés, érigent péniblement leurs masses de cariatides informes,.
:L'aumônier d'infanterie déroule déjà, d'une voix grave ef triste, les pieuses litanies dont la mélodie éteinte fuit dans les caves résonnantes.
Dans le fond se sont massés nos hommes.
Leurs physionomies hâves et farouches ont perdu leur âpreté. La lumière bleuâtre des lampes éclaire, de-ci, de-là, un front ridé, des yeux ardents ou mouillés sous des sourcils en
broussaille, des bouches naïvement entr'ouvertes. Quelques-uns disent leurs chapelets ; on entend les chocs légers des grains. Les forts et les hardis on$ dépouillé leur violence.
L'aspirant L... me jette en sourdine : .
— Mon vieux, on se croirait au musée Grévin. Les premiers chrétiens dans les catacombes..
Le vision peut davantage troubler la mémoire. Les colonnes courtes et renflées qui soutiennent le plafond de pierre ou s’adossent aux voûtes noires et basses semblent les pilastres des souterrains d'un palais fabuleux de Babylone ou de Ninive.. Les combats ont donné tant de noblesse‘ à nos hommes que je retrouve | dans leurs poses le rythme imperturbable des guerriers des bas-reliefs assyriens..