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foncés. Des files de fantassins disparaissent dans les tranchées serpentines. Et, en bas, des soldats creusent, dans un cimetière improvisé, deux fosses pour des artilleurs, dont les cadavres sanglants sont recouverts d’une toile de tente.
Le commandant H... m'a invité à déjeuner. Il s'est installé dans un cloître abandonné dont les murs, vétustes et sacrés, sont troués, crevassés, ravagés par les canons ennemis. La salle capitulaire est, seule, intacte. C'est 1à que la table est dressée.
Le village d'une beauté encore si émouvante, dort sur une hauteur. Les Allemands se sont acharnés sur l'église admirable, dont les grandes tours, chaque jour bombardées, dominent toujours l'horizon. Ces rues montantes, encombrées de maisons anciennes en ruines, ces sanctuaires ravagés, parlent à l'âme et l’em-. plissent d'images bibliques disparues.
L'AMOUR ___ Wws
Pour un peu, on se croirait dans une Jérusa-
lem assiégée par les barbares.
‘ Le repas est simple. Nous ne sommes que trois : le commandant, son adjoint A. et moi. Le chef d'escadron nous parle des destinées de la patrie.
Mais un fracas assourdissant fait trembler la maison. Le cuistot, coiffé d’une casquette de soldat anglais, se précipite dans la salle: ,
— Mon commandant, s'écrie-t-il, deux gros obus viennent de tomber à côté de ma cuisine et la poële, avec les frites, est disparue.
Le commandant H... n'a pas bronché. Paisible, sérieux, lentement, il dif :
— Eh bien ! qu'est-ce que vous attendez pour apporter le fromage ?
Et il s'excuse de m'offrir un déjeuner si frugal. ”
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